
Bush peut partir avec le sentiment du désastre bien fait
(De Washington et de nos archives) Le 21 janvier 2009, un petit homme souriant se présente devant les grilles de la Maison-Blanche et demande à l'agent du « secret service » qui monte la garde : « Dites, est-ce que George W.Bush est là ? » « Non, répond l'agent, il n'est plus président vous savez ? » L'homme part. Le lendemain, il revient : « Dites, est-ce que George. W. Bush est là ? » « Je vous ai déjà répondu que non, il n'est plus président. » L'homme sourit et remercie poliment. Le troisième jour, le revoilà : « Dites… » Le garde s'énerve : « Pour la troisième fois, IL N'EST PLUS PRESIDENT ! » Le petit homme répond alors : « Oh oui, je sais, mais j'aime tellement l'entendre dire ! »
Fernando la Guarda, qui m'a raconté cette histoire est un militant démocrate de Washington. Avocat, il a un peu délaissé son job les derniers jours avant les élections pour aller chercher les électeurs, en faisant du porte-à-porte, dans des quartiers modestes de Virginie. Pour lui, l'enjeu de cette élection était avant tout de mettre clairement un terme à l'épisode Bush. De le fermer comme on claque une porte. Comme des centaines de milliers d'autres démocrates américains, ce n'est donc pas tant contre McCain que Fernando a milité : c'est contre Bush. Pour qu'avec une nette victoire d'Obama, il n'y ait pas de « troisième mandat ».
Comment un président peut-il afficher un bilan aussi calamiteux ?
Georges Bush a profondément marqué l'histoire des Etats-Unis en ce début du XXIe siècle. Mais alors qu'il rêvait d'ouvrir une nouvelle ère politique, sa présidence n'aura été qu'une parenthèse pitoyable. Sa guerre en Irak a terni durablement l'image des Etats-Unis dans le monde. Sa croisade pour la « ownership society » (société de propriétaires) se termine par la crise immobilière et financière la plus grave de tous les temps… Et les Etats-Unis ont perdu huit précieuses années, dans les batailles qui s'imposent pourtant à eux : changement climatique, couverture santé, pauvreté…
Pourquoi tant de décisions ont échappé au sens commun ? Le contexte historique du moment -ce mélange délétère de globalisation et d'unipolarité du monde- n'explique pas tout. Une partie de la réponse réside dans les tréfonds de la psychologie du « président par accident », dans sa « boîte noire », pour reprendre l'expression de Jacob Weisberg, auteur de « The Bush Tragedy », qui compare cette présidence à un crash aérien. George W. Bush est un homme pris dans un complexe nœud familial. C'est un personnage shakespearien, dont le destin voisine celui du prince Hal devenu Henri V.
J'ai pour la première fois découvert George W.Bush en 2000 à travers le mobilier de son bureau texan. Je venais d'arriver aux Etats-Unis, où je devais reprendre la correspondance de Washington pour le journal Libération. Il fallait alors préparer un portrait du gouverneur du Texas, en cas de victoire de ce dernier à la présidentielle. A l'époque, personne n'y croyait vraiment : Al Gore était le grand favori des sondages.
Le vilain petit canard d'une des plus puissantes dynasties politiques
Ce jour-là, à Austin, le gouverneur du Texas n'était pas là, il était quelque part sur les routes de la campagne. Une de ses proches collaboratrices m'a ouvert son bureau. Elle m'a laissé un moment seul à l'intérieur. J'ai un souvenir très précis du mobilier, qui m'avait frappé : c'était celui d'une chambre d'enfant.
Des tableaux représentant des scènes de western ; un fauteuil entièrement fait de cornes de vaches ; une armoire vitrée contenant des dizaines de balles de baseball dédicacées, ainsi que le maillot jaune de Lance Armstrong. Et un portrait de Sam Huston, président de la République du Texas, puis sénateur des Etats-Unis, enveloppé dans une sorte de toge. J'avais interrogé mon hôtesse sur ce drôle de tableau : « Le gouverneur l'aime, car il lui rappelle qu'on peut avoir eu des problèmes de boisson et être un grand homme », m'avait-elle répondu sans ambages. Ce que je prenais pour une toge était en réalité une serviette : Sam Huston, sur ce tableau, est en cure de désintoxication.
George Bush, vilain petit canard d'une des plus puissantes dynasties politiques américaines, est un grand malade qui s'est soigné par le pouvoir. Sa maladie est classique : c'est une relation mal dénouée avec son père, son écrasant homonyme. Père étudiant brillant, père absent après la mort de sa petite sœur, père roi du pétrole, père président mais père méprisé par la droite dure pour ne pas avoir « terminé la guerre » du golfe. Père qui n'a jamais pris trop au sérieux son « first son » (son premier fils), préférant de loin le cadet Jeb…

Bush, qui honore et déteste son père, a sans cesse mis ses pas dans les siens (études, pétrole, Maison-Blanche, Irak), mais en trébuchant sans cesse. Devenu président, son obsession était d'être digne de son père, de le dépasser, de l'oblitérer. Papa était modéré ? Je serai radical. Favorisait-il les équilibres internationaux ? Je ferai de l'unilatéralisme mon cap. N'avait-il pas osé pousser la guerre jusqu'à Badgad ? Je finirai le boulot !

Bush a entraîné le monde dans sa cure sanglante. A Washington, je l'ai observé pendant six ans. Je ne l'ai croisé que de très loin, à l'occasion de conférences de presse ou de brèves déclarations dans le bureau ovale. Mais il m'a tenu compagnie tous les jours ou presque, parce que je devais relater, quasi quotidiennement, sa guerre au terrorisme, sa guerre à l'anthrax, sa guerre en Afghanistan, sa guerre en Irak, sa guerre aux impôts, sa guerre aux juges libéraux, sa guerre contre le mariage gay, ses guerres perpétuelles…
Un second mandat qui lui permet enfin de « tuer le père »
La folie semblait souvent aux commandes de ce pays. L'image la plus névrotique, sans doute, fut celle d'un Bush sortant d'un avion de chasse, sur le porte-avion USS Abraham Lincoln, le 1er mai 2003, devant cette bannière grotesque, « mission accomplished ». Il avait expliqué aux journalistes qu'il avait lui même piloté l'engin et que cela l'avait botté. Pour comprendre son excitation, il faut chercher le père, encore : ce dernier était un as, un pilote émérite, ayant accompli 116 vols pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir d'un porte-avions. A travers cette représentation théâtrale sur le pont de l'USS Lincoln, Bush fils envoyait un message clair : regarde Papa, mission accomplie, j'ai écrabrouillé Saddam, j'ai fait mieux que toi, et me voilà dans ta tenue de héros !
(Voir la vidéo)
Un an et demi plus tard, George W. Bush a réussi à se faire réélire, effaçant l'image du président par accident léguée par les résultats controversés du scrutin de 2000. Pourquoi cette réélection, alors que le chaos régnait en Irak ? Mon sentiment, c'est que les Américains se sentaient encore « en guerre » et n'ont pas voulu changer de général au milieu de la bataille, fût-elle désastreuse. Ce fut en tout cas un second grand moment de jubilation pour Bush : enfin son destin sortait des rails tracés par le paternel qui, lui, n'avait pas réussi à se faire réélire en 1992. Cette fois, pour la première fois, le fils avait surpassé le père, se détachant de son ombre.
Cette réélection a achevé de donner au monde le sentiment que le « bushisme » avait gagné l'ensemble des Américains. De mon expérience, pourtant, ce pays n'a cessé de rester vivant et contrasté pendant les années Bush. La lumière médiatique portée sur le président, sur la droite chrétienne ou sur les néoconservateurs a éclipsé de multiples évolutions encourageantes au sein de la société américaine entre 2000 et 2008. Moins visibles, elles étaient tout aussi puissantes et l'élection de Barack Obama permet enfin de les révéler.
Le conservatisme le plus pur, le nec plus ultra de la modernité, selon lui
En 2004, juste après la réélection de George Bush, j'avais écrit une tribune pour prendre le contrepied de l'impression générale qui prévalait en France. Non, écrivais-je, la victoire de Bush ne reflète pas une poussée des « valeurs » de droite dans ce pays : la religion recule plutôt, de même que l'homophobie, le soutien à la peine de mort, le racisme. Les préoccupations concernant l'environnement ou la couverture santé progressent. L'image d'une Amérique se recroquevillant uniformément autour de valeurs réactionnaires ne correspondait pas à la réalité : celle-ci était bien plus complexe. Dès 2004, malgré la défaite de Kerry, le balancier avait commencé son mouvement de retour. Un mouvement qui n'a cessé de s'amplifier depuis, gagnant le champ économique et social.
Si le 11-Septembre a façonné le premier mandat de Bush, donnant à ce dernier la boussole qui lui manquait, le second mandat, lui, a été marqué par une autre catastrophe, plus nationale, mais tout aussi décisive : l'ouragan Katrina, qui a dévasté la Nouvelle-Orléans sous les yeux hébétés des autorités. J'ai vécu sur place ce moment bouleversant. La situation humanitaire à la Nouvelle-Orléans était une abomination et Bush n'a pas été à la hauteur. Je me souviens qu'une consœur, reporter d'un journal modéré, m'avait dit alors, d'un air abattu :
« Comme toujours dans ce pays, les horreurs se résument à deux mots : race et classe. »
Katrina a exposé à la lumière ces deux blessures profondes, réveillant du même coup une réaction salutaire de l'opinion. Obama aurait-il réussi le parcours qu'il a fait sans cet ouragan ? Je ne le pense pas. Un fil lie Obama à Katrina. (Voir la vidéo : les excuses de Bush)
Depuis, un réalignement critique est à l'œuvre aux Etats-Unis, au point que certains parlent même d'une « troisième révolution » (les deux première étant le « welfare state » (Etat-providence) de Roosevelt et le néolibéralisme de Reagan). Les sondages montrent clairement que sur la question du rôle de l'Etat dans l'économie, ou des impôts, il y a un « avant » et un « après » Katrina.
Par exemple, selon une enquête du Pew Center (« Trends in political values and core attitudes, 1987-2007 », ci-contre), les Américains qui jugent que « le gouvernement a la responsabilité de prendre soin de ceux qui ne peuvent pas le faire pour eux même » est passé de 51% en 2002 à 69% en 2007… Pendant le second mandat de George W. Bush, tant sur leur rapport au monde que sur leur rapport à l'économie, les Américains se sont remis en cause.
L'un d'entre eux, pourtant, n'a jamais douté, jamais questionné ses convictions : c'est George W. Bush. Il a vissé sa vie politique sur le conservatisme le plus pur, y voyant le nec plus ultra de la modernité. S'est-il rendu compte, lorsqu'il assistait à l'enterrement de Ronald Reagan dans la cathédrale de Washington, que c'était aussi cette vision du monde qu'on enterrait ?
Résultat de cet entêtement : Bush risque de rester dans l'histoire des Etats-Unis comme l'un des pires présidents que ce pays ait jamais eus. Il lègue une dette faramineuse, un chaos en Afghanistan et en Irak, des inégalités effroyables, une image du pays dégradée, et pour couronner le tout, une crise financière qu'il a favorisée en appelant tous les Américains à devenir propriétaires (thème de sa « ownership society »).
L'environnement et les consommateurs sacrifiés sur l'autel de l'industrie
Mais rien ne dévie jamais la course de George W. Bush vers le mur. Avant de quitter la Maison-Blanche, et alors que le modèle économique néolibéral fait eaux de toutes part, il entend passer une dernière loi de dérégulation, qui aura pour objectif, au nom de l'efficacité, d'affaiblir les règles protégeant l'environnement et les consommateurs. Les industriels applaudissent une nouvelle fois, avec le même entrain que mettait l'orchestre du Titanic.
Son œuvre ainsi parachevée, George W. Bush pourra alors retourner dans son ranch. Il a atteint son objectif, gommer son père. Le « George Bush » qui restera dans les livres d'histoire ne sera pas le 41e président, mais le 43e.
Photo : Sam Houston à la Bataille de San Jacinto (wikipédia). La famille Bush (Wikipédia). Mai 2003 : Bush sur le porte-avions USS Abraham Lincoln (Larry Downing/Reuters).
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 19H11 | 07/11/2008 |
Le problème que me pose Bush (et, sous cet angle, je dois dire que l'article [que j'ai néanmoins trouvé très intéressant] ne m'aide pas à me faire une idée), c'est que ce type paraît tellement… crétin (ben oui, quoi) qu'il défie bien souvent l'analyse.
En particulier, je continue de me demander dans quelle mesure il a été instrumentalisé, tant il semble inapte à élaborer quelque pensée que ce soit. S'il me paraît tout à fait capable de céder à des réflexes (casser la gueule aux méchants, par exemple), ça paraît tout de même très insuffisant pour concevoir une politique.
L'un des « miracles » de la première présidence de Bush réside dans son éblouissante capacité à avoir retourné (en deux ans seulement ! ) le mouvement quasi universel de sympathie envers les Etats-Unis consécutif aux attaques de septembre 2001 en une aversion tout aussi quasi universelle : ça force tout de même le respect !
Reste que, si limité qu'il soit, Bush aura bel et bien exprimé un visage des Etats-Unis, et un visage qui n'est pas marginal (et qui n'a certainement pas disparu avec l'élection d'Obama). En soi, ce serait pas si tragique si ce pays ne disposait pas, par ailleurs, d'une puissance aussi considérable. Après tout, si les Etasuniens se retrouvent dans un crétin, c'est leur affaire. Quand ce crétin exerce sa nocivité (qu'elle soit d'ordre économique ou militaire) ailleurs que sur son territoire, ça devient la nôtre.
Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour imaginer ce que sera, dans les faits et non plus dans les fantasmes, la présidence d'Obama. Après tout, il est possible qu'elle soit catastrophique ou enchanteresse, nous n'en savons strictement rien. Mais ce qui me paraît certain, c'est que les Etats-Unis de Bush ne se sont pas évaporés du jour au lendemain. Pour le cas où ce visage-là des Etats-Unis reviendrait au pouvoir, il serait sans doute opportun d'envisager une sorte de découplage de la solidarité pour ainsi dire automatique de l'Europe avec les Etats-Unis.
De mon point de vue, c'est ça la leçon que nous, Européens, devrions tirer des deux présidences qui s'achèvent. Et pour nous l'avoir souligné, nous pourrions peut-être même remercier Bush.
De lioe
berlin | 19H14 | 07/11/2008 |
Bonsoir
Je trouve assez curieux depuis quelques semaines ces articles, films ou reportages sur BUSH. Ils tendent et tentent quasiment tous a nous dépeindre un homme qui au final ne serait pas si mauvais en nous résumant une relation plutôt conflictuelle avec son papa qui expliquerait sa « vision“politique.
On nous décris un homme a qui on a envie de mettre une tape sur l épaule en lui disant que c est pas grave il a foire, mais l essentiel etait d avoir essayer………
Je trouve cela extrêmement déplace, au regard de ce qu il a FOIRE. Des vies humaines, des pays ravages, des familles détruites, …D autres avant lui ont etes juges pour avoir menti sur l utilisation d un cigarre et aujourd hui aucun média n évoquerai ne serait ce que l idée que cet homme pourrait avoir a rendre des comptes sur des mensonges qui ont entraînes des milliers de morts.
Je me fou de savoir quelle place cet homme tiendra dans l histoire. Ce qui m interesse s est de savoir si cet homme tiendra un jour SA PLACE dans un tribunal.
Je ne me fais bien sur aucune illusion, encore moins lorsque je vois le monde journalistique passer a cote de sujets qui pourraient fâchés.
Je finirai par deux citations
- ‘le journalisme est un métier ou lon passe la moitie de sa vie a parler de ce qu on connais et l autre moitie a taire ce que l on sait’
-‘La démocratie est une dictature contrôlée par quelques individus dont les électeurs sont les complices’
Bonne soiree
De La mouche du coche
diptère | 19H25 | 07/11/2008 |
l'auteur « Bush a entraîné le monde dans sa cure sanglante. “
les victimes de la dictature irakienne, afghane, et du 11 septembre, apprécieront.
De Polyblogue
Citoyen | 20H56 | 07/11/2008 |
Bonjour,
Faire reposer le désastre de 8 ans de politique américaine sur la seule personne de Georges W Bush me semble impensable.
Pour un roman ou un film pourquoi pas, mais dans le cadre d'une analyse ça serait une grave erreur.
Derriere l'image ou le symbole du président il y a des centaines de conseillers, des milliers de personnes dans la haute administration qui font au final la politique interieure ou etrangere d'une super puissance comme les Etats-Unis.
8 années c'est tres tres court et on ne peut tout réduire à ce laps de temps.
http://polyblogue.wordpress.com/
De Jool H
MC | 20H32 | 07/11/2008 |
Quel bonheur de regarder Bush (la dernière vidéo en particulier) et de se dire que tout ca est fini !
De Béatrice1
| 22H00 | 07/11/2008 |
Merci pour ce très bon article et son éclairage « psychanalytique » - cet aspect est toujours intéressant appliqué à tout détenteur de pouvoir, mais il est particulièrement voyant chez Bush junior. Shakespearien, en effet.
A ceux qui font l'erreur de croire que c'est un « crétin », je rappellerais quand même qu'il a fait Yale et Harvard, ce qui est incompatible avec un QI déficient. Il a JOUE au simplet, au mec simple et sympa, au cowboy - alors qu'il est à peu près aussi texan que moi, car issu de l'aristocratie de la Nouvelle Angleterre, d'un père coincé et diplomate international. Là aussi il a pris le contre-pied absolu.
La tragédie pour les Américains et le reste du monde, c'est que ce raté se soit trouvé être président au moment du 11 septembre : il ne faut pas oublier qu'il s'était présenté avec un programme isolationniste. C'est là bien sûr qu'Al Gore aurait vraiment fait la différence.
Un petit bémol : la « troisième révolution américaine » est une ânerie : la première (et la seule), c'est celle de 1776, que l'on appelle en France la « Guerre d'indépendance », et aux Etats-Unis « the American Revolution » - exactement pour les mêmes raisons qu'on appelle ce qui est arrivé en France en 1789 la « Révolution française », les deux ayant été extrêmemnt liées et accomplies selon les mêmes principes. Ensuite, il a été question à plusieurs moments de lancer la « seconde » révolution américaine : la guerre de sécession a été ainsi qualifiée, la gauche de la gauche américaine y appelait dans les années 60 et 70, Nixon et Reagan ont tous deux prétendu l'incarner, et le dernier en date est le très droitier Ron Paul.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 11H58 | 08/11/2008 |
Tout en partageant grosso modo l'analyse psychologique du phénomène Bush Jr proposée par Pascal Riché, je ne peux m'empêcher de penser qu'un autre facteur doit être pris en compte pour expliquer sa présidence : l'excellente organisation des théoriciens conservateurs et néo-conservateurs au sein des groupes de réflexion et de la presse depuis les années 80. Les premiers ont cédé la prééminence aux seconds au fil des années, non sans des débats parfois très houleux, mais les deux groupes se sont entendus pour promouvoir la candidature de George W. après avoir poussé celle de Bush père, qui, pourtant, leur semblait une pâle réplique de Reagan.
On se rend compte de cette évolution en consultant certaines revues de droite (The National Review, Commentary), où l'on a perçu un certain désarroi lors de la floraison de la « pensée » néo-conservatrice anti-rationaliste, anti-scientifique, etc. Beaucoup des anciens conservateurs (« archeoconservatives ») ont ainsi été mis en porte-à-faux (William Buckley père, Norman Podhoretz, Houston Institute, Heritage Foundation). Au bout du compte, ils se sont quand même inclinés car des gens comme Wolfowitz leur paraissaient incarner une réconciliation entre morale et politique fondée sur la politique libérale dérégulatrice de Reagan.
Le front commun a commencé à se fissurer après le début de la deuxième guerre d'Irak, les archéos ayant les plus grandes difficultés à justifier une guerre « manufacturée » de toutes pièces suite aux mensonges éhontés de Cheney-Rumsfeld.
Ceci explique en partie pourquoi Colin Powell a finalement quitté son poste et s'est finalement retrouvé à soutenir la candidature d'Obama, tout comme Ron Reagan (fils de l'ex-président), etc., ainsi qu'une bonne partie de la presse régionale conservatrice que les excès des neo-cons épouvantaient tout autant que les progressistes (liberals) du parti démocrate. Les archéos prônaient un débat acharné mais loyal avec les liberals, mais avec les neo-cons aucune discussion raisonnée n'était plus possible. Au bout du compte, il ne s'est plus trouvé aucun intellectuel de droite acceptant de les soutenir.
De Tremeur Denigot
flâneur | 20H27 | 08/11/2008 |
Que voilà un beau témoignage de journaliste. Une sorte d'impressionnisme journalistique, tout en suggestion, en subjectivité. C'est rare. C'est étonnant aussi, car on retrouve l'ambiance de votre blog, qui était toujours un lieu où il faisait bon passer. Pour tout cela, merci, Pascal. Cela me donne à moi aussi un peu de cette nostalgie qu'on sent filtrer au détour de vos phrases. Pas pour Bush bien sûr…
On a aussi l'impression que vous ruminez tout cela depuis un bon moment déjà, et que l'élection d'Obama est comme une délivrance pour vous. Non seulement parce que vous pensez avoir eu raison avant les autres, cela arrive, mais ne délivre aucune forme satisfaisante de libération. Mais plutôt parce que vous pouvez enfin dire haut et fort ce que vous pensez en sachant désormais qu'on va vous écouter, vous comprendre. Je me trompe ?
De DMEpee
Marketing | 01H01 | 10/11/2008 |
L'auteur a bien raison sur ce qui parait etre l'immaturite de GWB Junior.
La ou je crains de ne pas etre d'accord, c'est son optimisme sur le changement des mentalites de la profonde Amerique. Si on regarde les cartes electorales, ce sont les zones urbaines qui ont voté Obama, les zones rurales ont voté McCain. Heureusement il y a plus de gens dans les zones urbaines ! Les americains ont voté Obama--pour certains (les indecis et les Republicains-qui-ont-change d'avis)--par egoisme pur et simple. Certains ont parle a la convention democrate : « oui, snif, j'ai perdu mon travail, je n'ai plus d'assurance maladie… j'etais republicain, maintenent je vote pour Obama ». Really ! En ce moment ils ont reconnu plus de logique chez Obama, et ils sont faches du statu quo. Des que ceux-la iront mieux, le « noir » (en fait moitie noir, mais avec l'histoire esclavagiste, une goutte de noir=100% noir) n'aura qu'a rentrer chez lui a Illinois. Esperons qu'il pourra faire suffisamment de bonnes choses d'ici 2012, et qu'on ne nous l'assassinera pas.
En Californie, ils ont fait marche arriere en ce qui concerne les gays : les homosexuels pouvaient se marier depuis quelques mois, et les gens ont maintenant re-rendu cela illegal.