Rentrée littéraire : le roman français se remet au travail

CV Roman, de Thierry BeinstingelLa semaine dernière, nous signalions la présence de plus en plus grande du réel dans la fiction littéraire française. Cette rentrée en est le témoin. Le phénomène s'accompagne fort logiquement du retour d'un thème que seule la littérature policière continuait de traiter (bien que moins souvent qu'elle ne le fit par le passé) : le milieu du travail.

Dans une France où le chômage et la précarité deviennent une peur, voire une norme pour toute une génération, traiter adroitement du travail, sans pour autant être en retard sur la société, voilà qui pourrait presque paraître osé.

Mais qui convient parfaitement pour, aussi, mettre en perspective les dégâts du libéralisme actuel (on lira à ce sujet » Portrait de l'écrivain en animal domestique » , le nouveau roman de Lydie Salvayre, sur lequel on reviendra). Nous sommes dans une France où l'un des fantasmes est de » travailler plus pour gagner plus » , ne l'oublions pas.

Ainsi, plus de dix ans après » Extension du domaine de la lutte » , de Houellebecq, et alors que des auteurs comme François Bon, Frédéric Fajardie, François Salvaing continuaient à parler de leurs ateliers d'écriture en milieux défavorisés dans leurs livres, le travail revient en France. Dans la fiction.

Un roman construit comme un curriculum vitæ : expérience, formation, loisirs…

Ainsi, « CV roman », de Thierry Beinstingel. La voix principale du roman est celle d'un » conseiller en mobilité » , c'est-à-dire » vendeur de candidats, acheteur d'emplois, mais là encore la terminologie marchande pouvait choquer » . L'auteur pratique le même métier que son personnage, pour France Télécom, à Saint-Dizier.

Thierry Beinstingel, dont c'est le sixième ouvrage, avait par deux fois mené ses fictions dans le milieu de travail en France : » Central » et » Composants » , tous deux parus chez Fayard. Les deux montraient une dimension que l'on retrouve ici : une littérature sous contrainte, péréquienne. » CV roman » est construit comme un curriculum vitæ : expérience, formation, loisirs, situation sont des chapitres thématiques qui s'enchaînent et se relaient.

Ce qui permet de rendre les angles précis, tranchants, tout en nous faisant découvrir à chaque fois une autre facette de son personnage. Et surtout, chaque chapitre renouvelle l'approche que Beinstingel propose sur son propre thème. Par exemple, se tenir et se présenter aux entretiens d'embauche.

Notre narrateur travaille dans une multinationale, et son rôle de chasseur de têtes et de formateur lui est d'autant moins facile qu'il doit composer avec le contexte de » flexisécurité » à l'œuvre dans sa société. Cette » flexisécurité » , » sorte d'alliance secrète entre la précarité des nouveaux emplois qui se profilaient maintenant et le mot de « sécurité » quasi antinomique avec cette instabilité » est érigée en dogme menaçant.

Notre monde, rendu dans sa dimension la plus sèche

Cela ne vous rappelle rien ? Entre les SDF, le piston, le rôle positif de la colonisation française, les chantages patronaux divers (délocalisation, flexisécurité donc), le roman baigne dans un réalisme qui paraît apocalyptique. Mais qui n'est que notre monde, rendu dans sa dimension la plus sèche par un langage ciblé, aux antipodes de toute écriture trop » tertiaire » (domaine où travaillent l'auteur et son narrateur).

Par exemple encore, écrire un CV. Etre très précis sur soi-même, et très vite. Mais, en allant à l'essentiel de » ce qui peut servir » (expérience), dit-on exactement ce qu'on sait faire (formation) ? Qui on est (situation) ? » CV roman » , c'est aussi le roman d'une époque où la part des ménages sans emplois a doublé, où » l'expérience professionnelle ne constitue plus l'élément fédérateur d'un CV » .

Dans une France où le CV anonyme fait débat, un roman (c'est-à-dire un monde, des personnages qui sont des métaphores de ce monde, et un monde qui est la métaphore de la réalité), un roman sur les curriculum vitæ vaut son pesant d'intérêt.

Dans un monde où le texte doit être toujours plus court, efficace, et aller à l'essentiel (comme d'ailleurs, ici même, sur Rue89), le romancier ne doit-il pas lui-même se poser la question de la métaphore, de la digression, du rythme syncopé… et de leur utilisation ?

 » CV comme Courber les Verbes »

Ce qui se déroule sous nos yeux ici, c'est aussi cette question que se pose le romancier du XXIe siècle. Romancier, notre narrateur l'est aussi, et essaie de s'y astreindre le plus possible en dehors de son travail. De son emploi. Ainsi, les chapitres intitulés » Loisirs » sont narrés par » Je est un autre » . Qui, donc, est écrivain. Publie des romans. Vit en ménage. Et va travailler comme tous ceux qui ont un travail.

Pour lui, un CV résume moins un homme dans la vie qu'un personnage dans un roman. Car mine de rien, ce à quoi Beinstingel nous invite est une réflexion sur la construction et la psychologisation d'un personnage. Et la naissance d'un roman : » CV comme Courber les Verbes » , dit-il.

Roman puissamment ancré dans le réel (le travail dans la » France d'après » ) et récit de réflexions sur l'ordre du discours et sur l'identité, ce » CV roman » a toute sa place dans la rentrée littéraire. Et dans les étagères de la bonne fiction française d'aujourd'hui. Il se lira idéalement avec un étonnant premier roman américain sur lequel nous reviendrons ici : » Open Space » de Joshua Ferris (Denoël)

CV roman de Thierry Beinstingel - éd. Fayard - 352p., 20€..

12 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

15H03 | 23/08/2007 | Permalien

faites plus court !

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De

15H21 | 23/08/2007 | Permalien

des nouvelles ?

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De

15H56 | 23/08/2007 | Permalien

« faites plus court » ? Mais qui vous oblige à tout lire ?

Portrait de Courageux anonyme

De

16H14 | 23/08/2007 | Permalien

Personne ; -)

Portrait de Courageux anonyme

De

07H02 | 24/08/2007 | Permalien

« dans une France … dans une France … dans un monde … » et de trois, c'est du lourd, comme vous y allez …

« voilà ce qui pourrait PRESQUE paraitre osé »

Trop chiante à lire cette rédaction de seconde, poncifs de comptoir, guillemets à tout va, pompeuse et vide, « notre narrateur » navre. Pas envie de lire les pauvres romans traités de la sorte. C'est un comble …

Portrait de Courageux anonyme

De

08H48 | 24/08/2007 | Permalien

Je trouve au contraire cet article bien rédigé avec une vraie réflexion. Les livres qui traitent du travail d'une manière qui n'est pas dogmatique mais généreuse et romancée ne me semblent pas courir les rues. C'est ce que j'ai cru percevoir à travers l'article.

Portrait de puerta13

De puerta13

22H32 | 24/08/2007 | Permalien

A lire de toute urgence : « ET SI C'ETAIT NIAIS ? »
de Pascal Fioretto.

Poilade en perspective !

Portrait de uleski

De uleski

Aujourd'hui, quiconque n'est pas en... | 00H29 | 26/08/2007 | Permalien

« le roman français se remet au travail »

Et comment ! ! ! !
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Extrait du titre : « Confessions d'un ventriloque ». Copyright.Serge.ULESKI

***

« Mais que faites-vous malheureux ?
- Je me couche. C'en est assez.
- Relevez-vous ! Allez ! Relevez-vous !
- Laissez-moi ! Je ne vous ai rien demandé. Je ne vous ai pas appelé.
- Aujourd'hui, vous ne pouvez plus rien saisir. Vous ne pouvez plus déterminer la situation dans laquelle vous vous trouvez. Ils ont décidé pour vous ; décidé de votre espace le plus intime : votre espace intérieur. Et pour ne pas être en reste, ils se sont occupés aussi de l'espace extérieur. En bousculant l'un, ils ont bouleversé l'autre. Par quel espace ont-ils commencé et quand ? Nul ne sait. Mais… en ce qui vous concerne, une chose est certaine : c'est le divorce de la conscience.
- Arrêtez ! Taisez-vous !
- Le divorce entre ce qu'aurait dû être votre existence véritable et la connaissance que vous en avez aujourd'hui. Vous êtes ébranlé. Vous êtes sens dessus dessous : la stabilité n'est plus, l'évidence s'est retirée et l'unité avec elle, pour laisser la place à un questionnement sans fin sur hier, aujourd'hui et demain.
- Ne recommencez pas. Laissez-moi ! Je suis fatigué.
- Vous avez été happé dans le tourbillon irrésistible d'une organisation de l'existence qui vous a échappé. Dans cette organisation, l'action précède le savoir. Et maintenant que vous savez, eh bien, c'est trop tard. Mais vous avez servi et c'est là tout ce qui importe. Aujourd'hui, les réalités de cette organisation vous sont étrangères. Elles ne semblent plus vous concerner. N'ayez aucun regret : ces réalités ne vous ont jamais concerné en tant qu'individu. Quant aux situations qui y sont rattachées, c'est involontairement que vous les avez vécues et c'est inconsciemment que vous vous y êtes conformé et aujourd'hui, c'est sans vous que ce mécanisme poursuit son oeuvre. Vous n'avez eu conscience de rien. Aucune volonté de votre part dans cette adhésion. La clarté du savoir ne s'est pas offerte à votre entendement. Et même… si votre conscience a dû opérer sur elle-même et des années durant, des changements, aujourd'hui, force est de constater que vous êtes en panne et d'adaptation et d'imagination. D'où ce sentiment d'incompréhension qui vous écrase. Vous avez vécu indifférent, interchangeable et sans histoire. En vous, plus rien d'authentique ne subsiste. C'est le choc en retour. Vous n'êtes plus englobé. Vous êtes sorti de la spirale. Vous êtes sans lieu et sans montre. Ni le temps ni l'espace ne vous sont d'un secours quelconque. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, pas moyen de mettre un visage et un nom sur un coupable puisque plus rien n'est identifiable. Pas de remède donc ! Vous n'êtes plus qu'un océan de symptômes. En deux mots, je dirais que vous êtes en train de faire l'expérience de votre propre néant. Vous n'appartenez plus à rien, à aucun peuple, à aucune époque et à vous-même, pas davantage. Pour vous, il n'est plus question de prendre un tournant, un virage et quel que soit son degré. Pour vous, plus qu'une seule figure géométrique, une figure à deux dimensions : longueur et largeur comme dans un cercueil. Vous êtes le défunt parfait. Un brillant avenir vous attend : six pieds sous terre.
- Mais comment une telle chose est-elle possible ? Mille fois, j'y ai pensé mais à chaque fois, c'est comme si…
- C'est dans l'ordre des choses : plus on y pense et moins on trouve un sens, une direction, un but, une raison d'y être et d'en être pour continuer d'en faire partie car, vous n'avez appartenu et vous n'appartenez plus à rien. Et plus vous y penserez et plus ce sentiment d'impuissance augmentera car la rationalité qui vous entoure n'a rien d'humaine. Elle ne sert pas un destin individuel, le vôtre ou bien, celui de votre voisin. Finalement, vous êtes un peu comme l'homme devant l'ordinateur et cet ordinateur ne soupçonne même pas votre existence.
- J'ai eu une vie bien remplie.
- Je n'en doute pas un seul instant. Mais vous n'aviez aucun devenir propre et aujourd'hui, vous n'avez plus de fonction. Vous êtes décomposé et comme… désincarné. Car, ce qui fait sens, c'est la fonction que vous êtes censé remplir. Vous n'avez pas à faire sens en dehors de cette fonction. Pourquoi faire ? Pour ne rien remplir du tout, ni fonction ni les poches de qui que ce soit ? Inacceptable ! Pire encore : incohérent ! Incohérent et inutile et donc, à bannir au plus vite ! Les risques de contagion étant ce qu'ils sont, haïssables, ça pourrait donner des idées aux autres. Vous comprenez ?
- Je ne suis pas le seul dans ce cas pourtant !
- La terre est accessible à tous. C'est vrai. Vous disposez d'une mobilité plus grande que jamais et pourtant, vous n'osez plus sortir de chez-vous parce que l'espace est entièrement occupé. Vous cherchez votre respiration comme on cherche à comprendre et à donner un sens à tout ce qui n'en a pas. Tout est unifié et vous, inadapté à votre temps, désagrégé dans une constellation d'images invraisemblables et incohérentes, vous cherchez cette unité mais sa validité et sa pertinence vous échappent chaque jour, un peu plus. La désintégration vous menace. Comprenez bien une chose : vous êtes fini et le monde lui, est infini. Votre salut passait par la stabilité. On vous a servi le mouvement perpétuel. La réalité d'aujourd'hui est déjà dépassée par une autre réalité : celle de demain et dès demain matin. La rapidité de ce mouvement vous a fait perdre la tête. Etourdi, vous êtes ! Une vraie girouette ! Désaxé, vous êtes ! Vous avez tourné, tourné sur le tour du potier jusqu'à vous détacher de votre axe vital et puis, vous vous êtes rompu. Et la machinerie universelle ne prendra pas le temps de reconstituer pièce par pièce ce que vous n'auriez jamais dû cesser d'être quand on sait qu'il n'était pas question pour elle que vous le soyez.
- Dernièrement, je pensais à des nouvelles conditions d'existence.
- Mais bien sûr ! Tel est son but : la remise en cause journalière de tout ce qui a été établi la veille.
- Non. Je pensais à de nouvelles conditions d'existence pour moi. Des nouvelles conditions qui me permettraient de me débarrasser de cette impuissance et de cette incompréhension qui me…
- Impossible Monsieur ! Les conditions de cette organisation ont les propriétés du fer, du béton sans oublier tous les nouveaux matériaux qu'elle développe au jour le jour : les propriétés du béton sans le béton et les propriétés du fer sans le fer et bientôt, les propriétés de l'Homme sans l'homme. L'étape que vous franchissez aujourd'hui est aussi importante que le premier pas qui a mené l'homme sur la lune.
- Et l'élément nouveau ? Oui ! L'élément nouveau ! Celui qui viendra tout remettre en cause.
- A votre avis, de quoi parle-t-on depuis une heure ? Mais… de cet élément nouveau, précisément ! Quant à la remise en cause, je viens de vous l'expliquer : cette remise en cause a lieu tous les jours. D'ailleurs, nous ne vivons que de ça : de la remise en cause de tout contre tous et de ce qui est et de ce qui a été. Il n'y a qu'une manière d'être à la hauteur de cet élément nouveau qu'à défaut d'appeler de mes vœux, je nommerais Exigence Nouvelle : c'est de s'y soumettre et d'accepter de vivre sans réponse, sans but, loin de tous les miroirs pour ne pas crever la honte au ventre, révolté, misérable, atterré de non-sens et aveuglé par un constat d'échec total. Alors, cédez ! Que diable ! Cédez ! Mais… quand allez-vous enfin céder ? Et puis, rompez ! Rompez cet entêtement ! Cédez et rompez !
-………….
- Aujourd'hui, plus c'est éclairé, plus il faut jour et plus l'obscurité menace car il y a fort à parier que cette lumière cherche à nous cacher des desseins sombres et sinistres ou tout simplement, l'absence de tout projet de vie qui ressemble fort à un projet de mort. Regardez autour de vous. Examinez votre chambre ; la chambre de ce mouroir qui a pour nom : maison d'accueil, de retraite et de fin de vie. En quoi ce lieu vous ressemble ? Ce lieu n'a de lieu que le travail de ceux qui l'administrent jusqu'à l'épuisement de leurs occupants. De votre passé et dans cette chambre, je vous défie d'y trouver un témoignage, une voix, un objet, un sourire et de cette fenêtre, une vue imprenable et familière ! Vous voyez ! La boucle est bouclée. De vous, de votre passé, de votre histoire, plus aucune trace physique, plus aucun témoignage !
- Dans ces conditions, comment trouver la force de mourir ?
- Comment ça ?
- Oui. Dites-moi : où trouver la force de mourir après une telle vie ?
- Vous n'avez pas le choix.
- Aujourd'hui, tout m'est étranger ! Etranger à tout ce que j'attendais, à tout ce qu'on était en droit d'espérer. Oui ! Etrangères nos vies ! Etrangers nos rapports avec les autres ; rapports faux, rapports contraints, rapports dictés par la peur, par toutes les peurs : la peur de l'humiliation, la peur de l'exclusion, la peur de l'échec. Ou bien alors, l'appât du gain pour une hypothétique place au soleil dans l“espoir d‘y trouver un peu de sécurité. Alors, comment accepter de mourir ?
- Ne vous obstinez pas ! Cédez !
- De nos forces, qu'en avons-nous fait ? Quel projet avons-nous servi ? Qu'avons-nous construit ? Comment et où trouver la moindre légitimité dans tout ce qu'on abandonne, dans tout ce qu'on laisse derrière nous ? Comment accepter de mourir face un tel bilan ?
- On vous y aidera. N'ayez crainte.
- Quand je pense à cette promesse.
- Quelle promesse ?
- Celle que notre organisation de l'existence portait en elle. Et cette promesse devait faire que tu aurais un sens, nous tous ouverts à l'infinité de tous les possibles. On pouvait tout accomplir. Et je n'ai même pas pu réaliser ou pu approcher cette promesse. Quant à la saisir… qui peut se vanter de l'avoir fait ?
- Cédez !
- Rien n'a été accompli. Tout reste à faire. Tout en sachant que ce qui sera fait sera défait avant même que nous ayons eu le temps d'en jouir, ou bien, de s'en approprier le sens, la valeur, l'inestimable valeur pour peu que ce soit le cas.
- Plaignez-vous ! Vous avez servi, c'est déjà pas si mal. Allez ! Cédez comme vous avez vécu.
- Combien sommes-nous à pouvoir nous vanter d'avoir accompli quoi que ce soit pour nous-mêmes et pour les autres et ceux qui nous succèderont ? Qu'est-ce qui nous reste à célébrer ?
- Cédez en cédant sans soupçonner que vous cédiez quand inconscient, vous vous êtes laissé conduire pas à pas, année après année, jusque dans cette chambre.
- Derrière moi, je ne laisse aucun sourire radieux, aucun regard franc, un regard qui viendrait de loin, un regard profond, enraciné, un regard familier. Non ! Je ne laisse rien. Pas même une maison ! Et je vous parle bien d'une maison et pas d'une opération immobilière, d'une affaire à saisir au plus vite ! Oui ! Une maison dans laquelle nos vies se sont déployées, génération après génération, avec force, courage, respect, responsabilité dans un quartier, dans une ville dignes de ce nom. Regardez ! Je ne laisse aucune trace.
- Ca tombe plutôt bien car… aujourd'hui, chaque génération ne doit en aucun cas pouvoir trouver et suivre une trace : la trace d'une vie antérieure. La trace d'une vie avant la sienne… propre… car, toute possibilité de retour sur une expérience qui aurait appartenu au passé doit être exclue. Vivre, c'est ne plus laisser de traces. Alors… ne vous obstinez pas !
- Comment accepter de mourir après une telle déception, un tel accablement ? Plus rien au-dessus de nous, plus rien en dessous. Plus rien ne nous dépasse. La fin, nous sommes et les moyens. Et rien d'autre. Comment mourir fier et serein, en paix avec soi-même et le monde, dans de telles conditions, après une telle vérité, une telle révélation ? C'est décidé. Jamais plus nous n'accepterons de mourir après un tel mensonge dans lequel nous sommes tous laissés conduire comme un troupeau. Non ! Jamais plus personne nacceptera de mourir ! Après un tel constat, on n'acceptera pas de céder notre place. Faudra qu'on s'occupe de nous parce que… on s'accrochera jusqu'au bout. Sachez-le ! D'ailleurs, il n'y aura plus de bout ni de fin. Après un tel gâchis, on nous doit limmortalité. Oui ! L'immortalité ! Vous m'entendez ?
- L'immortalité ?
- Jamais plus nous n'accepterons de mourir car nous n'accepterons jamais d'avoir vécu comme nous avons vécu. Pour ma part, cest le seul dédommagement que jaccepterai : limmortalité.
- L'immortalité ? Et puis quoi encore ? Ne dites pas de bêtises, voulez-vous !
- Qu'on me laisse une chance d'accomplir quelque chose, à moi et à tous les autres. Qu'on puisse laisser une trace… un espoir à ceux qui…
- Vous ne m'avez pas écouté. Je vous ai déjà dit qu'il n'avait jamais été question que vous accomplissiez quoi que ce soit, vous et tous les autres.
- Je ne cèderai pas. Personne ne peut accepter de mourir dans de telles conditions. Je veux l'immortalité. Je ne partirai pas avant.
- Vous n'avez aucune chance.
- Je ne sais plus ce que je dois faire.
- Ne faites rien alors.
- Comment me résigner ? Dites-moi !
- En vous résignant. Tout simplement.
- Mes enfants et petits-enfants pourraient venir me voir. J'aimerais tant qu'ils viennent. J'aimerais tant qu'ils me parlent, qu'ils me reconnaissent. Je voudrais tant qu'ils reconnaissent en moi quelque chose qui m'aiderait à… Eux, au moins, ils pourront témoigner.
-Témoigner de quoi ? Et puis, ne comptez pas sur eux. A leurs yeux, vous représentez le passé et l'instant présent : celui de leur visite si d'aventure il leur venait à l'idée de vous visiter. Et pour eux, le passé est haïssable et l'instant présent… eh bien, c'est déjà du passé. Ils ne peuvent pas se permettre à un tel retour en arrière. Et même si leur visite ne devait durer que quelques minutes, ils n'ont déjà plus le temps. C'est trop tard.’

Copyright © 2007. Serge ULESKI. Tous droits réservés.

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Mes synopsis et des extraits de mes inédits à l'adresse suivante : http://litterature-inedits.over-blog.com

Mon blog news, actualité et billets d'humeur
http://uleskiserge.blogs.courrierinternational.com/

Je peux vous adresser d'autres extraits si vous le souhaitez. N'hésitez pas à en faire la demande.
Cordialement.
Serge ULESKI

Portrait de Hubert Artus

à uleski Portrait de uleski De Hubert Artus (auteur)

Rue89 | 18H37 | 26/08/2007 | Permalien

 

Bien que Rue89 ne soit pas un éditeur, pourquoi les internautes ne pourraient-ils pas profiter de la place qui leur est offerte pour se signaler, et signaler leurs oeuvres, tant il est vrai que vous avez dû envoyer ce texte à un éditeur, et que vous n'avez peut-être pas eu de retour ? Bien. mais, pour autant, et en dehors de tout jugement sur le fond et la qualité de votre texte, merci de limiter la taille de votre extrait, et de privilégier les liens plutôt que les extraits. Qui ne sont pas la même chose qu'une participation à un débat, au sujet d'un article, lui-même sur un roman.

Cordialement

Portrait de Courageux anonyme

De

14H59 | 03/09/2007 | Permalien

J'ai acheté un petit bijou, genre chef d'oeuvre prometteur même si pas parfait parce que premier roman je pense, enfin j'ai trouvé aux Editions du Retour un roman assez court Mènaxéne. Je ne sais pas si c'est sorti cette année ou l'an dernier, personne n'en parle (http://www.editionsduretour.com) et pourtant ça fait longtemps que je n'avais pas lu quelque chose de bien comme ça. A voir si on le trouve partout ou seulement là où je l'ai acheté (librairie très connue sur le bvd Montparnasse).

Portrait de Courageux anonyme

De

10H26 | 04/09/2007 | Permalien

Ouai, je l'ai lu aussi. Le dessin de la couverture m'a attiré un peu. Bon c'est pas parfait, c'est un peu étrange, mais c'est vrai que c'est radicalement différent et qu'on se dit « ah y a quand même des gens qui écrivent vraiment », de vrais écrivains et pas des Nothombs et des pseudo intellos. Par contre lecture difficile, plutôt littérature philosophique.

Portrait de Hubert Artus

De Hubert Artus (auteur)

Rue89 | 22H02 | 04/09/2007 | Permalien

 

Eh bien voilà deux avis qui méritent le détour !

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