
L'Obamania peut-elle faire perdre Barack Obama ?
Alors que la convention démocrate débute à Denver, le candidat pourrait pâtir de son statut de star internationale. Reportage.
(De Denver) La patronne de la boutique Dogsavy est en rupture de stock de bandanas Barack pour chiens Obama. La vendeuse de chez Violet, boutique de mode, a vendu tous ses T-shirts Obama avant même l'ouverture de la convention démocrate, ce lundi. Partout, des badges Obama, fleuris façon hippie, futuriste « Barack to the Future » (jeu de mots avec « Back to the Future », titre d'un film à succès), historique à côté de Bob Kennedy, ou flanqué de Martin Luther King.
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En regardant un étalage de poupées Obama, on se dit que la comparaison avec l'atmosphère de la convention des démocrates de 2004 est cruelle pour le précédent candidat démocrate à la présidentielle, John Kerry. On y croisait peu de poupées à son effigie, les messages anti-Bush prédominaient sur les badges ou les T-shirts. C'était George Bush qui galvanisait les démocrates. Cette année, les démocrates se sentent engagés « pour » leur candidat, et pas seulement contre l'hôte actuel de la Maison Blanche.
Kerry, le vétéran, avait été un choix raisonné. « En 2004, les démocrates ont perdu parce qu'ils ont choisi quelqu'un qu'ils n'aimaient pas en pensant qu'il plairait au reste du pays », résume Chris Dugan, qui avait préféré voter plus « à gauche », pour le candidat indépendant Ralph Nader. « La différence avec 2004, c'est qu'on a cette année un candidat vraiment enthousiasmant et inspirant ! “, s'emballe Anita Smith, une bénévole démocrate en T-shirt bleu ‘Obama Mama’.
Cette année, même si certains inconditionnels d'Hillary Clinton ne se sont pas encore ralliés au sénateur de l'Illinois, la proposition s'est inversée. Le candidat du parti démocrate compte de vrais inconditionnels, mais les militants s'inquiètent à l'idée qu'il ne plaise pas au reste du pays.
Obama est en tête des sondages mais peine à distancer McCain
Même à l'époque où la campagne du républicain John McCain pataugeait, Barack Obama n'a jamais réussi à passer la barre des 50% d'intentions de votes. Les derniers chiffres d'ABC News donnent Obama à 49% contre John McCain à 43% des électeurs. Mais les intentions de vote des ‘ électeurs probables ’ lui sont un peu moins favorables, 49 à 45%.
Depuis deux mois, les républicains ont réussi à faire de l'Obamania un motif de scepticisme. Ils dépeignent Obama comme une sorte de star d'un jour, qu'on ne peut pas vraiment prendre au sérieux pour prendre des décisions difficiles. Souvenez-vous de cette publicité qui l'associait à Paris Hilton. (Voir la vidéo.)
Une autre publicité de Mc Cain commence par ces mots : ‘Les célébrités aiment dépenser leurs millions. Barack Obama n'est pas différent. Seulement c'est votre argent.’ A Denver, des républicains distribuent des autocollants ‘Barack Obama for Rock Star, John McCain for President’.
‘Les attaques sur la célébrité, ça a été la manière des républicains de caricaturer le fait qu'Obama ait réussi à toucher de nouvelles catégories d'électeurs’, râle Daniel Dunply, jeune démocrate venu de Pennsylvanie.
Ces attaques portent leurs fruits. Les sondages du Los Angeles Times montrent qu'entre juin et aujourd'hui, les opinions favorables d'Obama ont glissé de 59 à 48% tandis que les opinions négatives montaient de 27 à 35% (ces chiffres restent malgré tout meilleurs que ceux de McCain).
Un film sur sa vie, et un discours devant 76 000 personnes
Alors que la présidentielle de novembre s'annonce comme un référendum sur la personnalité d'Obama, le sénateur d'Illinois va devoir utiliser les quatre journées de la Convention pour mettre en avant son épaisseur politique, insister sur l'économie -première priorité des américains- et marteler que l'élection de John McCain équivaudrait à un troisième mandat de George Bush.
A Denver, il doit épousseter ses paillettes de star, et projeter une image de vrai leader. Pour cela, il doit faire cette semaine l'unité du parti (en obtenant l'allégeance sans ambiguïté des Clinton) et montrer sa pugnacité face aux attaques des républicains.
De la présentation lundi du film de sa vie (par David Guggenheim, le réalisateur du documentaire d'Al Gore, ‘Une vérité qui dérange’) au grand spectacle du discours final jeudi soir dans un stade, devant 76 000 personnes, en passant par les images de ses fans illuminés, Obama est toujours exposé au risque de voir ses discours politiques noyés dans sa célébrité, fourbissant ainsi de nouvelles armes aux républicains.
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De Scif
patatoïde | 23H53 | 24/08/2008 |
Je trouve que votre article exagère un petit peu.
On sait bien que toute élection américaine normale est très serrée, les deux camps ayant des fondamentaux à peu près égaux. Le déroulement de la campagne tend d'ailleurs à rapprocher les scores de l'équilibre, les candidats ajustant leurs propositions et leurs attitudes pour asseoir leur base électorale naturelle (un exemple très récent étant le revirement de John McCain sur l'avortement).
Vous écrivez un article à la tonalité pessimiste, alors que Barack Obama est en tête dans les deux sondages que vous citez, avec des chiffres corrects. On dirait que Rue89 joue à se faire peur et est un peu dépité que l'Obamania ne dépasse pas les 50% et des poussières d'électeurs américains susceptibles de voter démocrate. Vous voulez quoi, du 70/30 en faveur d'Obama ? Autant rêver …
Quant aux Républicains, il faut bien qu'ils attaquent sur quelque chose. Le camp démocrate ne va pas arrêter de faire campagne simplement pour empêcher les républicains de les critiquer.
Enfin, vous oubliez de relever qu'être le candidat qui polarise le débat politique est un avantage, tout simplement car il est plus mobilisateur pour son électorat de voter « pour » lui que pour l'électorat de son adversaire de voter simplement « contre » lui (et non pas pour son adversaire) - la dernière élection présidentielle française en étant un bon exemple.
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 03H48 | 25/08/2008 |
Steve Schmidt et ses sbires reprennent les bonnes vieilles recettes de Karl Rove « 04 et ca commence a payer dans les sondages.
Au coeur de la strategie : attaquer l'adversaire sur ses points forts (http://e-blogules.blogspot.com/2008/08/play-it-again-uncle-sam.html ).
C'est pour cela qu'ils caricaturent le charismatique Obama en celeb / rock star.
Ils refont le coup de l'intello deconnecte qu'ils avaient colle sur Kerry. John McCain va jusqu'a singer Dubya jusque dans la facon de simplifier son discours et destructurer son langage.
L'equipe d'Obama doit continuer a exposer la propagande en marche en face. Et particulierement mettre en evidence les limites et les contradictions du candidat McCain, dont la seule chance de victoire repose sur l'efficacite de son entreprise de demolition (http://e-blogules.blogspot.com/2008/08/riding-bullet.html ). Mac est devenu le personnage le plus fabrique des deux.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 09H08 | 25/08/2008 |
Guillemette, vous conviendrez qu'on peut s'attendre à tout :
L'obamania coûtera cher au candidat s'il ne parvient pas à faire entendre une voix forte en politique économique et en politique étrangère à la Convention. Les Américains ne voteront majoritairement pour Obama que s'ils ressentent qu'il a de la « substance ». Pour l'instant, il n'a pas encore convaincu que c'est le cas.
En tant que « Noir », il se peut qu'il lui soit impossible de prouver sa substance, tant il y a de non-dits racialistes dans le coeur des électeurs qui leur « suggèrent » le contraire (sans parler des lubies, des rumeurs, des sournoiseries diverses auxquelles ils sont exposés).
Je ne suis pas très optimiste pour la candidature d'Obama, mais j'aimerais bien me tromper.
De TARPON
09H35 | 25/08/2008 |
Je pense que les Clinton vont le plomber en adherant à sa candidature du bout des doigts ,maniere de ne pas etre associés de trop pres à un perdant.
Maintenant qu'on rentre dans la phase finale et que les democrates ont fini de jouer entre eux ,il va bien falloir prendre en compte l'opinion de tous les americains et savoir s'ils ont envie de voter pour un noir.C'est ça l'enjeu,pas l'experience de l'un ou la jeunesse de l'autre.
L'Obamania en cas de defaite serait un faux pretexte ,on ne « tue » pas un candidat qu'on aime trop .
De Thucydide
Bêcheur de fond en Bourbonnais | 10H31 | 25/08/2008 |
Intéressant cet article, et aussi tous les commentaires qu'il aura suscité.
Loin d'exagérer, Guillemette, j'ai eu le sentiment que vous occultiez (volontairement ? ) tout un aspect fondamental de l'esprit politique américain : l'international, que quelques commentateurs ont remis en scène.
Fin juillet, à propos de sa visite éclair à Paris, je m'étais inquiété :
« Attention, Monsieur Obama : ne mettez pas trop en avant une éventuelle popularité en Europe, ce n'est généralement pas très bien porté aux USA surtout par un candidat à la présidence fédérale ».
À mon sens, on peut en effet étendre votre approche critique du star system au delà des frontières, car d'un façon majoritaire, les électeurs américains cultivent deux péchés mignons qui entretiennent l'aspect « Western » de leur comportement politique :
- L'American Way of Life
- Le messianisme au sens large (religieux pour les nombreux évangélistes, mais aussi politique pour les « gardiens » de la démocratie et de la liberté).
Ces deux tendances lourdes de l'électorat US peuvent donc jouer un rôle très important dans le scrutin qui se prépare :
la popularité d'un candidat à l'étranger n'est-elle pas un indicateur d'un manque d'enthousiasme à défendre les intérêts du pays et entraver sa mission civilisatrice ?
J'ai cru comprendre du succès de dji. Walker Bi (pour changer un peu de George debeuliou Bush : -) )en 2004 qu'il garantissait la poursuite de cette politique.
Très sincèrement, et j'espère me tromper, j'ai de plus en plus l'impression que la préservation du leadership et de la primauté des USA (donc entre autres et notamment du prix du gallon de carburant) risquent d'entraîner un vote en faveur de Mc Cain.
Auquel cas, beaucoup parmi nous devront reconsidérer leur approche bienveillante du génie américain, car si c'est le candidat républicain qui est élu, les voix lui auront été données en parfaite connaissance de cause.
Affaire à suivre
PS : Je trouve cette réaction du staff Mc Cain à propos de la ridicule accusation de Madonna :
« lorsqu'il s'agit de soutenir Barack Obama, ses amies les célébrités mondiales n'hésitent pas à avoir recours à des dénigrements et à des attaques inacceptables »
Voilà qui en rajoute, hélas, sur le solide ancrage de cette tendance de l'opinion US
De Hououji_Fuu
Racaille Syndicale (oh yeah !) | 12H09 | 25/08/2008 |
Comme dit et répété par les éditorialistes du New York Times qui désespèrent : il est plus que temps de passer à la substance, et de prouver que ce millésime a du corps.
Il est plus que temps pour Obama de devenir enfin audible et crédible sur les questions économiques et sociales. Et il est plus que temps d'arrêter de se contenter d'être un phénomène médiatique et populaire parmi une tranche importante de son propre électorat de base. Mais pour cela, il faudrait avoir le courage de faire un vrai diagnostic de la société américaine, et une vraie critique non voilée du système économique. Comme le regrettait l'édito de hier du NY Times : malheureusement, chez nous on pense qu'une critique du marché est encore perçue comme anti-américaine, et les candidats n'osent pas se lancer dans cette voie.
Si Obama a perdu la tête des sondages US, c'est bien parce que les républicains l'ont attaqué sur l'idolâtrie relative à sa personne qu'il ferait mieux de réprimer une bonne fois pour toutes, et aussi sur son côté bien trop glamour, perçu comme bien trop lointain des gens, et de leurs préoccupations de tous les jours.
Pire encore qu'en Europe, aux USA, l'élitisme, et le qualificatif « intellectuel » sont des crimes, des tares dont il est très difficile de se libérer.
De Valéry
12H19 | 25/08/2008 |
Le danger pour Obama n'est pas l'engouement qu'il provoque ! Il ne faut quand même pas exagérer… Je renvoie à un article récent de Slate :
http://www.slate.com/id/219839
« Avec l'héritage de Bush - une guerre irresponsable et une mauvaise gestion économique - 2008 est une année qui favorise n'importe quel candidat démocrate face à un républicain. Et, pourtant, Barack Obama, avec tous les avantages naturels et structurels dans la course à la présidence se retrouve à égalité avec Mc Cain, un candidat républicain en dessous de la moyenne, dont la liste des faiblesses est plus longue qu'un monologue de Joe Biden. Obama a mené une opération politique de premier ordre, a levé des fonds sans précédent, et a marqué des millions de gens par son éloquence et sa vision » […]
L'auteur donne à ce paradoxe une explication simple : « le racisme est la seule raison qui peut faire gagner Mc Cain ».
Rappelons nous les débats des primaires et sa fameuse faiblesse structurelle auprès des « blue collars » (je rappelle que « blue collar », ou cols bleus est ici un euphémisme pour désigner les ouvriers blancs. Curieusement, lorsqu'il s'agit des Noirs, des Juifs, des Latinos ou de n'importe quelle autre minorité, les sondeurs cessent de s'intéresser aux ouvriers…) Sérieusement, quelle raison pourrait bien faire que les ouvriers de Pennsylvanie préfèrent un multi-millionaire de 71 ans lié au régime en place à un ancien travailleur social qui représente l'alternance ?
Le fait de désigner Obama comme candidat était un événement formidable, un pied de nez à l'histoire récente dont sans doute aucun pays européen n'aurait été capable.
Jusqu'où cette audace ira-t-elle ?