
Un Salon du Livre 2008 sous très haute tension
Inauguration aujourd'hui du Salon du Livre, avec Israël en invité d'honneur, sur fond de boycott et de polémiques.

Au Salon du Livre qui sera inauguré ce soir, Israël est le pays invité d'honneur. Suite au boycott de certains éditeurs arabes, aux polémiques, et en pleine visite de Shimon Peres à Paris, cette vingt-huitième édition risque d'être la plus chaude. Malgré l'engagement des écrivains invités contre leur propre gouvernement. Un Salon aussi tendu qu'attendu.
Comme chaque année, en mars, se tient le Salon du Livre de Paris. Comme chaque année, le Salon met à l'honneur un pays. Cette année, ce pays s'appelle Israël, à l'occasion du soixantième anniversaire de la création de l'Etat hébreu.
Souvent, le pays invité pour cet événement culturel a engendré la polémique : l'Italie en 2002, la Chine en 2004, la Russie en 2005. Mais, à quelques heures de l'inauguration de l'édition 2008 -par Christine Albanel et Shimon Peres-, jamais les auteurs invités n'avaient bénéficié d'autant d'attentions. De toutes sortes, les attentions.
Des faits
C'est le poète qui alluma la mèche. En décembre dernier, Aaron Shabtaï, un des plus éminents poètes israéliens contemporains, adresse une lettre aux organisateurs du Salon du Livre de Paris. Il décline ainsi l'invitation :
» Je ne pense pas qu'un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d'être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anticulturel. » «
Dans la foulée, il refuse l'invitation pour la Foire du Livre de Turin (8-12 mai) qui a également eu l'idée d'inviter… Israël. Des quarante auteurs invités à Paris, Shabtaï sera le seul à refuser.
Son refus ouvre le match de la polémique. Qui prend en quelques jours des allures de typhon diplomatico-culturel. En janvier, le Liban, pièce capitale de la francophonie dans le monde arabe, annonce son boycott du Salon. Suivi par l'Egypte. Dans la foulée, le président de l'Union des écrivains palestiniens déclare :
“Il n'est pas digne de la France, le pays de la Révolution et des droits de l'homme, d'accueillir dans son Salon du livre un pays d'occupation raciste.”
Tunisie, Algérie, Maroc et Iran se rallient au boycott. Début février, la tension est à son comble. Le Quai d'Orsay intervient, trouvant le boycott » extrêmement regrettable » . Puis le Syndicat national de l'édition (SNE), organisateur du Salon, pour qui c'est » la littérature israélienne qui est invitée, et non l'Etat d'Israël en tant que tel » .
Le Salon du Livre devient aussi celui du paradoxe. Tariq Ramadan, qui s'est invité dans la polémique, annonce qu'il s'y rendra quand même, faisant la distinction entre l'Etat d'Israël et les romanciers israéliens. L'écrivain égyptien Alaa el-Aswani viendra, mais prévient qu'il distribuera » des photos d'enfants palestiniens ou libanais victimes de la politique israélienne » . L'Algérien Yasmina Khadra, auteur d'un » Attentat » (2005) pourtant au cœur de la question, et auteur prisé lors des dédicaces, a finalement choisi » le boycott à titre personnel » . L'écrivain et directeur du Centre culturel algérien de Paris expliquait hier :
» Inviter Israël n'est pas un acte culturel, c'est un acte politique. Or, je ne veux pas que les politiques se mêlent de la littérature, seul havre de paix qu'il nous reste. »
Peu après les récentes incursion de Tsahal à Gaza, le conflit israélo-palestinien sera de tous les débats.
Des chiffres
Résultat : les procédures de sécurité ont été très renforcées (portiques, contrôles et fouilles à tous les accès du Salon), pour les visiteurs, mais aussi pour les auteurs, les éditeurs, et les exposants. Même pendant le montage, ces procédures systématiques ont été appliquées. Du jamais vu.
Cette année, vous laisserez vos objets encombrants dans des consignes, comme à la gare. Et vous sortirez vos papiers d'identité autant que votre carnet de dédicaces. D'une centaine d'agents de sécurité les années précédentes, on passe cette année à deux cent ( » visibles, et non visibles » , ajoute le responsable de la question au Salon, qui admet n'avoir » voulu prendre absolument aucun risque » ). L'exemple fera-t-il jurisprudence pour les années à venir ? Des langues
Le cœur du problème, c'est la langue. Que le choix du pays invité ne soit pas totalement indépendant de questions politiques, c'est une hypothèse sérieuse. Mais c'est par sa décision de n'inviter que des auteurs israéliens écrivant en hébreu que le SNE s'est attiré les foudres. Ecartant ceux qui écrivent en arabe, en russe, en français. Ce faisant, le Salon ouvrait la porte au débat » culture nationale ou culture identitaire ? » . Le président du SNE, Serge Eyrolles, dénonçant » la politique de la chaise vide » des éditeurs qui boycottent, déclarait hier :
» Le choix du pays a été fait par le Quai d'Orsay, le ministère de la Culture, et l'ambassade israélienne à Paris. Quant au choix des auteurs et de la langue, il a été mûrement réfléchi. »
Jean Mattern, responsable des acquisitions de littérature étrangère chez Gallimard -et éditeur d'Amos Oz, entre autres auteurs invités-, invoque Cioran ( » Un écrivain n'habite pas un pays, il habite une langue » ) pour fustiger une » non-question » :
» Quand les Pays-Bas et la Belgique étaient les pays invités (en 2002, NDLR), seuls les auteurs néerlandophones étaient invités, et ça n'a pas crée de problème ! »
Un écho complété par Liana Levi, fondatrice des éditions du même nom, maison en pointe sur la question israélo-palestinienne :
» Il y a des auteurs Arabes israéliens invités (un seul en fait : Sayed Kashua, Arabe israélien qui écrit en hébreu, et qui s'est lui aussi demandé s'il devait venir, NDLR). Ils écrivent en hébreu, et c'est leur choix. Pourquoi ne pas se réjouir, au contraire, que les auteurs arabes se sentent à l'aise dans la langue du pays dans lequel ils vivent ? N'est-ce pas là l'amorce d'existence d'une communauté pluriculturelle, seule porte de sortie de ce conflit ? »
Olivier Cohen, patron des éditions de L'Olivier (éditeur d'Appelfeld et Kashua) conclut :
» L'absence presque totale d'écrivains arabes israéliens s'explique par le nombre infime de publications dues à ces auteurs et à l'absence (regrettable) de traductions de leurs ouvrages en France. »
Des lettres
Amos Oz avait, au début, menacé de boycotter le Salon si aucun auteur palestinien et arabe israélien n'y était invité. Il sera finalement présent. Avec les grands noms (Grossman, Appelfeld, Yehoshua), avec la jeune génération (Leshem, Hilu, Keret, Zaidman…), avec Zeruya Shalelv, Alona Kimhi, et tous les autres. Soit, au total, une quarantaine de noms très fermement opposés à la politique du gouvernement israélien. Et qui ne s'en cachent pas. Traductrice et directrice de la collection » Lettres hébraïques » chez Actes Sud, Rosie Pinhas-Delpuech tonne ainsi :
» On ne peut boycotter des auteurs qui se sont engagés de façon si radicale ! Songez que Grossman a perdu son fils au Liban deux jours après avoir été porter à Olmert une lettre exigeant la fin des combats (au début favorable à l'intervention de Tsahal au Liban, l'écrivain s'était ensuite rangé dans les opposants à l'invasion ; en août 2006, son fils cadet, sergent dans l'armée, trouve la mort au Sud-Liban quand son tank est touché par un missile du Hezbollah, NDLR). Les gens qui boycottent ne savent pas ce qu'ils boycottent. »
Il est, certes, important de souligner le manque de vision globale dont témoigne cette » affaire israélienne » . Pour autant, n'est-ce pas le rôle d'une manifestation culturelle d'inviter des pays qui sont, à cause de certains de leurs dirigeants, » à risques » ? Dans un clin d'œil politique autant que culturel, Olivier Cohen conclut :
» On ne voit pas pourquoi Israël serait la seule nation à ne pas bénéficier de la légitimité à laquelle elle a droit, alors que nous accordons généreusement cette légitimité à un certain nombre de régimes non démocratiques, qu'ils soient militaires, islamiques ou ex-communistes. »
Les écrivains sont les premiers critiques de la société israélienne, et les opposants les plus fidèles au pouvoir. 2008, c'est, peut-être, au Salon du Livre, l'année où la notion d'universalité de la littérature sera poussée à son plus haut degré de réflexion et de mise à l'épreuve. Le Cabinet de lecture vous proposera des entretiens avec de nombreux auteurs israéliens invités à Paris (Amos Oz dès ce week-end). Et pourra ainsi vous donner la température d'un Salon du Livre bien spécial. Où la littérature aura plus que jamais son rôle.
► Boualem Sansal : « Je fais de la littérature, pas la guerre. »
► Retrouvez le Cabinet de lecture au Salon du Livre
► Pour tout renseignement sur le Salon du Livre (dédicaces, rencontres, accès, etc) : www.salondulivreparis.com
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De Tyb
(par ici, par là) | 11H07 | 13/03/2008 |
« On ne voit pas pourquoi Israël serait la seule nation à ne pas bénéficier de la légitimité à laquelle elle a droit, alors que nous accordons généreusement cette légitimité à un certain nombre de régimes non démocratiques, qu'ils soient militaires, islamiques ou ex-communistes. »
il y a une erreur ce n'est pas « alors que » c'est « puisque »
bon ceci dit sur le fond je ne suis pas très favorable à ce boycott, mais la visite de Shimon Pérès redonne du grain à moudre aux partisans de celui-ci.
à Tyb
De Camille D
www.tsubaki.ouvaton.org | 11H56 | 13/03/2008 |
Israël ne vit pas sous un régime non démocratique. C'est donc bien « alors que ».
à Camille D
De Tyb
(par ici, par là) | 12H37 | 13/03/2008 |
ah bon ?
marrant j'avais pourtant l'impression que certains de ses citoyens n'avaient pas la même liberté que les autres et n'étaient même pas libres de circuler comme ils le souhaitent. quand ils ne sont pas emprisonnés arbitrairement sans jugement pendant des années.
à Tyb
De alzaz
13H43 | 13/03/2008 |
Il faudrait argumenter le terme « arbitrairement »
à Tyb
De rahil
13H51 | 13/03/2008 |
ou tues. les attentats cibles a eux seuls meritent le boycot de tte l'humanite…
à rahil
De nrolland
17H39 | 15/03/2008 |
vous confondez, attentat c'est quand on essaye de tuer de maiere indiscriminee des personnes choisie precisement pour etre de la societe civile.
ce dont vous parlez consiste en des executions extra-judiciaires.
or si l'on pense que la personne en question est ou va etre responsable de morts, la legitimite se discute, car les victimes potentielles de ces monstres ont une legitimite a cet action.
ce qui n'est evidemment pas le cas des victimes d'attentats, dont la mort n'epargne aucun acte malveillant…
L'utilisation que vos faites du mot attentat est falllacieuse.
à Tyb
De Camille D
www.tsubaki.ouvaton.org | 15H11 | 13/03/2008 |
Quel rapport avec la démocratie ?
à Tyb
De pablico
18H29 | 13/03/2008 |
on peut en déduire que les livres n'ont pas perdu leur pouvoir subversif.
Ni les anti Israël,les anti palestiniens, et autres souffleurs sur les braises de la haine et de la guerre.
De grâce, soufflez sur les braises de la paix, c'est plus productif, et cela fera moins de morts. Et l'on peut en être fier.
On en a pas eu assez de morts ? Il en faut combien pour se calmer ?
à pablico
De Capasca
08H40 | 14/03/2008 |
Tout-à-fait d'accord, d'autant plus qu'un argument de poids devrait pousser les démocraties européennes à mener le processus de paix : leur responsabilité historique dans ce carnage.
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 11H17 | 13/03/2008 |
Tout est dit dans cette phrase de Aaron Shabtaï :
« Je ne pense pas qu'un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d'être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anticulturel. » »
Il n'y a rien à rajouter.
Du respect pour tous les écrivains quelles que soient leur patrie ou leur langue. Mais évitons de mêler la politique à la culture.
De compte supprimé 24
| 11H49 | 13/03/2008 |
Aaron Shabtaï résume tout, tu as raison eelisa…
Mais la culture, c'est politique. À tel point que la majorité des dirigeants des dictature et même des prétendues démocraties ont toujours tout fait pour l'anéantir ou la récupérer.
Je n'irais pas au Salon, de toute façon c'est chiant, on peut même pas cloper et les pingouins qu'y s'y dandinent n'ont aucun intérêt ; en plus ils se la pètent. La littérature est dans les livres ou sur le Net, pas dans les murs.
Cyp Luraghi
De pikasso02
14H04 | 13/03/2008 |
D'accord avec vous.
L'important est que les livres d'auteurs israëliens puissent se retrouver dans les librairies de France et dans les bibliothèques.
à compte supprimé 24
De kristian.jakob
citoyen du monde | 17H08 | 13/03/2008 |
Je vous donne entièrement raison , la culture est dans l'esprit de chaque individu selon son éducation , nous somme dans un monde constament en évolution , un monde qui bouge , ou les barrières de l'ignorance commence à tombé , et tant mieux , Cependant moi qui suis un juif-allemand , je rêve bien souvent que tous les hommes et les femmes devraient agirent encore bien plus pour la culture et la connaissance .
Sachant que le seul moyen d'obliger les hommes à dire du bien de nous c'est dans faire .
Kinski
à eelisa
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 12H21 | 13/03/2008 |
C'est un serpent qui se mord la queue : faut-il refuser la littérature israelienne au motif de la politique d'Israel ?
Si j'habitais Paris, j'irais certainement au salon, parceque justement je ne connais pas les écrivains israeliens, mais aussi parceque ce sont dans leur grande majorité des opposants.
à françoise.V
De Eliyahou
étudiant | 20H38 | 13/03/2008 |
c'est d'une paresse intellectuelle de ne lire que des écrivains avec qui vous êtes d'accord. Je trouve cette fermeture d'esprit consternante.
à Eliyahou
De nrolland
17H42 | 15/03/2008 |
la consternaton est une reaction assez frequente en lisant les niaiseries des forum des bien pensants
à eelisa
De Thiery
13H04 | 13/03/2008 |
Culture et politique sont indissociables.
De Imbert
13H49 | 13/03/2008 |
Je ne suis de mon coté absoluement pas d'accord avec les propos que vous citez de cet auteur israëlien. Cette polémique est dérisoire et contre-productive. Ce salon n'a pour but que de présenter la litterature israêlienne contemporaine au public. Ecrivains israêliens d'ailleurs souvent opposés au gouvernement en place (à tort ou à raison la n'est pas la question).
Donc ici ou joue sur la sémantique pour boycotter un salon sous prétexte qu'il mettrait l'ETAT d'Israêl à l'honneur… Alors qu'il ne met à l'honneur que la litterature Israëlienne, ou les écrivains israëliens si l'on préfère cette terminologie (peut-être maladroite vu le contexte actuel, mais dans le fond dérisoire).
Bref, l'écrivain israëlien « boycotteur » que vous citez souhaite sous des pretextes purement politiques empécher la tenue d'un salon dont le but est d'ouvrir culturellement le public à une litterature et donc à une culture, à une diversité, à des hommes, à des senbilités, à des idées etc. A mon avis il ne fait que le jeu des extrèmes (et est rejoint en cela par tous les états anti-israëliens pour ne pas dire plus du monde).
En boycottant un salon à vocation culturelle sous des pretextes politiques nous ne faisons qu'attiser la haine et le dénigrement. Peu importe qu'il s'agisse de la Chine, de la Russie, de Cuba, ou même de la Corée du Nord dans la mesure ou des écrivains « libres » y sont présentés (et c'est le cas pour Israêl). L'important est de nous ouvrir et en cela de nous rapprocher d'autres cultures, d'autres hommes, d'autres idées et pourquoi pas de se trouver des héros aux quatre coins du monde (car le génie n'a pas de frontière) et non pas de rester ancré dans ses petits préjugés aussi bien-pensants soient-ils.
à Imbert
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
13H01 | 14/03/2008 |
Le fait que Shimon Peres vienne inaugurer ce salon, est dérangeant. Un écrivain n'est pas là pour cautionner une politique. Si Condoleeza Rice venait inaugurer le salon avec comme invité d'honneur les Etats Unis, je ferais la même réflexion.
De peuapeu
11H26 | 13/03/2008 |
»
Le président du SNE, Serge Eyrolles, dénonçant « la politique de la chaise vide » des éditeurs qui boycottent, déclarait hier :
« Le choix du pays a été fait par le Quai d'Orsay, le ministère de la Culture, et l'ambassade israélienne à Paris. Quant au choix des auteurs et de la langue, il a été mûrement réfléchi. »
»
L´Ambassade israelienne à Paris décide, ou bien accepte ?
De piggy75
trentenaire à Montmartre | 11H29 | 13/03/2008 |
Pour justifier l'absurdité du boycott, bcp invoquent le fait que les auteurs invités sont les 1er à critiquer la politique de leur gvt… Et ils ont en partie raison, mais même si ce n'était pas le cas, serais-ce une raison pour bouder le salon du Livre ?
Je vous renvois à un article de Sayed Kashua traduit en français :
http://www.lapaixmaintenant.org/article1764
De pikasso02
11H40 | 13/03/2008 |
Parmi les quarante invités israëliens, j'espère qu'il y a d'autres poètes que Aaron Shabtaï. Dommage qu'il ne vienne pas ! Pourquoi ? J'adore la poésie ! La politique, vis à vis d'un pays n'a selon moi, aucune importance pour celles et ceux qui ont choisi de vivre dans le monde des mots et de la pensée. C'est de littérature et de poésie qu'il est question dans un tel Salon. S'il était possible de parler de ce qui ressort de l'écriture israëlienne, plutôt que de politique, ce forum ne s'en porterait-il pas mieux ?
à pikasso02
De Babalawo
docteur es "ju-ju" | 14H56 | 13/03/2008 |
PROMENADE DE PICASSO (Prévert)
Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau bruit déguisé
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
et le péché originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort
C'est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.
De Camille D
www.tsubaki.ouvaton.org | 11H54 | 13/03/2008 |
« Soit, au total, une quarantaine de noms très fermement opposés à la politique du gouvernement européen. »
Ou peut-être plutôt, le gouvernement israélien ?
De www.laguerredesmots.com-yannick
pays de gex | 11H55 | 13/03/2008 |
Ca alors, Turin et Paris choisissent tous deux israël la même année, quelle coincidence !
Pour ceux que ça intéresse et qui parlent anglais, je vous conseille le documentaire de la BBC, century of self. Pour ceux que ça intéresse pas : vous n'avez même pas le droit de vous plaindre.
à www.laguerredesmots.com-yannick
De Eliyahou
étudiant | 21H02 | 13/03/2008 |
Turin et Paris choisissent Israel l'année des 60 ans de sa création , oh quelle coincidence ! ca s'appelle le calendrier grégorien commun à l'Europe occidental
De Prolo du livre
11H56 | 13/03/2008 |
L'article sur l'appel au boycott du Salon par Benny Ziffer, le directeur du supplément littéraire d'Haaretz qui signalait pour les auteurs l'existence d'un contrat avec l'ambassade d'Israel est impossible à retrouver sur le site. Et il est dommage qu'Hubert Artus n'en fasse pas ici mention.
Tout d'abord, le Salon est organisé, non pas par le SNE, mais par Reed Exposition, LA multinationale du salon et de l'expo, à la demande (et sur contrat) du SNE.
Il est impossible de penser que les organisateurs (quels qu'ils soient, ministère de la culture, Quai d'orsay, SNE, ou Reed, n'aient pas pensé à la polémique que cela allait créer. C'est donc un choix extrêmement politique.
Lorsque l'on fait ce choix politique, il ne faut pas s'étonner de recevoir en échange un appel un boycott. Et donc l'on peut considérer que cette polémique est volontairement provoquée.
Habituellement je déplore le manque d'engagement politique des professions du Livre. Je devrais me réjouir de cet engagement, même si il ne va pas dans mon sens, au moins cela nous permet de prendre position.
Mais que ces choix politiques, et culturels, soient pris par le gouvernement, cela me reste en travers de la gorge.
Le SNE, les éditeurs, et les libraires tenant les stands, n'ont donc plus la capacité d'innover et de provoquer le débat ? Ils sont obligés de faire les moutons devant un gouvernement ? Ils ne font donc plus leur travail de « bougeur d'idées ». Ils n'ont donc aucune légitimité à faire la morale sur le bien fondé, ou pas d'un boycott, n'ayant pas provoquer le débat eux-même ! ! !
Il est loin le temps où Maspéro, le Seuil, Lyndon, prenaient position et provoquaient le débat, au risque de choquer. Les éditeurs innovants actuels, Libertalia, Agone, La Fosse aux ours, j'en oublie surement, eux sont loin de ces considérations bobos parisiennes, lèche-bottes, démago, se gavant de petits-fours en dissertant. Attention à la cuite de ce soir au cocktail d'ouverture.
Beaucoup de mépris.
à Prolo du livre
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 12H01 | 13/03/2008 |
@Prolo du Livre : Pour votre information, Reed Exposition n'est pas l'organisateur du Salon du Livre, mais le commissaire du Salon. Il gère la partie com », le Journal du Salon, l'intendance et organise les débats. Celui qui choisit les invités, c'est bien le SNE.
à Hubert Artus
De Prolo du livre
12H08 | 13/03/2008 |
Hum… Faut savoir :
« Le choix du pays a été fait par le Quai d'Orsay, le ministère de la Culture, et l'ambassade israélienne à Paris. Quant au choix des auteurs et de la langue, il a été mûrement réfléchi. »
C'est pas moi qui le dit : Serge Eyrolles… Faudrait se décider…
à Hubert Artus
De Prolo du livre
12H16 | 13/03/2008 |
Mais vous avez raison…
Milles excuses pour les nuances.