23/08/2008 à 13h35

Avec Joe Biden, Obama leste son navire d'une solide quille

Pascal Riché | Redchef Rue89

Après un long travail de décantation, il ne restait plus que trois noms sur la liste des possibles candidats démocrates à la vice-présidence : le gouverneur de Virginie Tim Kaine, le sénateur de l’Indiana Evan Bayh et le sénateur du Delaware Joe Biden. C’est ce dernier qu’Obama a choisi de retenir.

Par ce choix, Obama a voulu neutraliser l’une des critiques les plus fréquentes que les Républicains assènent à son endroit : le sénateur de l’Illinois n’aurait aucune expérience en matière d’affaires internationales, à une époque où celles-ci comptent énormément pour la sécurité des Américains.

Pour renforcer son léger mais fragile navire, Obama a en effet choisi une solide quille. Originaire de Pennsylvanie, veuf et remarié, Biden est un sénateur catholique au visage sérieux et aux cheveux gris, très expérimenté, très respecté sur la colline du Capitole.

C’est surtout l’un des politiciens les plus compétents sur les questions internationales : il préside la prestigieuse Commission des affaires étrangères du Sénat.

Obama a renoncé à un numéro 2 qui pouvait lui offrir le vote d’un Etat majeur

Agé de 65 ans, il risquait moins que les autres candidats potentiels de nourrir des ambitions présidentielles pour 2016 (dans l’hypothèse où Obama enchaînerait deux mandats) : d’expérience, ces ambitions créent souvent des tensions à la Maison Blanche. En cela, on peut faire un rapprochement entre le choix de Biden par Obama et le choix de Dick Cheney par George W. Bush en 2000.

Mais la décision d’Obama n’allait pas de soi. Le Delaware est un tout petit état, sans grande importance sur la carte de la course à la Maison Blanche. Barack Obama a donc renoncé à choisir un numéro deux qui aurait pu lui apporter un grand Etat sur un plateau.

Quand Biden s’est présenté, il a fait une gaffe... à propos d’Obama

Pour être expérimenté, Biden n’est pas le plus réservé des sénateurs. Il lui arrive de gaffer, et la presse, qui le sait, ne manquera pas de guetter chacune de ses déclarations. Lorsqu’il s’était présenté aux primaires démocrates, l’an dernier, il avait par exemple fait scandale en déclarant que Barack Obama « était le premier Afro-Américain consensuel qui s’exprime bien, qui soit brillant, propre et séduisant ».

Par ailleurs, même s’il rentre chez lui dans le Delaware presque chaque soir, il est, après six mandats de sénateur considéré comme une créature de Washington DC : ce n’est pas un très bon atout vis-à-vis de l’opinion.

Les partisans de John McCain, le candidat républicain, ont aussitôt tourné ce choix en dérision : « Il n’y a pas eu plus grand critique de l’absence d’expérience de Barack Obama que Joe Biden », a déclaré un porte-parole de l’équipe de campagne. Un spot télévisé a vite été concocté. (voir la vidéo).


Mais ils savent que le choix de Biden est également lourd de menace pour eux : ce dernier, protégé par son aura de compétence, se permet souvent des attaques très brutales contre ses adversaires politiques. L’an dernier, comme le rappelle le Los Angeles Times il avait ainsi déclaré à propos de la candidature de l’ancien maire de New York républicain Rudy Giuliani :

« C’est la personne la plus sous-qualifiée qui ait jamais visé la présidence... après George W. Bush », ajoutant que Giuliani ne savait former que des phrases de trois mots : « Un nom, un verbe et un nine-eleven [11 Septembre, ndlr]. »

Biden moquait ainsi les références incessantes aux attentats du World Trade Center de celui qui était alors candidat à l’investiture républicaine. (Voir la vidéo, en anglais).



En 2002, Joe Biden a appuyé la résolution autorisant la guerre en Irak, tout en jugeant qu’une attaque unilatérale était « la pire option ». Il a ensuite regretté son vote, et prôné en 2006 un retrait des troupes à partir de 2008. Biden est un partisan d’un resserrement des liens transatlantiques. L’un de ses plus proche conseillers, Antony Blinken, a grandi en France.

► Correction 24/08/08 : modification du paragraphe sur le risque d’ambitions présidentielles du vice-président.

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  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 14h05 le 23/08/2008
    • Internaute 2277

    Avec les 800.000 habitants du Delaware, Biden n’apportera peut-être pas beaucoup de voix à Obama. Par contre il est catholique romain ce qui représente un fameux paquet d’électeurs potentiels qui auraient hésité à voter pour Obama sans la présence de Biden.
    Reste à savoir qui sera choisi par son adversaire. Rice ?

  • Hououji_Fuu
    Hououji_Fuu
    Racaille Syndicale (oh yeah ! )
    • Posté à 14h56 le 23/08/2008
    • Internaute 27115
      Racaille Syndicale (oh yeah ! )

    Biden est un excellent choix sur le papier : expérimenté dans les domaines où Obama est souvent présenté comme inexpérimenté ou incompétent, il a été le président des deux plus grandes commissions du Sénat US : la Commission Justice, et la Commission des Affaires Extérieures. De quoi donner du poids, de la crédibilité et du fond sur le plan intérieur et sur le plan extérieur.

    Comme déjà signalé par un autre intervenant, Biden a l’avantage d’être catholique, ce qui amènera des voix de catholiques (les USA n’étant un pays de séparation église/état que sur le papier, la religion continuant à jouer un rôle absolument dingue–j’attends de voir un candidat à la maison blanche oser « avouer » être agnostique voire, ô horreur et antéchrist ! , athée).

    Biden a aussi un autre avantage : il est connu pour sa simplicité. Il va au boulot en train. Ca donnera aussi la côté proche des gens, qu’Obama est clairement incapable d’avoir, prisionnier de son élégance, de sa garde-robe, de ses habitudes alimentaires plus que bobo délicat. Biden fait plus terre à terre. Plus humain. Il est gaffeur, certes, mais ça rend quelqu’un sympathique. D’ailleurs, à la question « et saurez-vous vous tenir durant les réunions internationales au sommet, réfléchir et ne plus faire de bourdes lorsque vous aurez les rênes du pays ? » il avait eu le toupet de répondre, lors d’un débat TV durant les primaires : « oui ». Sans détailler. Le présentateur s’était tu pendant quelques secondes, attendant la suite, mais Biden l’avait regardé benoîtement sans ajouter un mot. L’assistance était alors partie d’un grand éclat de rire. Biden avait gagné.

    Si Biden est un bon choix, il est aussi un choix révélateur de toutes les peurs et incertitudes d’Obama. Il révèle que toutes les failles jusque maintenant pré-supposées du candidat sont bien là, et que ni Obama, ni son staff, ne jugent qu’il pourra combler le trou, ou rassurer les électeurs et démentir les rumeurs d’incompétence seul, sans une personnalité dont l’envergure suffit à faire taire les accusations d’inexpérience.

    Biden est le choix raisonnable, le choix rassurant. Pas un choix rassembleur (au sens des antagonismes de la camapgne des primaires), ni un choix audacieux. Espérons que cela suffise.

    Au moins, Obama se sera écarté de sa rhétorique de campagne, et aura cessé de vouloir réconcilier les « rouges » et les « bleus » en prenant un vice-président neutre ou pire, républicain.

    A présent, au-delà des attaques inévitables, prévisibles et sans grand intérêt de l’équipe Mc Cain sur le nouveaux ticket démocrate, attendons de voir le ticket républicain.

    Parce que si Mc Cain parvient à un accord avec soit Bloomberg, soit Lieberman, Obama va se retrouver dans une sale situation, où c’est son adversaire politique qui réalise ses promesses de campagne...

    Sans oublier Nader, le jour J...

  • Erka
    • Posté à 15h56 le 23/08/2008
    • Internaute 5196

    Biden a mon avis etait de loin le meilleur candidat se presentant aux primaires democrates. Son probleme etant qu’il l’ouvre trop fort pour les media americains. Et le coup d’Obama etant « clean », il faut quand meme noter que cela signifiait « propre sur lui », eg. clean cut, et non pas simplement « propre ». Ce en quoi il a mille fois raison.
    Et sa remarque sur Giuliani etait probablement la meilleure definition de ce type qui a part mettre des gens en taule n’a strictement rien fait pour NY (summum atteint lors de la reponse desastreuses - logistique et materiels - des services municipaux lors du 11 septembre qui aurait du le conduire directement sous le feu de critiques nourries...).
    En tout cas Biden non seulement est cale en politique internationale, mais il avait cerne les vrais problemes des USA qui ne sont pas le terrorisme ou autre marionettes, mais le manque d’education, la sante et la misere de dizaines de millions de personnes.