
Michael Jackson meurt : émotion planétaire, sauf chez les cowboys

(De Los Angeles) Lorsque j'ai appris l'hospitalisation de Michael Jackson, je me trouvais au coeur de la San Joaquin Valley, à mi-chemin entre Los Angeles et Fresno, la capitale agricole des Etats-Unis. J'étais perdue dans des pensées pas du tout urbaines : je regardais les troupeaux de vaches « industrielles » qui longent l'« insterstate » (« autoroute ») 5, qui n'ont rien à brouter sur cette terre aride et qui, du coup, produisent de moins en moins de lait.
Je n'écoutais pas la radio car il est difficile de capter NPR (National Public Radio) dans la San Joaquin Valley, et les autres stations me pompent l'air.
Vers 14h48, je reçois un texto d'un journaliste du Figaro, auquel je collabore. « Michael Jackson a été hospitalisé », m'annonce-t-il. « As-tu des infos ? » Je réponds : « Quoi ? Non, je suis sur la route. Je n'étais même pas au courant. »
L'ironie ne m'échappe pas. Je ne suis qu'à quelques heures de Los Angeles, mais j'apprends la nouvelle d'un Parisien. Je me mets tant bien que mal à essayer de suivre les événements sur mon Blackberry, dont la connexion Internet est un peu lente.
Quelques minutes plus tard, le même journaliste m'apprend que c'est fini, que la pop star est morte. Je ne suis pas très étonnée.
Au Starbucks : « Il est mort ? Ah bon ? »
Lorsque j'avais assisté aux premiers jours de son procès à Santa Maria en mars 2005, il ne semblait déjà pas en très grande forme. Faible, émacié, pâle, il marchait difficilement en s'accrochant aux bras de deux gardes du corps. Il portait un pantalon de pyjama et des chaussons.
La nouvelle n'en reste pas moins choquante. Du moins pour la citadine que je suis.
Pour des raisons personnelles, même si c'est ce que je voudrais faire, je ne peux pas retourner illico à Los Angeles où je me doute bien que la nouvelle va déclencher un cirque populaire et médiatique. Je décide donc de m'arrêter au premier café venu et de voir si l'Amérique profonde 1) est au courant 2) est retournée par ce décès inattendu.
« Il est mort ? Ah bon ? », se contente de dire un jeune employé d'un café Starbucks de Tulare, qui ne prend même pas la peine de partager l'info que je viens de lui donner avec ses collègues.
Pas une émotion, pas un froncement de sourcils, rien de rien. Prochain arrêt : le supermarché d'Oakhurst. Là, même histoire. Il s'est pourtant écoulé plus d'une heure depuis. Les employés ne savent rien. La nouvelle n'est pas encore arrivée jusqu'à eux.
Les clients, eux, semblent mieux informés. Mais la bombe semble si peu les toucher qu'ils n'ont pas jugé important de la disséminer : « Oui, je suis au courant », me dit une femme d'une quarantaine d'années. « Et après ? »
Au magasin d'antiquités : « Depuis son procès pour pédophilie, je ne l'aime plus. »
Rien à en tirer. Pendant que le reste du monde pleure et lamente la mort du chanteur, les cowboys et cowgirls du comté de Mariposa vaquent à leurs occupations comme si de rien n'était. « Unmoved » (« pas ému »).
Le lendemain, visite dans la région de la première ruée vers l'or, le Mother Lode. Je m'arrête dans un magasin d'antiquités de la très charmante ville de Sonora et demande à sa propriétaire Debbie ce qu'elle pense de tout ce remue-ménage. Est-elle choquée, inconsolable ?
« Vous plaisantez ? Depuis son procès pour pédophilie, je ne l'aime plus. Mon opinion est que s'il n'avait pas eu tout cet argent, il serait aujourd'hui en prison. C'est un scandale qu'il s'en soit sorti ainsi.
Et puis franchement, nous avons d'autres chats à fouetter ici que de nous émouvoir de la mort de Michael Jackson. »
A l'étape suivante, le beau village de Murphys, des groupes déambulent dans la rue principale un verre de vin à la main. Murphys est une destination vinicole, une vingtaine de vignobles peuvent être visités.
Au vignoble : « Il avait beaucoup de talent, mais de là à être triste »
Nous sommes tombés en plein « passport week-end ». En cette fin de semaine, pour 60 dollars, on peut visiter toute les salles de dégustation du coin. Là non plus, la mort de Michael Jackson n'a pas provoqué de tremblement de terre, comme en témoigne cet échange avec un homme de San Francisco :
- « Que pensez-vous du fait que dans son testament, la rumeur raconte qu'il aurait demandé à être incinéré pour que ses cendres soient dispersées sur la surface de la Lune ?
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Et puis quoi encore ? Vu qu'il n'avait plus que des dettes, ce sont les contribuables qui sont censés payer la facture ?
- Aucune idée. Mais ça ne vous fait pas de peine que Michael Jackson soit mort ?
- Non. Il avait certainement beaucoup de talent, mais de là à être triste, non. Désolé. »
A Los Angeles, la foule se recueille devant la résidence de Joseph, le père abusif et Katherine, la mère témoin de Jehovah. Tandis que chacun, en ville, spécule sur la cause de son arrêt cardiaque, les préparatifs de ses funérailles et la garde de ses enfants, ceux de la campagne pensent à d'autres choses. Je voulais juste le signaler.
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De sûrderien
paresseux | 11H14 | 29/06/2009 |
sic transit gloria mundi !
de la relativité des évènements !
De WeWillWin
Indécise | 11H32 | 29/06/2009 |
Si le même « cirque médiatique » pouvait être déclenché à chaque millionième être humain qui meurt de faim… En peu de temps plus personne ne mourrait de faim.
En attendant ~100 000 personnes meurent de faim chaque jour.
De Pictulo 23785
11H50 | 29/06/2009 |
On peut avoir de l'admiration pour le chanteur, le danseur très talentueux, sans pour autant tomber dans l'excès. Depuis quelques jours on entend des choses hallucinantes de bêtise, du genre :
- « Thriller » est l'album le plus vendu au monde, donc c'est le meilleur album du XX° siècle. Là déjà, je souris.
- Michael Jackson est l'artiste qui a le plus vendu d'albums, donc il est le plus grand artiste du XX° siècle. Et là je suis affalé de rire.
On a tous son « meilleur album » (pour moi c'est « outlandos d'amour » de Police).
On a tous son « plus grand artiste » (pour moi c'est Marcel Duchamp).
Pourquoi vouloir imposer les superlatifs ? On ne pourrait pas se contenter de saluer l'artiste, sans tomber dans les comptes de boutiquier du Guiness book ?