05/12/2008 à 11h35

Combien de temps Obama va-t-il courir après les dollars ?

Guillemette Faure | Journaliste


T-shirts de campagne de Barack Obama (DR)

Mercredi, treize millions de personnes reçoivent un message de l’équipe de campagne de Barack Obama. Oui, la campagne est supposée être terminée. Qu’importe, pour les fêtes de Noël, l’e-mail nous propose d’acheter une tasse « Obama 08 » en souvenir d’« une année exceptionnelle ».

Ce n’est pas la première fois que le nouveau « président-élu », comme on dit, se transforme en catalogue des 3 Suisses politiques. Il y a quelques semaines, c’était un magnet souvenir à accrocher derrière sa voiture (25 euros), avant cela un mochouille « t-shirt de la victoire » (30 dollars) avec les photos d’Obama et de Biden (qui veut avoir Biden sur son t-shirt ?)

« S’il vous plait M. le président-élu, retirez moi de votre fichier de spams », supplie la journaliste Dahlia Lithwick sur Slate.

Après avoir levé 770 millions de dollars pendant sa campagne, Barack Obama a t-il encore besoin de lever de l’argent ?

Que faire de 13 millions de contacts ?

Le fichier de supporters de Barack Obama a été une de ses armes les plus efficaces depuis le début des primaires : treize millions de contacts (dont plusieurs journalistes de Rue89) et trois millions de noms de personnes qui ont contribué financièrement à la campagne par des dons en ligne.


Mug de campagne de Barack Obama (DR)

Tout au long de la campagne, les internautes ont été avertis des discours à venir, des pubs à venir, des réponses aux attaques d’Hillary Clinton puis de John McCain. Ils ont été les premiers remerciés le soir du 4 novembre. Tout cela avec des e-mails qui interpellent l’internaute par son prénom et se terminent sur un sobre « donnez maintenant » en bas de page.

La collecte ne s’est pas arrêtée le 4 novembre. L’e-mail qui propose le t-shirt Obama-Biden moyennant 30 dollars qui aideront le parti démocrate à rembourser ses dettes explique que « nous allons nous mettre au travail pour transformer ce pays, mais d’abord nous devons prendre soin du parti démocrate ».

Le 19 novembre, un e-mail de David Plouffe, son stratège, demande de « partager son expérience de la campagne et ses idées » pour « aider à former l’avenir de ce mouvement ». Concrètement, il s’agit de répondre à quatre pages de questions, dont ses sympathies politiques mais aussi ses pratiques religieuses, sa « communauté » (noir ? gay ? étudiant ?), son niveau d’engagement politique et, bien sûr, s’ils souhaitent continuer à « faire partie de l’organisation d’Obama ».

Un fichier au service d’Obama ou au service du parti ?

Ce que deviendra le grand fichier de Barack Obama après son entrée en fonction le 20 janvier fait encore l’objet de spéculations.

La tradition veut qu’une fois le candidat élu, il laisse la machine de campagne à son parti et ne plonge pas trop les mains dans le cambouis électoral. Les derniers e-mails font plutôt l’effet d’un fichier que l’on continue à affiner.

L’avenir de la base de supporters est même devenu un sujet de désaccord entre les conseillers d’Obama, qui ont pourtant affiché une unité parfaite pendant la campagne.

Certains pensent qu’il serait naturel de fusionner ce fichier avec celui du parti démocrate. D’un point de vue pragmatique, il serait inutilement cher de cultiver une base de données au simple service d’Obama maintenant que ses supporters ont obtenu ce qu’ils souhaitaient : son élection.

D’autres estiment que de le mettre à disposition du parti démocrate risquerait de braquer les sympathisants du prochain président : en campagne, il s’est attiré un public de supporters dégoûtés par la politique traditionnelle, qui se reconnaissaient en Obama mais pas nécessairement dans la machine démocrate. D’un point de vue légal, il n’est pas sûr non plus qu’un président en exercice ait le droit d’utiliser ce type de matériel de campagne.

Participez à la discussion (et à notre fichier)

La décision ne sera pas prise avant janvier, quand Howard Dean, précurseur des mouvements politiques grassroots sur Internet, quittera la présidence du parti démocrate et sera remplacé.

Quoi qu’il en advienne, les internautes sont déjà encouragés à s’inscrire sur Change.gov, le site de l’équipe de transition, pour participer au programme du prochain gouvernement.

« Participez à la discussion, partagez votre histoire et vos idées », invite le site. Mais avant d’écrire quoi que ce soit, n’oubliez pas de donner vos coordonnées. Une nouvelle banque de données se construit déjà.

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  • Nicolas Brousse
    Nicolas Brousse
    Etudiant à Paris
    • Posté à 11h54 le 05/12/2008
    • Internaute 118
      Etudiant à Paris

    Je reçois occasionnellement un email de l’équipe de Barack Obama. C’est très américain, dans le sens où leur façon de nous aborder rentre dans un contexte très « marketing ». Avant, ils demandaient de l’argent pour la campagne de Barack Obama. Aujourd’hui, ils demandent de l’argent pour les 4 années à venir. Je ne pense pas que ce soit critiquable. En effet, les Américains peuvent financer les idées d’Obama et contribuer au remboursement des dettes du DNC. En revanche, plus on demande d’argent, plus la pression est grande. C’est-à-dire que Barack Obama n’a vraiment pas le droit à l’erreur : si il y a erreur, non seulement il sera en baisse dans les sondages mais ces millions de dollars dépensés par de nombreux Américains pour sa campagne lui retomberont sur la tête. Et il en payera les conséquences. Il va donc falloir être « parfait » durant ce mandat... Est-ce possible ? Bien entendu !

    Ce qui va faire d’Obama un Président proche des citoyens, c’est Internet. Aux Etats-Unis, 85% des foyers y ont accès. Ce chiffre est considérable ! Et, comme durant sa campagne présidentielle, Obama semble mettre en place tous les outils possibles pour communiquer efficacement et faire part des réformes aux Américains. Sans oublier que « Change.gov » est un nom de domaine facile à retenir : pendant presque 2 ans, on a entendu quotidiennement - sur tous les médias - le mot « Change »... Et « Change » était le slogan de Barack Obama. Aujourd’hui, les Américains le connaissent par coeur et je suis certain que lorsque quelqu’un prononce le mot « Change », on ne pense plus au sens du mot mais à Barack Obama.

  • Pictulo
    • Posté à 12h23 le 05/12/2008
    • Internaute 23785

    La tasse Sarkozy 07, on ne l’a pas achetée, mais on la boit tous les jours. Glps...

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 15h08 le 05/12/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Je reçois les e-mails de David Plouffe depuis un an. Je les lis mais les élimine ensuite systématiquement. C’est un matraquage auquel les Américains sont habitués, mais ce n’est pas pour autant qu’on doive les tolérer !

    Je ne vois pas comment les demandes de fonds au nom d’Obama vont pouvoir continuer. C’est juridiquement inacceptable aux USA, puisque Obama n’est plus candidat. Cela dit, je comprends les réticences des conseillers d’Obama à l’idée d’une simple fusion avec le fichier de donateurs du parti démocrate : on ne sait jamais, les fonds récoltés à l’initiative de la campagne d’Obama pourraient servir à financer certains opposants démocrates (en puissance : on verra ce que donne l’épreuve de l’expérience) !

    Je suspecte que l’on appréhende les années qui viennent dans l’équipe d’Obama, car on est en pleine crise, et le président-élu peut très bien se retrouver incapable de porter certains éléments clé de son programme (dans le domaine social, là, précisément, où où l’attend au tournant, surtout dans les quartiers noirs). Plouffe et Cie envisagent-ils déjà l’échéance présidentielle de 2012 ? C’est probable, et ils souhaitent sans doute accumuler un trésor de guerre dans cette perspective.

    NB : Le fait de quémander des fonds est une constante de la vie américaine, contrairement à l’habitude française de se tourner systématiquement vers l’Etat pour tel ou tel financement. Ce n’est pas pour rien que le Téléthon a vu le jour aux Etats-Unis ! Le réseau de la National Public Radio (qui ne bénéficie d’aucun financement publicitaire) est familier de ces campagnes de collecte – elles sont mensuelles et soulantes à souhait !

  • Guillemette Faure
    Guillemette Faure
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 17h59 le 05/12/2008
    • Internaute 34
      Journaliste

    Le temps de finir cet article, j’ai reçu un e-mail proposant « un t-shirt de l’inauguration » pour 12 dollars...

  • Jaycib
    Jaycib répond à Guillemette Faure
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 19h25 le 05/12/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    12 dollars pour un t-shirt, c’est pas cher... moins que les t-shirts Rue89 !

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 02h26 le 06/12/2008
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    La campagne n’a pas termine dans le rouge et obama n’a theoriquement pas le droit d’employer l’argent pour autre chose qu’une campagne (pas possible de financer son inauguration avec, par exemple).

    Barack a par ailleurs appele ses genereux donateurs a sauver Hillary avant qu’elle prenne fonction (au-dela elle ne peut plus collecter de fonds pour sa campagne, toujours deficitaire de quelques millions).

    A ces appels bassement mercantiles, sa base doit preferer le genre de messages adresses par Plouffe l’autre soir :
    Lien

  • Bakima Baliele
    • Posté à 03h41 le 06/12/2008
    • Internaute 18299

    A Guillemette. Comme journaliste et reporter travaillant aux Etats Unis, vous savez tres bien que la ceremonie d’Inauguaration d’un nouveau president US coute chere. Tout comme l’est la periode de Transition. Souvent le president-elu fait financer le fonctionnement de son epquipe de transition par des fonds prives, provenant essentiellement des lobbies divers.

    Comme pour tenter de limiter l’influence des lobbystes sans son gouvernement, M. Obama semble tenir sa promesse de campagne : eloigner les PAC(groupes d’interets particuliers qui interviennent dans les actions politiques aux Etats Unis) des spheres de decisions de son executif. Dans ces conditions, je comprend que David Plouf continue a recourir au fichier des personnes qui ont contribue pour a la campagne du prochain president.

    Enfin, je suis du meme avis que vous : transferer le fichier des contacts/supporters d’Obama au parti Democrate n’est pas une decision facile. Je fais partie de ce million de petits donneurs qui ont repondu aux demandes de Barack Obama pendant la campagne, mais je ne suis pas sur, demain, de contribuer si le pati democrate me le demandait.
    BB, Washington, DC