Secret, silence, solidarité: les trois piliers du foot business

Alors que ce samedi marque l’ouverture de la Ligue 1, état des lieux des affaires et de l’omerta dans le monde du ballon.

R.-L. Dreyfus à son arrivée au tribunal, en mars 2006 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

C’est l’histoire d’un monde, «  le foot-business " , où les "  maîtres du monde » font des affaires. Grâce à eux, le footballeur d’un «  grand club " français a moins de droits que tout autre travailleur assujetti au code du travail. Grâce à eux, le footballeur professionnel est passé du statut de sportif à celui d’"  actif patrimonial capitalisé » . De la chair à affaires. Le nerf de la guerre : les transferts. Qui nourrit le seul véritable enjeu : les droits TV. Pour un seul objectif : gagner de la valeur. Avec une seule règle : celle dite  » des trois s » , secret-silence-solidarité.

La saison de football 2007-2008 de la Ligue 1 française débute ce week-end. Cette saison se conclura, pour certains pays, par le Championnat d’Europe des nations. Avant quoi il y aura eu la si lucrative Champions League, pièce essentielle dans la mutation que le milieu du football a connu depuis l’avènement de la mondialisation financière. Qui a, dans le foot aussi, amené ses intermédiaires, ses corbeaux, ses paradis fiscaux, ses flux tendus et ses opérations invisibles.

La face cachée du foot business de J.Jessel et P.Mendelewitsch

Dans un ouvrage paru au printemps,  » la Face cachée du foot business » , le journaliste (à VSD) Jérôme Jessel et l’agent Patrick Mendelewitsch avaient dressé un état des lieux de ce monde. Un livre sans bombes, sans scoops, mais un atlas complet du monde des affaires et des manières de faire, de la FIFA au G14, de l’Olympique de Marseille à Chelsea, du Brésil au Iles Vierges britanniques.

L’ouvrage débute par un historique et un état des lieux des grandes instances «  fédératives "  : Fédération internationale (Fifa), Union européenne de football (UEFA), fédérations nationales, ligues nationales. Puis, évidemment, le "  G14 » (groupement des clubs les plus riches de la planète, qui, d’ailleurs, compte maintenant 18 clubs, et qui s’oppose inlassablement aux fédérations ; on y compte trois clubs français : le PSG, l’OM et l’Olympique Lyonnais). Lorsqu’on évoque la Fédération française (FFF), difficile évidemment de ne pas évoquer le train de vie gargantuesque et le sens des affaires de Claude Simonet, qui présida l’instance entre 1994 et 2005. Pour la FIFA, son président, le Suisse Sepp Blatter, dont les deux hommes détaillent les machiavéliques façons de trafiquer les influences. Une partie avait déjà été pointée en 2006 par le journaliste Andrew Jennings dans son livre  » Carton Rouge » . Mais le patron du football mondial avait refusé de le rencontrer. Nos auteurs, eux, ont pu lui parler :



C’est ensuite que Jessel et Mendelewitsch nous emmènent en voyage. Au paradis fiscal du ballon de cuir, les Iles vierges britanniques :



La découverte de ce paradis a de quoi intriguer le citoyen peu habitué aux destinations off-shore. Mais dans l’univers de la mondialisation et des délocalisations, quelles sont les spécificités de cette destination off-shore ?



Bien préparé, le lecteur aura ensuite droit à une immersion au centre du foot business. Patrick Mendelewitsch connaît la musique : il est «  agent FFF/Fifa " (c’est-à-dire : agent) depuis six ans. Il s’est cantonné aux jeunes joueurs français, comme par exemple Jérôme Menez, ex-espoir du FC Sochaux et ex-futur star de Manchester United. Lui qui envisageait ce métier comme "  continuité de [son] activité initiale : les investigations dans le domaine de la propriété intellectuelle » n’est pas tendre envers ses confrères qui exploitent les joueurs. Car s’ils sont devenus des  » actes patrimoniaux actifs » , on le doit aussi aux agents. Pourtant, les lois existent…



On connaîtra le 17 octobre le verdict de l’appel dans le «  procès des comptes de l’OM " . En rachetant le club, en 1996, Robert Louis-Dreyfus prétendit faire de l’"  anti-Tapie » . Le club n’a, depuis, pas gagné un titre. Rapidement mis dans la panade grâce à une équipe dirigeante et managériale qui ne cesse de changer, Dreyfus frise la banqueroute au moment où Tapie himself, alors animateur sur RTL9, l’invite sur son plateau et le ridiculise en direct au sujet des contre-performances du club. Nous sommes en 2001. Et Tapie va revenir au club. Le temps de rire jaune. Car entre «  RLD " et Tapie, il y a Adidas. Que le premier racheta au second en 1993, par l’intermédiaire… du Crédit lyonnais. Ce qui se joue à l’OM, en 2001 et 2002 (départ de Tapie), est tout sauf sportif. C’est une "  partie de billard à trois bandes » , écrivent nos deux auteurs. Dont  » RLD » sort vainqueur. Lors du procès sus-cité, la ligne de défense du propriétaire de l’OM est pourtant sidérante : il prétend avoir péché par naïveté !



Un atlas de l’opacité footbalistique ne saurait avoir de crédibilité sans évoquer le Russe Roman Abramovitch, le tsar russe du foot en mocassins, milliardaire propriétaire du club londonien de Chelsea. L’incarnation en costume du big-bang de son pays depuis la chute du communisme. Il fraya avec Berezovski (l’éminence grise d’Eltsine) et tutoie Poutine. Après avoir racheté en 1995 un grand complexe pétrolier russe, il détourne un milliard de dollars au FMI. Sans être embêté, ou si peu. En 1998, un krach financier sans précédent plonge la Russie dans une grave crise économique. Le Fonds monétaire international injecte alors 4,8 milliards de dollars. Une partie seulement ira à la banque centrale russe. L’autre (1,4 milliard) passera par… 27 banques étrangères, avant d’atterrir sur le compte d’une société dont les ayants droit sont Abramovitch et Berezovski ! Roman peut partir à la conquête du foot-business. Dont il est un des empereurs.



Peut-il être un modèle ?



Les droits de retransmissions TV représentent une des mannes principales du foot-business européen. De fait, les transferts n’ont de valeur que tant que la télévision remplit son rôle de vache à lait. Ici aussi, l’OM est précurseur en France : il inaugurera, par l’ancien du Nouvel Obsrvateur devenu président du club, Christophe Bouchet, la pratique des droits à l’image comme compléments de rémunération aux joueurs. Ainsi, une partie du salaire n’est pas sujette aux charges sociales, le combat majeur des employeurs du foot business en France.

Pour autant, cette intersaison hexagonale n’a pas connu de records dans les transferts : pas de milliard d’euros, pas de grosses stars. La bulle –des transferts, donc des droits TV– serait-elle au bord de l’implosion ?



Girondins de Bordeaux, Olympique de Marseille, PSG : très souvent en France, depuis l’arrivée des gros capitaux dans le football (soit, en résumé, l’arrivée de Claude Bez et Jean-Luc Lagardère dans les années quatre-vingt), l’âge d’or des grands clubs fût suivi d’affres judiciaires sérieuses. L’OM de  » RLD » étant le dernier exemple en date. Quid de l’Olympique lyonnais ? Le sextuple champion de France ne part pas cette année aussi favori que les saisons passées (du fait d’un effectif plus renouvelé qu’à l’accoutumée), mais le club de Jean-Michel Aulas inspire la méfiance autant que le respect.

Aulas est un libéral convaincu, qui ferraille régulièrement contre la Ligue nationale (quitte à se faire défendre, sur d’autres dossiers, par le patron de ladite Ligue), veut devenir un des tout grands du continent et protège les siens. Lyon peut-il échapper à la loi des séries qui ont récemment mis à terre les  » grands clubs » français ?



 » La face cachée du foot business" de Jérôme Jessel et Patrick Mendelewitsch (Flammarion Enquête, 376 p, 21€)


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Pharisien
06H35 04/08/2007

Ne pas regarder les matchs de foot est une belle attitude, il faut frapper la bête au tirroir-caisse. Bon, ça restera minoritaire.

 
sabaudia
07H37 04/08/2007

cette forme d’esclavage moderne , avec esclave tenu au silence par des rémunérations aberrantes, est entretenue par la participation des spectateurs, au stade ou devant leur télé.
il est facile pour ceux qui ne veulent pas cautionner ces dérives de les boycotter en ne regardant pas les matchs et en n’achetant pas de produits dérivés, et autres produits sponsorisés
comme partout le nerf de la guerre est l’argent, alors fermons le robinet

 
Olhiver
13H34 04/08/2007

N’y a-t-il donc pas d’enfants, en Normandie ? Ni, encore moins, d’adultes restés un peu gamins ?
« J’aime le football avec mes jambes " (Jacques Derrida). L’effectivement " pourri et immonde » milieu du cyclisme, ne m’empêchera pas d’aimer faire du vélo, ni celui du Foot ne me dégoutera de courir derrière un ballon, comme vous dites, ni d’admirer les acrobaties d’un Ronaldinho, ni de rigoler en voyant de petits Arabes faire le signe de croix en entrant sur un terrain, comme les Brésiliens vus à la télé !

 
Alexad
12H50 04/08/2007

Merci rue89 pour cette info édifiante sur cette « religion » qu’est le sport et notre belle société en général !

Bien que non sportive, l’entrée en bourse de certains clubs, avait égratigné mes oreilles de profane…. Que les véritables « amoureux » et connaisseurs en matière de sport n’aient pas eu de réaction m’étonnait.

L’article et les entretiens lu et écoutés avec beaucoup d’attention sont étourdissants…

 
Hubert Artus | Rue89
14H11 04/08/2007

  Merci beaucoup à vous ! 

 
puerta13
18H30 04/08/2007

A propos de la dope, « grosse » interview du sieur THIRIEZ, today, Le PARISIEN :

 » »« - Ouais, heu, bon, ouais, mais, bon… la drogue, ouais, mais bon, heu, le foot touché, ouais, mais bon, pas les pros… Crédible ?… m’en fous chui insolvable… ouais mais bon…. »«  »

Ca fait réver les enfants… Pôvres gosses !

 
Fozzie
22H17 04/08/2007

Ça valait vraiment le coup de faire un bouquin qui n’apprend pas grand-chose à ceux qui aiment le foot… Quant à la drogue et au dopage, bien sûr qu’ils existent. J’avais un copain gardien de but qui ne faisait pas un tournoi du dimanche matin sans avoir fait une foire alcoolisée la veille. Son premier souci en arrivant sur le terrain : trouver un seau d’eau froide pour se réveiller… Ceci dit, j’aurais pu me doper autant que je voulais, j’avais les pieds carrés et je n’aurais jamais pu devenir pro. Dommage pour mon compte en banque.

 
Gérard Gastaud | Photographe à Paris
08H10 05/08/2007

SECRET, SILENCE, CORPORATISME: DANS LE MILIEU DE LA PRESSE, C’EST LA MEME CHOSE! QUI EN PARLE? QUI EVOQUE LA PRECARITE GRANDISSANTE DES PIGISTESPERSONNE!!!!!!!!