
Les cinq nouveaux points faibles de Barack Obama
Grosses gaffes, petits mensonges, positions floues : quinze mois de campagne ont montré des failles inattendues du candidat.

En entrant dans la course à la Maison Blanche il y a un an et demi, le candidat Barack Obama semblait un peu trop noir et un peu trop jeune. Aujourd’hui, il n’a jamais été plus près d’emporter l’investiture du parti démocrate, mais quinze mois de campagne ont révélé de nouvelles faiblesses.
Gaffes et exagérations.
Pendant cette longue campagne des primaires, le candidat Barack Obama a commis trois sortes de boulettes : les erreurs type « ça fait longtemps que j’ai pas eu une vraie nuit de sommeil », les approximations du genre « je patauge encore un peu dans les dossiers », et les exagérations style « ma biographie serait encore plus forte racontée comme ça ».
Le premier groupe est le plus susceptible de lui être pardonné. Comme par exemple quand il se vante d’avoir déjà sillonné les 57 Etats américains, ou lorsqu’il se trompe dans les noms de ville où il est campagne (Comment ça va à Sunshine ? dit-il à Sunrise en Floride).
Le deuxième est plus préjudiciable parce qu’il nourrit les attaques de ses adversaires qui l’accusent de manquer d’expérience. C’est lorsqu'en Oregon, il place l'Iran parmi les pays qui ne posent pas une menace sérieuse, parce que, comparé aux Etats-Unis, ils ont des petits budgets militaires.
Ou lorsqu’il se dit prêt à rencontrer le président vénézuélien Hugo Chavez tout en prêchant l’isolation et des sanctions pour tous les gouvernements qui soutiennent les Farcs… Une machine à gaffes selon Jake Tapper, d'ABC News.
La troisième catégorie de boulettes est problématique, parce que Barack Obama a fait de son histoire personnelle hors-norme un thème de sa campagne et qu’il bénéficie, à la différence d’Hillary Clinton, d’une réputation d’honnêteté.
A peine remarquée, l'enquête remarquable du Chicago Tribune qui, se penchant sur sa jeunesse, n’a pas pu trouver de preuves de certains détails. Plusieurs des histoires qu'il raconte souvent ne se sont sans doute pas produites de la façon dont il les raconte.
Par exemple, Obama dit avoir découvert le racisme avec une photo publiée dans Life d’un noir qui s’est blanchi la peau chimiquement… Photo que le magazine n’a jamais publiée. En campagne en Alabama, il cite des événements de l’histoire des droits civiques qui ont influencé sa naissance… qui a en fait eu lieu quatre ans plus tôt.
Il remercie les Kennedy parce que c’est grâce à des vols instaurés entre le Kenya et les Etats-Unis par le président John F. Kennedy que son père a pu venir aux Etats-Unis (son père est en fait arrivé avant les fameux vols). Dernier dérapage dans la catégorie : l’idée que son oncle ait participé à la libération d’Auschwitz… camp de concentration libéré par les soviétiques (son grand-oncle a en fait participé à la liberation d’un autre camp).
Rien de bien grave à chaque fois, mais assez de petits arrangements pour se demander si Obama n’est pas enclin à enjoliver son roman personnel.
Le candidat des élites.
Qui aurait cru il y a un an et demi qu’un candidat noir serait accusé d’élitisme ? Hillary Clinton ne manque pas une occasion de le souligner : elle obtient de meilleurs resultats que Barack Obama auprès de l’Amérique (blanche) d’en-bas.
Le sénateur d’Illinois bat sa rivale à plate couture auprès de l’électorat diplômé et des électeurs aux revenus les plus élevés.
Plusieurs gaffes ont alimenté cette image : qu’il se soit indigné en plein Midwest du prix de la roquette dans les magasins bios, et surtout sa remarque -typique “bourde d’intello”- avant les primaires de Pennsylvanie sur les pauvres, qui par amertume économique, “s’accrochent aux églises et aux armes à feu”, a été récupérée par ses détracteurs pour le présenter comme un homme condescendant et ignorant de l’Amérique profonde.
Ce sont ces difficultés avec l’électorat “à col bleu” -ces “Reagan Democrats” que se disputent les deux partis- qui lui ont fait perdre la Pennsylvanie et l’Ohio, deux terrains de bataille stratégiques en novembre, et le placent derrière McCain dans les sondages du Michigan, l’Etat de l’industrie automobile, que le démocrate John Kerry avait pourtant emporté en 2004.
L'église.
Dans un pays où l'engagement religieux compte beaucoup, Barack Obama doit corriger les rumeurs qui font de lui un musulman (11% des Américains le croient) tout en prenant ses distances avec les pasteurs dont il parlait autrefois comme de ses guides spirituals.
Dès son entrée en campagne, des rumeurs ont dit qu’il avait fréquenté une madrasa à l’époque où, enfant, il vivait en Indonésie (il était inscrit dans une école publique).
Fils d’un père musulman (mais qui ne l’a pas élevé) et d’une mère qui gardait ses distances avec la religion, Obama est devenu chrétien sur le tard, en rejoignant la Trinity Church de Chicago à un moment où, activiste social, il cherchait à réaffirmer ses liens à la communauté noire de la ville.
Après les controverses liées aux sermons incendiaires de son pasteur Jeremiah Wright, Obama a décidé dimanche de quitter la Trinity Church de Chicago (il choisira sa prochaine paroisse après les élections de novembre). Une semaine plus tôt, un prêtre invité dans cette même église avait ravivé la controverse en démolissant Hillary Clinton dans son sermon.
“Je crois vraiment qu’elle s’est toujours dit : ça m’appartient, je suis la femme de Bill, je suis blanche et tout ça m’est dû. Je n’ai qu’à me lever pour prendre ma place. Et tout à coup elle entend “je suis Barack Obama” et elle dit “mince, tu sors d’où ? Je suis blanche, j’y ai droit. Il y a un Noir qui me vole la vedette…”
Une catastrophe pour Barack Obama et ses discours porteurs de promesses de réconciliations raciales.
Candidat noir ou candidat des Noirs ?
Pendant un an et demi de campagne des primaires, les insinuations réductrices des Clinton (“bien sûr il aura le vote noir” disait Bill) et la controverse Jeremiah Wright ont accroché une image de candidat des Noirs à Barack Obama qui, avait lui, tout fait pour échapper à cette étiquette et se présentait en candidat en candidat d’une Amérique post-raciale où les tensions entre les groupes ethniques sont les reliquats du passé.
Des hésitations sur l’Irak.
La campagne des primaires a écorné l’image d’un homme qui avait une position de principe contre la guerre en Irak.
Barack Obama a bien tenu un discours opposé “aux guerres stupides” en 2002. Il était alors élu en Illinois d’un district essentiellement composé de minorités (l’électorat noir, à la différence du reste de l’Amérique, a toujours été opposé à la guerre en Irak).
En 2004, quand il briguait le siège de sénateur d’Illinois, il a dit avoir pas beaucoup de différences avec George Bush sur le sujet irakien et le discours anti-guerre de 2002 a disparu de son site Internet. Bill Clinton l’a rappelé à plusieurs reprises pendant la campagne.
Aujourd’hui, le candidat républicain John McCain lui propose, condescendant, de l’accompagner en Irak, pour qu’il comprenne mieux ce qu’il s’y passe. Le parti républicain compte les jours depuis la dernière visite d’Obama en Irak (en 2006)…
De nouveaux atouts dans son jeu
Bien sûr, à côté de ces vulnérabilités qui ont émergé de la campagne, Barack Obama a aussi marqué des points sur des terrains inattendus.
Il a rallié des poids lourds du parti, obtenu d’excellents resultats et dopé la participation électorale dans des Etats qui semblaient perdus pour les démocrates (Virginie, Colorado, Georgie, Mississippi, Louisiane…)
Sa jeunesse qui en ferait un candidat inexpérimenté ? C’est aussi une force face à un adversaire dont l’âge avancé (71 ans) est une source intarissable de quolibets (allez voir par exemple ce site qui fait la liste de tout ce qui est plus jeune que John McCain.)
Si, comme attendu, Barack Obama est en mesure d’annoncer sa victoire entre mardi et jeudi, la ténacité d’Hillary Clinton lui rendra service, il deviendra le candidat qui a battu “la machine des Clinton”, une sacrée médaille sur la scène politique américaine.
Et il y a fort à parier qu’Hillary Clinton, soupçonnée d’avoir affaibli le candidat présumé en restant en course contre toutes chances mathématiques, se démènera en campagne pour avoir raison des ressentiments de ceux du parti qui ne lui pardonnent pas les dégâts causés.
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(« Comment ça va à Sunshine ? » dit-il à Sunrise en Floride).
Sixieme point faible : il aurait fait sa campagne entierement sous acide :
-Comment ça va , à yellow sunshine ?
Je ne suis pas d’accord avec vous sur « la médiocrité générale des candidats à la position suprême dans le pays le plus puissant du monde ».
Ces personnes sont des êtres humains et ont le droit à l’erreur. Quand il s’agit d’une phrase mal formulée ou mal comprise, je ne vois pas le mal ; je ne crois pas que celà change quelque chose à leur politique sur le long terme.
Je ne crois pas qu’il soient plus médiocres là-bas qu’ici ou ailleurs.
Et puis, il ne faut pas oublier qu’on (la presse et les électeurs) les pousse à la faute en continu. A toujours guetter le petit truc qui fera des mécontents, ou ridiculisera le candidat, on les enferme dans un jeu où ils se contredisent pour essayer de ne froisser personne.
C’est l’électorat qui réclame du storytelling, ça me paraît normal qu’Obama (comme les autres) essaie d’enjoliver un peu son existence.
Tout à fait d’accord.
Une bonne synthèse de ce que la presse américaine écrit sur le sujet qui dans son obsession d’être « fair and balanced » reprend finalement pas mal des arguments des équipes de communications des opposants; on aurait pu y ajouter le problème latino et le vote juif pour être tout à fait complet. Mais bon ça laisse sur sa faim.
Bizarres tout de même ces journalistes américains qui cherchent à équilibrer leur couverture des petites phrases ou des exagérations en mettant du coup sur le même plan Obama et Clinton. Pourtant rien de comparable entre l’erreur concernant son oncle libérateur de Buchenvald et non d’Auschwitz et l’histoire d’Hillary Clinton arrivant sous les balles des snipers à Sarajevo. Dans le premier cas une erreur factuelle touchant à une histoire attestée (étourderie ou méconnaissance) touchant un tiers, dans l’autre une affabulation répétée et grossière sur un événement vieux de dix ans seulement et la concernant directement.
A noter aussi que la plupart des « erreurs » d’Obama ne sont pas de son fait mais relèvent plutôt de ce qu’on appelle « guilt by association » (coupable par association): il tient un discours de réconciliation raciale mais pas son ancien pasteur, ni le prêtre catholique invité à parler dans l’église qu’il fréquente.
Alors recherche d’objectivité, souci d’équité, effet de dramatisation ou paresse? C’est vrai que ces pauvres médias sont à la fois la cible de Bill Clinton qui les rend en partie responsables de la défaite de sa femme, de pas mal d’observateurs qui ont notamment critiqué la conduite des débats télévisés (axés justement sur ces controverses), et qu’une critique récurrente vise leur suivisme de la guerre en Irak (avec les révélations d’un ancien conseiller, ils sont eux-mêmes soumis à la critique).
Un billet sur l’état du journalisme politique américain, ses « faiblesses » auraient peut-être été plus original.
Quitte aussi à parler des très bons articles. Ainsi sur les rumeurs faisant de BaraCk Obama un musulman apostat - je ne sais pas s’il est très pertinent de revenir une fois de plus sur ces rumeurs sans prendre le temps de les démonter avec précision- voici un lien vers un article du NYT qui fait ce travail et rappelle que le journalisme américain objectif et d’investigation existe encore:
http://www.nytimes.com/2008/06/01/opinion/01pubed.html?_r=2&oref=slogin&…
Pourquoi rue89 refuse de faire une évaluation critique du candidat - son programme, ses actions, et ses avis politiques – plutôt que parler stratégie à la manière des médias du « mainstream » ? Votre reportage est très peu informatif. Par exemple, dans votre discussion de la guerre en Irak, vous ne mentionnez pas du tout le fait que Barack Obama souhaite augmenter le nombre de personnel militaire en général et laisser 60,000-80,000 en Irak, sans compter les mercenaires du secteur privé.
Je tiens à citer ses remarques au sujet du racisme – pas « endémique », sélon Obama - et de l’Islam : dans son discours de Philadelphie, il critiquait les propos du Reverend Wright :
« Au contraire, elles expriment une vue déformée de ce pays, une vue selon laquelle le racisme blanc est endémique : et qui met tout ce qui est mal en Amérique au dessus de ce que savons bien comme juste en Amérique ; une opinion qui voit les conflits du Moyen Orient enracinés d’abord dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les voir dans l’idéologie perverse et haineuse de l’Islam radical. »
Toujours la faute de l’Islam, même quand les actions d’Israël constituent la punition collective? Pour Obama, oui : comme sénateur, il avait exhorté le représentant États-unien à l’ONU d’opposer une condamnation du blocus de Gaza, et de mettre l’accent plutôt sur les tirs contre Israël.
Et je vous informe encore une fois que votre graphique des candidats est complètement erroné, car vous listez des candidats – Biden et Dodd – qui se sont retirés des primaires avant des candidats qui ne font pas partie de la liste, notamment Dennis Kucinich et Mike Gravel.