Le gouverneur et la prostituée : scandale mode d'emploi

Eliot Spitzer et sa femme, lundi (Shannon Stapleton/Reuters)

On l'appelait le shérif de Wall Street. Eliot Spitzer, gouverneur démocrate de l'Etat de New York, serait le » client numéro 9 » d'un réseau de prostitution démantelé la semaine dernière. A l'intersection du sexe et du pouvoir, l'affaire a tout pour faire grand bruit aux Etats-Unis. Elle déboulonne une icone : l'incorruptible Spitzer, ancien procureur, pourfendeur de tous les réseaux mafieux, et de ceux de la prostitution en particulier. L'affaire, qui éclate en pleine campagne électorale, embarrasse la candidate à la Maison Blanche Hillary Clinton, sénatrice de New York. Mode d'emploi du scandale.

Comment Eliot Spitzer s'est-il trouvé mis en cause ?

C'est d'abord une enquête de l »IRS (les services fiscaux) qui a mis le FBI sur la piste de transferts d'argents suspects réalisés par Eliot Spitzer. Ils avaient d'abord cru à une affaire de corruption, ou de financement illégal de partis politiques, avant de découvrir le destinataire de ces fonds, l' » Emperor Club VIP » , un club de call girls.

Le dossier de la police fédérale américaine, constitué à partir de 5000 écoutes et copies de SMS, contient entre autres des extraits d'un enregistrement du » client numéro 9 » organisant un rendez-vous dans un grand hôtel de Washington avec » Kristen » . Il dit avoir envoyé son acompte » comme dans le passé » . » Kristen » appelle son agente au club d'escortes après le rendez-vous. Elle a récupéré 2700 dollars qu'il devait encore, et un acompte de 1600 dollars sur la fois suivante.

Est-ce que c'est grave ?

 » Un homme marié va voir une prostituée… en Europe, ça ne ferait même pas la dernière page des journaux.. » Alan Dershowtiz, célèbre professeur de droit iconoclaste d'Harvard, qui a compté Spitzer parmi ses étudiants, a défendu le gouverneur de New York sur MSNBC.

Pour le moment, Eliot Spitzer n'a été inculpé de rien. Le sera t-il ? D'un point de vue légal, le » numéro 9 » a payé Kristen pour prendre le train de New York à Washington. Or, transporter des prostituées d'un Etat à l'autre constitue un crime fédéral. D'autres questions risquent d'être soulevées qui pourraient prêter à des accusations. Par exemple relatives à l'utilisation de l'argent du contribuable (si les services de sécurité de Spitzer l'ont couvert et étaient dans l'hôtel par exemple).

C'est surtout en terme d'image que l'affaire est désastreuse. » C'est comme d'apprendre que Mère Teresa a accepté des pots de vin » , résume un prof de droit au Financial Times. Eliot Spitzer s'est construit une image de Monsieur Propre à l'époque où il était procureur de New York. Essentiellement connu pour avoir fait le ménage à Wall Street, il a, pendant ces années, démantelé deux réseaux de prostitution à New York, dont l'un a conduit à 18 arrestations.

Etoile montante du parti démocrate, ce n'était un secret pour personne que si, après ses années de proc, il s'était présenté au siège de gouverneur (il a été élu très haut la main) plutôt qu'à la mairie de New York, c'est qu'il cultivait des ambitions nationales.

Or, les documents du FBI sont bourrés de détails salaces qui risquent de brouiller son image de champion de l'intégrité. Entre autres, l'agente de la call-gril la prévient qu'il s'agit d'un client » difficile » qui » pourrait vous demander des trucs que vous pourriez trouver peu sûrs » . La presse américaine relève déjà qu'il est sorti son hôtel le 14 février, le jour de la Saint-Valentin. Plus qu'un crime, une faute de goût !

Comment Eliot Spitzer a t-il réagi ?

Par une conférence de presse express, lundi, dans laquelle il s'est excusé d » » avoir manqué à ses obligations envers sa famille » :




Le Washington Post décrypte à merveille à quel point les excuses post-scandale sexuel sont toutes formatées sur le même modèle. La présence de l'épouse (sinon ça fait coupable), l'expression de remords tout en donnant l'impression qu'on contrôle la situation, le départ de la pièce avant les questions des journalistes. Un spectacle que les téléspectateurs regardent, fascinés d'apprendre que ces gens-là vivent des vies » aussi troublées que les nôtres » .

Quels sont les détails inutiles et croustillants ?

Le » Emperors Club VIP » , où Spitzer faisait ses courses, se flattait sur son site Internet (fermé depuis) d'un catalogue de » modèles » mariant » beauté, élégance, érudition et un bon niveau d'éducation » . Le club notait ses call-girls sur une échelle de un à sept diamants. Les plus diamantées coûtaient 5500 dollars de l'heure.

Les clients, qui payaient par carte de crédit, étaient, sur leur relevé de compte, officiellement facturés par » QAT consulting » . Les enregistrements du FBI comptent d'ailleurs des questions de clients demandant ce qu'ils doivent dire à leur comptable.

Eliot Spitzer est descendu au Mayflower sous le nom de George Fox, ami de longue date et contributeur de ses campagnes.

Dans ses conversations avec l'agente du club, » Numéro 9 » se dit d'abord enchanté qu'on lui attribue Kristen… avant de demander qu'on lui rappelle à quoi elle ressemble ( » très jolie » , 48 kilos, 1m65).

A quoi peut-on s'attendre maintenant ?

Politiquement, si Spitzer démissionne, il sera remplacé par David Paterson, qui deviendra le premier gouverneur noir de New York. Pour la présidentielle, Spitzer est un » super délégué » théoriquement convoité. Obama et Clinton risquent de courtiser son vote avec des pinces à linge sur le nez. A défaut de nouvelles infos, les chaînes risquent de multiplier les » nos plus beaux scandales sexuels » avec les images de Bill Clinton post Lewinsky dont Hillary se passerait bien.

Dommages collatéraux déjà observés : un crash du site du New York Times, à l'annonce de son scoop, et des touristes se précipitant au Mayflower pour prendre la chambre 871 en photo.

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Abdelkrim Bourguignon

De Abdelkrim Bourguignon

Bras Gauche de Jeanne Calmant | 20H08 | 11/03/2008 | Permalien

Moi il me fait penser à Larry Craig, ce sénateur bien-pensant républicain religieux qui a dévoué toute sa vie à combattre l'homosexualité et qui s'est fait prendre dans l'aéroport d'Atlanta en train de faire des avances à un autre homme qui s'est avéré être…Un flic !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Larry_Craig#Controverse

Portrait de Les Chats

De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 21H20 | 11/03/2008 | Permalien

etonne n'a pas lu l'article non plus ?
Quand même, une autorité gouvernementale qui lutte contre les réseaux de prostitution, un monsieur propre qui a envoyé en prison des personnes de ces réseaux, en devient client vous trouvez ça normal ?
Alors demain notre ministre des finances pourra planquer du fric dans un paradis fiscal.
Quand je dis que certains mecs sont vraiment grave, un problème pour le pays. Vive la parité obligatoire.

Portrait de Les Chats

De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H38 | 11/03/2008 | Permalien

Si machiavel emploie le terme « dame de joie » alors il faut dire à « l'heure de la collation » et non du goûter ; -))

Portrait de zadig

De zadig

07H05 | 12/03/2008 | Permalien

Allez une devinette :

Imaginons une affaire du même genre en France.

Un important (très) important personnage de l'état est
compromis dans une affaire de ce genre.

Que devient l'enquête ?

Portrait de juliettelucie

De juliettelucie

Agitée du bocal | 09H10 | 12/03/2008 | Permalien

Je suis étonnée par le nombre de personnes commentant ici réduisant cette histoire à « il trompe sa femme, ça nous regarde pas ». Cette homme va voir des prostituées et leur demande des relations non-protégées ! La prostitution, c'est devenu normal ? Ce n'est plus quelque chose qu'il faut combattre ? Les relations sexuelles non protégées, ça a cessé d'être dangereux ?
Au delà de son hypocrisie, cet homme est dangereux, pour les prositutées, et aussi pour sa femme qu'il aurait pu contaminer avec n'importe quelle saloperie. Alors non, ce n'est pas « juste coucher ailleurs ». C'est bien plus grave.

Portrait de félicité-mafoi

De félicité-mafoi

10H05 | 12/03/2008 | Permalien

L'humiliation que ce sale type fait subir à sa femme en l'obligeant à être présente lors de sa conférence de presse me boulverse. Ces hommes politiques qui la plupart du temps sacrifient femme et enfants à leur soif de pouvoir sont minables.

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