Obama rejoint Clinton au hit-parade des bourdes de campagne

Ça a l’air d’être la première grosse boulette de Barack Obama dans la course à la Maison Blanche. La semaine dernière, lors d’une levée de fonds à San Francisco, le sénateur d’Illinois a dit des habitants des petites villes de Pennsylvanie que l’amertume économique les conduisait à se raccrocher aux armes à feu, à l’Eglise et à une attitude anti-immigrants. Pas un portrait très flatteur de l’électorat rural de Pennsylvanie donc. Et d’autant plus ennuyeux qu’Obama fait campagne en vue des primaires de Pennsylvanie le 22 avril. La petite phrase va t-elle lui coûter?

Difficile de savoir. En politique, certaines gaffes pèsent lourd. D’autres passent quasi inaperçues. Celles qui font le plus mal sont celles qui confirment des suspicions que les électeurs peuvent avoir -à tort ou à raison- à l’encontre de certains candidats.

Comme le malheureux "J’ai voté pour la guerre avant de voter contre" du candidat démocrate John Kerry en 2004, qui avait permis au camp républicain de torpiller ses difficultés à prendre position sur l’Irak et d’en faire un candidat sans conviction face au bulldozer Bush.

Prenez le sénateur républicain John McCain. Il lui est déjà arrivé de parler du "président allemand Poutine", de dire que l’Iran servait de base arrière à Al-Qaeda, et de confondre sunnites et chiites. Personne ne lui en a jamais vraiment tenu rigueur. Vétéran du Vietnam, passionné de politique étrangère, qui remettrait en cause ses connaissances en la matière?



Quand Hillary Clinton fait un récit fanfaron d’une arrivée en Bosnie sous les tirs des snipers, en revanche, cela fait mouche. Les Clinton ont la réputation d’avoir un sens de la vérité à géométrie variable. Voilà que ça les reprend, semble dire le buzz. Pour ne rien arranger, Bill Clinton a tenté d’excuser sa femme en disant qu’elle s’était trompée un soir, fatiguée, dans son récit (alors qu’elle l’a répété à quatre reprises, dont un matin). Il semblerait que ce soit cet incident qui explique sa chute récente dans les sondages de Pennsylvanie. Invitée chez Jay Leno, Hillary tente d’en plaisanter (« des snipers m’ont tiré dessus dans le parking ») pour minimiser l’impact. En vain.



Un autre récit enjolivé est, lui, quasiment passé sous le radar. Barack Obama, qui ne manque jamais une occasion de cultiver les rapprochements avec John F. Kennedy a, à plusieurs reprises, raconté que son père, étudiant africain, avait pu venir en Amérique grâce à la générosité des Kennedy, qui avaient financé des vols entre le Kenya et les Etats-Unis. Sauf que son père est arrivé aux Etats-Unis avec d’autres étudiants en 1959. Et les vols financés par Kennedy ont eu lieu en 1960. Le raté n’a pas laissé de trace. La sincérité de Barack Obama n’a jamais été un véritable sujet d’inquiétude des électeurs.

Difficile en revanche de savoir quel sera l’impact de ses remarques sur les Pennsylvaniens qui se raccrocheraient à l’Eglise et aux armes à feu par amertume. Sur son blog, Maria-Pia Mascaro explique très bien les dangers encourus:

"En donnant l’impression de réduire le sentiment religieux à un refuge loin des tumultes du monde, Barack Obama court le risque de passer pour un de ces gauchistes laïcs qui considèrent toujours que la religion n’est que l’opium du peuple. Je rappelerai à ce propos que près de 90% des Américains se disent religieux."

Hillary Clinton, ravie de détourner l’attention de son récit de bravoure en Bosnie, en fait un nouveau thème de campagne. Elle parle de "remarques désobligeantes sur les gens des petites villes américaines" (il reste d’autres primaires après la Pennsylvanie), souligne que son rival est "élitiste" (Obama réalise effectivement ses meilleures performances auprès des électeurs les plus riches et les plus éduqués) et "déconnecté". Obama, pas vraiment américain moyen, peut-on lire entre les lignes, en allusion à son parcours atypique.


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Par jjezfm
09H41    14/04/2008

je n’ai pas une sympathie immodérée pour Obama, je lui préfère Hillary malgré tous ses défauts, mais là, vraiment, ce qu’il a dit ne me semble pas si choquant ou scandaleux…

l’amertume économique pousse à la radicalité, eh bien oui, c’est tout à fait vrai, et alors ? ça ne signifie pas que les électeurs sont débiles, juste qu’il faut replacer leur « amertume » dans son contexte économique, et se préoccuper d’améliorer leur sort.

je suis toujours stupéfaite par les « petites phrases », à propos desquelles les medias fabriquent de toutes pièces un scandale, sans matière véritable pour cela.

 
Par discoboy
10H30    14/04/2008

Dans un pays où dieu est omniprésent(écoles,tribunaux,serment du président sur la bible et même des fois prières publiques organisées par des gouverneurs pour que tombe la pluie),il faut s’avoir si c’est une maladresse ou une provocation de la part du sénateur Obama.

Mais il faut se rappeler que John Ashcroft ,lorsqu’il s’était vu attribuer la justice par George W Bush,avait installer la table des dix commandements à l’entrée de son ministère.Celle-ci avait été retirée sous la pression de citoyens(l’American Civil Liberties Union) qui voyaient d’un mauvais oeuil ce rapprochement entre la religion et la justice.Ce qui avait,déjà, provoqué un débat sur la religion dans les institutions.

 
Par I.P
11H26    14/04/2008


je n’ai pas une sympathie immodérée pour Obama, je lui préfère Hillary malgré tous ses défauts, mais là, vraiment, ce qu’il a dit ne me semble pas si choquant ou scandaleux…

Parceque vous ne venez pas d’un pays ou « athée » est considéré comme une insulte.

 
11H55    14/04/2008

Ségo et Obama: in-com-parable à tout point de vu.
-Communication: maîtrise d’Obama, parfait orateur et soutenu par Michelle parfaite oratrice elle aussi.
Ségo, torpillée par les éléphants plus que par la droite, mélange avec des problèmes personnels de couple, surfe raté sur un vote féministe qui n’existe pas en France, posture de victime face aux médias et toutes les questions considérées comme sexistes.
-Programme politique: vu d’ici connaît-on celui d’Obama?
Ségo et son pacte présidentiel…un fouillis de bonnes intentions et une mesure aussitôt dénoncée après les élections sur les plateaux TV, le smic à 1500€, brut ou net ?…
-Histoire perso: rien de commun ou alors nous avons tous en commun de nous battre pour accéder à une position sociale au moins égale à celle de nos parents voir au-dessus (actuellement cela demande 2 à trois générations).

 
Par acteon54
11H57    14/04/2008

Ce n’est pas ce que j’appelle une bourde !!!

C’est peut-être une maladresse, mais sur le fond la raisonnement tient la route.
C’est-ce pas la misère qui pousse à l’amertume, à la peur de l’autre, donc de l’étranger, donc à l’amour du flingue, et au repli sur des valeurs religieuses qui semblent rassurantes ?

Mais dire cela dans un pays qui est à la limite de la théocratie, voue un culte aux armes à feu et pratique le communautarisme, était-ce bien joué politiquement ?…

Maladresse électorale, erreur de communication, oui, bourde, certainement pas !