
Secret, silence, solidarité : les trois piliers du foot business
Alors que ce samedi marque l'ouverture de la Ligue 1, état des lieux des affaires et de l'omerta dans le monde du ballon.

C'est l'histoire d'un monde, » le foot-business » , où les » maîtres du monde » font des affaires. Grâce à eux, le footballeur d'un » grand club » français a moins de droits que tout autre travailleur assujetti au code du travail. Grâce à eux, le footballeur professionnel est passé du statut de sportif à celui d' » actif patrimonial capitalisé » . De la chair à affaires. Le nerf de la guerre : les transferts. Qui nourrit le seul véritable enjeu : les droits TV. Pour un seul objectif : gagner de la valeur. Avec une seule règle : celle dite » des trois s » , secret-silence-solidarité.
La saison de football 2007-2008 de la Ligue 1 française débute ce week-end. Cette saison se conclura, pour certains pays, par le Championnat d'Europe des nations. Avant quoi il y aura eu la si lucrative Champions League, pièce essentielle dans la mutation que le milieu du football a connu depuis l'avènement de la mondialisation financière. Qui a, dans le foot aussi, amené ses intermédiaires, ses corbeaux, ses paradis fiscaux, ses flux tendus et ses opérations invisibles.

Dans un ouvrage paru au printemps, » la Face cachée du foot business » , le journaliste (à VSD) Jérôme Jessel et l'agent Patrick Mendelewitsch avaient dressé un état des lieux de ce monde. Un livre sans bombes, sans scoops, mais un atlas complet du monde des affaires et des manières de faire, de la FIFA au G14, de l'Olympique de Marseille à Chelsea, du Brésil au Iles Vierges britanniques.
L'ouvrage débute par un historique et un état des lieux des grandes instances » fédératives » : Fédération internationale (Fifa), Union européenne de football (UEFA), fédérations nationales, ligues nationales. Puis, évidemment, le » G14 » (groupement des clubs les plus riches de la planète, qui, d'ailleurs, compte maintenant 18 clubs, et qui s'oppose inlassablement aux fédérations ; on y compte trois clubs français : le PSG, l'OM et l'Olympique Lyonnais). Lorsqu'on évoque la Fédération française (FFF), difficile évidemment de ne pas évoquer le train de vie gargantuesque et le sens des affaires de Claude Simonet, qui présida l'instance entre 1994 et 2005. Pour la FIFA, son président, le Suisse Sepp Blatter, dont les deux hommes détaillent les machiavéliques façons de trafiquer les influences. Une partie avait déjà été pointée en 2006 par le journaliste Andrew Jennings dans son livre » Carton Rouge » . Mais le patron du football mondial avait refusé de le rencontrer. Nos auteurs, eux, ont pu lui parler :
C'est ensuite que Jessel et Mendelewitsch nous emmènent en voyage. Au paradis fiscal du ballon de cuir, les Iles vierges britanniques :
La découverte de ce paradis a de quoi intriguer le citoyen peu habitué aux destinations off-shore. Mais dans l'univers de la mondialisation et des délocalisations, quelles sont les spécificités de cette destination off-shore ?
Bien préparé, le lecteur aura ensuite droit à une immersion au centre du foot business. Patrick Mendelewitsch connaît la musique : il est » agent FFF/Fifa » (c'est-à-dire : agent) depuis six ans. Il s'est cantonné aux jeunes joueurs français, comme par exemple Jérôme Menez, ex-espoir du FC Sochaux et ex-futur star de Manchester United. Lui qui envisageait ce métier comme » continuité de [son] activité initiale : les investigations dans le domaine de la propriété intellectuelle » n'est pas tendre envers ses confrères qui exploitent les joueurs. Car s'ils sont devenus des » actes patrimoniaux actifs » , on le doit aussi aux agents. Pourtant, les lois existent…
On connaîtra le 17 octobre le verdict de l'appel dans le » procès des comptes de l'OM » . En rachetant le club, en 1996, Robert Louis-Dreyfus prétendit faire de l' » anti-Tapie » . Le club n'a, depuis, pas gagné un titre. Rapidement mis dans la panade grâce à une équipe dirigeante et managériale qui ne cesse de changer, Dreyfus frise la banqueroute au moment où Tapie himself, alors animateur sur RTL9, l'invite sur son plateau et le ridiculise en direct au sujet des contre-performances du club. Nous sommes en 2001. Et Tapie va revenir au club. Le temps de rire jaune. Car entre » RLD » et Tapie, il y a Adidas. Que le premier racheta au second en 1993, par l'intermédiaire… du Crédit lyonnais. Ce qui se joue à l'OM, en 2001 et 2002 (départ de Tapie), est tout sauf sportif. C'est une » partie de billard à trois bandes » , écrivent nos deux auteurs. Dont » RLD » sort vainqueur. Lors du procès sus-cité, la ligne de défense du propriétaire de l'OM est pourtant sidérante : il prétend avoir péché par naïveté !
Un atlas de l'opacité footbalistique ne saurait avoir de crédibilité sans évoquer le Russe Roman Abramovitch, le tsar russe du foot en mocassins, milliardaire propriétaire du club londonien de Chelsea. L'incarnation en costume du big-bang de son pays depuis la chute du communisme. Il fraya avec Berezovski (l'éminence grise d'Eltsine) et tutoie Poutine. Après avoir racheté en 1995 un grand complexe pétrolier russe, il détourne un milliard de dollars au FMI. Sans être embêté, ou si peu. En 1998, un krach financier sans précédent plonge la Russie dans une grave crise économique. Le Fonds monétaire international injecte alors 4,8 milliards de dollars. Une partie seulement ira à la banque centrale russe. L'autre (1,4 milliard) passera par… 27 banques étrangères, avant d'atterrir sur le compte d'une société dont les ayants droit sont Abramovitch et Berezovski ! Roman peut partir à la conquête du foot-business. Dont il est un des empereurs.
Peut-il être un modèle ?
Les droits de retransmissions TV représentent une des mannes principales du foot-business européen. De fait, les transferts n'ont de valeur que tant que la télévision remplit son rôle de vache à lait. Ici aussi, l'OM est précurseur en France : il inaugurera, par l'ancien du Nouvel Obsrvateur devenu président du club, Christophe Bouchet, la pratique des droits à l'image comme compléments de rémunération aux joueurs. Ainsi, une partie du salaire n'est pas sujette aux charges sociales, le combat majeur des employeurs du foot business en France.
Pour autant, cette intersaison hexagonale n'a pas connu de records dans les transferts : pas de milliard d'euros, pas de grosses stars. La bulle –des transferts, donc des droits TV– serait-elle au bord de l'implosion ?
Girondins de Bordeaux, Olympique de Marseille, PSG : très souvent en France, depuis l'arrivée des gros capitaux dans le football (soit, en résumé, l'arrivée de Claude Bez et Jean-Luc Lagardère dans les années quatre-vingt), l'âge d'or des grands clubs fût suivi d'affres judiciaires sérieuses. L'OM de » RLD » étant le dernier exemple en date. Quid de l'Olympique lyonnais ? Le sextuple champion de France ne part pas cette année aussi favori que les saisons passées (du fait d'un effectif plus renouvelé qu'à l'accoutumée), mais le club de Jean-Michel Aulas inspire la méfiance autant que le respect.
Aulas est un libéral convaincu, qui ferraille régulièrement contre la Ligue nationale (quitte à se faire défendre, sur d'autres dossiers, par le patron de ladite Ligue), veut devenir un des tout grands du continent et protège les siens. Lyon peut-il échapper à la loi des séries qui ont récemment mis à terre les » grands clubs » français ?
» La face cachée du foot business » de Jérôme Jessel et Patrick Mendelewitsch (Flammarion Enquête, 376 p, 21€)
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De Pharisien
Pas bien situé | 05H35 | 04/08/2007 |
Ne pas regarder les matchs de foot est une belle attitude, il faut frapper la bête au tirroir-caisse. Bon, ça restera minoritaire.
De sabaudia
06H37 | 04/08/2007 |
cette forme d'esclavage moderne , avec esclave tenu au silence par des rémunérations aberrantes, est entretenue par la participation des spectateurs, au stade ou devant leur télé.
il est facile pour ceux qui ne veulent pas cautionner ces dérives de les boycotter en ne regardant pas les matchs et en n'achetant pas de produits dérivés, et autres produits sponsorisés
comme partout le nerf de la guerre est l'argent, alors fermons le robinet
à sabaudia
De
19H52 | 05/08/2007 |
a 50000 euros et jusqu'a 350000euros par mois (en france) de nombreux francais voudraient bien etre esclaves
quand des joueurs cassent leur contrat pour aller dans un autre club notamment en angleterre pour gagner 500000 euros nets est ce toujours de l'esclavage
et dans les autres sports : golf, tennis, athletisme (30000 dollars pour participer à un 100ms) encore et toujours de l'esclavage ! ! ! ! !
à sabaudia
De
20H18 | 06/08/2007 |
JE COMMENçAIS A désespèrer.
Je n'ai jamais regarder un match de pieds de ma vie, j'en pas encore mort. Je vais vers mes 63 ans. De toute manière, je ne suis pas assez intelligent pour suivre une partie de pieds.
Si ce n'est de donner du travail à la justice,et aux commentateurs ainsi qu'aux atrabilaires qui se défoulent sur les forums internet, je ne vois pas l'intérêt de regarder des hommes taper dans un ballon, (à moins qu'on ne soit une femme, et que le sex appeal ne joue) dans ce cas là on peut comprendre, car sur de même registre, à quoi bon pour un homme de payer des thunes pour aller voir une femme qui se désappe.
Bref, votre commentaire est, quand même une lueur d'espoir dans ce bas-monde
De
09H20 | 04/08/2007 |
EN Normandie, on dit « faut-y pas ête con pour courir derrière un ballon »… au dela de la boutade, c'est un monde sinistre, mêlant argent et drogue, qui s'étend aux autres sports (fini le rugby amateur).. que dire de ces « esclaves » que l'on fait venir d'afrique et qui, nombreux, se font jeter car pas assez bons, qui divaguent dans nos villes, honteux de n'avoir pas réussi…que dire de l'absence totale de formation autre que sportive, et de tous ces jeunes hommes laissés à leur sort à 30 ans..car l'on parle des Henry (200K€ nets/semaine), mais combien d'anonymes laissés sur le carreau.. et ce mythe de l'ascension sociale, de l'intégration par le foot… Aussi pourri et immonde que le cyclisme.
De Olhiver
12H34 | 04/08/2007 |
N'y a-t-il donc pas d'enfants, en Normandie ? Ni, encore moins, d'adultes restés un peu gamins ?
« J'aime le football avec mes jambes » (Jacques Derrida). L'effectivement « pourri et immonde » milieu du cyclisme, ne m'empêchera pas d'aimer faire du vélo, ni celui du Foot ne me dégoutera de courir derrière un ballon, comme vous dites, ni d'admirer les acrobaties d'un Ronaldinho, ni de rigoler en voyant de petits Arabes faire le signe de croix en entrant sur un terrain, comme les Brésiliens vus à la télé !
De Alexad
11H50 | 04/08/2007 |
Merci rue89 pour cette info édifiante sur cette « religion » qu'est le sport et notre belle société en général !
Bien que non sportive, l'entrée en bourse de certains clubs, avait égratigné mes oreilles de profane…. Que les véritables « amoureux » et connaisseurs en matière de sport n'aient pas eu de réaction m'étonnait.
L'article et les entretiens lu et écoutés avec beaucoup d'attention sont étourdissants…
à Alexad
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 13H11 | 04/08/2007 |
Merci beaucoup à vous !
De
12H51 | 04/08/2007 |
vous avez oublié le pognon en premier, et vous avez tous les ingrédients de la maffia.
De
15H47 | 04/08/2007 |
on ne dit rien là-dessus ?
De puerta13
17H30 | 04/08/2007 |
A propos de la dope, « grosse » interview du sieur THIRIEZ, today, Le PARISIEN :
» »« - Ouais, heu, bon, ouais, mais, bon… la drogue, ouais, mais bon, heu, le foot touché, ouais, mais bon, pas les pros… Crédible ? … m'en fous chui insolvable… ouais mais bon…. » » »
Ca fait réver les enfants… Pôvres gosses !
De Fozzie
21H17 | 04/08/2007 |
Ça valait vraiment le coup de faire un bouquin qui n'apprend pas grand-chose à ceux qui aiment le foot… Quant à la drogue et au dopage, bien sûr qu'ils existent. J'avais un copain gardien de but qui ne faisait pas un tournoi du dimanche matin sans avoir fait une foire alcoolisée la veille. Son premier souci en arrivant sur le terrain : trouver un seau d'eau froide pour se réveiller… Ceci dit, j'aurais pu me doper autant que je voulais, j'avais les pieds carrés et je n'aurais jamais pu devenir pro. Dommage pour mon compte en banque.
De
22H01 | 04/08/2007 |
Originaire de Saint-Etienne, j'ai baigné dans le football depuis tout petit.
Mes meilleurs souvenirs restent toutes ces rencontres entre amis, football, plaisir et amitié.
Le sport professionnel, le foot en tête, ne relève pas de valeurs nobles et fondamentales propres aux sports collectifs. Plus aujourd'hui, cela est sûr. Argent et célébrité, en voilà le contenu principal, à croire que la perversion de tous les systèmes par l'homme est une maladie chronique.
Je ne suis pas dupe sur la présence très forte d'une aide « médicale » pour ce sport,en témoigne l'opacité qui règne sur l'affaire fuentes ,qui concerne bien plus que des cyclistes.
Ces joueurs sont tout sauf des exemples,mieux vaut ne plus les regarder, prendre un ballon et jouer avec ses amis sur la plage, ça c'est du sport ! ! !
De Gérard Gastaud
Photographe à Paris | 07H10 | 05/08/2007 |
SECRET, SILENCE, CORPORATISME : DANS LE MILIEU DE LA PRESSE, C'EST LA MEME CHOSE ! QUI EN PARLE ? QUI EVOQUE LA PRECARITE GRANDISSANTE DES PIGISTES ? PERSONNE ! ! ! ! ! ! ! !
De
10H30 | 05/08/2007 |
L'équipe de Caen est remontée en Ligue 1, toute la ville est contente. Loin de dénigrer le sport, sa convivialité, son métissage, je m'insurge contre les dérives maffieuse, argent, drogue etc. tout comme dans les autres sport. Le sport n'est plus la santé, et il faut penser à tous les jeunes qui seront entraînés dans ces dérives, et ne pas rester réifiés par la magie du sport.
De
17H12 | 05/08/2007 |
C'est beau le sport pourtant … Plus que le foot, le cyclisme ou n'importe quelle activité humaine d'ailleurs qui concentre, rassemble, réuni - belle et utile en soi - mais devient susceptible de générer d'énormes profits ; n'est ce pas la réduction de l'essentiel des activités sur cette terre à un seul objectif : faire de l'argent, qui pose problème. Faire beaucoup d'argent et toujours plus …
Là c'est le foot, visible, symbolique, mais n'assiste pas au même phénomène dans d'autres domaines comme l'éducation, l'édition ou d'autres activités fondamentales comme la gestion de l'eau, l'agroalimentair, le pétrole, l'industrie pharmaceutique etc … Concentration, opacité, secret et le sport aussi a fini par tomber dans cette escarcelle