
Le 24 juin, Brigitte est morte : « ce n'est pas mon problème »
Aux Etats-Unis, mon amie, atteinte d'un cancer, était mourante. Son assurance, française, l'a laissée tomber.

(De Los Angeles) Dans la nuit du 24 juin 2008, mon amie Brigitte est morte d'un cancer. Après une lutte de vingt mois, elle s'est finalement éteinte chez elle, entourée de quelques-uns de ses amis et de ses deux enfants de 14 et 16 ans. Brigitte était française. Elle était venue en Californie il y a dix ans, par amour. En France, elle avait été productrice d'une émission de M6. Elle aimait raconter qu'elle avait découvert Manu Chao lorsqu'il était encore presque inconnu. N'allez pas croire cependant qu'elle se prenait au sérieux. Elle était tout le contraire de ça.
Ce n'est pas son histoire cependant que je veux raconter ici mais son combat avec son assurance maladie alors qu'elle gisait mourante dans le petit appartement qu'elle partageait avec ses enfants. Si je vous disais que l'assurance médicale en question était américaine, vous seriez choqué, mais nullement étonné. Mais Brigitte avait choisi Mobility Benefits (une marque déposée de Mobility Saint-Honoré, une filiale d'Assurances et Conseils Saint-Honoré), persuadée qu'elle y serait mieux traitée que par une HMO (Health Maintenance Organization). A l'époque, elle ne savait même pas qu'elle était malade. Mais elle n'allait pas tarder à le découvrir.
En 2005, Brigitte était employée par une maison de production de Los Angeles spécialisée dans les jeux télévisés, et mariée à son directeur. Ils étaient tous deux assurés par leur employeur. Mais ils perdirent leur emploi et, avec lui, leur couverture maladie. Pensant qu'il obtiendrait une meilleure protection, et que la facture mensuelle (plus de 1 000 dollars environ) lui achèterait plus d'humanité -ceux qui ont vu l'excellent documentaire de Michael Moore, « Sicko » sur le système de santé américain comprendront de quoi je parle-, son mari choisit la française Mobility Benefits.
Divorce et chômage ne font pas bon ménage avec les assurances maladie
Quelques mois plus tard, le couple entamait une procédure de divorce. A peine séparée, Brigitte était transportée d'urgence à l'hôpital après avoir soudain perdu l'usage de la parole et des gestes les plus familiers. A un instant donné, elle m'achetait un cadeau d'anniversaire, l'autre, elle ne savait plus ni parler ni allumer son briquet. Les médecins allaient nous apprendre qu'elle avait un cancer du poumon et sept tumeurs au cerveau.
En cas de divorce ou de chômage, il est possible de perdre son assurance maladie. On est en droit cependant d'obtenir un répit de dix-huit mois, via un système appelé Cobra. Je ne sais pas à quelles lois obéit Mobility Benefits. Après le diagnostic, l'assurance accepta de garder Brigitte contre une facture mensuelle délirante d'environ 1 600 dollars mensuels pour elle et ses deux enfants. Une doctoresse, employée par l'assurance, assure aujourd'hui que Mobility aurait pu se débarrasser de Brigitte et qu'elle a agit par humanité. Franchement, j'ai du mal à la croire. Ce que je sais en revanche, c'est que cette femme a fait preuve d'un cynisme inouï lorsque la mort prochaine de Brigitte est devenue la seule issue possible.
Il y a deux mois, les oncologues qui la suivaient ont décidé d'arrêter la chimiothérapie. Le cancer s'était propagé partout ou presque. Brigitte n'avait plus que quelques semaines à vivre. Au fil des jours, elle est devenue de plus en plus faible. Au début, les amis se sont relayés à son chevet. Mais il est devenu très difficile de s'occuper d'elle. Il a été décidé de faire appel à un service d'aides soignantes, de professionnelles qui sauraient gérer une situation devenue trop grave pour des amateurs comme nous.
Quand les traitements sont inutiles, l'assurance ne paye plus
L'ex-mari de Brigitte a alors entamé un dialogue avec Mobility Benefits. Il voulait que l'assurance couvre ces frais, estimés à 10 000 dollars par mois. Réponse de la doctoresse :
« Il n'en est pas question. Ce n'est pas notre problème. D'ailleurs, ce n'est plus un problème médical puisqu'elle est en train de mourir et que les traitements sont devenus inutiles. »
A des milliers de kilomètres de là, ne connaissant rien de leur histoire, cette femme s'est lancée dans une diatribe contre le divorce, accusant l'ex-mari de ne pas avoir fait face à ses responsabilités (il était en fait plus présent que jamais). Terry a essayé de lui faire comprendre que Brigitte n'était plus en état de se nourrir parce que bien trop faible, que ses enfants avaient besoin d'aide, que les amis ne pouvaient plus assurer les soins d'une patiente rongée par un cancer généralisé, que c'était bien du ressort de la communauté médicale de la prendre en main et de couvrir les dernières semaines. La doctoresse n'a rien voulu savoir :
« Ce n'est pas mon problème. Estimez-vous heureux que nous n'ayons pas annulé son assurance après son diagnostic. »
Si Brigitte n'avait pas eu les moyens de payer les aides-soignantes durant ses quatre dernières semaines de vie, elle aurait été seule, sans les soins si nécessaires pour mourir dignement. Et la doctoresse n'en aurait eu cure. Et nous qui pensions qu'en France, tout était différent…
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à Léonard
De DonPedro
Faiseur de rien | 20H39 | 07/07/2008 |
Les remarques sur l'orthographe ont-elles, ici, une quelconque pertinence ?
Votre intervention, cher Léonard, un manque de respect, un peu de fatuité, mais l'essentiel est-il là… ?
Serviteur.
De Francois Toulouse
12H17 | 07/07/2008 |
de la nécessité de combattre le néo-libéralisme, pour que ce genre de société ne vienne pas ici.
Merci de cet article, vous devriez mettre clairement le nom du médecin de l'assurance, car ce genre de système n'arrive à fonctionner que parce qu'il trouve des relais humains.
De marianna16
blabla | 12H21 | 07/07/2008 |
Bienvenue dans la nouvelle France… celle du roi NS 1er…
De Gudule
12H21 | 07/07/2008 |
Ce qu'à dû vivre cette femme et ses proches est abominable.
Merci pour votre témoignage très digne et qui dénonce sans être vindicatif alors qu'il y aurait de quoi devenir dingue.
La photo choisie est là pour rappeler que tout de même, le métier de médecin c'est avant tout pour soigner.
Sinon on vend des congélateurs.
Dans notre système ce ne sont pas eux qui se font le plus de pognon et la majorité est (heureusement ! ) vraiment sincère dans ses engagements.
Récupérer la maladie et la médecine pour faire du blé c'est ce qu'il peut y avoir de plus abject. Merci donc aux assurances (mais n'oublions pas les labos) de nous montrer l'une des facettes les plus repoussantes de l'humain.
à Gudule
De DBL8
Retraité | 14H22 | 07/07/2008 |
N'oubliez pas non plus, qu'un fond de placement des UE revend les cliniques Françaises qu'elles avaient achetés il y a quelques années !
A votre avis, POURQUOI ?
Je ne comprends pas « Sinon on vend des congélateurs ».
à DBL8
De Gudule
14H30 | 07/07/2008 |
Vous ne faites pas la différence entre vendre et soigner ?
Entre un congélateur et un être humain ?
Voilà, c'est tout. C'est une image, je le précise.
Je vous retourne le commentaire
UE ? ? ? ? Pas compris.
à Gudule
De DBL8
Retraité | 20H25 | 07/07/2008 |
Je n'avais pas compris « vendre ».
J'ai inversé les lettres : EU (États Uniens)
à DBL8
De Gudule
10H38 | 08/07/2008 |
< Je n'avais pas compris « vendre ».>
là c'est moi qui ne comprends plus
De Révolutiona
Hawwah | 17H52 | 07/07/2008 |
Sadisme ! ! !
Cette main décharnée me rappelle celle d'une cousine morte d'une même maladie, vous avez peine à la prendre dans la vôtre, tellement elle semble prête à se briser.
Que voulez-vous que je vous dise ? Des gens sans coeur, cela existe… On sait où mènent ceux qui finissent par tout mélanger avec leur job… et n'arrivent plus à prendre assez de distance !

J'ai eu un retour de l'avocat de mon « ex-employeur » pas plus tard que vendredi soir : parce que j'avais écrit dans mes dernières « observations », que certains, on leur disait de tuer, et ils tuaient… C'était une image « proche », très proche de la réalité, mais ô shoking ! ! ! Quand les syndicats vous diront après que ces personnes n'ont fait qu'obéir à leur hiérarchie, dites-moi vers qui se tourner alors ?
C'est bien les pubs d'à côté sur les Mutuelles et Assurances, cela rassure…
à Révolutiona
De Révolutiona
Hawwah | 21H26 | 07/07/2008 |
Décidément, blogueurs de Rue89, comprenez-vous ce que vous lisez ?
Rassurez-moi !
Certains pensaient que cela venait de la compagnie d'assurance… Certains principes oui, mais la réflexion désagréable ne venait que d'une personne, une réflexion inappropriée dans ce contexte…
à Révolutiona
De Gudule
10H44 | 08/07/2008 |
Des compagnies d'assurances dont les employés appliquent les consignes de travail.
Ca va comme ça ou on est encore trop cons ?
à Gudule
De Révolutiona
Hawwah | 16H06 | 08/07/2008 |
Gudule,
Oui, des salariés acceptent d'appliquer les préceptes d'une direction, sans réfléchir, sans penser, des pantins articulés, manipulés…
Il faut savoir dire « non ! ou même ne serait-ce que “oui, mais…”. “Si je puis me permettre d'attirer votre attention sur le risque que vous prenez en agissant ainsi…”.
Conserver son esprit critique, et éviter ce genre de “phrase assassine” surtout venant d'un médecin !
Gros problème actuel : celui d'avoir perdu sa capacité de s'indigner, son esprit critique, mais à bon escient et non systématique comme avec notre Président de la République.
De Maria Rosa
12H26 | 07/07/2008 |
Voilà une assurance privée française qui se comporte exactement comme ses équivalents états-uniens, tels que les décrivait très bien Michael Moore. Saurons-nous, pourrons-nous préserver notre système d'assurance maladie d'une telle évolution catastrophique ?
Le protéger de l'hystérie « réformatrice » du couple infernal Sarkozy-Fillon ?
De cedman35
ingenieur | 12H27 | 07/07/2008 |
Je viens de les appeler pour leur dire ce que je pensais d'eux. Voici leur adresse :
Mobility Benefits
28, rue de Mogador
75009 Paris
FRANCE
Tél : +33 (0)1 44 71 29 98
Fax : +33 (0)1 44 71 48 81
N'esitez pas a les contacter par telephone
à cedman35
De Doudou Le Gros Léon
Anonyme | 12H37 | 07/07/2008 |
Les réclamations se font à cette adresse :
Mobility Benefits
82, rue Villeneuve
92587 Clichy Cedex
FRANCE
Tel : +33 (0)1 44 71 48 15
Fax : +33 (0)1 44 71 48 03
admin@mobilitybenefits.com
Je n'hésiterais surtout pas à les inonder de Mails de protestations !
à Doudou Le Gros Léon
De Millecalottes SARKASTIK
Variable | 13H09 | 07/07/2008 |
Merci pour l'adresse mail…
Je viens de les abonner à la lettre du Front National !
Sans doutes des confrères à eux…
Quelle peste ! ! !
Mais, j'ai d'autres idées…
Croc-dialement, votre dévoué…
à Doudou Le Gros Léon
De Redab
13H14 | 07/07/2008 |
Merci, c'est fait
à Doudou Le Gros Léon
De jack-no
13H15 | 07/07/2008 |
bonjour,
le mail est parti en donnant l'adresse de l'article.
jacques de cholet
De rapatapoulos
| 16H54 | 08/07/2008 |
Chère Armelle, dans votre papier vous écrivez que l'assurance du couple était assumée par l'employeur et par conséquent que ces deux personnes l'ont perdu à la suite d'un licenciement, il était tout à fait possible de poursuivre le contrat d'assurance ou d'en créer un nouveau à la minute même, les mille dollars auxquels vous faites allusion représentent une prime pour un contrat haut de gamme.
Il est nécessaire d'ajouter une précision, les contrats d'assurance aux USA comme ailleurs sont assujettis à un questionnaire, les assureurs ne sont pas des philanthropes mais des usines à pomper le fric, malheureusement si une personne indique comme elle est tenu de le faire, qu'elle est atteinte d'un cancer ou toute autre affection mettant son pronostic vital en danger, l'assureur peut tranquillement refuser le contrat ou imposer des clauses restrictives décourageantes, c'est le monde dans lequel nous vivons, une bien triste réalité.
De Jack Sullivan
en boule | 12H34 | 07/07/2008 |
Nous voici (plus que jamais ? voire) à l'époque où chacun se préoccupe de couvrir son postérieur davantage que de tendre la main. Se sentir concerné par le sort des autres, c'est de plus en plus une démarche militante en soi.
à Jack Sullivan
De Patou355
Ingénieur en télécoms... | 18H29 | 07/07/2008 |
Et bien militons !
Si cela permet d'éviter ce genre d'ignominie…
De jissé
Ingé retraité | 13H03 | 07/07/2008 |
Bonjour.
Presque un souhait ?
Que cela arrive un jour à la « doctoresse-conseil ».
Que les autres « clients » de « Mobility » réfléchissent.
Merci pour l'article.
Jc
Edit : Cas d'école.
Que se serait-il passé (avant ces infos) si cette société avait voulu s'offrir une page de pub » sur Rue89 ?
Autres exemples :
1 _ : Sur « LVMH-TV » on est inondé de pub d'assurances qui prétendent vous accepter même s'il est déjà prévu de vous hospitaliser et/ou refaire les crocs !
2 _ : Une de mes filles (40 ans)un implant dentaire.
Après sécu et mutuelle : 3.000 euros de sa poche.
à jissé
De Arnaud Aubron
Rue89 | 13H34 | 07/07/2008 |
En toute honnêteté, si cet assureur s'était acheté de la pub sur Rue89, nous l'aurions probablement diffusée. Même si ça ne me coûterait pas cher de vous dire l'inverse… Comme nous diffusons cette pub pour Bouygues que tant d'entre vous contestent, mais qui nous permet, comme d'autres, de vivre. Au risque du paradoxe, c'est le prix de notre indépendance.
à Arnaud Aubron
De guerzit
Incomprenant majeur | 13H40 | 07/07/2008 |
« Au risque du paradoxe, c'est le prix de notre indépendance. »
Ah ! Ah ! Ah !
à guerzit
De Arnaud Aubron
Rue89 | 13H58 | 07/07/2008 |
Il n'y a rien que j'aime plus que faire rire les internautes de Rue89.
à Arnaud Aubron
De Mon-Al
roturière :-) | 14H06 | 07/07/2008 |
Nous savons que c'est la publicité qui vous permet de vivre. Et, si certains ne le comprennent pas, moi ce n'est pas mon cas ; il est difficile quand on accepte de diffuser une marque de savoir quel en sera le devenir …
Conclusion : moi, la publicité ne me gêne pas. Je ne lis que ce qui m'intéresse de toutes façons.
C'est idem pour la pub dans le secteur public … mais c'est en fait la même histoire, sauf que dans ce cas précis, l'individu qui veut imposer son point de vue, ferait bien de se mêler d'autre chose - et il ne s'en gêne pas ! - je préfère subir la pub que d'avoir une augmentation de ma taxe télé ! ! !
à Mon-Al
De welcome_at_guillaume_home
. | 18H04 | 07/07/2008 |
Conclusion : moi, la publicité ne me gêne pas. Je ne lis que ce qui m'intéresse de toutes façons.
Moi aussi c'est sûr !
Et comme environ 60 millions de Français.
Tu l'as vu le gros logo Bouygues, c'est bon ça suffit, ils ont eu ce qu'ils voulaient.
Une fois par jour directe dans ta face avant que tu es pu faire quoi que ce soit d'autre à hauteur de 5 fois par semaine disons, conditionné avec les mêmes gestes, je vais sur RUE89, je clique et hop ma pub quotidienne et toujours la même.
T'as beau pas la lire, on n'en rééchappera pas.
à welcome_at_guillaume_home
De Alain Pacifique
23H28 | 07/07/2008 |
moi, j'ai de la chance , si on peut dire. avec ma connection adsl poussive ( au milieu du pacifique ) j'ai le temps de cliquer sur acceder directement a rue89 avant que la pub n'apparaisse ! ! ! ; -))
à welcome_at_guillaume_home
De Ferdinand.Bardamu
07H55 | 08/07/2008 |
Ben pour pas avoir de pub, il suffit d'installer Mozilla FireFox 3, avec l'extension ADBLOCK. La pub en question je ne l'ai jamais vu et ne sais même pas la tête qu'elle a. Pour être importuné par les pub maintenant, faut vraiment le vouloir….
à Mon-Al
De Chad
22H48 | 07/07/2008 |
Elle me gêne dans la mesure où peut-être que Rue 89 regardera à deux fois avant de publier un article critiquant Bouygues, TF1, les marchés publics passés avec cette société de BTP , enfin, tout ce qui risquerait de retirer ce qui permet à ce site de vivre. On ne se tire pas une balle dans le pied volontairement. Voilà ce qui risque de poser problème.
« Nous savons que c'est la publicité qui vous permet de vivre » : Quand un annonceur est vital pour un journal, on ne le critique pas.
Enfin, je souhaite me tromper…
Tiens, au fait, il me semble que je n'ai pas vu la pub pour Bouygues en venant sur Rue 89. Tant mieux…