« Rideau de verre », un premier roman qui implose avec style

L'écrivain Claire Fercak (C. Hélie/Gallimard).

Tout ce qui compte, au final, c'est la langue. On reconnaît l'âme littéraire d'un texte à la qualité du langage qu'il invoque pour révéler ses obsessions. Alors, ce premier roman strident et exigeant est à la hauteur.

Nous signalions récemment ce » Rideau de verre » qu'il est fort logique de trouver aux Editions Verticales, tant il se situe dans un travail parallèle à celui de Chloé Delaume. Là où celle-ci, une des rares auteurs réellement intéressantes de l'autofiction à la française, se met dans des histoires, Claire Fercak cherche à se sortir des siennes.

Le point commun entre ces deux auteurs se situe dans une recherche du langage qui serait un écho à soi-même, afin de considérer la souffrance, la maladie et le texte comme éléments à faire sans cesse imploser. Alors, ce roman écrit par une jeune femme de 25 ans unit l'expérimental, l'intime, et le commun.

 » Les mots sont de la chair, la mienne est douloureuse »

Attention : » Rideau de verre » est un texte intime, mais on est aux antipodes du roman autocentré. Atteinte d'une maladie génétique (une » vilaine maladie qui dépeuple » ), maltraitée par son père (qui lui maintient la tête sous l'eau dans la baignoire), la narratrice de tente ici de réunir ses douloureux souvenirs pour reconstruire sa vie.

Ainsi, dans un texte qui avance par sauts dans le temps ( » J'ai cinq ans » ; » J'ai vingt-deux ans » ; » J'ai quatorze ans » ), cette jeune narratrice cherche à rassembler les morceaux, les souvenirs, les rêves, les cauchemars, les délires. A reformer son identité.

Pour cela, elle est désignée alternativement par un » je » et par un » elle » . » Les mots sont de la chair, la mienne est douloureuse » : ayant subi une » altération précoce de l'intellect enfantin » , elle doit trouver le langage qui dit son corps, son intellect, sa souffrance, pour passer ce cap et grandir. C'est ici la dimension » roman de formation » .

Sortir de la littérature l'énergie de la survie

Puis » Rideau de verre » prend de l'ampleur. Car, donc, on a ici affaire à un récit intime, mais on reste loin d'un texte vaniteux et adolescent sur une souffrance imaginaire. Le roman trouve des échos à l'extérieur lorsque, hospitalisée, la jeune fille invoque Sarah Kane et Sylvia Plath. Deux poétesses suicidées.

Le titre choisi pour ce premier roman est, évidemment, un clin d'œil à l'unique roman écrit par la seconde ( » Cloche de détresse » ), poétesse adulée par les féministes américaines des années 60. Un roman de dépression dans lequel notre jeune narratrice va chercher ce petit déclic de survie.

La jeune fille, et par là-même Claire Fercak, laissent alors voir le recours qu'elles trouvent dans la littérature. Invoquer Sarah Kane, Sylvia Plath, puis Virginia Woolf, et parvenir à extraire de leurs œuvres et de leurs fantômes l'énergie de la survie (à la maladie, à la violence), c'est le tour de force qui nous fait dire qu'on a affaire à un texte d'une solidité faite de puissance et de fragilité.

Une quête pour faire du père » une métaphore »

Le rideau de verre est, on s'en doute, le refuge que se fait la narratrice : » Au centre de la vitre, une salissure, un poinçon, comme une cataracte : le père » . Voilà le problème : pour guérir de la maladie, peut-être faudra-t-il remplacer ce père si violent.

Ce qui est à l'œuvre ici, c'est faire d'un père non plus un » objet réel » mais une » métaphore, un signifiant substitué à un autre signifiant » . Alors » Il faudrait me donner des mots ou une réalité, une manière de parler autre que la langue morbide » .

C'est le cheminement auquel cette jeune fille s'astreint. Un combat au moins aussi intense que celui de sa maladie. C'est ce qu'a réussi Claire Fercak. Si le labyrinthe se permet, quelques rares fois, d'être trop sinueux, la quête se hisse au niveau des idées et du langage.

Dans l'inconscient littéraire français, » Rideau de verre » doit autant au roman qu'à la poésie, à Marguerite Duras qu'à René-Guy Cadou, à Chloé Delaume qu'à Luc Dietrich, à Huguenin qu'à Sylvia Plath. C'est-à-dire qu'on est dans l'intime et dans le commun, dans le texte physique et dans l'histoire. Savoir imploser avec style : c'est aussi ça, savoir écrire. Un premier roman très court qui en dit long.

Rideau de verre de Claire Fercak - éd. Verticales - 96p., 10.50€.

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Portrait de Libellules

De Libellules

22H02 | 05/09/2007 | Permalien

C'est beau, les premiers romans.
C'est moche, les maisons d'édition qui ferment.
« Sauver Le temps qu'il fait » :

http://libellules.blog.lemonde.fr/2007/09/04/le-temps-qu%e2%80%99il-fait…

Portrait de Fantomas

De Fantomas

07H52 | 05/10/2007 | Permalien

Bravo pour la promotion de ce premier roman que je suis en train de lire.
Pour une fois que l'on fait une petite place à un auteur méconnu !
Permettez moi de vous recommander « Bon Dieu d'sort ! Est-ce qu'on fait pipi au Paradis ? » de Bernard Oudin (éditions Le Manuscrit) qui fait doucement son chemin, de bouches à oreilles. Lisez le, cher Hubert, vous ne serez pas déçu !
cordialement
Philippe Hautefontaine

Portrait de Courageux anonyme

De

06H44 | 13/10/2007 | Permalien

Quelqu'un pourrait-il citer une phrase caracteristique du style de ce jeune auteur ? Je lui en saurais gré.
Merci.

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