John McCain : plus faucon que Bush mais chéri des démocrates

McCain dans le Michigan le 12 janvier (Shannon Stapleton/Reuters)

Il a demandé que plus de troupes soient déployées en Irak et assure que la stratégie américaine actuelle y est un succès. Il réclame une augmentation de la taille de l'armée américaine. Il est opposé au droit à l'avortement. Il rappelle son soutien au président George W. Bush. Et pourtant les démocrates ont facilement un petit faible pour John McCain, 71 ans, cheveux blancs rassurants, grand favori des candidats républicains à la présidentielle depuis sa victoire, mardi en Floride, et le ralliement annoncé de Giuliani à sa candidature.


 
Giuliani devrait se désister pour McCain
Le sénateur de l'Arizona John McCain a recueilli 36% des suffrages lors de la primaire républicaine de Floride, contre 31% à Mitt Romney. L'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, arrivé troisième, devrait se désister au profit de McCain, son ami.
Côté démocrate, Hillary Clinton est arrivée largement en tête de la consultation (49% des voix contre 30% pour Barak Obama), mais ces résultats ne seront pas pris en compte, la Floride ayant été sanctionnée par le parti pour avoir avancé la date d'organisation de la primaire.

On l'a vu dans le New Hampshire, lors de deux débats télé où les candidats républicains et démocrates se sont succédé sur le même plateau. Dans ce chassé-croisé d'ennemis jurés, Hillary Clinton s'est précipitée sur John McCain comme sur le moins infréquentable du lot. En meeting électoral, elle mentionne ses voyages avec lui en Irak : ( » ce qui s'est passé sur la route reste là-bas » , clin d'oeil, clin d'oeil…). Bill Clinton  » confie » à CNN qu' » Hillary et John McCain sont très proches » et qu'ils sont tellement gentils l'un avec l'autre, qu'un débat entre eux risquerait d'endormir les spectateurs.

En 2004 déjà, John Kerry croyait qu'il marquerait des points en laissant entendre que le sénateur d'Arizona pourrait trouver sa place dans son gouvernement. Car John McCain est populaire au delà de son parti. Il recueille aujourd'hui 59% d'opinions positives auprès de l'ensemble des Américains, un score énorme pour un républicain aujourd'hui.

 » McCain ou Obama » …

Dans le New Hampshire qui tenait des primaires ouvertes (on peut voter pour quelqu'un d'un autre parti que le sien), j'entendais des démocrates hésiter » entre McCain et Obama » . Cette semaine encore, dans New York Magazine, l'écrivain chroniqueur Kurt Andersen conclut que » si le choix (de la présidentielle) doit se faire entre McCain et Clinton, je ne suis pas sûr que je ne voterai pas républicain à des présidentielles pour la première fois de ma vie » .

Qu'est-ce qui attire donc les démocrates chez cet homme souvent plus faucon que George Bush en politique étrangère ? D'abord sa réputation d'intégrité qui tient à ses pavés lancés dans son propre parti. Lorsqu'il s'est présenté (sans succès) à l'investiture de son parti en 2000, McCain a reproché à Pat Robertson et au révérend Jerry Falwell, deux grandes figures de la droite chrétienne, d'être des » agents d'intolérance » . Il a été parmi les premiers à critiquer la politique de Donald Rumsfeld lorsqu'il était secrétaire à la Défense. Ancien prisonnier de guerre pendant la guerre du Vietnam, il s'est élevé au Congrès contre tout ce qui ressemblait à de la torture. Il a voté contre le plan de baisse d'impôts de Bush en 2001 et 2003, assurant que le pays ne pouvait pas se le permettre.

Parler vrai

Aujourd'hui, comme en 2000, il bat la campagne à bord de son bus le » straight talk express » (le parler vrai). Il en est descendu à Detroit ce mois-ci par exemple pour promettre que » les anciens emplois de l'automobile ne vont pas revenir » (curieusement, il a perdu le Michigan).

McCain a aussi la réputation de pouvoir travailler au Sénat avec des élus qui ne sont pas de son bord. Avec le sénateur démocrate du Wisconsin Russ Feingold, il a fait adopter une loi encadrant le financement des campagnes électorales (pas digérée par une partie du parti républicain). Il a aussi été co-auteur avec le réputé très à gauche Ted Kennedy d'un projet de loi (jamais adopté) sur la régularisation des 12 millions d'immigrés clandestins aux Etats-Unis, suscitant l'anathème dans son parti où l'on parle plus facilement de fermetures des frontières.

Les ennemis de mes ennemis

Sa popularité auprès des démocrates tient enfin au bon principe selon lequel les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Brisé par George Bush et les méthodes de Karl Rove en 2000 (qui avait notamment fait circuler des rumeurs selon lesquelles il était le père d'un enfant noir illégitime), McCain s'était attiré la compassion d'anti-Bush en 2000. Aujourd'hui encore, il est haï par toute une frange du parti républicain : l'ex-chef de file des républicains à la Chambre des représentants Tom Delay a déjà déclaré qu'il n'était pas sûr de voter aux présidentielles si McCain était le candidat républicain. L'animateur de talk-show de droite Rush Limbaugh a prédit qu'un McCain nominé allait » détruire le parti républicain » . Rien que de quoi le rendre sympathique à un démocrate.

Un conservateur pur beurre

John McCain est pourtant bien à droite. Depuis son échec de 2000, il a compris qu'il avait besoin de la base du parti. Le révérend Jerry Falwell, ancien » agent d'intolérance » ? Il est allé faire un discours à la remise des diplômes de sa très conservatrice Liberty University en mai 2006. S'il avait été gouverneur du Dakota du Sud, il aurait été prêt, en 2006, à signer le projet de loi de l'Etat interdisant l'avortement. Il s'est aussi dit favorable à l »enseignement de l' » intelligence design » , version sophistiquée du créationnisme, aux côtés de la théorie de l'évolution.

Le programme de baisse d'impôts de Bush ? Il le soutient à présent. Et il a durci le ton face à l'immigration clandestine. Quant au président, il rappelle dans les débats qu'il faut lui rendre crédit quand sa stratégie marche en Irak, ce qui serait le cas actuellement.

Dans son livre L'audace de l'espoir, Barack Obama observe qu'en politique, on garde ses étiquettes indéfiniment. Il note qu'il reste » l'étoile montante » tandis que McCain garde son label » maverick » (indépendant, non conformiste). Le site de gauche d'analyse des médias Mediamatters s'étonne que les journalistes perpétuent cette image du sénateur conservateur.

La victoire de Floride pourrait être l'occasion d'un autre regard sur McCain, maintenant qu'il a pris la tête du champ républicain (ne comptez pas sur nous pour écrire que McCain a la frite) et qu'il semble bien parti pour être le candidat républicain aux prochaines présidentielles.

2 commentaires sélectionnés

Portrait de Pierre Esselinck

De Pierre Esselinck

Etudiant ingénieur nomade | 08H40 | 30/01/2008 | Permalien

Dire que McCain a failli se faire semer dans la course à l'investiture le mois dernier car il a pris position CONTRE la torture. c'est tout de même ahurissant qu'un candidat ait à prendre position CONTRE la torture… Manifestement aux Etats-Unis cela fait débat car les autres candidats ont expliqués (en évitant le mot torture), qu'avec les terroristes il fallait utiliser des méthodes « musclées ». Le fait d'avoir été torturé durant la guerre du vietnam a du avoir une influence…

J'avais bien à l'esprit ce côté « maverick » de McCain, et je me désole de lire que la campagne le fait encore regresser.

Ce qui rend McCain si séduisant parmi les républicains c'est de regarder ses compétiteurs : l'horreur. Entre le Huckabee creationiste (pour moi c'est rédhibitoire) et Mitt Romney le mormon, thompson l'acteur, et Giulani le maire de la terreur… c'est dur.

Je vous conseille un site marrant (pour ceux qui aiment rire jaune) :
www.electoralcompass.com
Regardez quelles questions sont posées pour vous situer politiquement. Je trouve certaines completement indécentes.

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 09H30 | 30/01/2008 | Permalien

Le McCain de 2008 est bien loin de celui de 2000. Il a fait acte d'allégeance aux theocons, il s'est rabiboché avec Dubya, et il s'est couvert de ridicule en traversant Baghdad en mobilisant des resssources délirantes (un humoriste faisait remarquer qu'avec cette escorte, même Paris Hilton en bikini pouvait traverser la ville à pied sans danger).

Mac avait vraiment touché le fond dans les sondages. A mon sens ne doit sa remontée qu'à des compromis odieux. J'espère pour lui qu'il n'était pas sincère lorsqu'il a apporté son soutien au Discovery Institute mais c'est sur ce coup qu'il a définitivement perdu toute crédibilité à mes yeux.

Dommage. Ce sosie de Chaplin a de l'humour et du talent, mais on ne refera décidemment jamais cette fichue élection de 2000.

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