Robert Redeker de la diatribe anti-islam à la diatribe antisports

Redeker, on ne le défend pas comme on défend une idée précise, on le soutient comme on soutient une idée générale et parfois vague: la liberté d’expression. Entre énervement et combat démocratique. On prend soin de choisir sa ligne, pour ne pas épouser toutes les siennes. Près de deux ans après le texte anti-islam qui lui colla une fatwa aux trousses, l’homme traqué publie un essai contre le sport. Rencontrer Redeker, c’est, aussi, voir là où nous en sommes de notre propre époque.

Robert Redeker n’est pas un intellectuel. Connu du grand public depuis ce jour de septembre 2006 où, dans Le Figaro, il avait publié une tribune dénonçant « la tentative menée par cet islam d’étouffer ce que l’Occident a de plus précieux qui n’existe dans aucun pays musulman: la liberté de penser et de s’exprimer », il est chercheur au CNRS, dans le domaine de l’anthropologie philosophique.

Robert Redeker n’est pas non plus une victime. La tribune suscitée n’était pas sa première diatribe anti-islam (il y avait eu, entre autres, une tribune dans Le Monde en 2001). L’une comme l’autre révélaient un manque de recherche sur l’histoire de l’islam. La seconde masquait mal, en plus, le manque de légitimité de son auteur.

Redeker est un miroir. Celui d’un temps où il n’est pas aisé de parler des religions

Redeker est un miroir. Celui d’un temps où il n’est pas aisé de parler des religions ou de les caricaturer. De l’affaire des caricatures de Mahomet aux propos de Houellebecq (« la religion la plus con, c’est quand même l’islam », 2001), l’Occident a décidément du mal à trouver les mots pour restituer le sens du sacré des autres.

Avant d’évoquer son nouveau livre, une charge contre le sport, faisons le point sur cet article qui, depuis deux ans, le condamne à une vie traquée. Et qui, dans une période de « délaïcisation » dont on voit les fruits aujourd’hui (propos de Nicolas Sarkozy en visite en Arabie Saoudite ou au Vatica), souffle sur les braises de la guerre des civilisations. (Voir la vidéo.)



Cette semaine, Robert Redeker publie « Le sport est-il inhumain? ». Une réactualisation de son « Sport contre les peuples » paru en 2002. Un ouvrage où notre homme pointe les symptômes: dopage transformant les athlètes en mutants, mondialisation transformant les compétions en olympiades de la publicité, ultra-commercialisation qui uniformise les corps autant que le temps de l’exploit.

Bref, le sport, vidé de sa substance intemporelle, n’est plus un mythe mais un spectacle. Et, ayant perdu sa singularité, est devenu une messe comme une autre. Donc, pour Redeker, un opium, une doctrine.

Le sport, simple stade de l’évolution de l’homme

C’est ici l’intérêt de l’ouvrage: Redeker pointe ce en quoi le sport est devenu non plus un terrain d’exploits, mais un laboratoire. Ce en quoi les exploits ne sont plus des moments extraits de la réalité terrienne et du temps commun, mais une obligation que les champions doivent à leurs sponsors et au téléspectateurs.

Un record du monde ou une médaille d’or n’ont plus ni dimension sacrée, ni valeur de modèle: c’est l’image du sportif qui remplit à présent ce rôle de modèle. L’image précède la victoire. On aime un champion pour son look et pour sa vie (inspirée de son look), plus que pour ses succès

C’est dans la figure même de Zinedine Zidane (« du côté humain -Giresse, Maradona, Platini- et en même temps du côté mutant du football », dit Redeker) que le chercheur voit la réalisation de la mutation des sportifs. Il est vrai qu’en quelques mois, après son arrivée à la Juventus de Turin en 1996, le -pas encore starissime- footballeur avait tout simplement changé de physionomie. Comme, en même temps que lui mais dans d’autres clubs: Bixente Lizarazu, Marcel Desailly, Djibril Cissé, etc.

Lorsque Redeker invoque « Les Mots et les choses » de Foucault (1966), cela pourrait sembler tiré par les cheveux, mais il joue juste. Pour le défunt philosophe, « Le concept d’homme désigne en réalité une figure passagère du monde humain ». Pour Redeker, le sport marque un stade inédit dans cet évolution vers un ailleurs humain.

Tout n’est pas faux dans ce que pointe Redeker. Dans cet ouvrage, le manque de mesure est acceptable. Mais, là, aussi, pour que le tout fût entièrement crédible, on aurait goûté plus de perspective. C’est pourquoi, le rencontrant mi-mai à Paris, entre deux omniprésents agents de sécurité qui gardent son corps soumis à la fatwa, nous l’avons soumis à des question sur le sport de demain. (Voir la vidéo.)



Certes, Redeker va parfois trop loin dans la démonstration: pour lui, le sport moderne signe le retour de l’eugénisme… Too much. Ce qui est simplement dominant dans le monde de la globalisation financière, Redeker le voit comme un schéma global et définitivement vainqueur. On se dit que Redeker ne connaît pas tous les sports.

Un livre judicieux, mais aussi too much

Certes, le livre manque de pistes de solutions, d’utopies, et d’un véritable suivi dans les plaintes. Redeker se laisse aller à un passéisme qui sonne légèrement contre-utopie. Pour un peu, l’auteur finirait presque par ressembler à ceux qu’il dénonce dans la seconde -très bonne- partie du livre: l’intellectuel désintellectualisé, noyé dans sa propre incompréhension de la culture de masse et sa méconnaissance du sport -en particulier du football.

« Le sport est-il inhumain ? » est un livre à charge. L’ancien sport était pratiqué et regardé par l’homme. Le nouveau sport est consommé dans un monde postérieur à la mort de l’homme. Entre les deux: la démonstration de Redeker. Too much, mais parfois bien dans le mille. Pour Redeker, la mondialisation a gagné, le sport en est le plus beau témoin. Et la mondialité chère à Edouard Glissant et feu-Césaire n’aura jamais été. (Voir la vidéo.)



Il y a ce moment du livre où Redeker voit le jeu comme le dernier tabou du sport. Lequel ne se soucie plus du jeu, puisque la mondialisation prévoit qui gagne et qui perd –ça marche souvent, mais pas tout le temps. On se dit alors que l’auteur parle aussi de lui: en fait, ce qui manque à Redeker, c’est un fond du jeu. La volonté de faire confiance au temps, de passer par les ailes et de ne plus foncer dans le mou de l’époque.

Ce qui compte, c’est l’amour du jeu.
.
Le sport est-il inhumain?de Robert Redeker (éd. du Panama, 198p., 15€)


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
17H03    20/05/2008

Hubert Artus souligne les défauts de Redeker, je cite : « ses diatribes montrent un manque de recherche sur l’islam » puis un peu plus loin, d’autres critiques sur son dernier ouvrage sur l’inhumanité, sportive cette fois.
Ainsi, cet homme accablé par une fatwa odieuse serait un incompétent ? Manque de jugement de la part de ses juges …

 
Par Tinhinane
17H36    20/05/2008

J’ai signé une pétition dénonçant la fatwa sur Redeker et je maintiens ma position sur ce chapitre même si je ne partage que 20% du discours de RR sur la religion et à peine plus sur le sport.

Je préfère lire les auteurs qu’il cite (pas toujours et quelquefois partiellement et partiellement) que ses écrits qui ont énormément perdu en modestie, finesse et qualité depuis 10 ans…

 
Par Jaycib
17H51    20/05/2008

Vous omettez de citer l’article « Sport, santé et politique » paru dans le Monde du 22 août 2003, un véritable méli-mélo mixant des considérations sur la « médecine expectative » (à l’ancienne, et qu’il regrette) à d’autres observations concernant déjà le sport-spectacle.

Je m’étais fendu d’une lettre à son adresse au lycée de Saint-Orens à l’époque, mais il n’y a jamais répondu.

Son article m’avait rappelé les commentaires de l’ex-gouverneur Richard Lamm (Colorado) en 1982, qui déplorait en son temps notre proprension à souhaiter l’immmortalité et celle de l’Etat à consacrer inutilement des subsides aux prothèses, au rein artificiel, etc.

Entre le décès prématuré des malades et l’immortalité, Redeker ne faisait pas dans la demi-mesure. Il niait le « droit au bonheur » de Saint-Just et des premiers Américains. Son hostilité au sport tout court, comme pratique et facteur de santé, était déjà frappante.

Malgré son association avec les Temps Modernes, Redeker conteste le prométhéisme. On peut s’étonner qu’il soit aujourd’hui au CNRS.

 
17H51    20/05/2008

Vous avez raison quant à la qualité des écrits !
J’apprécie votre position mesurée : le droit d’exprimer un point de vue, même stupide ou injurieux, ne peut ni ne doit conduire à l’assassinat en démocratie.

 
Par Tinhinane
18H21    20/05/2008

Bonsoir Thierry,

Il y a les fatwas de type Salman Rushdie et Taslima Nasreen, par exemple, qui sont clairement énoncées et celles insidieuses et toutes aussi réelles et dangereuses comme celle qui menace Redeker (les RG ne sont pas des enfants de cœur et ne brillent pas par leur philantropisme ou une quelconque légèreté ou générosité…) et combien même la sécurité assurée aujourd’hui à Redeker relèverait d’un excès de prudence je la préfère à un abandon d’un citoyen.

 
18H56    20/05/2008

Tu as raison, j’aurais peut-être dû éviter de faire aussi lapidaire…

Ce que je voulais dire, c’est que Redeker (que par ailleurs je tiens dans une estime piètrissime) a été visé par une menace de mort qui, pour autant que nous le sachions, n’émanait que d’une personne dont l’état mental reste à déterminer.

Je ne doute pas qu’il y ait abondance d’imbéciles pour considérer que Redeker méritait ces menaces, et je ne doute pas non plus que parmi ces imbéciles il puisse s’en trouver qui s’honoreraient de mener cette menace à son terme et de tuer Redeker.

Donc, de ce point de vue, je n’ai rien à redire au fait que Redeker soit toujours protégé. (Il y aurait bien des choses à préciser, mais ça nous emmènerait trop loin, et carrément hors du sujet du livre présent de Redeker.)

En revanche, qualifier cette menace (inadmissible) de fatwa, c’est entrer dans un jeu dont je te soupçonne pas un instant mais qui n’en est pas moins dangereux.

Une fatwa à strictement parler émane d’une autorité religieuse, et un imbécile pris au hasard ne peut certes pas en lancer une. Il s’agit d’un acte sérieux, et la plupart d’entre elles concernent des problèmes fort peu exaltants et très quotidiens.

Je te le répète pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté : ce que je vais écrire là ne s’applique pas à toi, puisque je n’ai aucun doute à ton propos. Il reste que parler d’une fatwa dans ce cas s’inscrit dans un cadre plus général qui voit une suspicion a priori contre l’islam et les musulmans se développer en France.

 
Par 1900
20H21    20/05/2008

Je suis un athée fort intéressé par la religion. J’ai lu plusieurs fois l’Ancien et le Nouveau Testament et le Coran. J’ai lu un certain nombre de textes de commentaires, depuis les Pères de l’Église jusqu’aux exégètes contemporains. Cette passion me tient depuis une quinzaine d’années. Lire les textes religieux est indispensables si on veut comprendre la société, passée ou à venir.
J’en suis arrivé à la même conclusion que Houellebecq (la citation ne fait pas état de la phrase précédente, ce qui est bien dommage et bien démagogique) et que Redeker : croire que la religion est définitivement inoffensive parce que les Lumières sont passées est d’une naïveté aberrante et dangereuse. Et oui, parmi les trois monothéismes, c’est sans aucun doute l’islam qui est le plus violent à l’égard des « infidèles ». Et oui, l’angélisme dont fait preuve la société occidentale face à l’islam (y compris le modéré) pose un problème à la laïcité. Parler de « diatribe » comme le fait le monsieur qui se veut journaliste est paradoxalement tout à fait dans le pur esprit du cléricalisme. Quant à l’argument des hypokhâgnes et autres - « voyez le christianisme et ses dérives » -, il serait bon qu’il pensent avant d’écrire et de coller l’étiquette de « pseudo-penseurs » à tous ceux qui ne sont pas de leur avis (ce qui reste il est vrai la meilleure manière de faire preuve de sa propre existence) : c’est précisément parce que nous savons ce qui s’est passé dans le christianisme (dont le texte fondateur est pourtant moins violent que le Coran) qu’il faut se défendre bec et ongle contre tout autre système qui confond religion et la vie en cité… Ici et maintenant, il s’agit en premier lieu de l’islamisme.
Salutations laïques.

 
Par Freeeman
21H00    20/05/2008

Désolé de vous contredire, mais je ne vois pas en quoi dire que le christianisme à eu une histoire violente absout l’islam d’être intrinsèquement violent. Que l’un ait donné lieu à des violences, n’empêche pas l’autre d’être violent.
Mais prenez le temps et le recule 5 minutes.
- Le pardon et le talion c’est pareil ?
- Lapider une femme adultère et se mettre devant pour renvoyer chacun à sa propre imperfection c’est pareil ?
- « nous sommes tous frère » et « croyant mécréant » c’est pareil ?
- Qui à dit « le paradis est à l’ombre des épées ?
- Qui rapporté dans une Hadit par Aicha à eu ces dernières paroles « Maudit soient les juifs et les chrétiens » ?
Et ce ne sont que quelques exemples.
Si Redeker est assez mauvais et peut paraitre haineux dans ses propos, il n’empêche qu’il touche là un problème crucial qui est :
- Toutes les idéologies humaines se valent ‘elles ?
- Toutes les croyances humaines se valent ‘elles ?
Si pour les idéologies l’exemple du nazisme fait force d’enseignement, pour les religions qui s’érigent en partis politiques, l’histoire catastrophique du catholicisme doit nous appeler à la plus grande vigilance face à un islam de plus en plus revendicatif. Je vous renverrais simplement pour exemple aux dernières dispositions choisies par le conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la liberté d’expression. Dorénavant le conseil ne veille plus à ce que la liberté d’expression s’exerce, mais à ce qu’elle ne choque personne. Un délit de blasphème vient d’être mis en place. Alors Redeker a beau ne pas être très futé, il ne dit pas que des conneries !!!

 
Par albin
21H30    20/05/2008

Je pense que la critique de l’Islam sera d’autant plus intéressante si elle venait de l’intérieur. Voltaire écrivait certes mais il ne passait pas à la télévision. Il y a une certaine retenue, un certain respect… La liberté d’expression n’est pas liberté de vomission. D’ailleurs un homme qui ne connaît plus ses propres limites vis-à-vis de la société est souvent emmené à l’asile.

Ce monsieur m’attriste parce qu’on a l’impression qu’il vit de critiques et rien que de critiques. J’aimerais entendre un mot agréable de sa bouche sur quelqu’un….

 
16H36    21/05/2008

« Je pense que la critique de l’Islam sera d’autant plus intéressante si elle venait de l’intérieur. »

Elle existe, la critique de l’islam de l’intérieur : ceux qui s’y sont risqués (Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Ayaan Hirsi Ali, Mohamed Sifaoui et d’autres) ont été condamnés à MORT.

« La liberté d’expression n’est pas liberté de vomission. »

Bien sûr que si ! Si on devait tout « respecter », il faudrait interdire les caricatures de Sarkozy, les critiques du communisme/du capitalisme, les critiques du pape, j’en passe. La liberté d’expression est inséparable du droit à l’irrespect. Les critiques de Redeker contre l’islam sont de la petite bière à côté des pamphlets anticléricaux du début du XXè siècle. L’anticléricalisme est une grande tradition française, je ne vois pas pourquoi on aurait moins le droit de taper sur les imams que sur les curés. Les musulmans vont devoir s’y faire : ils ne sont PAS obligés de lire les articles de Redeker, ils ont parfaitement le droit de faire l’apologie de l’islam dans leurs propres articles. C’est ça la liberté d’expression, la liberté d’opinion et la liberté de conscience. Ca n’a rien à voir avec le racisme, car le racisme s’en prend à des PERSONNES - et ça fort heureusement c’est interdit par la loi - il s’agit ici de la critique d’une IDEOLOGIE.

A propos de liberté de conscience, des chrétiens sont jugés en ce moment même en Algérie pour « pratique d’un culte non-musulman sans autorisation ». Les pièces à convictions : des documents interdits saisis dans leurs affaires - la Bible et les Evangiles…

 
Par .gwen.
21H13    21/05/2008

Bonjour 1900,

je suis d’accord comme vous pour dire que la laicité est quelque chose de fragile, encore faudrait il etre sur de savoir de quoi on parle. C’est un concept bien plus difficile que le simple faite de repousser les religions dans la « sphere prive »

J’apprend tout comme vous un certain nombre de concepts, qu’ils soient issus des divers courants religieux, athés ou sans distinction philosophique. Ainsi je crois que le concept de la laicité va bien au dela de la séparation entre l’eglise et l’état!

Il donne un socle commun a un peuple évitant toute exclusion d’une sous partie de se peuple. Et par la meme il permet la démocratie, puisque sa négation consiste en la division du peuple.

Par sous partie on inclut, historiquement les athés et les religions non catholiques, et maintenant la religion catholique. En particulier, cela ne signifie pas que les personnes athées doivent exclurent les religions, sinon ils se replaceraient dans la situation de l’eglise catholique avant l’existence de la laicité.

En effet, on en peut pas nier que, quelque soit la facon dont on cherche a se definir, nos regles et nos pensées sont toutes issues de conceptions du monde. Conceptions du monde qui en dernier retranchement sont des croyances (dans le sens general du terme: « je crois que les choses sont etc… »). Implicitement cette remarque sous tend qu’il ne peut y avoir de séparation nette entre la sphere privée et la sphere publique (c’est une question qui peut néanmoins faire débat).

En particulier l’atheisme, est a mon avis basé sur le materialisme des philosophes grecs, ou de leur plus proche descendant de la physique newtonienne. J’entend par la que le materialisme CROIS pouvoir tous expliquer et tout comprendre du monde qui nous entoure. Ainsi, « exit » l’explication des phénomenes via l’intervention d’esprit ou dans son ultime développement de Dieu. Soit dit en passant, le monotheisme est une puissante avancé dans ce domaine, puisque il est cencé gommer toute forme d’idolatrie (l’absence d’idolatrie se retrouve dans l’Islam, récuperant ainsi les lecons de Jesus, qui ont été negligées par l’eglise catholique - en passant l’idolatrie existe chez les matérialistes, est ce un retour en arriere?).

Cependant la science forte de ses progres est tombée sur deux remises en question fondamentales du materialisme, les systemes chaotiques et la physiques quantiques! Le premier nous dit que meme connaissant parfaitement l’état du monde a un instant donné, il est impossible de prevoir son évolution, meme en partant des équations déterministes newtoniennes. Le second nous dit qu’il est de plus impossible de connaitre parfaitement l’état d’un systeme (Le principe de Heisenberg).

=> Il y a ainsi de l’inconnaissable: le matérialisme apercoit les limites de ses fondements et la spiritualité retrouve une place dans le monde.

Pourquoi dire tout cela: Je suis issus d’un milieu athé et je partage votre soucis de liberté que vous avez ennoncé. Je partage aussi le fait qu’un certain nombre de regles issues des religions sont absurdes (ou au moins le paraisse), voire dangereuses. Mais sans faire, d’angelisme ou je ne sais quoi, je crois que nous avons tous des regles de vie, plus ou moins justifiées ou justifiables et plus ou moins dangeureuses (grossierement industrialisation=>pollution = danger!) En fait, je crois que nos regles sont plus issues des traditions que des religions ou meme que de decisions politiques eclairees!

Un exemple: vous parlez d’absence de soutien-gorge sur la plage. Cependant que penseriez vous si le meme phénomene se produit dans les villes? peut etre rien, mais on ne peut niez que d’un commun accord cela ne se fait pas! De plus il me semble qu’il est interdit, homme comme femme d’etre torse-nu dans certain lieu. Peu m’importe!

Ce que je pointe du doigt, c’est que la frontiere entre les regles que l’on est pret a accepter et celle que l’on trouve intolérables est variable et surtout culturele. En corollaire, on ne peut pas juger ou exclure, a priori, un groupe de gens parce qu’ils n’ont pas les memes regles que nous.

Je répete que ces regles sont, pour les athés comme pour les croyants (en dieu), basées sur des croyances interieures qui composent nos conceptions du monde, sur lesquels un groupe d’hommes s’accorde.

La toute puissance de la Laicité est de tenter d’accorder un groupe d’hommes composé d’éléments n’ayant pas les memes conceptions du monde.

=> Ainsi défendre la laicite, c’est aussi defendre et accepter la pluralité des conceptions (avec ou sans croyance en Dieu).

En particulier, de MON point de vue, vous n’etes pas tout a fait laique!

Concernant l’Islam, je suis a l’évidence conscient de son instrumentalisation que ce soit chez les dirigeants de théocraties pour soumettre leur peuple et les femmes en particulier (ce qui est un non sens puisque, contrairement a l’eglise catholique, le musulman n’est soumis qu’a Dieu (c’est exclusif)), mais aussi dans l’occident pour soumettre ces memes théocraties a la dictature des marchés financiers (via l’exploitation du pétrole et du gaz notamment)!

Alors je crois que le conformisme intellectuel en occident (athé ou autre) consiste a descendre l’Islam dans son ensemble, plutot que de descendre ses multiples dérives [dérives car je ne crois pas comme les Redecker ou houellebeque que le mal est intrinseque a l’Islam, par contre je crois que le mal est intriseque a l’expensionnisme et a l’appropriation (je sais pas comment appeler ca autrement: propriete privee, peut etre)]. Et tout comme les fondamentalistes ont une lecture tres orientés de l’Islam, il en est de meme de ceux qui veulent la supprimer (ce qui est anti laique!)(notez que je tache de faire la différence entre la philosophie des textes et son application). Les deux sont aussi naze! Inversement les islamistes amalgames nos libertés individuelles avec les exces de celle ci, ainsi un conformisme intellectuel musulman consiste a dire qu’en occident toutes les femmes sont des trainées (par exemple).

PS: je voudrais qu’en meme signaler que par construction l’Islam est évolutive, ce qui n’était pas le cas des religions monotheistes précédentes (c’est contenu dans le concept de Charia).

 
Par 1900
23H41    21/05/2008

Bonsoir .gwen,

Bien sûr que toute société est face à l’individu oppressive « par nature », qu’elle soit ou non basé sur le religieux. La question se pose je crois autrement, à savoir dans le comparatif : est-ce qu’une société ayant exclu du champs politique le religieux (remplaçant la sacré par des institutions profanes en leur accordant le même statut du transcendant) est, oui ou non, plus tolérante et plus soucieuse de la liberté de l’individu qu’une société basée sur des dogmes religieux ? Je crois qu’on peut répondre par l’affirmative.

À partir de là, la question est quelle place est à accorder au religieux dans la cité qui se définit extra-religieuse. Pour ma part, je crois que la loi dite de 1905 - ainsi que les précisions ultérieures - est à cet égard un exemple unique d’intelligence politique. La séparation entre espace public et espace privé reste à mon sens fondamentale - malgré le flou qui lui est propre, je vous l’accorde.

L’anecdote du soutien-gorge est peut-être révélatrice. Sans « commun accord » cela en effet ne se ferait pas. Et c’est précisément cette notion de commun accord qui fait la force du non-religieux.

Alors, foulard ou pas foulard à l’école ? Heures de piscine réservées aux femmes musulmanes ou pas ? Est-ce de nature d’améliorer le vivre-ensemble - dans un pays qui a franchit le pas voici plus d’un siècle ?

La société a besoin de trois choses : du pain, des jeux et de la transcendance, autrement dit du « sacré ». Je crois en ce qui me concerne qu’il est infiniment plus souhaitable de sacraliser - comme cela a été fait en France et ailleurs - les dogmes non-religieux - l’École, la République, la « chose commune », etc. Le vivre-ensemble s’en trouve mieux, sans aucun doute - je n’en démordrai pas. Les dogmes religieux sont quand même nettement plus dogmatiques que les dogmes laïques.

Je ne crois pas par ailleurs (et je ne crois pas non plus qu’un Houellebeque ou qu’un Redeker le croie) que « le mal est intrinsèque à l’islam ». Je crois que le mal (politique et social) est intrinsèque aux dogmes religieux quels qu’ils soient, tous par définition exclusifs. On peut discuter sur le degré de cet exclusif - et ce serait un débat tout à fait passionné - mais on quitterait dans ce cas le champ politique.

Le personnage de Redeker ne m’est pas particulièrement sympathique. Mais je continuerai à le défendre parce que, oui, il met le doigt sur un problème que je crois réel - à savoir qu’aujourd’hui et dans la société où je vis, ici et maintenant, c’est bien - si je m’en tiens au plan religieux - l’islam qui remet en cause ce vivre-ensemble auquel je crois.

Ce qui ne m’empêche pas d’être conscient des dérives de la société occidentale. Toutefois, l’intitulé de ce débat est « Redeker » et ses « diatribes ».