Pas assez de vaccins H1N1 : pagaille et parano à Redondo

Une infirmière prépare une dose du vaccin contre le H1N1 (Mark Booster/Reuters)

Depuis qu'Obama a proclamé l'état d'urgence sanitaire à cause de l'épidémie de grippe A (H1N1), les gens se sont mis à paniquer. Les parents d'enfants et d'adolescents surtout. Mille personnes ont déjà succombé à la maladie aux Etats-Unis. Et ce sont les jeunes de 6 mois à 24 ans qui sont les plus menacés.

Jusqu'alors, je ne me sentais pas vraiment concernée. Mais comme la plupart des mères, j'ai fini par vouloir faire vacciner mes enfants. Au cas où. Les chances que la grippe A les emporte sont faibles, d'accord, mais d'un autre côté, pourquoi prendre un risque avec leur santé, si minime soit-il ?

Bref, je suis partie en quête du vaccin H1N1. Début octobre, Kaiser Permanente, mon assurance maladie, a annoncé que ses membres pourraient être bientôt immunisés. Quand, comment, par qui et où… personne, à Kaiser, n'avait la réponse.

La semaine dernière, le site web du prestataire a posté quelques vagues renseignements sur une prochaine inoculation de masse. Une fausse alerte de plus.

On nous a fait peur, Obama nous a exhorté à immuniser nos enfants pour éviter une catastrophe sanitaire dont on ignore les futures proportions. Soixante personnes sont mortes en Californie. Plusieurs centaines d'autres sont hospitalisées. Seulement, on manque de vaccins.

1,7 millon de vaccins en Californie, sur les 20 millions prévus

Sur les 20 millions de doses qui devaient être expédiées en Californie début octobre, seules 1,7 million sont arrivées. Au niveau national, le Center for Disease Control avait annoncé que 120 millions de doses seraient prêtes à l'emploi dans le courant du mois. Le nombre a d'abord été réduit à 45 millions, puis à 28 et enfin à 12,8.

Le problème est que le vaccin, en partie cultivé dans des oeufs fertilisés, ne s'est pas développé pas aussi vite que les experts l'avait prévu. En plus, il y a eu une pénurie de fioles. Et les cinq compagnies pharmaceutiques qui le produisent ont pris du retard.

Mercredi ou jeudi, le comté de Los Angeles a finalement reçu son quota. Le département de la Santé a immédiatement mis sur pied une soixantaine de « cliniques » dans des stades, salles de spectacles, parcs de stationnement, etc.

Le service, gratuit, était censé être fourni exclusivement aux non-assurés, mais vu que pas un cabinet médical privé n'était en mesure d'immuniser ses patients (faute d'avoir reçu le vaccin), des milliers de personnes se sont présentées.

Dès 9 heures du matin, une file de voitures de 4 km devant le centre

Moi y compris. Il y avait une clinique « drive-thru » [accessible en voiture, ndlr] à Redondo Beach samedi, organisée par le South Bay Health District. A 9 heures du matin, la file de voitures s'étirait déjà sur 4 kilomètres le long des rues !

Les candidats à l'immunisation étaient apparemment arrivés dès l'aube. J'ai immédiatement abandonné l'idée de faire la queue derrière mon volant pendant des heures. J'ai ramené tout le monde à la maison et y suis retournée à pied, cette fois pour observer.

Malgré l'ordre et le calme, les infirmières étaient complètement survoltées, et les bénévoles -des employés municipaux- paranos. Il y avait des officiers de police partout, dirigeant la circulation et protégeant… quoi ou qui, ce n'était pas clair. Craignaient-ils une émeute ? Toujours est-il que lorsque je me suis approchée pour me présenter la main en avant, un flic m'a crié « Reculez immédiatement ».

J'ai déclaré que j'étais journaliste. On m'a alors dirigée vers une table. Un type m'a tendu une carte « presse » à mettre autour du cou. Puis il m'a prévenue que je n'avais pas le droit de déambuler toute seule dans le parking où les gens se faisaient vacciner, que je devrais être escortée. Escortée ? ! Etait-ce mon accent ou le fait d'être en tenue de gym ?

« Pourquoi n'êtes-vous pas mieux organisés ? »

Dès que je faisais un pas dans une direction, un bénévole m'interpellait pour me rappeler à l'ordre. Il m'interdit bientôt de parler aux uns et aux autres. Tout ça parce que je posais des questions anodines du style « combien de vaccins avez-vous ? », « comptez-vous donner la priorité aux jeunes ? ». Rien de bien méchant.

J'ai fini par obtenir une interview du médecin responsable des opérations, Lisa Santora.

- « Pourquoi n'êtes-vous pas mieux organisés ? On sait qui sont les groupes à risques, pourtant, vous avez l'air de vacciner tout le monde malgré la quantité réduite de vaccins.
- On ne refuse personne.
- Si le corps médical est si inquiet pour les enfants, pourquoi ne pas organiser des séances de vaccinations dans les établissements scolaires ?
- Ils n'ont pas assez d'infirmières.
- Pourquoi alors, ne pas envoyer celles qui sont ici aujourd'hui ? »

Le docteur Santora m'a plantée là.

La jeune mère n'a pas réussi à faire craquer la mégère du service de santé

Pendant ce temps, des gens qui étaient arrivés à pied, croyant sans doute court-circuiter les automobilistes, étaient refoulés.

Une femme s'est présentée avec son petit garçon de 2 ans. A peine était-elle arrivée à la hauteur d'une bénévole que celle-ci lui a demandé de passer son chemin. La jeune mère a essayé d'expliquer qu'elle venait sur recommandation de son pédiatre (qui n'avait toujours pas reçu le vaccin), que son fils était asmathique. Elle a sorti une ordonnance. La bénévole ne voulait rien savoir. Elle obéissait aux ordres.

La jeune mère s'est mise à sangloter. Mais il n'y avait rien à faire pour attendrir la mégère du service de santé. Mère et fils sont donc repartis.

Lundi, Kaiser et d'autres cliniques et cabinets médicaux ont enfin reçu les vaccins. Il n'y avait presque personne dans les queues. Les gens n'étaient pas encore au courant.

Photo : une infirmière prépare une dose du vaccin contre le H1N1 (Mark Booster/Reuters)

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Armelle Vincent

De Armelle Vincent (auteur)

Journaliste | 20H24 | 27/10/2009 | Permalien

On ne sait malheureusement pas s'il s'agira d'une maladie bénigne ou pas. Souvent, sa gravité dépend de l'enfant. Les miens réagissent très mal à la grippe. Chez ma plus jeune fille, elle entraîne des troubles de la parole et de la vision. Croyez-moi, c'est très effrayant pour une mère.

Portrait de noviant

De noviant

Monéticien | 01H47 | 28/10/2009 | Permalien

Une bien banale histoire...

J'habite le Québec. Deux de mes enfants (7 ans, 9ans) ont eu la fameuse grippe A(H1N1). Fièvre, maux de tête, toux sèche... En deux jours c'était fini, et en 5 oublié. Un non évènement. Je regrette même de ne pas l'avoir attrapé! Bref quelle folie pour si peu...

Portrait de CynthiaGate

De CynthiaGate

Marketiviste, Polycréativiste Pseud... | 02H55 | 28/10/2009 | Permalien

Ami du soir ....

Dans les journaux français c'est " Avec plus de 7 500 cas et 7 décès, la Grande-Bretagne est de loin le pays d’Europe le plus touché par la pandémie de grippe A H1N1." "la Grande Bretagne sera frappée de 100 000 contaminations par jour en septembre "...

Parfait , mais je suis actuellempent en angleterre depuis bientôt 4 mois et la grippe A y est completement absente ; des journaux, des rues, des discussions et des informations (la BBC a bien plus à faire avec les soldats morts en afganistan et se moquer du système politique Français ...)

Bref, ici la grippe n'existe pas sauf sur quelques pancartes de préventions du genre lavez vous les mains ...
La manipulation par la peur est utilisée pour vendre ses put**** de vaccins commandés par millions et créer un marché colossale et une situation de pénurie (psychologique).
Le marketing de la rareté à encore frappée. Ils sont fort ces publicitaires qui bossent pour des firmes qui ont des contrats d'exclusivité de fabrication et de distribution de vaccins, la formule maGique qui nous liberera.

Comme si on avait pas assez de problèmes avec notre crise politique, économique, non , pour bien nous mettre dedans, on nous rajoute une pandémie grippale mortelle. BraVO.

Attention, surveillez vos enfants , car ils ont plus de chance de mourir d'un accident domestique...

Portrait de gnobos

De gnobos

promeneur | 04H28 | 28/10/2009 | Permalien

"Dès 9 heures du matin, une file de voitures de 4 km devant le centre"...

Ils feraient mieux d'y aller à pied, la marche est une bonne prévention des maladies cardio-vasculaires qui tuent beaucoup plus que la grippe!

"On a enregistré 4'735 morts de la grippe A dans le monde (source OMS, date 9 octobre 2009)."

"L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini dix facteurs de risques, qui représentent la majorité des causes de décès[3]. Ces facteurs sont :

1. la sous-alimentation : plus de 3 millions de décès d'enfants dans les pays en voie de développement (1,8 million en Afrique et 1,2 million en Asie), soit 60 % des décès d'enfants, et 170 millions d'enfants ont un poids insuffisant
2. les pratiques sexuelles dangereuses (c'est-à-dire sans fidélité ou préservatif) : 2,9 millions de morts ; 40 millions de personnes sont infectées par le VIH (sida), essentiellement en raison de pratiques sexuelles dangereuses (99 % des infections en Afrique, 94 % en Amérique centrale et 13 % en Asie orientale)
3. l'hypertension artérielle : 7 millions de décès par an
4. le tabagisme : 5 millions de décès par an
5. l'alcoolisme : 1,8 million de décès par an
6. l'utilisation d'eau non potable et le défaut d'assainissement et d'hygiène : 1,7 million de morts, essentiellement par des maladies diarrhétiques
7. la carence en fer : 2 millions de personnes en souffrent, et cela cause 1 million de décès par an
8. l'enfumage des habitations par des combustibles solides : ces fumées provoquent 36 % des infections des voies respiratoires inférieures, et 22 % des broncho-pneumopathies chroniques obstructives[4]
9. l'hypercholestérolémie : 4 millions de décès par an
10. l'obésité : un milliard d'adultes ont un surpoids, dont 300 millions d'obèses."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_mortalit%C3%A9

Portrait de Blackhawk

De xcorion

de quoi je me mêle? | 05H42 | 28/10/2009 | Permalien

Amérique étrange. Une super puissance qui ne peut organiser une distribution de vaccins... mais cela doit être partout pareil.

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