
« J'ai voté pour Hillary et le 4 novembre, je voterai McCain »

Elles sont deux, un peu provoc', franchement passionnées. Elles remontent la seizième rue de Denver, pancartes Hillary à la main, et disent à qui veut les entendre qu'elles voteront pour John McCain. Un petit attroupement s'est formé autour d'elles. « Allez, on est tous démocrate, on doit faire en sorte que notre parti soit uni » crie quelqu'un. Une autre voix : « Vous n'allez pas quand même voter pour un républicain… vous allez tout foutre en l'air ! »
Bien sûr que si, elles vont le faire. Car elles ne s'habituent pas à l'idée que Barack Obama puisse devenir le candidat du parti démocrate. « Elle a eu plus de votes que lui », s'enflamme Nancy Kivlen, venue de Californie.
Le coup de grâce ? Que Barack Obama ne fasse pas d'Hillary Clinton sa vice-présidente. « Avec Joe Biden, il a choisi un sénateur expérimenté, solide en politique étrangère, qui avait voté en faveur de la guerre en Irak… Il aurait pu prendre Hillary à ce compte-là, s'il tenait à l'unité du parti. »
Nancy Kivlen a été bénévole « dix-neuf mois » pour la campagne d'Hillary Clinton en Californie. Elle est venue à Denver dans l'espoir de rencontrer un maximum de délégués pour leur demander de voter pour sa candidate lors du décompte des voix des délégués, traditionnellement une pure formalité.
Quand on lui fait remarquer qu'Hillary Clinton appelle à voter pour Obama, qu'une équipe de quarante personnes menée par un ancien du team Clinton est chargée, pendant la convention, de s'assurer que ses membres déçus ne sifflent pas Obama pendant son discours, Nancy ne cille pas. « Hillary a son avenir au Sénat à protéger. Elle fait ce qu'elle veut. Elle n'est pas propriétaire de mon vote. »
Dans quatre ans, Hillary reviendra
« Démocrate depuis trente-cinq ans, je vais voter McCain », annonce Bonnie Tierney, militaire en retraite. Elle aussi reproche à Obama de ne pas avoir pris Clinton sur son ticket, surtout depuis qu'on a appris que l'ex-rivale n'a même pas figuré sur sa liste de possibles colistiers. « Le jour où il a pris sa décision, j'ai pris la mienne », dit Bonnie. Mais elle qui se dit « démocrate pure et dure », ça ne la dérange pas la perspective d'un président républicain pour huit ans ? « Non, ce sera quatre ans. Car là, Hillary reviendra. Et les gens verront ce que c'est que le vrai changement. »
Combien sont-elles ces anciennes supporters d'Hillary Clinton qui se disent incapables de voter pour Obama « même s'il était là en face de moi à essayer de me convaincre » ? Difficile à dire. Un sondage du Wall Street Journal indique que parmi les électeurs qui ont voté pour Hillary, 21 % soutiennent McCain aujourd'hui et 27 % sont encore indécis.
Le candidat John McCain connaît leur existence. Le week-end dernier, il a fait diffuser une publicité les caressant dans le sens du poil. « Elle a gagné des millions de votes. Mais elle n'est pas sa co-listière. Pourquoi ? Parce qu'elle a dit la vérité » dit la voix off du spot qui reprend des attaques d'Hillary Clinton contre Barack Obama pendant les primaires.
Quand John McCain annoncera son numéro deux, on verra, s'il choisit un conservateur pour galvaniser la base, ou un centriste pour briguer les déçus par la défaite d'Hillary, quelle idée les républicains se font de ce réservoir de voix potentielles. « McCain nous manipule certainement un peu, mais au moins il fait un pas dans sa direction… », souffle Katherine Vincent, organisatrice dans le Colorado du groupe des « dix-huit millions de voix » (du nom du nombre de votes qu'a obtenu Hillary Clinton aux primaires).
On la retrouve dans le sous-sol feutré du Broker, un restaurant chic où les membres du groupe venus de partout sont attendus. Elles sont déjà une vingtaine. Des femmes (et un homme) entrent et sortent, attrapent sur la table la brochure de leurs manifestations prévues pendant la convention. Rassemblement dans un parc le lundi (« apportez un pliant ou une couverture »), défilé le mardi midi (« portez vos T-shirts, badges et casquettes Hillary »), réunion le soir pour regarder ensemble le discours de leur héroïne à la convention…
Ce que Katherine Vincent votera le 4 novembre ? Elle ne sait pas. Cela dépendra de « l'hommage qu'il lui rendra ». Si Barack Obama promettait à Hillary Clinton un poste au gouvernement par exemple… Paradoxalement persiste chez certains pro-Hillary l'idée que leur candidate n'est pas assez bien traitée. La sénatrice de New York a pourtant droit à un discours en place phare le mardi soir (précédé, chose rare quand on n'est pas le candidat) d'un petit film biographique d'hommage. Le lendemain soir, Bill Clinton aura droit à sa soirée aux côtés de Joe Biden (c'est beaucoup de Clinton pour certains démocrates qui s'inquiètent de les voir s'approprier la convention : « rappelez-leur qui a gagné… »).
Unité du parti, mon cul
Elizabeth Fiechter, new-yorkaise et fondatrice du groupe, veut continuer à faire du bruit « pour que l'on reconnaisse qu'Hillary a ouvert la voie, pour que les questions féministes restent au cœur de la campagne » mais ne donnera pas de consigne de votes à ses adhérentes, ni pour la convention ni pour le 4 novembre.
Un groupe de cinq femmes repartent déçues du meeting. « C'est bien de vouloir défendre les idées féministes, mais à PUMA, c'est plus de l'action ». PUMA officiellement People United Means Action (des gens unis, ça donne de l'action) officieusement Party Unity My Ass (l'unité du parti, mon cul), a même des bureaux à Denver le temps de la Convention. Ce dimanche soir, toute l'association part à la première de son documentaire » The Audacity of Democracy » qui accuse la campagne d'Obama d'avoir utilisé les pires tactiques pendant les primaires.
Leur agitation ne risque pas de faire changer le cours de la Convention. Au « Roll Call », l'appel aux votes des délégués le 27 août, les délégués auront la possibilité de voter pour Hillary Clinton - une autre concession d'Obama au nom de l'unité du parti. Hillary Clinton, elle-même super-déléguée, a annoncé qu'elle voterait pour son ancien adversaire. Elle a prévu de rencontrer ses délégués mercredi pour leur demander d'en faire autant (les démocrates estiment qu'un tiers d'entre eux sont aujourd'hui décidés à braver la consigne et à voter pour elle).
Quoi qu'il arrive, son équipe de campagne a annoncé dimanche qu'Hillary Clinton transmettrait les voix de ses délégués à Obama. Mais, après avoir soufflé sur les braises, les voix des électeurs des primaires se contrôleront moins facilement le 4 novembre prochain.
Photo : Nancy Kivlen ; le dos d'une inconnue aux « 18 millions » ; Karen Brown (Guillemette Faure).
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De Amazone
17H18 | 25/08/2008 |
Cette attitude est vraiment irrationnelle… Se focaliser à ce point sur un candidat et aller jusqu'à chercher une espèce de revanche en votant contre ses principes, je ne comprends pas…
Dans le discours de ses 2 militantes il y a beaucoup de passion et d'aveuglément : elles la voient comme la femme providentielle, elle seule, à leurs yeux, peut assumer la fonction présidentielle et donc « assurer ».
Et leur idéal, leurs convictions politiques, qu'en font-elles ?
Moi par exemple, je n'étais pas très fan de Ségogo, mais je n'allais pas pour autant renier mes convictions de « sale gauchiste » ( ; -o) en ne votant pas pour elle ! c'est complètement crétin.
De toute façon, tant que les citoyens continueront à voter pour une personnalité plutôt que pour un programme, tant qu'ils continueront à fantasmer sur un hypothétique sauveur, on ne sera pas sorti de l'auberge !
De Creideann
Enseignant | 18H01 | 25/08/2008 |
Et des déçus de Mike Huckabee et de Mitt Romney qui votent Obama, il y en a ?
De V comme vendetta
Ecrivain | 17H21 | 25/08/2008 |
Je sens arriver une victoire massive de John McCain.
Le choix de Biden comme colistier d'Obama est une erreur monumentale. La seule chance d'Obama était de sortir des sentiers courants, de représenter un espoir d'une politique différente et pof ! Il choisit le plus tenace des crocodiles de Washington, soit disant pour son sérieux (Obama en manquait ? ) et sa connaissance de la gestion des affaires du monde. Le catholicisme de Biden n'est que poudre aux yeux, les cathos, les hispaniques, votent républicains.
McCain va nous faire croire qu'il ne briguera qu'un mandat, en choisissant aussi un vieux de la vieille, comme Liberman, l'ancien démocrate passé républicain. Il fera ainsi d'une pierre deux coup, rassurera sur son âge avancé, s'assurera des votes des fondamentalistes, 4 ans ça pourra aller, et des démocrates déçus par le populisme caméléon à la mode Obama.
De imorrison
17H56 | 25/08/2008 |
« une certaine partie de “ son électorat classique ” ne votera pas pour lui car il est noir ! “
Possible qu'il y a certains. Mais si cette partie classique ne vote pas pour lui ça sera parce qu'il n'aura pas effectivement communiqué la raison pour laquelle elle devrait.
Pourquoi 95% des noirs américains vont voter pour Obama ? Parce qu'il est noir ? Non ! ! Parce qu'ils croient qu'Obama va représenter leurs intérêts.
Si la classe moyenne blanche, rurale ne vote pas Obama, c'est qu'Obama n'aura pas communiqué ce qu'il va faire pour elle.
Je suis un homme blanc du Tennessee qui habite actuellement D.C. Je viens de terminer mes études de droit. Je soutiens Obama parce que je crois qu'il est le meilleur candidat et j'ai confiance qu'il a une vision pour ce pays. Mais j'ai peur qu'Obama est trop ésotérique pour les gens des zones rurales. Il se présent trop souvent comme un prof de droit constitutionnel. Un intéllo.
Son électorat classique doit penser qu'Obama est ‘ quelqu'un de très intelligent ’ et qu'il veut ‘ faire des bonnes choses ’. Mais si Obama veut assurer leur vote, il faut qu'il explique clairement ce qu'il va faire pour cette électorat classique.
Obama ne peut pas faire comme Bush a fait. C'est à dire il ne peut pas convaincre les américains rurales/classe moyenne qu'il est ‘one of them.’ Il n'est pas. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'est pas le candidat qui représentera leurs intérêts le mieux.
De Dalian Noir
Expatriée | 20H05 | 25/08/2008 |
« Tout comme en France, les choix de vote se font, pour une partie de l'electorat, a la gueule du client.
Ah oui ? Et alors, dans ce cas, on peut se demander si Hillary Clinton n'a pas perdu les primaires… parce qu'elle est une femme !
Je crois que vous n'avez pas compris la raison qui pousse des femmes démocrates à ne pas voter pour Obama. Pas parce qu'elles ne veulent pas voter pour un noir, mais parce que ce monsieur n'a pas écouté ce que les électeurs démocrates souhaitaient. C'est un acte de sanction, pas envers un candidat noir, mais envers un candidat démocrate qui n'a pas fait ce que les gens attendaient de lui.
Il serait bon d'arrêter de dire que les américains ne votent pas pour lui parce qu'il est noir. S'il en est arrivé là où il est aujourd'hui, c'est bien la preuve que sa couleur n'a plus aucune importance.
De Hasir
Etudiante | 01H49 | 26/08/2008 |
Lorsque le candidat que l'on soutenait connaît un échec, la logique voudrait que l'on se rabatte sur la personne dont les convictions et promesses s'en rapprochent le plus.
Le vote « sanction » est complètement stupide d'autant plus que Mccain, en dépit de cette nouvelle publicité, approuve totalement le choix d'Obama qu'il considère sage et judicieux (à raison).
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 02H32 | 26/08/2008 |
HRC et Bill risquent gros a la convention : on leur fera porter le chapeau en cas d'echec, et les petites mains des deux camps se preparent a etouffer ensemble les eventuelles manifs pendant les discours en les submergeant de panneaux Obama.
Le camp Hillary accuse le camp Barack de l'avoir snobe depuis la fin des primaires, le camp Barack accuse le camp Hillary de ne pas avoir mis fin aux primaires, retardant ainsi le decollage de leur candidat dans les sondages.
Une chose est certaine : le ticket Obama-Clinton ne pouvait pas fonctionner et si les torts sont partages, l'histoire retiendra plus volontiers la campagne negative d'Hillary (http://e-blogules.blogspot.com/2008/05/dial-hillary-for-murder.html )que les ecarts machos de Barack.
De Unstern
10H51 | 26/08/2008 |
@ Blaise 11
À propos de la contre-attaque d'Obama, qui d'après lui semble avoir déjà commencé, la dernière chronique de Paul Krugman dans le NY Times (« Accentuate negative ») offre un commentaire intéressant.
Je me borne à en citer ceci :
« Le facteur clé, pour l'élection de cette année, c'est que les électeurs en ont ras-le-bol d'être gouvernés par les Républicains. M. McCain ne pourra gagner la course des présidentielles que dans un seul cas : si cette dernière devient un affrontement entre deux personnalités plutôt qu'entre deux partis […].
Obama […] n'a pas besoin de convaincre les électeurs qu'il est le candidat le plus extraordinaire qu'on ait jamais vu, ni que M. McCain est un salaud. Tout ce qu'il a à faire, c'est de ternir suffisamment l'image de McCain pour que les électeurs se rendent compte qu'il s'agit finalement d'une compétition entre un Démocrate et un Républicain.
Et cette compétition-là est facile à gagner pour les Démocrates. »
http://www.nytimes.com/2008/08/25/opinion/25krugman.html
Sacré Krugman. C'est bien vu, comme toujours.