Les cinq moments forts du dernier débat McCain-Obama

Le dernier débat entre les deux candidats américains, à l'université Hofstra, à Hempstead, près de New York, était bien plus agressif que les précédents. John McCain, qui a quatorze points de retard dans les sondages, avait décidé de retirer ses gants. De très nombreux commentateurs ont jugé que Barack Obama a fait un sans faute lors de ce débat, apparaissant comme très calme face aux coups répétés de son adversaire.

Selon un sondage CBS, 53% des électeurs indécis, à la fin de ce débat mercredi, considéraient que le démocrate avait surpassé le républicain. Seulement 22% avaient l'opinion inverse (les 24%, restants, qui se prononcent pour l'ex-aequo, appartiennent visiblement à la frange la plus radicale des indécis).

« Hey Joe »

Dans ce premier extrait, McCain s'adresse directement à « Joe le plombier » : « Hey Joe… Avec Obama, Joe, c'est ta richesse qui sera redistribuée. » Obama souligne que si les deux candidats veulent baisser les impôts, c'est de façon très différente : son adversaire veut privilégier les riches, alors qu''il propose, lui, des réductions d'impôts pour 95% des Américains.

Qui est Joe ? C'est un plombier de Toledo, Ohio, Joe Wurzelbacher. Il avait apostrophé Barack Obama en campagne pour lui dire que son plan fiscal l'empêcherait de se mettre à son compte. Autant dire que c'est aujourd'hui une star (à ne pas confondre avec Joe le Taxi).



« Zéro ? »

Un peu plus tard, McCain revient sur Joe le plombier : « Joe, mon ami, si vous êtes là… Si vous refusez d'appliquer (dans votre entreprise) le plan de couverture santé du sénateur Obama, il va vous mettre une amende ! »

Mais Obama le scotche sur place. Il s'adresse lui aussi à Joe à travers l'écran : je suis content de vous parler, Joe, si vous êtes là. Voici quelle sera votre amende : zéro (les petites entreprises ne seront en effet pas soumises à ces pénalités). McCain en reste comme deux ronds de flan : « zéro ? » répète-t-il.



« Kill him ! »

Troisième extrait, John McCain accuse Barack Obama de diffuser des spots TV mensongers et « négatifs » ; Barack Obama rétorque que la colistière du Républicain, Sarah Palin, n'a rien fait dans un meeting à Scranton, en Pennsylvanie, lorsqu'un militant a hurlé à l'encontre du démocrate : « Kill him ! »



Lui c'est lui, moi c'est moi

Troisième extrait : « Sénateur Obama, je ne suis pas le président Bush ! », déclare McCain. « Si vous vouliez faire campagne contre le président Bush, il fallait vous présenter il y a quatre ans. » Obama rétorque plus tard : « Je sais que vous avez montré de l'indépendance sur des questions comme la torture, mais sur le fond, sur la politique économique, vous proposez huit années supplémentaires de la même recette, qui n'a pas marché. » Et McCain énumère ensuite les réformes sur lesquelles il s'est distingué de Bush…



L'affaire de l'ami « terroriste »

John McCain revient sur les liens d'Obama avec William Ayers, un ancien militant d'extrême gauche à l'époque du Vietnam, et que les républicains désignent comme un « terroriste ». Il évoque également le rôle joué par une association, Acorn, dont des militants sont soupçonnés d'avoir inscrit des noms fictifs sur les listes électorales.

En guise de défense, Barack Obama prend ses distances avec Ayers (aujourd'hui professeur à l'université de Chicago) : « Il y a quarante ans, quand j'avais huit ans, il a commis des actes méprisables avec un groupe radical. J'ai condamné ces actes… M. Ayers n'est pas impliqué dans ma campagne, il n'a jamais été impliqué dans ma campagne, et ne me conseillera pas à la Maison Blanche. »

Il ajoute malicieusement qu'il l'a rencontré dans une commission sur l'éducation fondée par un républicain. que s'il faut vraiment nommer ses « associés », il a d'autres noms en magasin : Warren Buffet, Paul Volcker, et quelques autres personnalités démocrates et républicaines.



2 commentaires sélectionnés

Portrait de Valéry

De Valéry

10H25 | 16/10/2008 | Permalien

L'article omet sans doute l'événement essentiel de la soirée : l'utilisation incessante du « split-screen », cet écran partagé en deux qui permet de suivre en direct les réactions du débateur qui écoute. (Je rappelle qu'en France, les plans de coupe sont interdits lors des débats présidentiels, pour éviter que par un regard, une mimique, un des participants puissent influer sur la parole de l'autre.)

Là, on a eu un plan de coupe d'une heure et demie ! Et paradoxalement, il a desservi le plus expressif des deux, celui qui laissait continuellement transparaître son exaspération et sa frustration. L'effet « petit vieux agacé » était dévastateur. Il ne faisait que confirmer le sentiment que McCain pourrait se révéler instable, incapable de ce contrôler. A l'inverse, Obama, apparaissait apaisé, rassurant.

Désormais, les conseillers en com » devront apprendre à leurs poulains à écouter…

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 12H02 | 16/10/2008 | Permalien

Je ne vois pas très bien, sur la foi des vidéos présentées, comment l'on peut dire qu'Obama est un grand débateur (en revanche, c'est un grand orateur quand il est préparé et qu'il a rédigé son propre texte). On peut dire la même chose de McCain, évidemment ; ce n'est pas non plus un débateur de poids. Que chacun ait pu marquer des « debater's points » durant leur échange, cela va sans dire. McCain était mieux préparé que les fois précédentes, et Obama a fait mieux que simplement lui répondre. Mais ce n'était pas un débat de champions.

En matière d'image, par contre, il n'y a pas photo. Obama rayonne de confiance en lui-même et ne peut être facilement déstabilisé (il a dit à plusieurs reprises : « Quand je serai à la Maison Blanche », ce à quoi McCain, c'est surprenant, n'a rien rétorqué).

C'est surtout cet aspect des choses qui passe bien à la télé, à mon avis.

Il reste, comme l'ont dit plusieurs riverains, qu'on ne saurait préjuger l'issue de la campagne tant il reste de racisme enfoui très profondément dans les consciences. Les « indécis », notamment, semblent encore très nombreux à ce stade, et l'on est en droit de se demander pourquoi tant de réserve alors que l'économie américaine s'effondre autour d'eux…

L'unique question de fond est : qui saura le mieux gérer la crise ? Aucun des programmes des deux candidats ne pourra en effet être appliqué, du moins dans le proche avenir. Obama semble le mieux préparé pour prendre la direction du pays, mais ce n'est peut-être qu'une apparence. Le vainqueur devra en effet affronter de sacrées tourmentes. Obama, un nouveau Roosevelt ? On l'espère en croisant les doigts.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code