"Obama n'a pas gagné à Harlem, mais dans l'Iowa!"

Euphorie dans le quartier noir de New York, où étaient réunis des partisans du candidat à l'investiture démocrate.

Partisans d'Obama au Moca Lounge d'Harlem (Pierre Mendy)

(De New York) Vous vous rendez compte ? Un type qui s'appelle 'Obama' premier ! ... Et il n’a pas gagné à Harlem, il a gagné dans l’Iowa ! Bill Perkins, sénateur noir élu à la législature de l’état de New York, enlève son chapeau en arrivant au Moca Lounge, à Harlem. Oui, lui, il l'avait soutenu. Il avait même été le premier du Congrès de l'Etat à se rallier publiquement à Obama. Mais de là à ce que l'Iowa, à 97% blanc, en fasse autant ! Dans ce bar de New York où l'association Harlem pour Obama avait prévu de regarder les résultats des caucus de l'Iowa, personne n'y croyait vraiment quelques heures plus tôt. On espérait qu'Obama se place en bonne deuxième position. On ne s'attendait pas à pleurer de joie. Pour Bill Perkins :

Avec ça, on va pouvoir convaincre tous ceux qui doutaient... La nomination est déjà gagnée ! Tous les Harlems du pays ont gagné ce soir !

A y regarder de plus près, même à Harlem, ce ne fut pas aussi simple que cela. A l'époque de l'entrée en campagne de Barack Obama, un chroniqueur noir écrivait qu'il ne se reconnaissait pas dans ce candidat noir. En effet, le sénateur de l'Illinois n'est pas afro-américain mais africain et américain : de père kenyan et de mère blanche du Kansas. Comme il l'observe dans son autobiographie, Dreams from my Father , il a grandi à Hawai et n'a pas connu le racisme du Sud ou les ghettos du Nord des Etats-Unis. Ce soir au Moca Lounge, on en rigole, on accuse les médias d'y avoir accordé trop d'importance. Mais quand Obama, dans son discours, a remercié sa femme Michelle, une noire américaine de Chicago, la salle rivée à l'écran de télé s'est déchaînée en un tonnerre d'applaudissements.

Plus que son parcours atypique, le principal handicap d'Obama à Harlem, note Alima Berkoun, qui y habite depuis douze ans, c'est que personne ici ne le connaissait :



Mais le candidat à l'investiture démocrate est rapidement devenu une star, rappelle Bill Perkins :

Quand il est venu faire un discours à l'Apollo Theatre, c'est comme si James Brown était rescussité ! La queue s'étendait sur plusieurs pâtés de maison... Rien à voir avec la venue d'Hillary !

Un voisin influent nommé Bill Clinton

Car ce n'est pas seulement en Iowa que les supporters d'Obama ont craint la rivalité de la sénatrice de New York, mais aussi à Harlem. Après avoir quitté la Maison Blanche, l'ex-président Bill Clinton a en effet installé ses bureaux à quelques rues au nord de ce bar. Il était déjà populaire auprès de l'électorat noir, le geste en a fait une vedette du quartier (même si, rappelle-t-on chez les Obamaniaques, il est venu sur la 125e rue parce qu'on lui a refusé un bureau sur la 57e dans le centre de Manhattan).

C'est Charles Rangel, octogénaire noir et héros de Harlem, qui avait convaincu Bill Clinton de s'y installer. Resté fidèle aux Clinton, Rangel s'est rallié à Hillary. Les supporters d'Obama ont donc ramé pour trouver des soutiens à Harlem, note Alima Berkoun :



Alima se sent désolée pour Rangel. Je suis sûre qu'il est malgré tout très ému ce soir à l'idée de la victoire d'Obama. »

Supporters d'Obama au Moca Lounge d'Harlem (Pierre Mendy)

Quant à ce qu'il reste de la popularité de Bill Clinton, que l'écrivaine noire Toni Morrison avait surnommé le premier président noir , Bill Perkins explique qu'il n'est aujourd'hui qu'un riverain de Harlem . Bill Clinton n'était pas noir ! , rigole Diane Dean, 58 ans. Elle trouve que Bill était déjà trop centriste, et à en juger ses votes au Sénat, Hillary semble encore plus conservatrice » .

La charisme, ce n’est pas transmissible , décoche de son côté Alima Berkoun, en référence aux discours notoirement plus laconiques d'Hillary Clinton :



La femme du président est troisième

Quand on l'entend, dans son discours post-scrutin, parler de politique en disant : J'ai fait ça pendant trente-cinq ans , une femme s'étrangle au comptoir devant ses mini-hamburgers. Elle veut nous faire croire qu'elle a été présidente... » Karen Slanicka, la trentaine, appartient plus aux anti-Hillary qu'aux fans d'Obama : Elle n'a jamais rien fait , l'assassine t-elle. Un repproche que lui fait également Alima Berkoun :

A la télé, un analyste politique répète en boucle que la femme du président est troisième . C’est fini, elle ne pourra plus présenter sa nomination comme quelque inéluctable » , se réjouit Michael Washington, l'homme qui a pris en charge l'association Harlem for Obama. Il fait circuler des feuilles d'inscription pour les bénévoles prêts à se mobiliser pour la campagne :

Il faut que vous soyez à 7h00 du matin à distribuer des tracts à la sortie du métro, surenchérit Bill Harkins, si vous ne pouvez pas, 7h30 ira aussi.

Après l'annonce de la victoire d'Obama, au Moca Lounge (Pierre Mendy)

Des fiches d'inscription pour sympathisants sont posées à côté des flyers des lundis martini du bar. Maintenant, il faut aussi gagner la primaire de New York. Sur l'air de New York, New York » , quelqu'un chante If you can make it in Iowa, you can make it anywhere . Si vous pouvez y arriver en Iowa, vous pouvez y arriver n'importe où.

Photos : Pierre Mendy/Harlem 4 Obama


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Don Matito
22H36 04/01/2008
Et bien, oui. Sortez de votre anti-américanisme primaire, renseignez-vous sur Obama. Il est entousiasmant de nouveauté : il est le seul candidat à offrir une perspective différente, moins américano-centrée, valorisant la diplomatie au dela des postures guerrieres ("bragging" dans les medias américains). Il propose de discuter avec les syriens et les iraniens, une etape indispensable pour l'Irak, le Liban et la Palestine. Il défend une couverture maladie universelle, comme les autres démocrates. Il s'oppose aux lobbyistes et aux grosses corporations, à la manière d'un John Edwards, pour favoriser les entrepreneurs et les employés. Sortez de vos reflexes et vos dogmes, renseignez-vous ! Par exemple, la lecture du blog dailykos, en anglais, ou le blog sur la presidentielle USA de 20minutes.fr, sont extrement interessantes.
 
Don Matito
22H38 04/01/2008
C'est une lecture tres francaise, que je partage aussi, mais il faut comprendre que les Etats-Unis sont une société différente. Parler de la couleur de la peau ou de l'origine ethnique n'est pas tabou. Et effectivement, on pouvait craindre que des "relents" de racisme gènent la candidature d'Obama dans les etats comme l'Alabama, ou le Sud en général. Avoir gagné dans l'état le plus "blanc" des USA est un gros argument qui crédibilise sa campagne.
 
renlog
22H46 04/01/2008
Bush élu deux fois ne prouve rien du tout. Le paysage politique, culturel et social est beaucoup plus fluide et dynamique aux States qu'en Europe. La coalition conservatrice créée par Karl Rove (et qui avait permis l'élection de Bush) a depuis éclaté le long de ses lignes de fracture naturelles. Alors que les Démocrates n'ont que l'embarras du choix pour leurs candidats, aucun candidat républicain ne parvient à faire l'unanimité des diverses tendances conservatrices. Par ailleurs, tous les sondages indiquent que la population, tous partis confondus, est préoccupée par l'économie et la catastrophe ambulante qu'est l'état des assurances santé, or ces sujets sont traditionnellement le point fort des Démocrates et même les Républicains font plus confiance à un Démocrate pour les résoudre (pour la sécurité, c'est l'inverse). (entre parenthèses, j'ai le droit de vote aux USA)