Bill Clinton, atout ou boulet de la candidate Hillary ?

Bill en campgane pour Hillary dans le New Hampshire, le 4 janvier (M. Segar/Reuters)

(De North Conway, New Hampshire) C'est facile d'oublier l'Amérique ordinaire quand vous êtes Président. Ecoutez Bill Clinton :

 » A chaque fois que vous entrez dans une pièce, on joue de la musique. J'étais complètement perdu pendant trois semaines après avoir quitté la Maison Blanche… Plus personne ne jouait de la musique… »

Là, imaginez 500 personnes pliées de rire, rassemblées un dimanche matin dans le gymnase d'un lycée pour écouter l'ancien président. Il continue :

 » Washington est la deuxième ville la plus embouteillée des Etats-Unis. Mais le Président n'attend jamais dans les embouteillages. Il file dans sa limousine blindée. Et vous vivez dans un des meilleurs logements publics des Etats-Unis… »

Rires encore. Mais le petit numéro que Clinton répète de meeting en meeting laisse interrogateur. L'ex-président est censé faire campagne pour aider son épouse à emporter les primaires du New Hampshire. Hillary Clinton, encore récemment en tête des sondages, s'est fait doubler dans l'Iowa par un candidat qui promettait une vague de changement. Depuis, elle assure elle aussi être un » agent de changement » (le mot a été employé 62 fois au débat de samedi). Pourquoi donc se régaler de ses souvenirs à la Maison blanche ? Pourquoi, quand les électeurs reprochent à Hillary d'être la candidate de l'establishment, rappeler qu'elle a vécu des années coupée de la réalité ?

Le rôle de Bill contesté dans le camp d'Hillary

Au sein de la campagne de l'ex-First lady, ça commence à grincer. Depuis sa troisième place, jeudi, aux caucus de l'Iowa, des fidèles se demandent si la sénatrice de New York devrait vraiment, à ce point, miser toute sa campagne sur son expérience. Remis en cause, son stratège, Mark Penn, et l'ancien président, soupçonnés d'avoir sous-estimé la soif de rupture des Américains.

Après les caucus de l'Iowa, Hillary Clinton a prononcé son discours, flanquée à sa gauche de Bill Clinton, » le totem le plus tangible de son expérience » comme l'a résumé l'éditorialiste Frank Rich, et à sa droite de l'ancienne secrétaire d'état Madeleine Albright. Cette plongée dans les années 1990 contrastait avec le discours suivant de Barack Obama, seul devant son slogan de campagne : » Change » ( » changement » ).

Au meeting d'Hillary Clinton, à North Conway (Guillemette Faure/Rue89)

Les détracteurs d'Hillary Clinton disent vouloir sortir des dynasties politiques, alors que la Maison blanche est occupée par des Bush ou des Clinton depuis vingt ans. Pour tenter de concilier les deux, la sénatrice de New York a assuré samedi qu'elle avait à son actif une expérience de » trente-cinq ans de changement » . Interrogé sur une nostalgie des années Clinton qui pourrait conduire les électeurs à voter pour Hillary, David Axelrod, le conseiller d'Obama nous dit ne pas se sentir en danger :

 » Beaucoup de gens, moi y compris, ont beaucoup d'estime pour Bill Clinton. Il a fait beaucoup pour ce pays. C'est un homme intelligent. Mais cette campagne est tournée vers l'avenir pas vers le passé. »

Plus tôt ce dimanche, alors que la foule se pressait vers le lycée où Bill Clinton était attendu, des bénévoles travaillant à la campagne de sa femme cherchaient à grossir leurs rangs. » Vous êtes des supporters d'Hillary ? » demandaient-elles à la cantonade. » Non, on vient écouter Bill. » Le dernier président démocrate est encore immensément populaire, bien plus que son épouse. 66% des Américains estiment, selon un sondage du Wall Street Journal, qu'il a été un bon président, soit deux fois le score de George Bush.

Bill Clinton au front

Alors que dans le New Hampshire, les meetings d'Hillary Clinton sont bien moins courus que ceux de la nouvelle star Barack Obama, ceux de Bill font encore salle comble. Cheveux désormais tous blancs, mine fatiguée, gorge enroué, Bill Clinton remercie le New Hampshire, pour avoir voté deux fois pour lui en 1992 et 1996. Il parle d'Hillary, » la personne (qu'il connaît) depuis 1971 » , pour laquelle il voterait » même si on n'était pas mariés » . Il l'humanise, fait remarquer Richard Alamel, un électeur traditionnellement républicain que l'événement a convaincu de voter pour elle :

C'est aussi Bill Clinton qui assène les attaques contre son rival Barack Obama. Il a reproché aux journalistes d'être des » sténographes » du sénateur et de ne pas assez examiner ses positions politiques. Sur scène, il résume le programme d'Obama à des belles paroles. Obama contre Hillary, ce sont » des mots face à des faits, des paroles face à des actions, de la réthorique face à la réalité » . Sur l'Irak, il justifie le vote de sa femme donnant au président Bush les pouvoirs d'envahir le pays en expliquant qu'il ne s'agissait pas d'un chèque en blanc mais d'une manière de faire pression sur Saddam Hussein. Le sénateur Obama, rappelle t-il, a déclaré en 2004 qu'il ne savait pas ce qu'il aurait voté s'il avait été sénateur en 2002.

Une supporter d'Hillary, dimanche matin dans le New Hampshire (Guillemette Faure/Rue89)

Bill Clinton regarde sa montre. » Il faut que j'y aille ou je vais avoir des ennuis. » On sent qu'il pourrait parler des heures. Il aime les questions, répond dans les détails, en nourrissant ses réponses d'exemples tirés de ses années à la Maison blanche et de la gestion de sa fondation. Ce n'est qu'à la fin de ses longues réponses à la première personne qu'il ajoute, comme s'il se souvenait qu'il n'était pas en campagne pour lui : » C'est ce qu'elle pense » ou » c'est ce qu'elle fera » en parlant de la candidate. » Parfois il peut rester 20 minutes sans la mentionner » , souffle quelqu'un qui le suit chaque jour. Bill Clinton est certainement convaincant. » C'est le plus intelligent. Je voterai pour lui immédiatement, dit un homme en quittant la salle. Mais Bill Clinton n'est pas candidat. »

Mis à jour le 07/01/2008 : Le dernier sondage CNN pour les primaires du New Hampshire : Barack Obama : 39 Hillary Clinton : 29 John Edwards : 16

 

4 commentaires sélectionnés

Portrait de machiavel.

De machiavel.

13H34 | 07/01/2008 | Permalien

L'ex first lady des EU claironne à tout va qu'elle est l'incarnation même du changement et qu'elle a la maturité et l'expériance pour le faire… pourquoi pas ? Mais il y a de nombreux points d'interrogations qui peuvent nous laisser perplexes et le changement ne sera pas aussi radical qu'elle le prétend ! Du changement dans la continuité ! Après tout cette femme est d'un cynisme forcené , elle qui a voté a chaque fois comme les républicains…Et qui nous ressort Bilou de sa boite d'Anésidora ! Et pourtant ce n'est pas le perdreau de l'année le Bill ! Faire du « neuf » en ressortant les « vieilleries » faut avoir un certain aplomb pour essayer de le faire croire !

Portrait de eben

De eben

13H49 | 07/01/2008 | Permalien

Y a une grosse difference entre Obama et Powell/Rice si il venait à devenir président. Lui il aura été élu, ce que ses 2 compéres n'ont jamais été je crois. Cela ne fera pas avancer la cause noire pour autant mais ca pourrait hypothétiquement faire avancer les mentalités.

Portrait de Marlowe

De Marlowe

14H45 | 07/01/2008 | Permalien

Qu'on se méprenne pas sur mon propos car je comprends l'importance de l'entourage d'un homme politique ,encore plus à un tel niveau de responsabilités.Dans l'article on voit que Bill Clinton est perçu comme etant plus intelligent.Il me semble qu'avant qu'elle n'assume(mal)un rôle politique c'est Hilary qui était décrite comme telle (étudiante bien plus brillante que Bill,qui l'aurait policé).Ma question sans malice aucune est « qu'a t-elle accompli concrètement pendant ces 30 ans ? Elle parle d'expérience ,de connaissances lesquelles ? De quelles réformes accomplie sous les mandats de son époux est-elle à l'origine.Avoir rongé son frein en attendant qu'il ait brillé,d'avoir avalé la coupe jusqu'à la lie et affiché un sourire ultra crispé durant tout le Monicagate ne lui donne pas de légitimité.Son mandat de sénatrice c'est quelque chose de réel ,de tangible.Mais pour le rest c'est une vieille femme qui nous refait le coup de l'expérience mais les Américains ,tout comme les autres en ont soupé de ces baby-boommers qui ont tout eu ,tout massacré et qui n'ont même pas la décence d'oter leurs vieilles mains décharnées des manettes.

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 03H18 | 08/01/2008 | Permalien

L'une des raisons pour lesquelles le parti démocrate est en train de basculer vers Obama est l'envie d'en finir avec la Clinton dependence.

Bill écrase les campagnes de ses proches. Al Gore s'est suicidé en écartant son mentor en 2000, et Hillary s'est piégée en capitalisant sur la popularité de son mari, inscrivant par la même sa campagne sur le passé.

Les Dems ont envie d'un véritable renouvellement pour affronter les échéances à venir. Hillary ne représente pas l'avenir pour le parti. Tant qu'Obama paraissait faiblard ils n'étaient pas prêts à miser sur lui mais si sa dynamique se confirme ils s'engouffreront derrière lui à vitesse grand V. Hillary sent bien qu'au-delà de la base le parti est en train de lui échapper.

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