Scandale Keating : l'arme fatale d'Obama contre McCain ?

Pour contrer quelques coups bas républicains, l'équipe Obama ressort un scandale financier impliquant John McCain, l'affaire Keating.

Charles Keating et John McCain (DR).

C'était le sujet auquel Barack Obama avait dit qu'il ne toucherait pas mais auquel il a touché quand même. Dimanche, quelques millions d'internautes ont reçu un e-mail de David Plouffe, le directeur de campagne du candidat démocrate :

« Pendant la crise sur l'épargne de la fin des années 80 et du début des années 90, les faveurs politiques de McCain et son soutien actif aux politiques de dérégulation l'ont placé au cœur de la chute de la société d'épargne Lincoln Savings and Loan, une des plus grandes du pays… »

Autrement dit, est-ce à ce candidat que vous voulez confier le pays en pleine crise bancaire ?

L'e-mail indique encore :

« L'équipe de McCain a essayé d'éviter de parler du scandale, mais avec autant de parallèles à la crise actuelle, l'histoire de McCain et de l'affaire Keating a sa place dans la campagne. Les électeurs ont droit à connaître les faits, à juger par eux mêmes le manque de jugement caractéristique de John McCain ».

L'histoire de « l'affaire Keating », du nom de Charles Keating, un homme d'affaire propriétaire d'un groupe de caisses d'épargne, est particulièrement complexe. Le camp Obama y a consacré un site (Keatingeconomics.com, notez l'emploi du mot économie dans l'adresse du site, au cas où on penserait que c'est de la politique) avec une vidéo présentée comme un « documentaire » (c'est plus long -13 minutes- et plus sérieux que « publicité »). (Voir la vidéo)




En 1987, McCain et quatre autres sénateurs (les Keating Five) ont tenté d'intervenir pour protéger le groupe bancaire californien Lincoln Savings and Loan, un des établissements bancaires de Keating (qui contribuait financièrement à leurs campagnes électorales) et qui fera faillite deux ans plus tard, coûtant deux milliards de dollars aux contribuables. La vidéo insiste sur les liens entre Keating et les McCain, invités à passer leurs vacances chez lui.

Un comité d'éthique du Sénat s'est penché sur l'affaire (la vidéo ne se prive pas des extraits les plus vexants des auditions) mais n'a reproché à McCain que son « manque de jugement ». Keating, accusé de fraude, purgera lui une peine de prison.

McCain qui estime dans une de ses biographies que ce fut sa « plus grosse erreur » s'est ensuite racheté une conscience politique en devenant un farouche partisan d'une réforme du financement des campagnes électorales.

Keating : une arme de Bush que reprend Obama

L'affaire Keating a été un vrai boulet pour les McCain. Cindy McCain admettra plus tard que c'est à cette époque qu'elle est devenue accros aux anti-douleurs (au point de piquer dans la pharmacie de son ONG). George W. Bush s'est aussi servi du sujet pour laminer McCain, son rival républicain, lors des primaires de 2000.

Obama avait, lui, promis que l'affaire Keating ne ferait pas partie de ces munitions de campagne : McCain s'était excusé, ce n'était pas, selon lui, un sujet pertinent.

Pourquoi en parler maintenant alors ? Selon l'équipe démocrate, ce sont les républicains qui ont, les premiers, provoqué un débat sur le sujet des mauvaises fréquentations. Depuis ce week-end, Sarah Palin a multiplié les salves sur les « amis de Chicago » d'Obama.

Le démocrate a « copiné avec des terroristes », dit-elle à propos de Bill Ayers, un prof d'université membre dans les années 60 d'une association d'extrême gauche qui avait organisé des attentats pour protester contre la guerre au Vietnam.

Elle rappelle ses liens à Tony Rezko, promoteur immobilier aujourd'hui en prison, à qui Obama a négocié l'achat d'un terrain, et tente de réveiller la controverse sur son pasteur Jeremiah Wright (« je ne sais pourquoi leur lien n'est pas plus un sujet de discussions », ,dit-elle à l'éditorialiste Bill Kristol).

Pourquoi en plein « tsunami économique » (pour reprendre les mots du PDG de Lehman Brothers devant le Congrès), les deux candidats se livrent-ils un bras de fer sur le sujet des pires fréquentations ?

Les démocrates veulent parler de compétences en économie

Barack Obama s'est détaché de John McCain dans les sondages (entre quatre et neuf points selon les instituts) depuis que la crise financière occupe l'actualité. Il tient à maintenir le débat sur le terrain des compétences économiques. Selon un dernier sondage de CNN, 68% des électeurs font confiance à Obama pour résoudre une crise financière, contre 50% pour McCain.

Une analyse croisée des sondages menée par CNN montre aussi que plus l'électeur s'inquiète de l'économie américaine, plus il est susceptible de voter Obama. 75 % des électeurs qui pensent que les Etats-Unis vont vers une nouvelle dépression ont l'intention de voter pour le candidat démocrate.

D'où la vidéo qui fait le lien entre les faillites des caisses d'épargne de Keating et la crise actuelle. Aujourd'hui comme à l'époque, dit le film, « l'absence de régulations et le copinage entre le secteur financier et le congrès qui ont permis aux banques de faire des prêts à risques » et à chaque fois McCain s'est trouvé « du mauvais côté ».

Le camp McCain préfère parler des amis d'Obama que de la crise à Wall Street

Quant au républicain, comme l'a dit un de ses stratèges au Daily News, « si on continue à parler de la crise économique, on va perdre ».

C'est ce que pense Karl Rove, l'« architecte » politique des victoires de Bush, qui constate sur son site la première véritable avance d'Obama sur McCain en nombre de grands électeurs : il estime que « si les élections avaient lieu aujourd'hui, Obama gagnerait tous les Etats de John Kerry en 2004 avec en plus le Nouveau Mexique, l'Iowa et le Colorado ».

Pour McCain et Palin, la seule façon de gagner selon lui, explique-t-il dans Newsweek, c'est de « creuser les doutes » ; qu'ont encore les électeurs à son sujet « en questionnant la personnalité, le jugement et les valeurs d'Obama ». On n'a donc pas fini d'entendre parler des fréquentations des uns et des autres.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Franz Biberkopf

De Franz Biberkopf

| 10H43 | 07/10/2008 | Permalien

En jouant à rappeler les anciens terroristes autour d'Obama, Palin a sans doute cru que ça suffirait à faire rejouer le réflexe de trouille américaine. On dirait bien qu'elle s'est finalement tiré dans le pied (ça se dit, chez les flingueurs ? ).
Terrorisme pour terrorisme, on a l'impression que celui qui préoccupe le plus les électeurs américains actuellement, c'est le terrorisme financier. Vraiment pas de bol pour Karl Rove !
Possible que Palin soit le meilleur atout des démocrates.

Portrait de Guillemette Faure

De Guillemette Faure (auteur)

Eco89 | 10H51 | 07/10/2008 | Permalien

Ce qui est très frappant c'est qu'en 2004, en pleine guerre en Irak, l'élection s'est jouée sur des accusations sur la valeur des médailles de John Kerry au Vietnam, dans une guerre terminée depuis une trentaine d'années.
Cette année, avec toujours la guerre en Irak plus la chute de Wall Street, les deux candidats se bagarrent sur une affaire qui date de 20 ans et ce que faisait un des contributeurs de la campagne d'Obama il y a 40 ans…

Portrait de Lechat

De Lechat

esprit critique | 10H54 | 07/10/2008 | Permalien

Il y a également
Elections USA : Un groupe pro-démocrate attaque McCain sur son cancer
Vidéo - Une association indépendante de gauche pointe les dangers d'élection du candidat républicain en raison de son cancer de la peau. Regardez ce clip, traduit en français.

http://tf1.lci.fr/infos/elections-usa/0,,4104143,00-un-groupe-pro-democr…
MAC CAIN REFUSE DE RENDRE PUBLIC SON DOSSIER MEDICAL
C'est inquiétant lorsqu'on sait qu'il a déja eu 4 cancers de la peau

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 12H44 | 07/10/2008 | Permalien

Affaire Keating .
D'après le quai d'Orsay , il ne s'agit pas d'une affaire K.Eating (Kouchner-Eating)
Bernard K. n'a ni l'intention, ni l'envie de manger ou de frapper Mac Cain !

Signé « H » inspiré aspiré.

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