Investiture d'Obama : le pasteur Rick Warren serait malvenu

Obama et le pasteur Rick Warren lors d'un sommet sur l'Eglise et le sida à Lake Forest en décembre 2006 (Mark Avery/Reuters).

L'écrivain et journaliste Christopher Hitchens, auteur de « Dieu n'est pas grand : comment la religion empoisonne tout » et du « Petit athéiste : lecture essentielle pour les incroyants », s'insurge contre l'invitation faite au très controversé pasteur conservateur Rick Warren à prononcer l'invocation religieuse le jour de l'investiture de Barack Obama, le 20 janvier.

Il est tout à fait possible de faire une remarque d'une intolérance sectaire qui soit en même temps factuellement exacte et moralement acceptable. Ainsi, lorsque le pasteur Bailey Smith, proche du défunt évangéliste Jerry Falwell, affirme que « Dieu n'entend pas la prière d'un juif », j'étais entièrement d'accord avec lui. Mais parce que je ne crois pas à l'existence d'un être supérieur qui entendrait les prières de quiconque.

Mais si un orateur dit qu'il existe bien un paradis, mais qu'il vous sera interdit si vous êtes juif, ou que les mormons sont une secte et une fausse religion alors que les autres sont les vraies, là vous savez qu'un vrai sectaire a parlé ! Voilà le monde merveilleux des évangélistes américains !

Est-ce qu'on a vraiment besoin de ces foldingues et sales types le jour de l'intronisation du prochain président des Etats-Unis ?

Rick Warren, pasteur de l'église Saddleback, en Californie, était récemment invité à une rencontre de l'Institut Aspen et s'est vu demander par une participante s'il pensait qu'une juive comme elle pouvait espérer une place au paradis. Il lui a répondu négativement. Il n'avait pas le choix, puisqu'il obéit à une théologie qui estime que seuls ceux qui croient en Jésus pourront être sauvés.

Obama ne connait-il pas la toile de fond idéologique de ce pasteur ?

Il est également exact que Rick Warren considère comme son mentor un homme nommé Wallis Amos Criswell, qui est à l'origine de la dérive vers la droite de l'église baptiste dans les années 60. A droite est un mot faible car il s'opposait à toute implication des églises baptistes dans la lutte pour les droits civiques. Pour Rick Warren, Criswell est « le plus grand pasteur américain du XXe siècle » ; il a raconté un grand moment de mysticisme personnel, dans les années 70, en compagnie du pasteur.

Nous avons donc le droit de poser à chaque membre de l'équipe de transition d'Obama, jusqu'à ce qu'ils nous répondent de manière satisfaisante, les questions suivantes :

  1. Warren sera-t-il invité à la cérémonie solennelle d'inauguration sans avoir à renier ce qu'il a dit sur le salut interdit aux juifs ?
  2. Sera-t-il autorisé à prononcer l'invocation religieuse à la nation sans pour autant désavouer ce que son mentor a pu dire sur les droits civiques, et ce que son principal disciple a dit des mormons ?
  3. Les Américains seront-ils conduits par la prière dans la nouvelle administration, qui devra faire face à un Iran potentiellement nucléarisé ou à un Pakistan qui l'est déjà, par un pasteur à moitié analphabète qui a grandi dans l'idée que l'apocalypse est le chemin souhaitable de la rédemption ?

Barack Obama est en train de découvrir que son boulot est d'être le président de tous les Américains, tout le temps. S'il le souhaite, il peut s'opposer au mariage homosexuel : c'est une question politique sur laquelle les gens peuvent être en désaccord.

S'il faut un prêtre, qu'on en choisisse un sans appartenance partisane

Mais l'homme qu'il a choisi pour prononcer l'invocation [religieuse] inaugurale est un infatigable homme d'affaires religieux qui récolte beaucoup d'argent sur la base d'un programme qui estime que certains Américains -les non-chrétiens, les chrétiens du mauvais type, les homosexuels, les incroyants- valent bien moins que son magnifique troupeau de donateurs éligibles à la rédemption.

Ceci n'est pas acceptable. Se pourrait-il qu'Obama ne connaisse pas la toile de fond idéologique de ce pasteur ? Cela pourrait être possible si l'on repense à la manière dont il a toléré l'odieux Jeremiah Wright [son pasteur de jeunesse à Chicago, qu'il a dû répudier pendant la campagne électorale en raison de ses propos antiblancs, ndlr].

Ou se pourrait-il que, connaissant les penchants de Warren pour le racisme, la superstition, et le sectarisme, il pense (comme pour Wright) qu'il peut être politiquement utile d'attirer cette communauté ? Dans les deux cas, l'idée est terrifiante.

Un président doit évidemment utiliser sa fonction pour chercher à se faire réélire, élargir sa base, attirer à lui de nouveaux partisans. Mais le jour de son investiture est l'une de ces journées où il n'a pas le droit de faire ça. C'est un jour qui appartient aux électeurs et à leurs familles, qui sont appelés à constater qu'une longue tradition d'alternance pacifique est respectée, même les années où le résultat est contesté.

Je suis personnellement d'avis qu'il n'y a pas besoin d'invocation religieuse. Mais si nous devons vraiment avoir un prêtre, qu'on choisisse un bon vieil hypocrite sans appartenance partisane, pas un bateleur assoiffé de publicité qui pense que des millions de ses compatriotes sont voués à l'enfer parce qu'ils ne correspondent pas à ses critères minables.

Lire aussi la version intégrale en anglais.

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Photo : Barack Obama et le pasteur Rick Warren lors d'un sommet sur l'Eglise et le sida à Lake Forest en décembre 2006 (Mark Avery/Reuters).

9 commentaires sélectionnés

Portrait de Lemmy_Nothor

De Lemmy_Nothor

The Emmett Grogan Memorial Barbecue | 15H57 | 21/12/2008 | Permalien

C'est l'histoire d'une petite ville aux Etats Unis , une ville « sèche » ( dry town ), cad, une ville ou l'alcool y est interdit. Il est interdit d'en consommer comme d'en vendre.
Bref, un homme d'affaire du comté decida d'y construire une taverne.
Un groupe Chrétien, de l'église locale, excessivement préoccupé, décida de tenir une nuit de prière afin que Dieu intervienne.
Or, durant cette nuit de prière, une tempête éclata, la foudre tomba sur la taverne et la réduit en cendres.
Le propriétaire décida de trainer la congrégation religieuse en cour, les accusants d'avoir provoquer l'incendie par leurs prières.
La congrégation de son coté clama haut et fort qu'ils n'étaient en rien responsable de ce qui était arrivé.

Le juge qui présidait l'affaire , après avoir lu les differents points de vue des opposants, dit ceci : Quoique qu'il advienne de cette cause, une chose est certaine, le propriétaire de la taverne croit dans le pouvoir de la prière, mais les Chrétiens eux, n'y croient pas.

Portrait de Julien_73

De Julien_73

ingénieur | 17H59 | 21/12/2008 | Permalien

Bonsoir,

Quel est l'intérêt d'un article contenant un avis personnel extrême et des insultes ?

Avis personnel extrême et prosélytisme :
« Dieu n'est pas grand : comment la religion empoisonne tout »
« je ne crois pas à l'existence d'un être supérieur »
« Ceci n'est pas acceptable. », « Je suis personnellement d'avis qu'il n'y a pas besoin d'invocation religieuse. »

Insultes (extraits) :
« remarque bigote », « un vrai bigot », « mecs bizarres et louches », « un pasteur à moitié analphabète », « l'odieux Jeremiah Wright », un prêtre est « un bon vieil hypocrite », « ses critères minables »

Chacun son avis, mais le minimum, à mon avis, est d'être respectueux ! ! !

Cordialement,

Julien

Portrait de jabier

De jabier 31087

consultant dans les Landes | 19H03 | 21/12/2008 | Permalien

Quand la constitution US a été proclamée le 17 septembre 1787. Il n'était pas question de séparation de l'église et de l'état. Et ils n'en ont jamais changé. Ils n'ont pas acquis notre culture anti-cléricale. Nous sommes choqués ou amusés quand dans les discours, les interviews, les films etc. nous les entendons invoquer Dieu autant que peuvent l'invoquer les musulmans ou autres monothéistes. Plus encore leur constitution permet une totale liberté de culte, ce qui permet la multitude de sectes de tous poils et qui ne se privent pas de proliférer. Les évangélistes, particulièrement prosélytes, mêlant religion et affaires commerciales juteuses, se comportent, aux US, comme en terrain conquis. La démonstration de sa religiosité, par un candidat, est quasiment une obligation pour celui ou celle qui brigue les voix des électeurs qui adorent la démagogie.
Les « évangélistes » sévissent aussi dans notre pays où leur audience est encore confidentielle au sein de la fédération protestante française. Mais leur activisme peut nous faire trembler.
Exemple d'une de leurs maximes en exergue devant un de leur temple : « Il faut croire pour comprendre, et non comprendre pour croire. “

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 10H19 | 22/12/2008 | Permalien

D'après ce que j'ai lu sur le site du Huffington Post ce jour, il n'y aura pas seulement un pasteur chargé de faire l'« invocation », mais deux, l'autre étant de tendance beaucoup plus progressiste. J'oublie son nom (ce n'est pas une célébrité), mais il est cité dans ce journal du web.

Obama n'a pas fait mystère de ses intentions : il est le président de tous les Américains, y compris ses opposants. Non seulement, il entend cette notion au sens strict (on verra à l'usage s'il se base sur elle pour sa politique effective ; a priori, ce sera difficile ! ), en tout cas au présent stade où il ne doit pas courir le risque d'une cassure populaire avant même sa prise de fonctions. La composition de son équipe de gouvernement (finalement assez neutre, avec deux républicains dans des postes importants -- défense et transports -- et des démocrates sensiblement moins « à gauche » que lui-même ou ses amis proches) reflète cette orientation, qui lui a peut-être valu, sinon de remporter la présidentielle, du moins de gagner certains états clés (Ohio, Floride, entre autres).

Faire un rapprochement entre Warren et Wright est absurde, et à ce propos, Chris Hitchens a connu de meilleurs jours (notamment dans la NY Review of Books). Wright n'a pas le pouvoir médiatique d'un Warren, et sur le plan social ils sont à l'opposé l'un de l'autre. Wright est un pasteur du ghetto, fût-il partiellement « bourgeois », et un partisan du pouvoir noir, ce qu'Obama n'a incarné à aucun moment ! De plus, Wright n'a pas vraiment fait de commentaires anti-blancs, il a souligné dans des interviews diffusées auprès du grand public pendant la campagne électorale qu'il maintenait son « Dieu damne l'Amérique ! » prononcé dans un sermon très antérieur.

Hitchens, enfin, se contredit : on ne peut être athée (et non pas athéiste, soit dit en passant) et tolérer simultanément, même avec réticence, le principe de l'« invocation » telle qu'elle est couramment pratiquée. En suggérant qu'un pasteur plus neutre aurait dû être choisi, Hitchens se définit comme un déiste de fait, comme nombre des pères fondateurs et des citoyens actuels des USA.

Portrait de Marie-France

De Marie-France

Toujours ailleurs | 23H04 | 21/12/2008 | Permalien

Je suis très déçue d'apprendre cela. Je croyais qu'Obama apporterait un changement, mais si les évangélistes, « Born Again » et autres droitistes religieux conservent l'importance qu'ils avaient, c'est mal parti.
N.B. il s'agit bien des EVANGELISTES

Portrait de jfko

De jfko

Infosophe | 23H03 | 21/12/2008 | Permalien

L'intérêt d'un tel article est de démontrer, si besoin était, l'influence phénoménale du « fait religieux » dans le monde et aux USA en particulier.
Je ne vois rien dans les propos de Christopher Hitchens qui puisse être qualifié d'« extrême » ou « insultant ». « Ne pas croire en l'existence d'un être supérieur » me semble juste une conviction tout à fait respectable. En revanche, affirmer que « Dieu n'entend pas la prière d'un juif » est, à mon sens, une véritable insulte envers une personne de confession juive.
Et même si, comme C. Hitchens, « je ne crois pas à l'existence d'un être supérieur qui entendrait les prières de quiconque », je ne pense pas manquer de respect en traitant quiconque de bigot (de l'anglais « Bî God », c'est à dire « Par Dieu »).

Portrait de Théophile KOUAMOUO

De Théophile KOUAMOUO

Journaliste | 23H41 | 21/12/2008 | Permalien

Je suis en train de lire un livre très intéressant de Rick Warren : « Une vie motivée par l'essentiel ». Il ne me semble pas avoir lu des propos d'un déséquilibré mais d'un chrétien à la profondeur spirituelle certaine. Pour le reste, l'extrêmisme laïcard est épuisant, et un athée militant n'est pas forcément très bien placé pour avoir une analyse raisonnable d'un des aspects majeurs de la culture américaine.
« I have a dream » et Martin Luther King, c'est toujours le même fond évangélique, mais tout le monde fait semblant de l'oublier…

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 05H49 | 22/12/2008 | Permalien

Il faut se rendre à l'évidence : les USA, c'est une théocratie chrétienne. Ce n'est ni aujourd'hui ni demain qu'on y verra un politicien ouvertement agnostique, athée, bouddhiste ou musulman. Quant à Obama, il vient de démontrer amplement à sa base électorale, d'abord par les nominations aux postes-clés de son gouvernement puis par l'invitation lancée pour son investiture à ce bigot homophobe d'un autre âge, qu'il est un mollusque prêt à toutes les contorsions politiciennes. Si Obama continue à ce rythme, sa saison à la Maison Blanche risque de se limiter à un seul mandat !

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 04H08 | 22/12/2008 | Permalien

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