« Tritska » : le voyage d'un critique rock à La Nouvelle-Orléans

Nick Cohn est, avec Nick Kent, l'un des critiques rock les plus importants. Il s'est toujours intéressé au rap américain. Comme il le prouve avec « Tritska » , une immersion dans La Nouvelle-Orléans et la » bounce music » , le hip hop énergique né dans cette ville.

La parution en poche du livre, un an après sa sortie, est l'occasion de reparler de l'Anglais Nick Cohn. Rock-critique en voyage chez les rappeurs. » J'ai été obsédé par La Nouvelle-Orléans la plus grande partie de ma vie ; j'ai aimé cet endroit plus que tout autre au monde » , lit-on dès la première page.

Ce livre est le témoin d'un passé récent autant que d'une utopie à venir. Et mesure l'impact de la bounce dans le Deep South américain, dans une radiographie du milieu rap de La Nouvelle-Orléans d'avant et d'après le cyclone.

Voici le récit d'une immersion dans les quartiers, avec tout ce que le milieu y compte de rappeurs, de résistants, de rêveurs (côté clair), mais aussi de business, de gangs, de violences, de trafics d'armes (côté obscur) qui forment l'âme de l'univers de la bounce -de Soulja Slim à Da Rangaz en passant par DJ Chicken.

Cohn pointe le manque de solidarité des habitants après Katrina

Ce que révèle Cohn surtout, c'est » le symbole de ce qui n'existe plus » : la ville d'avant le cyclone Katrina. L'âme du livre, dont la France avait eu la primeur lors de sa parution en 2006, repose en fait sur un cri qui parcourt l'ouvrage et trouve son paroxysme dans un épilogue saisissant : si on pouvait s'attendre à ce que le pouvoir américain ne vienne pas en aide aux sinistrés, on peut être déçu du manque de solidarité des habitants de La Nouvelle-Orléans vivant dans les quartiers non touchés… à commencer par la majeure partie du milieu » bounce » .

Mais si Cohn regrette le Disneyland que devient la ville en reconstruction, c'est qu'il la connaît bien. C'est cette connaissance qu'il offre ici, dans un mélange de reportage et de roman personnel qui fait le style de la rock-critique. Dont il est un des plus beaux étendards.

Cohn pointe le manque de solidarité des habitants après Katrina

Au moment où paraissait le livre de Cohn, l'an dernier, l'amateur de polars avait pu découvrir un roman que le Cabinet de lecture vous conseille de plus belle : » Dirty South Rap » deuxième roman traduit en France de Ace Atkins, ancien joueur de football américain devenu journaliste et romancier (connu aux Etats-Unis pour ses enquêtes criminelles).

 » Dirty South Rap » fait également découvrir l'âme du bounce, et Atkins nous plonge dans La Nouvelle-Orléans de l'avant-Katrina. Quand il parte de la violence du milieu rap ( » Le rap n'élève pas l'esprit. Il dirige les gosses vers la violence pour s'acheter des trucs dont ils n'ont aucun besoin » ), il parle aussi de la mutation de sa ville et la boboïsation des quartiers.

En bon auteur de polar, il se sert du milieu comme un révélateur du changement :

 » Avec les Latinos, on aurait su de quel côté la merde risquait de venir. Cette ville est plus ce qu'elle était depuis que la Mafia s'est transformée en tas de fiottes. »

Ses livres (on lira aussi » Blues Bar » , son premier roman traduit en France) deviennent des reportages humanistes sur sa ville. Et sur la musique. Le genre de livres qui devrait être vendu avec sa bande-son.

Triksta, Un écrivain blanc chez les rappeurs de La Nouvelle-Orléans de Nick Cohn - trad. C. Goffaux et Bernard Hoepffner - éd. Points/Seuil - 370p./7.50€.

Dirty South Rap de Ace Atkins - trad. N. Mège - éd. du Masque - 380p./21,50€.

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Portrait de Alice77

De Alice77

15H21 | 12/10/2007 | Permalien

Même pour ceux qui n'ament pas le RAP (to rap, en anglais : violer) ;
Grand Triksta.

Portrait de Maria Pia Mascaro

De Maria Pia Mascaro

Journaliste | 00H48 | 15/10/2007 | Permalien

Merci pour cette très belle critique, j'ai déjà entendu le plus grand bien sur Triksta, il est sur ma table de chevet.

Portrait de Alice77

De Alice77

10H03 | 15/10/2007 | Permalien

N'attendez pas pour lire ce livre passionnant car il décrit l'abandon de la ville par les politiques et l'opinion publique. Le crime parfait : profiter d'une catastrophe naturelle pour laisser une ville entière à l'abandon, condamner les habitants à s'exiler, partir, couper des liens de famille, d'amitié. Il explique comment et pourquoi rien n'a été fait pour aider les habitants, pourquoi les assurances se dérobent à leur devoir. Comment on a laissé cette ville en pleine catastrophe, sans maison, sans plus personne, sans service public,une aide pure bénévole, afin de se débarrasser d'une population qualifiée de voleuse, droguée, criminelle, délinquante, et noire, très noire, si noire de peau. Busch avait son « 93 ». Il « a effacé de la carte des US. Nik narre avec drôlerie, tendresse, désespoir son aventure au pays du rap. Tellement aimé ce bouquin que j'ai sur ma table de nuit un de ses bouquins sur le ROCK AND ROLL, dont j'ai oublié le titre. Bonne lecture.

Portrait de Hubert Artus

à Alice77 Portrait de Alice77 De Hubert Artus (auteur)

Rue89 | 21H28 | 15/10/2007 | Permalien

Ce livre sur le rock'n'roll est sans doute »Awopbopaloobop, Alopbamboom », qui date de 1968, et qui fonda la rock-critic.

Je ne peux que, aussi, le conseiller !

Portrait de Toma.

De Toma.

14H31 | 17/10/2007 | Permalien

Attention aux coquilles…

La bouquin s'apelle « Triksta », pas « Tritska », ce qui change complètement le sens du titre…

Triksta = Trickster (phonétiquement). « Tritska » ne veut rien dire.

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