Barack Obama et les médias: je t'aime, moi non plus

Barack Obama en juin 2008 (Jason Reed/Reuters).

« Laissez-moi faire un petit rappel pour tout le monde… Je ne suis pas le président des Etats-Unis. » Dans la salle de presse de l’Elysée, l’aveu du sénateur Barack Obama (en réponse à une question sur l’avenir des relations transatlantiques) provoque des rires. Vraiment ? Pas le président ?

Pourtant tout semble étudié pour faire présidentiel. Les visites aux chefs d’Etat (il verra le premier ministre britannique Gordon Brown samedi), le Boeing 757 décoré d’un sobre « O » d’Obama que la presse américaine surnomme « Air Force O »… Le mois dernier, Obama s’est fait rhabiller pour s’être bricolé un simili sceau présidentiel inspiré de celui de la Maison Blanche.

Aujourd’hui, c’est l’Elysée en express (on vous a expliqué pourquoi les élus américains n’aimaient pas traîner à Paris).

«Obama voyage avec une douzaine de conseillers en affaires étrangères, il rencontre des chefs d’Etat, mais impossible de savoir ce qu’ils se disent, quelles sont ses vues en matière de politique étrangère…», grogne un journaliste d’ABC News, « on manque de substance, on a l’impression de n’être là que pour véhiculer de belles images… »

La petite fabrique d’images présidentielles

Le survol de Bagdad en hélico aux côtés du général Petraeus, la foule à Berlin, le perron de l’Elysée… La tournée au Proche-Orient et en Europe est un panorama d’images présidentielles. A Berlin, l’équipe de campagne du candidat avait même prévu des grues pour que les caméras des médias américains puissent bien saisir toute la foule.

Quand les journalistes américains qui talonnent Obama dans l’avion débarque à l’Elysée, un responsable de communication se jette sur eux. Vite des badges pour les photographes du pool qui auront le droit de suivre Obama et Sarkozy à l’intérieur du Palais !

Le sénateur démocrate Barack Obama entretient des rapports complexes avec la presse. D’un côté, elle lui reproche de ne pas se mettre suffisamment à la disposition des journalistes, d’un autre, elle le suit avec enthousiasme. Ce vendredi après-midi, la salle de presse de l’Elysée compte environ cinq fois plus de journalistes que pour la venue de George W. Bush un mois plus tôt. Parmi la quarantaine de journalistes américains qui voyagent directement dans l’avion du candidat, Katie Couric, Charlie Gibson et Brian Williams, les trois présentateurs vedettes des journaux télés des networks.

Son rival républicain John McCain suscite beaucoup moins d’intérêt. Cette semaine, lors d’une étape dans le New Hamphire, un journaliste l’attendait tout seul sur le tarmac de l’aéroport.

Plus d’attention à Obama

Le Project for Excellence in Journalism indique que depuis que la fin des primaires, Obama est traité dans 78% des sujets politiques contre 51% pour McCain. Le démocrate a déjà fait onze fois fois la couverture de Time et Newsweek, deux fois plus que son adversaire. Un sondage de l’institut Rasmussen publié cette semaine indique que 49% des Américains s’attendent à ce que les médias favorisent Obama dans leur traitement, contre 14% pour McCain. Cette photo, montrant les journalistes empressés autour d’Obama, fait les choux gras des pro McCain qui accusent les média de privilégier le démocrate.

Le camp Obama retourne l’argument et explique que d’avoir toute cette presse avec lui place justement le sénateur d’Illinois en situation de vulnérabilité. S’il fait une gaffe ou une boulette (comme lorsqu’il a dit en début de voyage qu’« Israël était le meilleur ami d’Israël »), toutes les caméras sont là. Tandis que lorsque John McCain évoque par exemple, dans une interview à l’émission Good Morning America, « la frontière du Pakistan et de l’Irak », ou parle de Tchécoslovaquie, un pays qui n’existe plus depuis quinze ans, les médias y prêtent moins attention. Forcément notre candidat fait des gaffes, répondent les conseillers de McCain, « il répond aux journalistes de huit heures du matin à 8 heures du soir ».

Image contrôlée

De son côté, Barack Obama contrôle son image soigneusement. Pendant ses quatre premiers jours en Irak et en Afghanistan, pour l’essentiel, les journalistes n’ont pas pu suivre le sénateur et ont dû se contenter des images fournies par l’armée américaine. Les meetings de campagne que l’équipe d’Obama juge trop sensibles sont fermés aux caméras, comme une rencontre avec des leaders de la communauté noire.

Le mois dernier, Obama avait aussi dû présenter ses excuses à la communauté musulmane quand on avait su que des bénévoles de sa campagne avaient refusé que deux femmes portant le foulard puissent s’asseoir derrière Obama lors d’un meeting pour éviter qu’elles soient dans le champ des caméras (pour ne pas nourrir les rumeurs Obama est musulman). Le New Yorker fait une couverture avec une caricature douteuse d’Obama en extrémiste musulman… Ryan Lizza, journaliste au magazine, n’a pas droit à une place dans l’avion pour la tournée internationale.

Les médias étrangers ignorés

Pour la presse étrangère, la situation est encore plus dure. Dans le Washington Post, un correspondant allemand signale que pour quelqu’un qui souhaite que les Etats-Unis renoue avec le reste du monde, il est étrange qu’Obama n’ait jamais accepté de donner une interview à la presse étrangère.

« C’est étrange », feint de s’étonner un journaliste américain à propos de ce refus et du fait que l’avion du candidat ait été réservé à des journalistes américains, « je croyais que le but de ce voyage, c’était de rencontrer des Européens ».

Lire aussi : Le discours d’Obama à Berlin

Pour les anglophones, le Daily Show se moque du traitement d’Obama par les médias américains.


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Par stephanemot
08H04    26/07/2008

Obama marche sur des oeufs avec cette tournée eurasienne. S’il évite de se répandre dans les media étrangers c’est pour limiter les risques et ne pas froisser les media US (puis par ricochet l’opinion publique et les électeurs).

Oby doit contrôler toutes les retombées et bénéficie d’une formule quasi « embedded " mais volontaire : si les 3 principaux networks ont dépêché leur " anchor », c’est sans s’être faire prier et uniquement pour ne pas se laisser distancer.

L’équation est relativement simple : Obama fait vendre, Obama = audience dans les media US.

 
Par Jaycib
11H30    26/07/2008

Le belle affaire! Obama est en campagne. Il a un sens aigu des priorités, qui sont d’abord de GAGNER! Dans ce contexte, peu importe qu’il instrumentalise la presse américaine et étrangère. Il veut GAGNER. C’est un pari presque surhumain pour qui connaît les USA et leur passé.

Quand on voit qu’encore 58% des Américains ne partagent pas tout à fait « les valeurs " du candidat Obama (lesquelles sont incontestablement IDENTIQUES aux " valeurs » affirmées par les Etats-Unis au fil du temps), il est permis de s’interroger.

Pourquoi cette réticence? N’allons pas chercher très loin: c’est la réticence de ceux qui ne font pas confiance à un Noir pour les guider. Ca relève de quoi, ça, à votre avis?

Le discours d’Obama à Berlin vaut la peine d’être lu/entendu, et merci à Rue89 pour nous l’avoir fait connaître. Ce discours n’est pas banal, car aucun de ses rivaux n’aurait pu le prononcer: c’est un discours internationnaliste! Et si tous les détails d’un programme ultra précis n’y sont pas (encore) décelables, on connaît les grandes lignes.

Obama fait le pari fou de susciter l’enthousiasme partout où il passe afin d’emporter dans un même élan au moins certains des électeurs américains qui sont le plus « tièdes » à son endroit. Rendons cette justice à Obama: il n’a pas froid aux yeux! il a la trempe, les tripes derrière le nombril qu’on attend d’un vrai leader.

Il reste à procéder à la psychanalyse collective d’un peuple qui, jusqu’ici, n’a pas voulu croire que le squelette dans son placard (celui du racisme, CQFD) lui a interdit de comprendre le monde. On compte sur la presse et les « experts » pour la réaliser. Le temps presse!

 
Par VERGNES
13H31    26/07/2008

Obama accueilli par 200 000 allemands! Surprenant! Il n’est pas encore élu, peu de gens le connaissent et connaissent son programme. Qui a organisé ce rassemblement ? çà ne s’improvise pas de réunir autant de personnes? En France rien de tel, et Obama d’expliquer que son discours en Allemagne s’adressait plus largement aux européens alors comment expliquer que sa rencontre avec Sarkosy n’a duré que quelques instants alors que ce même Sarkosy préside l’UE?

 
Par Jaycib
14H11    26/07/2008

Y a pas eu de retournement de veste d’Obama sur la question de l’Afghanistan. Il a toujours été pour la « ligne dure » à l’endroit des Talibans et des tribus sises à la frontière pakistano-afghane. C’est bien pour cela qu’il veut sortir du bourbier irakien dès que possible et réffacter des troupes de Bagdad à Kaboul et Kandahar.

On peut être en désaccord avec cette position, surtout à un moment où, les fonctionnaires de l’ONU ayant constaté qu’une bonne partie de l’aide au développement de l’Afghanistan (plus de 25 milliards de dollars) s’est « évaporée ", c.à.d. a été " transférée » dans les poches d’indélicats à l’abri du gouvernement Karzaï, certains milieux proposent que l’on négocie avec les ennemis les plus « progressistes » de Karzaï. Or, qui sont ces progressistes? des Talibans, bien sûr, mais appartenant à des tribus concurrentes de celles qui mènent le combat contre la coalition occidentale.

Il est donc possible qu’Obama change de position s’il parvient jamais au pouvoir. Mais pour l’instant, il se préoccupe de la « lutte contre le terrorisme international », sujet à propos duquel on ne badine pas aux USA (…ou ailleurs). Je ne vois pas commment il pourrait en être autrement en l’état actuel des choses. On ne résoudra pas les multiples problèmes légués par l’administration Bush en en prenant simplement le contrepied, car ce serait totalement incompris.

 
Par Hououji_Fuu
14H16    26/07/2008

Il est plus que logique pour Obama de se montrer discret et extrêmement prudent sur ses délcarations durant cette tournée européenne. Comme le répètent les grands journaux US, autant ses visites en Afghanistan, en Irak et au Proche-Orient furent un succès et des points marqués, autant il prenait de très grands risques en venant en Europe.

D’abord, les médias US, et les Républicains, scrutent la manière dont il est reçu, cherchent des signes qui pourraient laisser à penser que le candidat se fait recevoir « comme s’il était déjà président ". Ensuite, les américains méprisent les européens. Ils n’aiment pas l’Europe, ils nous reprochent de ne pas les suivre en tout, et de ne pas suivre tout discours ou toute rengaine patriotique éculée avec des étoiles dans les yeux, un sourire béat et idiot, avec un peu de bave qui coule de la commissure des lèvres. Nous ne croyons pas comme un seul homme au sacro-saint " Rève Américain ». Nous ne croyons ni au sacro-saint livre de la mondialisation, ni aux bienfaits du néo-libéralisme.

Le but d’Obama avec sa tournée internationale était de rapporter de belles images, de montrer qu’il peut voyager à l’étranger sans faire de gaffes, et qu’il peut être crédible en politique étrangère (pour cette partie là, ne pas regarder son voyage en Europe, mais ses autres visites qui ont précédé son arrivée en Europe). C’est chose faite. En passant, Sarkozy et Brown ont essayé de tirer un peu à eux l’auréole de popularité qui flotte autour d’Obama, Sarkozy tombant même dans la caricature à ce sujet.

Les Républicains ont été limités dans leurs possibilités de râlerie durant le voyage. Tout ça grâce à la vacuité du discours de Berlin (visionné en intégralité sur CNN, suivi des commentaires Républicains, très instructif). Obama a dit des banalités, des mots savamment pesés pour faire plaisir sans rien vouloir dire de réel, sans engagement ni positionnement clair tout en étant des déclarations de bonnes intentions, style profession de foi destinée à un public d’ ados qui croient encore qu’ils vont révolutionner le monde.

L’opération de pure communication est un succès. Ce ne fut jamais rien d’autre que ça. Pour quoi donc s’interroger sur l’absence de contenu? Il n’allait pas risquer d’en donner en primeur à des étrangers, à des non-américains. Il sait très bien que faire ce genre de chose serait un suicide politique. Les américains ne pardonneraient jamais que l’on accorde la priorité à d’autres qu’eux. D’ailleurs, si on interroge l’homme de la rue américain sur ce qu’il pense de la tournée internationale d’Obama, la réponse sera loin d’être en majorité celle que les naïfs (ou ceux qui ne connaissent pas la mentalité américaine) croient.

La campagne d’Obama est une campagne américaine: une campagne de com’, une campagne d’images, de solgans. Pour le contenu, il faudra attendre les actes, une fois qu’il sera élu, s’il est élu… Mc Cain, quant à lui, continue ses réunions dans les petites villes des états « non alignés » (swing states) qui feront la décision en novembre. Et il gagne du terrain chaque jour davantage.

Et pendant que l’on fait de la politique people, un nouveau coup de boutoir contre la théorie de l’évolution vient d’atterrir sur la table du conseil académique du Texas, dernière attaque en date des tenants du créationisme (enfin, de l’intelligent design, qui n’en est que la face vaguement présentable).

 
Par Bigseb
14H59    26/07/2008

« Son rival républicain John McCain suscite beaucoup moins d’intérêt. Cette semaine, lors d’une étape dans le New Hamphire, un journaliste l’attendait tout seul sur le tarmac de l’aéroport. »

MORT DE RIRE ! Mouahaha !

Sinon, bon article…

J’ai peut être la réponse pour les journalistes étrangers : il vit sa campagne intensement, et n’a guère de temps pour faire tout ce qu’il souhaite faire.

Il fait campagne pour être présent des USA, il est donc normal je trouve que ce soit les journalistes américains qui recueillent des interviews…

Vous croyez vraiment qu’il a le temps de se farcir les journalistes étrangers?

—> Il lui faudrait des journées de 36h.
—> Ces interviews ne lui serviront pas a gagner.
—> Il n’a donc aucun bénéfice à en tirer.

Soyez pas jaloux, laissez le faire sa campagne :-p

 
Par ClaudeB
18H23    26/07/2008

Oui et non. Malgré les limites au niveau du cumul des mandats et du nombre de mandats consécutifs des présidents et gouverneurs, le système américain souffre d’un manque de renouvellement flagrant au niveau des législateurs.

Le taux de réélection des législateurs (Chambre des représentants et Sénat) frise les 95%. Le Sénat compte 6 sénateurs (sur 100) en poste depuis au moins 35 ans - dont Robert Byrd, qui célébrera un demi-siècle de mandat en 2009!.