
Deux ans de campagne, deux ans de pronostics foireux

L'Amérique n'est pas prête pour un président noir. Les supporters d'Hillary Clinton aigris par la nomination d'Obama vont voter McCain. De toute façon, c'est l'argent qui décide… Pendant deux ans, les élections ont été l'occasion d'un feu d'artifices de grandes vérités et de pronostics… Ils sont tous ou presque tombés à l'eau.
Les prévisions foireuses, ça peut commencer très tôt. En avril 2005, la crème des « insiders » prédisent ensemble une finale présidentielle entre George Allen, sénateur de Virginie, et Hillary Clinton. Si quelqu'un se souvient de George Allen… (il s'est fait laminer politiquement en 2006 après avoir traité un observateur politique de macaque, Youtube a fait le reste).
La palme du pronostic raté à Guy Sorman qui en janvier pronostique la victoire de McCain face à Hillary :
« On parie ? Hillary Clinton arrivera en finale, mais déchiquetée par Obama. Le côté héroïque de Mc Cain fera la différence. »
Mince, on regrette de pas avoir parié.
Au-delà des paris ratés, la liste de ces grandes vérités montre à quel point cette élection présidentielle américaine a bousculé tout ce que l'on croyait être les règles de la politique américaine.
On vous en fait un résumé de ce que les Américains appellent des « common wisdoms », des idées couramment admises en politique. A relire avant de faire des paris sur les élections de 2012.
- Dans la course à la présidentielle, c'est un désavantage d'être sénateur. L'Amérique n'a pas élu de président sénateur depuis J. F. Kennedy.
Tiens, et on se retrouve avec Obama, Clinton, McCain… trois sénateurs en lice pour les derniers mois de campagne.
- L'argent est le nerf de la guerre.
Les caisses vides de McCain (à l'été 2007, on parlait de sa candidature au passé) ne l'ont pas empêché d'être le candidat du parti tandis que le millionnaire Mitt Romney, qui a investi 45 millions de dollars de sa fortune personnelle n'a même pas été jugé indispensable dans le rôle de vice-président républicain.
- L'important, c'est le « momentum », le moment où un candidat a le vent en poupe, ce qui crée une dynamique et son avance se confirme.
Dans cette campagne quasiment tous les candidats ont eu leur « momentum » (Giuliani, Huckabee, McCain ont tous été favoris à tour de rôle, Hillary Clinton a eu son « momentum » après la victoire des primaires du New Hampshire) sans que cela ne dure. Tout comme les soi-disant « bosses » des sondages des candidats après les conventions des partis se sont immédiatement évaporées.
- Les Clinton contrôlent l'establishment du parti démocrate. Obama n'a aucune chance aux primaires.
Finalement, alors que Barack Obama et Hillary Clinton ont chacun récolté 18 millions de votes pendant les primaires. C'est grâce aux voix des « super délégués » (les officiels du parti) qu'Obama a battu sa rivale.
- Hillary a un formidable atout : le tellement charismatique Bill Clinton.
Finalement, l'ancien président aura souvent été un boulet pendant les primaires.
- La force d'Hillary, c'est sa discipline et celle de son équipe.
Sa campagne a fini gravement dans le rouge. L'équipe n'avait pas prévu que les primaires pourraient durer au-delà du super Tuesday. Les démissions de membres de l'équipe, les bagarres entre son stratège Mark Penn et ses autres conseillers ont fait les bonheurs de la presse. Toutes les notes internes ont fuité (pour être publiées dans le magazine Atlantic Monthly). Pendant ce temps là, rien de ce qui se tramait dans le camp Obama n'a jamais filtré.
- John McCain n'a pas d'avenir politique parce qu'il a été trop faucon en Irak.
Ça ne l'a pas empêché d'être le candidat républicain et le républicain préféré des démocrates (jusqu'à ce qu'il soit le candidat républicain). D'ailleurs la guerre a à peine été un sujet de la campagne générale.
- John McCain ne sera jamais le candidat républicain parce que la base du parti ne l'aime pas.
Manifestement, elle aimait encore moins les autres.
- John McCain ne peut pas gagner les primaires du parti républicain parce qu'il a défendu la régularisation des sans-papiers.
Qui se souvient qu'on ait vraiment débattu de l'immigration dans cette campagne ?
- Hillary Clinton va faire deux bouchées d'Obama.
Elle va gagner « avec une grande marge » d'après son mari Bill. Même quand elle se plante d'une vingtaine de points en Caroline du Sud, l'ex-stratège de Bill Clinton pronostique que c'est cette défaite qui va permettre à Hillary de gagner les primaires. (oui, le même Dick Morris qui avait plus tôt prédit une élection générale entre Hillary Clinton et Condoleezza Rice).
- Les longues primaires vont laisser le parti démocrate tellement divisé que son candidat ne pourra pas gagner.
Le parti démocrate n'a jamais été aussi uni derrière son candidat. Quatre démocrates sur cinq disent avoir une opinion « très positive » d'Obama.
- Obama ne sera pas élu à cause de l'effet Bradley.
En 1982, le candidat noir Tom Bradley était en tête des sondages de sorties d'urnes pour être gouverneur de Californie mais a perdu. D'où l'idée que les électeurs trouvent politically correct de dire qu'ils vont voter pour un Noir mais ne le font pas.
Non seulement ça n'a pas été le cas mais dans certains Etats, pendant les primaires et caucus, il a fait mieux que ce que les sondages prédisaient. En revanche, les 72 ans de McCain lui ont peut-être plus porté tort que la couleur de peau d'Obama.
- Aucun démocrate n'a gagné la Maison Blanche sans le Tennessee depuis 1960.
Sauf cette année. Pardon McCain, mais cette année, ça n'était pas plus vrai que « le gagnant du Missouri gagne la Maison Blanche ».
- La force du parti républicain, c'est sa discipline et son organisation (bénévoles, base de données).
Cette année, c'était la force de la campagne de Barack Obama.
Photo : à Atlanta, une pro-Obama signe son soutien sur un bus des démocrates (Tami Chappell/Reuters).
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De Monk
Musicien | 11H27 | 05/11/2008 |
Cet article est très bien vu. Moi même, jusqu'au début du vote anticipé, je refusais d'y croire…
Et pourtant. Obama a littéralement écrabouillé en petit morceaux de chair sanguinolente son concurrent. MacCain restera à jamais une marque de frites.
Deux ans de pronostics foireux ? oui, et c'est normal. La ségrégation n'a été abolie que depuis à peine 50ans (même un peu moins). Personne n'a fait de pronostics sur l'élection (par ailleurs assez improbable) de Barack Obama.
Si quelqu'un m'avait dit l'année dernière qu'un afro-américain nommé Barack Hussein Obama gagnerait les élections, je lui aurais conseillé de se faire un ou deux trous dans la boîte crânienne pour l'aérer.
Donc bon, je n'ai jamais été aussi content de m'être trompé.
« John McCain ne sera jamais le candidat républicain parce que la base du parti ne l'aime pas :
Manifestement, elle aimait encore moins les autres. »
+1.
De fatalyst
12H19 | 05/11/2008 |
…« Pendant deux ans, les élections ont été l'occasion d'un feu d'artifices de grandes vérités et de pronostics… Ils sont tous ou presque tombés à l'eau. »…
La faute à qui ? ? ? Qui donne les informations ? ? ? Hein ! ! ! vous les journalistes ! ! ! …
vous avez une façons de vous dédouanez après coup de toutes « désinformations », en vous gaussant des vrais fausses analyses de ceux qui vous ont lu. L'information passe par le journaliste qui est diffusé à plus ou moins grande échelle. Le lecteur lui se fait des conclusions conceptuelle en fonction de ceux qu'il lit, entend et voit.
Donc dans le titre j'aurais mis pour être tout à fait objectif : « Deux ans de campagne, deux ans de pronostics foireux, par les journalistes. » Mais ça doit faire trop mal non ? ? ?
Il est vrai que les politiques, les essayistes, les experts en tout genre n'arrangent pas les choses. Quoi qu'il en soit le journaliste est quand même responsable de sa plume. Cordialement.
Ps : J'ai oublié les titres de certain de vos articles, alors pronostique ou vérité ! ! ! ; -)
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De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 14H39 | 05/11/2008 |
Merci à Guillemette pour sa rectification impitoyable des clichés qui ont entouré les primaires et l'élection présidentielle ! Une fois de plus, la méthode empiriste (ex. : si tel événement ne s'est pas produit dans le passé, il y a très peu de chances qu'il se produise à l'avenir) a démontré sa vacuité.
Je dois faire amende honorable car je ne croyais pas à la victoire d'Obama. A mes yeux, l'effet Bradley serait déterminant, notamment dans les « swing states » ! Donc une erreur de plus dans un parcours personnel qui en comporte déjà pas mal…
N'ayant plus de rapport direct avec la société américaine depuis les années 90 (même si tous mes amis américains ont cru à la candidature d'Obama dès le départ et me l'ont fait savoir), j'avais sous-estimé la profonde transformation qui est intervenue chez les jeunes, qui ne sont désormais plus du tout frileux quand il s'agit de se battre ouvertement contre les préjugés raciaux. Les statistiques disponibles montrent que ce sont les jeunes de moins de 30 ans (et les femmes) qui ont eu raison, aux dépens des hommes et surtout de la génération précédente. Il ne fait aucun doute que le « sang neuf » a prévalu, et que la victoire d'Obama fait faire un grand pas en avant à la cause de la tolérance.
Guillemette (ou quelqu'un d'autre ! ) peut-il me proposer une recette me permettant de manger mon chapeau sans indigestion mortelle ?
Et bravo pour son analyse sagace de la situation américaine !
Cela dit, c'est maintenant que les choses se corsent. Comment Obama va-t-il pouvoir ne pas décevoir les uns ou les autres après les immenses espoirs qu'il a suscités, notamment dans les ghettos ? Ce sera dur, très dur, mais l'homme a de l'envergure ; il n'est pas impossible qu'il soit un grand président. En tout cas, il a l'air d'avoir pleinement conscience de l'importance des enjeux.
De sissa
19H06 | 05/11/2008 |
Vous en avez oublié un : il y a un an, beaucoup annonçaient comme certain un duel Clinton-Giulani pour la présidence.
De Panama
enseignant | 20H28 | 06/11/2008 |
La réalité américaine est très différente de ce qu'on en dit généralement dans les médias français…
C'est d'ailleurs ce que n'ont cessé de dire les médias français ; -)