
Clinton, McCain, Romney: trois gagnants, dix enseignements
Le champ des candidats s’est-il enfin éclairci dans la course à la Maison blanche ? Chez les républicains, John McCain a gagné samedi les primaires de Caroline-du-Sud et son rival, Mitt Romney, emporte les caucus du Nevada haut la main. Côté démocrate, Hillary Clinton casse la Barack (promis, on ne le refera plus) Obama dans le Nevada. Au delà de ces victoires ponctuelles, dix enseignements de ces scrutins.

Les républicains
1. La victoire de McCain compte double (psychologiquement)
Parce que la Caroline-du-Sud est l’Etat qu’il avait amèrement perdu en 2000 face aux attaques (parfois vicieuses) de la campagne du gouverneur texan George W. Bush. Comme il l’a dit dans son discours de victoire : » Ca nous a pris huit ans mais qu’est-ce que huit ans entre amis ? » Comptez sur lui pour le rappeler, depuis vingt-huit ans, celui qui a gagné la Caroline-du-Sud a été le nominé du parti.
2. Coup dur pour Mike Huckabee
Certes, en Caroline-du-Sud, il ne finit pas très loin derrière John McCain (avec 30% des voix contre 33% à son rival). Dans son discours de défaite, il a cafouillé :
» On était terriblement près, malheureusement en politique, ‘près’ ça ne compte pas… mais ça compte. »
En fait, ça compte bien comme une vraie défaite pour le gouverneur d’Arkansas. Après les primaires d’Iowa, il comptait prouver la viabilité de sa candidature avec une deuxième victoire dans le Sud, où ce révérend baptiste tablait sur le vote évangéliste. A défaut, on notera tous ces petits mots gentils pour John McCain et la » civilité » de sa campagne dans son discours post-défaite. Se ménagerait-il un avenir dans la campagne sur le » ticket » d’un autre ?
3. Au buzzomètre, la victoire de McCain éclipse celle de Mitt Romney
L’ex-gouverneur du Massachusetts gagne les caucus du Nevada en toute discrétion. Là aussi, le résultat se jauge à l’aune des attentes suscitées par les candidats. Une fois distancés dans les sondages, non seulement ses grands rivaux n’ont pas fait campagne dans le Nevada, mais ils l’ont fait savoir : résultat, Romney, pourtant en tête du décompte des délégués, semble sorti vainqueur d’une élection sans adversaire. Dans cet Etat voisin de l’Utah, la moitié des électeurs de Romney étaient, comme lui, mormons.
4. Ron Paul reste dans la course
Le candidat libertarien finit deuxième juste devant McCain dans le Nevada et montre qu’il a encore le pouvoir d’influencer la campagne.
5. Celui qui abandonne n’est pas celui qu’on attend
Une grosse défaite en Caroline-du-Sud était supposée donner le signal du retrait à Fred Thompson, l’ex-sénateur du Tennessee qui, comme Huckabee, misait sur le Sud. A l’arrivée, il ne se retire pas, alors qu’il finit au niveau de Mitt Romney (16 et 15%), qui n’y avait pas fait campagne. En revanche, Duncan Hunter, parlementaire de San Diego, abandonne sa campagne, l’occasion pour beaucoup d’électeurs d’apprendre qu’elle avait commencé.
6. Le parti républicain peine à enthousiasmer
La participation des électeurs républicains en Caroline-du-Sud a été largement inférieure à celle des primaires de 2000. En revanche, dans tous les Etats jusqu’à aujourd’hui, la participation des démocrates à leurs primaires a été bien plus forte qu’aux dernières élections.
Les démocrates
7. Barak Obama n’a pas tout perdu (selon lui)
Malgré un retard de six points dans les urnes (45% contre 51% à sa rivale), Barack Obama emporte un délégué de plus qu’Hillary Clinton (grâce à la distribution géographique des délégués) et le fait savoir. Clinton et le parti démocrate répondent que l’attribution des délégués sera déterminée le 18 avril, lorsque le Nevada procédera au comptage. Rue89 en conclut à l’urgence d’un article expliquant le fonctionnement des attributions de délégués.
8. Où est passé John Edwards ?
Il s’est contenté de 5% des votes du Nevada.
9. Les Hispaniques pour Clinton et les Noirs pour Obama
Après l’Iowa et le New Hampshire, des Etats majoritairement blancs, les caucus du Nevada marquaient le premier test des candidats auprès des minorités. Hillary Clinton a gagné les deux tiers du vote hispanique (un point encourageant en vue des primaires du New Jersey, de New York et de Californie du 5 février, où les Hispaniques sont nombreux) et Obama plus de 80% du vote noir (qui représente plus de la moitié de l’électorat de Caroline-du-Sud, qui vote samedi prochain).
10. On n’a pas fini de reparler du déclin de l’influence des syndicats
Le soutien du » Culinary Union » (le syndicat des casinos) n’a pas empêché Obama de perdre les caucus du Nevada (au moins en votes).
La suite
Le peloton républicain part maintenant vers la Floride, où Rudolph Giuliani fait campagne intensément en attendant les primaires du mardi 29. (Depuis le temps qu’il y répète » attendez la Floride, vous allez voir ce que vous allez voir » , il a intérêt à gagner.)
Le challenge pour McCain : les primaires de Floride sont des primaires » fermées » , autrement dit seuls les affiliés au parti républicain votent. C’est un test pour le sénateur d’Arizona, qui doit prouver qu’il peut gagner la base du parti et qu’il ne s’appuie pas seulement sur l’électorat indépendant, lui qui a si souvent critiqué Bush et son parti.
Les démocrates auront eux rendez-vous samedi pour les primaires de Caroline-du-Sud. Si John Edwards, qui avait emporté cet Etat en 2004, échoue, il sera en sérieuses difficultés (mais ne l’est-il pas déjà ? ). Bill Clinton, autrefois surnommé par l’écrivain noire Toni Morrison » le premier président noir » , va faire campagne intensément dans un Etat où les Noirs représentent plus de la moitié de l’électorat.
Pendant ce temps là :
Après une nouvelle semaine de démentis aux rumeurs de candidature, l’ex-maire de New York, Michael Bloomberg a rencontré Clay Mulford, le directeur de campagne de Ross Perot, le candidat indépendant de 1992.
McCain a remplacé son refrain de campagne Johnny B. Goode par Take a Chance on Me d’Abba. Après l’Italodisco, c’est le retour du swedishdisco dans la campagne.
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On est toujours un peu consterné par ces articles. Au fond vous commentez l’investiture comme une course de chevaux. Machin est en tête, il tient la corde, mais bidule revient. Trucmuche pourra-t-il tenir la distance?
Serait-ce trop demander que de parler du contenu des politiques? Certes, vous pourriez me renvoyer à votre présentation de tous les candidats. Mais à ce titre, elle est particulièrement indigente. On se croirait dans une mauvaise pièce de théâtre avec des rôles tranchés: le noir, la femme, le vétéran, le mormon. Super. Et si on a passé l’âge de jouer aux Playmobil?
Où est l’enquête? Où se trouve le contenu que n’importe quelle personne lisant les dépêches ne connaîtrait pas déjà? Qu’ont fait concrètement ces hommes politiques durant leur mandat précédent (et ne parlez pas du vote de la guerre en Irak, il s’est passé autre chose aux US ces dernières années). Bougez-vous!
Obama n’est pas encore largué, même s’il est en retard au total en incluant les superdélégués (ça, on le savait bien avant l’Iowa). Il continue à surfer à un niveau élevé ; c’est avant tout Clinton qui a retrouvé une base (Hillary confirme également auprès de l’électorat féminin).
Obama a besoin d’une nouvelle victoire significative, ou de marquer des points sur une cible où il est actuellement trop faiblard. Il demeure en tête des sondages en Caroline du Sud mais Clinton n’est pas loin et si elle venait à l’emporter, la partie serait probablement pliée : dans la foulée, elle bénéficie d’une avance colossale en Floride (plus de 50% dans les derniers sondages ; électorat démocrate plus âgé et féminin qu’ailleurs).
Pour Obama, il va falloir trouver plus fort qu’Oprah pour marquer de nouveaux points. Ou attendre une faute d’Hillary.
ça n’est pas un détail et cette année, les superdélégués semblent jouer un rôle clef parce que la course est serrée. ils représentent environ 20% du total des délégués démocrates (les Reps ont l’équivalent mais dans des proportions bien inférieures).
à la différence des délégués issus des Primaires ou des Caucus, les superdélégués ne sont pas envoyés par la base : il s’agit des principaux élus et dirigeants du parti démocrate.
logiquement, les édiles de l’Etat de NY et ceux de l’IL font bloc derrière leur Sénateur (respectivement Clinton et Obama). plus de la moitié des 800 superdélégués réserve encore son choix mais ça pourrait se décanter assez vite.
ce système ajoute encore un niveau de complexité à des élections qui n’en ont pas besoin : des techniques de primaires surréalistes et non homogènes suivant un calendrier délirant, un scrutin national permettant d’être élu avec moins de voix que son adversaire dans un vote indirect, des technologies de vote aberrantes… peut-on vraiment parler de démocratie modèle avec les Etats-Unis ?
Le double niveau fédéral / par état n’excuse pas tout. Le décalage s’aggrandit à chaque élection et ce système délirant ne peut pas survivre longtemps au XXIe siècle.
Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de King Dubya…
La critique est percutante… mais pas très juste.
Se préoccuper de l’ordre d’arrivée est quand même la moindre des choses lorsqu’il s’agit d’une élection !
Quid des programmes ? Pour l’essentiel, il sont très clivés pour chacun des deux camps, mais beaucoup moins entre les candidats. (Même Mc Cain qui était assez iconoclaste quant à la question de l’immigration par exemple a été contraint d’adoucir son propos. C’est le principe des primaires : il faut d’abord rassembler son camp.)
Faut-il s’en plaindre ? Je suis toujours un peu surpris par ces propos qui s’offusquent qu’on préfère la forme au fond…etc., comme s’il existait une sorte de « pureté » politique. Le propre d’un homme politique -et à fortiori d’un chef d’état- c’est d’incarner des idées. Réfléchir à cette question de casting (qui est le plus à même de représenter les États-unis ?) est donc tout sauf secondaire.
A propos des prochaines primaires de Floride, il faut noter que les responsables fédéraux des deux principaux partis en lice ont pris la décision de sanctionner les républicains et les démocrates de cet état pour avoir avancé au 29 janvier une primaire originellement prévue le 5 février (le fameux super-mardi)dans l’espoir d’attirer davantage la couverture médiatique.
En conséquence de quoi le parti démocrate a décidé de retirer tous ses délégués à la Floride et le parti républicain de n’en garder que la moitié. Une telle mesure s’était déjà appliquée le 15 janvier dernier au Michigan où H. Clinton, seule candidate démocrate à s’être maintenue, a récolté 55,4 % des voix et zéro délégués, tandis que de son côté M. Romney, arrivé en tête chez les républicains avec 38,9 % des voix n’a engrangé que 23 délégués au lieu de 46.
On peut donc prévoir que le vainqueur côté démocrate ne récoltera aucun délégué, quel que soit son score, et que son homologue républicain n’aura que 50% des délégués auxquels il aurait pu prétendre. La Floride n’est donc plus un enjeu majeur dans la course à l’investitude.
Oulah, c’est au contraire un enjeu essentiel, en tout cas chez les républicains. C’est le premier Etat dans lequel Giuliani concourt en ayant fait activement campagne.
Du coup, s’il y perce, il prend une bonne option sur le super tuesday, ou des Etats comme NY ou le NJ votent. S’il perd, sa candidature est virtuellement morte.
Les élections priamires peuvent avoir un fort impact tactique, psychologique et médiatique, au delà de leur simple impact « mathématique » (en terme de délégués) sur les conventions.