08/10/2008 à 17h38

La guerre de Sarah Palin contre les médias dérape

Guillemette Faure | Journaliste

Un homme politique sait qu’il ne perdra jamais de point à taper sur les médias. C’était déjà ce que faisait George Bush en 2000 et 2004 lorsqu’il disait ne pas lire les journaux parce qu’il préférait obtenir ses informations de ses proches. Dans les débats et en interview, il parlait (tiens, on se met à parler de lui au passé) des « mainstream media » (les grands médias) en ayant l’air de pincer le nez.

On a aussi entendu un concert anti-média à la Convention du parti républicain mené par Sarah Palin (qui avait oublié qu’elle a fait des études de journalisme et a été journaliste) s’en prenant, après l’ex-maire de New York Rudolph Giuliani, aux « médias élitistes de la côte Est ».

(Pour les anglophones, Dana Milbank a tiré une vidéo très drôle de ces fantasmes de connivence des « médias élitistes de la côte Est ».)

« Les prétendus grands médias »

A force de chauffer leurs supporters à blanc sur le sujet, les républicains risquent des dérapages.
Ainsi, à un meeting de Sarah Palin en Floride, raconte le Washington Post, « des journalistes ont été accueillis par des hurlements et des railleries lancés par une foule de 3000 personnes ».

Palin, dont l’interview par Katie Couric de la chaîne CBS a été un désastre notoire, a dénoncé son « expérience malheureuse d’interview avec les prétendus grands médias ».

A ce moment, d’après le Washington Post :

« Ses supporters se sont tournés vers les journalistes dans la section presse, agitant des bâtons publicitaires dans leur direction et les insultant. D’autres ont crié des obscénités à une équipe de journalistes télés. Un supporter de Palin a crié un adjectif raciste à un journaliste noir… »

« Tue le ! »

On ne ferait pas pleurer grand monde avec des histoires de journalistes maltraités mais l’incident pousse à s’interroger sur les effets d’une campagne négative à outrance.

Dans un autre meeting, alors que Palin s’inquiétait à haute voix des fréquentations de Barack Obama (toujours cette histoire de café de fundraising organisé en 1995 par Bill Ayers, un ancien extremiste des Weather Underground), quelqu’un a hurlé « terroriste ! ».

Le journaliste du Washington Post a aussi entendu quelqu’un crier « tue-le ! » ; les agents du service de protection des personnalités vont chercher à en identifier l’origine.

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  • Seccotine
    • Posté à 10h15 le 09/10/2008
    • Internaute 31263

    Article intéressant. Le sujet cependant n’est pas relevé dans les autres médias à ma connaissance et c’est dommage. Une allusion cependant dans la Matinale de C+ l’autre jour. Qu’en est-il aux US ? Je suppose que les coups durs et bas vont se multiplier et se renforcer au fur et à mesue du rapprochement de l’échéance.
    Pour ce qui est de chez nous, rappelons-nous la « mésaventure » de la journaliste de France Inter à Corbeil.
    Quand même une bonne nouvelle (mitigée quand même) pour les journalistes, le correspondant de RFI a été libéré au Niger et sa peine requalifiée, il passera donc en correctionnelle et ne pourra être condamné à plus de 10 ans.

  • Susanna
    Susanna
    Individu
    • Posté à 11h28 le 09/10/2008
    • Internaute 10099
      Individu

    Ce n’est effectivement pas de la presse que parle votre article mais bien de ces populistes républicains et plus précisément de Sarah Palin.
    Il faut avoir vu, en live, se gonfler la baudruche pour comprendre le phénomène unique qu’elle constitue. Car quoi que l’on en dise, elle n’est pas si dégonflée que ça, et si par malheur elle n’a pas encore découragé l’électorat modéré, cette femme peut aider à la victoire. Le côté « Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas », que l’on a déjà bien observé chez nous, ouvre la brèche à toutes les questions les plus nauséeuses sur le prénom d’Obama ou sa couleur.
    On a beaucoup insisté sur les mimique et la gestuelle de Palin, mais son accent, ses références (la hockey mum, le fusil), son assurance, parlent à beaucoup d’électeurs.
    Disons qu’elle serait un genre de Bernard Tapie (pour l’aisance sans gêne) mâtiné de Royal dernière version.
    Le personnage écoeure très vite mais ceux qui ont décidé d’y croire - car il s’agit de ça - pèseront lourd.

  • NicoloPicolo
    NicoloPicolo répond à Seccotine
    in Texas
    • Posté à 15h49 le 09/10/2008
    • Internaute 53125
      in Texas

    CNN US en a parlé hier (je n’ai pas regardé d’autres chaînes hier).
    Ils n’étaient pas tendre avec Palin soulignant que ce débordements peuvent très bien être évités en s’opposant à ce genre de comportement, ce que ne fait pas du tout l’équipe McCain-Palin...
    On commence à parler de racisme du côté du ticket McCain-Palin désormais.
    Vraiment ils sont à désespérer...

  • Venezuela
    Venezuela répond à Marcantoines
    vit aux Pays-Bas
    • Posté à 17h32 le 09/10/2008
    • Internaute 114
      vit aux Pays-Bas

    L’effet Bradley (en anglais Bradley effect, est le nom donné au décalage souvent observé entre les sondages électoraux et les résultats des élections américaines quand un candidat blanc est opposé à un candidat non blanc. Le nom vient de celui de Tom Bradley, un noir américain qui perdit l’élection de 1982, au poste de gouverneur de Californie. L’effet Bradley reflète une tendance de la part des votants, noirs aussi bien que blancs, à dire aux sondeurs qu’il sont indécis ou qu’ils vont probablement voter pour le candidat noir ou issu de la minorité ethnique mais qui, le jour de l’élection, vote pour son opposant blanc.
    ___________________________________________________________
    Lien David Gergen, conseiller en communication pour 4 présidents (3 républicains et 1 démocrate : Nixon, Ford, Reagan, et Clinton) affirmait : « Il est trop tôt pour déclarer la victoire pour Obama parce qu’il est black ».
    En effet, dans un sondage pour l’hebdomadaire Time publié le 9 Octobre 44% des électeurs disent connaitre quelqu’un qui ne votera pas pour Obama à cause de sa race, tandis que selon un sondage sur les divisions raciales réalisé par l’université de Stanford pour Associated Press et Yahoo et publié le 20 Septembre, un tiers des démocrates avouent avoir un point de vue négatif sur les Noirs. Et 40% des Blancs avouent avoir des opinions négatives sur les Blacks, qu’ils jugent soit « paresseux », « violents », « irresponsables », « pleurnicheurs » ou « vantards ». Selon ce même sondage, Obama pourrait perdre au minimum 6 points à cause de la couleur de sa peau. Et la moyenne de tous les sondages nationaux de ces derniers jours ne donne à Obama qu’une marge d’avance de 5,1 %. Si l’avance d’Obama dans les sondages se maintient à ce niveau jusqu’au 4 novembre et qu’il perd l’élection, il sera difficile de ne pas y voir un rejet racial. Et à la crise économique, il faudra ajouter une grave crise d’identité de la démocratie américaine.