Hillary Clinton, Barak Obama et le conflit israélo-palestinien

Un attentat suicide palestinien a frappé hier la ville israélienne de Dimona alors que la situation à Gaza reste très instable . A quelques heures du super tuesday, petit tour d’horizon des positions des deux candidats démocrates sur le conflit israélo-palestinien.

Barack Obama et Hillary Clinton ont fait évoluer leur discours au fil des années en direction d’un soutien net et quasi-inconditionnel à Israël. Ils avaient pourtant pris dans les années 1990 des positions fortes sur ce sujet.

Hillary pour un Etat palestinien dès 1998

Alors qu’elle était first lady, Hillary Clinton s’était déclarée en mai 1998 favorable à ce que la « Palestine devienne un État » alors même que cette option n’était pas encore publiquement défendue par l’administration de son mari.

Cette déclaration, ainsi qu’une rencontre avec Souha Arafat, l’épouse du Président palestinien, avaient été utilisées par le maire de New York Rudolph Guliani, connu pour ses position très anti palestiniennes, afin de nuire à la candidature d’Hillary Clinton au poste de sénatrice dans l’Etat de New-York.

Obama et les groupes arabes américains

La même année, Barack Obama, alors élu du Sénat de l’Illinois, participait à plusieurs événements organisés par des groupes arabes américains de la région de Chicago. C’était l’occasion pour lui de rencontrer le palestino-américain Edward. W. Said. Professeur de littérature à Columbia et auteur de l’Orientalisme, cet intellectuel a été un farouche dénonciateur des accords d’Oslo qui n’apportaient selon lui qu’une mainmise israélienne supplémentaire sur les territoires palestiniens et renforçaient le pouvoir autocratique de Yasser Arafat.

De plus en plus pro-israéliens

Plus les chances d’être candidat à l’élection présidentielle devenaient grandes plus ces deux personnalités démocrates de premier plan se sont efforcées d’apparaître comme de fervents soutiens aux politiques israéliennes.

Hillary Clinton, qui relate dans ses mémoires le « dégoût » que lui avait inspiré sa rencontre avec Souha Arafat (qui avait déclaré quelques heures après sa rencontre, que les Israéliens « empoisonnaient l’air et l’eau des Palestiniens »), s’est rendue en Israël en 2006 afin de démontrer son soutien sans faille à l’Etat hébreu. Elle a visité, accompagnée d’officiels israéliens, le mur construit en territoire palestinien et a déclaré en soutenir le principe (pour des raison de sécurité) et le tracé, qui contrevient au droit international. Ce positionnement très pro-israélien n’est pas très surprenant lorsque l’on observe les votes de la candidate depuis 2001, au Sénat, où elle a soutenu l’essentiel des dispositions de la « guerre contre le terrorisme ».

Obama: une position plus subtile

Barack Obama semble défendre une position plus subtile qui lui vaut la suspicion de part et d’autre. Pour flatter les groupes pro-israéliens, il se dépense sans compter. Il s’est rendu en 2007 devant un parterre de personnalités de l’Aipac, le American Israel Public Affairs Committee, l’élément le plus puissant du lobby pro-israélien aux États-Unis , où il a déclaré vouloir « préserver un engagement total pour la relation unique de défense qui lie [les États-Unis] à Israël ».

Il y a quelques jours encore il a pris sa plume pour écrire au représentant américain à l’Onu afin d’exiger que la résolution relative à la situation dans la bande de Gaza rappelle avant tout le « droit d’Israël à l’auto-défense ».

Certains groupes de la gauche et des associations arabes américaines dénoncent son alignement pro-israélien. Mais Barack Obama avance des positions innovantes sur le Moyen-Orient. Il se dit prêt à dialoguer directement avec la Syrie et l’Iran, sur les questions relatives au terrorisme, au nucléaire et à la situation en Irak. Et en Israël, certains voient déjà rouge, comme Danny Ayalon, ancien ambassadeur israélien à Washington, qui a dénoncé « l’ambiguïté » du candidat démocrate à l’égard de l’Iran; craignant qu’Israël n’en fasse les frais.

Barack Obama sait combien le débat est sensible sur ces sujets, alors que très récemment, les rumeurs sur sa foi musulmane ou de sa supposée hostilité aux Juifs avaient déclenché des controverses incontrôlables et irrationnelles.

La récente publication du livre de John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, a eu le mérite d’ouvrir un débat public sur la relation entre les États-Unis et Israël. Il serait pour autant faux de voir dans les groupes de défense d’Israël les seules raisons du soutien américain à Israël. Le sentiment de partager un destin commun, celui d’un peuple pionnier, le lien aux textes saints comme la perception d’être des démocraties luttant contre le terrorisme islamiste, sont des éléments essentiels.

Au-delà des discours habituels pour la création d’un État palestinien et pour la sécurité d’Israël, il reste difficile d’imaginer quelle politique serait menée par Barack Obama ou Hillary Clinton.

Les démocrates seront-ils capables, et auront ils la volonté de susciter une nouvelle dynamique au Moyen-Orient s’ils gagnent en novembre prochain?


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
14H14 05/02/2008

Le livre de John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, que cite l’article, montre très clairement qu’un candidat ne peut faire campagne sans afficher ouvertement et sans nuance son soutien inconditionnel à Israël.

Cette position ou cette posture, selon la conviction intime du candidat, est obligée. Elle ne révèle qu’une chose : on ne peut se faire élire au USA sans afficher une attitude pro israélienne. Elle n’est en rien le signe d’une quelconque insensibilité au sort du peuple palestinien.

Lisez à ce sujet « The loneliness of the One-Issue Voter » sur www.electronicintifada.org.

C’est après que l’on verra le degré de conviction du candidat, disons plutôt lors de son second mandat, lorsqu’il sera libéré de toute allégeance obligée.

ET tant que vous êtes sur www.electronicintifada.org, allez lire « How Barack Obama learned to love Israel ». C’est édifiant.

De toute façon, ces candidats n’ont pas de grands efforts à déployer pour se sentir solidaires d’Israël. C’est le sentiment majoritaire aux USA, et c’est le droit le plus strict des américains et de leurs candidats.

Cela ne signifie pas que les américains nient la nécessités d’une solution pacifique et égalitaire du conflit. C’est bien plus nuancé, mais ce qui est sûr, c’est que le palestiniens souffrent d’un manque de visibilité et de communication aux USA.

Et les attentats ne font rien pour générer de l’empathie alors que la colonisation et la répression aveugle n’est pas perçue de la même manière aux States qu’en Europe.

 
14H31 05/02/2008

la position d’Obama est pour moi très claire (et non « subtile » comme vous tentez de le faire croire) d’après le Jerusalem Post :

Les réfugiés Palestiniens appartiennent à leur propre état et n’ont pas un droit « littéral » de retour en Israël, a déclaré Barack Obama.
« Le contour de n’importe quel accord devrait inclure la garantie qu’Israël demeure un état juif », a-t-il déclaré au Jérusalem Post et à d’autres membres de la presse israélienne dans une conférence téléphonique. Il a réitéré son soutien à une solution à deux états, mais il a confirmé : « Nous ne pouvons pas avancer jusqu’à ce qu’on ait un minimum d’assurance que les Palestiniens sont capables de fournir l’appareil de sécurité qui empêcherait les attaques continues contre Israël ».

Comme subtilité on peut trouver mieux !

 
16H58 05/02/2008

« Le livre de John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, que cite l’article, montre très clairement qu’un candidat ne peut faire campagne sans afficher ouvertement et sans nuance son soutien inconditionnel à Israël. »

Ouaip. Et ça prouve aussi que le lobby du pétro-dollar, c’est une bande de gros cons bons à rien.

 
00H15 06/02/2008

@alan.smithee

C’est plutot equilibre comme position. Il sait bien qu’on ne peut garantir un etat palestinien qu’en garantissant aussi un etat israelien capable de preserver son identite juive. Le jour ou les palestiniens l’admettront publiquement et s’y tiendront, on avancera.

Une fois REelu, il pourra enfin dire aux israeliens de cesser leur politique de terreur coloniale s’il veulent que les palestiniens franchissent ce pas immense.

 
00H18 06/02/2008

@ rue89

Vous devriez reinitialiser regulierement le sondage « Quel democrate (republicain) souhaiteriez vous voir candidat a la maison blanche », car l’evolution du tableau et des rapports de force font que l’on doit pouvoir changer d’avis. C’est un peu frustrant de se voir repondre « vous avez deja participe a ce sondage ».

 
Propergol | Etudiant francais en Allemagne
08H13 06/02/2008

Et surtout de ne pouvoir lire les résultats…

 
13H02 06/02/2008

Ce sont surtout les liens exacerbés avec la religion (chrétiennes et juives essentiellement), ses dogmes et ses légendes du peuple élu, qui rend le peuple américain sourd et aveugle face aux réalités et à la raison.

Sans les œillères de la religion le problème du proche orient serait déjà réglé depuis longtemps.

Cette omniprésence de la religion et son poids dans la politique aux USA est à rapprocher de notre laïcité à la française que notre hyper président illuminé tente de vider insidieusement de son contenu.

Prenons garde de ne pas nous retrouver un jour pas très lointain avec ce même interventionnisme des religieux dans notre société.

Lairderien

 
18H59 06/02/2008

Non, Lairderien.

Le problème du M.O. c’est la possession de la terre. C’est une guerre coloniale, rien d’autre.

La religion a toujours été un prétexte.

Idem le caractère « juif » de l’Etat d’Israël.

La question est plutôt de ne pas devoir cohabiter avec ses propres victimes (ce que je peux comprendre).

Résultat : apartheid à l’intérieur et mur pour les autres (mur qui a réduit les attentats, il faut le reconnaitre).

Ce n’est pas un problème de religion. C’est une nouvelle histoire d’indiens et de cow boys (et on sait comment cela se termine).

C’est pour cela que les américains comprennent si bien les israéliens…

 
Di | mère déchaînée
20H39 06/02/2008

Pourtant les juifs qui ont tant souffert pendant la dernière guerre devraient être les premiers à comprendre la souffrance du peuple palestinien.