Mort d'Alain Robbe-Grillet: le roman perd son révolutionnaire

Une part importante de l’édition française est encore tenue par des éditeurs pour qui l’esprit Nouveau Roman compte toujours. Un courant dont on apprenait ce lundi la disparition du fondateur, Alain Robbe-Grillet, mort dans la nuit au CHU de Caen, où il était entré ce week-end pour des problèmes cardiaques. Il avait 85 ans.
Dans le tournant des années 50-60, il y a en France deux frondes artistiques : la Nouvelle Vague pour le cinéma, le Nouveau Roman pour la littérature. Dix ans après la reconnaissance ( Les Gommes sort en 1953, quatre ans après un premier roman qui annonçait la couleur, Régicide » ) Robbe-Grillet reprend à son compte un qualificatif que l’on doit au journal Le Monde.
Il théorise donc son mouvement dans Pour un Nouveau Roman (1963), rejetant les concepts d'intrigue ou de portrait psychologiques et contestant même la nécessité de personnages, s’opposant ainsi aux conventions qui s’étaient épanouies avec le roman social et réaliste du XIXe. Dès lors, Robbe-Grillet fera toujours corps contre la littérature classique, pour une domination absolue de l’esthétique.
La Jalousie , roman sans intrigue ni action
Dès 1949, l'année où il avait accepté Un régicide » (auparavant refusé par Gallimard), Jérôme Lindon, qui venait de reprendre les éditions de Minuit, soutient le travail de Robbe-Grillet. Il publiera par la suite tous les auteurs du mouvement (Samuel Beckett, Michel Butor, Claude Simon, Alain Robbe-Grillet, Robert Pinget, ainsi que Marguerite Duras, qui y fait une apparition).
Robbe-Grillet fut lecteur puis conseiller littéraire chez Minuit. En 1957, La Jalousie , roman sans intrigue ni action, portrait de la vie coloniale mais surtout d’un époux démentiellement jaloux, commence à déconcerter jusqu’aux plus fidèles. Premier virage.
En 1960, celui qui avait effectué un an de STO à Nuremberg (1943-1944) signe le Manifeste des 121 pour le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, dans lequel il entraîne une partie des auteurs estampillés Nouveau Roman. Le mouvement n’est pas -seulement- un mouvement hyper-intellectuel.
Le romancier deviendra alors scénariste ( » L’Année dernière à Marienbad , réalisé par Alain Resnais). Deuxième virage. Le cinéma fera désormais autant partie de sa vie que la littérature (dix films comme réalisateur ou scénariste).
En 2007, Un roman sentimental , étalait ses fantasmes pédophiles
De 1972 à 1997, il enseignera aux Etats-Unis. Le Miroir qui revient » (1984), Angélique ou l'enchantement (1987), Les Derniers Jours de Corinthe (1994) marqueront un troisième virage important : le passage à l’autobiographie.
En 2001, La Reprise » est une autofiction, que Robbe-Grillet préférait nommer autobiographie fantasmatique . L’ultime roman de l’auteur aura paru en 2007 : Un roman sentimental , enveloppé d'un plastique qui empêchait de le lire sans l’acheter, étalait ses fantasmes pédophiles et criminels. Dernière provo.
Tout comme la Nouvelle Vague au cinéma, le Nouveau Roman, avant de s’enfermer dans son propre méta-discours et une grande froideur narrative, aura permis à la fiction française d’alors de se laisser pénétrer par de nouvelles formes d’expressions et de dialogues, de nouveaux regards et de nouvelles obscénités des narrateurs (et des auteurs). Amenant un nouveau ton, mais surtout un nouveau contrat avec le lecteur, plus intellectuel mais aussi plus pervers, ce qui est essentiel en matière de littérature.
Elu en 2005 à l'Académie française, au fauteuil de Maurice Rheims, Alain Robbe-Grillet refusa toujours d’y prononcer son discours de réception, et n’y aura jamais siégé.
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Après Julien Gracq, c’est un autre grand de la littérature qui disparaît même si les deux personnalités sont bien différentes. Admiré à l’étranger (Asie, USA)comme le sont les véritables novateurs de la littérature française (il n’y en a plus vraiment)Robbe-Grillet aura rendu un service paradoxal à la littérature en tentant de l’effacer avec ses « Gommes ». Son refus de la psychologie, de l’intrigue, du personnage pourrait lui valoir le surnom de Terre-Brûlée. Heureusement il n’a pas réussi à effacer totalement l’homme derrière l’oeuvre et cette exhibition tardive est peut-être justement le désir de rattraper le temps perdu de la disparition du moi dans le mot. Il restera jusque dans ses contradictions comme un agitateur d’idées et comme un novateur et à ce titre on peut lui être reconnaissant et regretter qu’il n’y ait pas plus de personnalités comme lui dans la littérature…. Personnellement, je préfère Nathalie Sarraute sur ce terrain instable du Nouveau Roman.
Les gommes de Robbe-Grillet auront sans doute été aussi inefficaces que son régicide. On lit toujours Hugo, Balzac, Dumas, Flaubert, Zola. Et on se régale de plonger dedans. Je ne suis pas certain qu’en 2150 on se souviendra encore du nom de Robbe-Grillet. Encore moins de ce qu’il a écrit.
Ouf, je ne suis pas le seul à penser comme ça !
2150, comme vous y allez : si quelqu’un pense encore à son oeuvre la semaine prochaine c’est à désespérer dupays de Voltaire, Stendhal,Flaubert, Zola,Modiano et les autres.
Nous avons en effet un cas d’école de « la nullité soutenue par le copinage ». Celui-ci disparu l’effondrement est naturel.
L’auteur que je place le plus haut,c’est Michel Butor,non seulement pour ses romans mais aussi pour ses essais critiques.Mais des goûts et des couleurs…En général,les oeuvres du Nouveau roman me tombaient des mains,tant pis pour moi!Je n’ai pas réussi à lire Claude Simon,tout de même prix Nobel…C’est bien d’être un novateur mais si c’est pour conduire dans une impasse,le Nouveau roman reste un épiphénomène littéraire.Moyennant quoi,je lis beaucoup d’auteurs anglo-saxons,d’Europe de l’est etc chez lesquels on trouve une histoire,des personnages et surtout de l’oxygène,du réel,des idées.Je suis aussi Houellebecq mais cela fait longtemps que j’ai perdu de vue Robbe-Grillet.
C’est exactement la raison pour laquelle son régicide est un échec. C’est parce que dans toute narration on ne peut se passer ni d’un personnage, ni d’une intrigue.
La preuve c’est bien que de toute cette litterature minimaliste on ne retient rien la plupart du temps, quand on y comprend quelque chose.
Dérouter ne suffit pas à faire une oeuvre. Les auteurs Dada ont excellé à ce jeu 30 ou 40 années avant le nouveau roman. Que reste-til d’eux sinon des provocations et des discours?
Eh bien moi j’ai lu et étudié La jalousie, et j’en ai beaucoup plus de souvenirs que tout un tas d’autres romans. Comme quoi…
ps : si les intrigues sont votre métier, tout peut s’expliquer… Plus sérieusement, les goûts et les couleurs… vous savez ce qu’on en dit !
La question ne se pose pas en termes de goûts et de couleurs. Robbe-grillet a eu la prétention de tuer la littérature du XIXe. Je dis juste qu’il aurait été bon qu’il en ait au moins le talent.
Je l’avoue, je n’ai jamais lu Robbe-Grillet…mais apparemment il a laissé un style, je connais Sarraute…mais son refus d’aller s’encroûter chez les grabataires de l’Académie Française me le rend d’emblée sympathique, j’aimerais que l’on me dise son quel est son plus grand livre afin que je m’y essaye…
Je lance un appel à tous les amoureux de la littérature en général pour me donner leur point de vue et partager !!!
sur http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com
@Hubert,
je ne sais si c’est volontaire ou pas, mais il manque la partie cinéma…
Réalisations :
• L’homme qui ment (Ours d’argent à Berlin, pour Jean-Louis Trintignant, en 1968)
• Glissements progressifs du plaisir (1974)
• C’est Gravida qui vous appelle (2006)
Apparitions :
Entre autres dans l’adaptation de l’œuvre de Proust qu’a signée Raoul Ruiz en 1999, Le temps retrouvé, dans laquelle il jouait le rôle de Goncourt.
À Montréal, au printemps 2005, il a participé au festival Métropolis Bleu.
Cordialement,
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
…et le scénariste de l »Année dernière à Marienbad » de Resnais, qui j’avoue laisse froid beaucoup de gens de mon entourage (je dirais plutôt qui n’est pas fait pour tout le monde, et pan !) et qui moi m’a emballé ; avec une Delphine Seyrig qui colle à la perfection avec sa description faite par Antoine Doinel dans « Baisers volés » : «Ce n’est pas une femme, c’est une apparition».
Dans les romans je vote pour « Djinn ».
Alain Robbe-Grillet, Maurice Blanchot, Dyonis Mascolo, Robert Antelme, Arthur Adamov, Maurice Nadeau, Michel Butor, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Robert Pinget, Pierre Vidal Naquet, Jean-Pierre Vernant, Marguerite Duras, Jérôme Lindon, Alain Resnais, Vercors, Ylippe, André Breton, Georges Gurvitch, Eric Losfeld, Bernard Pingaud, Simone de Beauvoir, Simone Signoret, Françoise d’Eaubonne, Edouard Glissant, François Maspero, André Masson, Louis Gernet, Laurent Terzieff,… ont signé la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » (http://www.fabriquedesens.net/spip.php?article18) Dans la liste des signataires il y a pratiquement la plupart des auteurs, des acteurs, des scientifiques, des éditeurs et des intellectuels pour qui j’ai un immense respect pour ce qu’ils ont été et ce qu’ils ont produit et nous laisse en héritage.
J’ai eu la chance de voir tout les films que Robbe-Grillet à la cinémathèque de Lausanne dans les années 70-80,aujourd’hui France Inter en parle comme des oeuvres érotiques,mais elles étaient bien plus que cela;des oeuvres avant-gardistes avec un langage cinématographique qui n’avait rien à envier avec les autre présents du moment c’est à dire Vadim,Truffaut(je vais faire hurler mais bon tant pis)Claude Lelouch. Mais naturellement,le film qui aura marqué à tout jamais c’est « l’immortel » une oeuvre en noir et blanc tourné à Istambul et qui lui valut le prix Louis DELUC.
Tiens, moi qui croyais que Saddam Hussein était mort…
La ressemblance est frappante, en effet!!
Lui et sa femme formaient le couple le plus incroyable que je connaisse. Une sommité nous a quittés.
Il a pris des risques en littérature. On a pu être choqué, voire exaspéré par ses textes, il n’en demeure pas moins qu’il a tenté avec d’autres — on a cité Simon, Sarraute, Butor, pour rester dans la mouvance du « Nouveau roman » — d’ouvrir de nouvelles perspectives au roman. Parce que l’on peut adorer Hugo, Stendhal ou Flaubert — et je les vénère — il n’en demeure pas moins qu’écrire aujourd’hui comme on le faisait au XIXe, serait proprement absurde. C’est en partant de ce simple constat que certains, parmi lesquels Robbe-Grillet, ont emprunté, avec plus ou moins de bonheur, des chemins différents. Et fait avancer, non sans quelques à-coups, le roman.
Tu te rappelleras Barbara, qu’il pleuvait des larmes à Brest ce jour là.
Robbe Grillet était du Havre.
;)
Que nenni my dear !
Il avait certes trouvé son havre de paix en Normandie, mais il vit le jour à Brest le 18 Aout 1922.
Mouloudestement votre . ;)
Robbe Grillet, ou le génie publicitaire en littérature, digne héritier de Breton, qu’il ne supportait guère. Personnellement, je pense qu’il ne restera pas grand chose de R.G, ses romans provoquent un ennui sidérant, il sera peut être lu par des universitaires, des chercheurs et des étudiants. D’ailleurs, comme tout mouvement littéraire important, le « Nouveau Roman » était assez hétéroclite, quoi de commun entre Sarraute, Simon, Pinget ou Duras? Mais fédérer de jeunes écrivains derrière une bannière bien visible vient de loin dans la littérature française. Sarraute et son « Ère du soupçon », Simon, d’on j’ai un petit faible. R.G, trop fasciné par ses propres désirs, réincarnation du Pandarus de «Troilus et Cressida» de Shakespeare, à la limite du plus grand comique, mais on distinguait mal son ironie, ou un quelconque second degré. Il détestait son époque, écrivit quelques ouvrages bien subversifs. Il était resté proche de ses origines scientifiques, l’agronomie, qui a engendré récemment un autre écrivain de style, Houellebecq, dont le succès montre que nous avons littéralement changé de monde. Paix à son âme.
« …qui a engendré récemment un autre écrivain de style, Houellebecq, dont le succès montre que nous avons littéralement changé de monde. »
Et pas forcément pour le meilleur…
Autant que je sache, Houellebecq se réclame plutôt du roman balzacien. Il avait d’ailleurs déclaré que le nouveau roman, «c’est de la merde».
Bonjour
J’aimerais savoir pourquoi ce mort célèbre fut reconnu de son vivant comme un plagiaire de Sophocle avec son roman « les gommes », directement plagié « D’Oedipe Roi » alors qu’avec Picasso qui en fit tout autant pendant toute sa vie, il est si difficile de le faire savoir?
Pour les curieux ou ceux qui mettraient ma parole en doute, je les renvoie à mon site
http://pikasso02.skyrock.com/
Bon débarras !
Je met une pastille. Naze.
Bon débarras !
http://yannbourven.over-blog.org/article-16192840.html
D’un point de vue littéraire, le temps ne sera surement pas clément avec son œuvre.
Pourtant, il restera pour moi comme pour tous ceux qui s’intéressent à la société des années soixante comme l’un des symboles de son temps: Le structuralisme, la recherche d’alternative dans tous les domaines, la manière inédite et révolutionnaire d’aborder la culture, les sciences et les arts…
Un feu de paille, mais un feu qui a tout de même révélé des voies nouvelles, malgré leurs limites.
Bonne route à lui.
Comme vous ne voulez pas me répondre, je vais vous dire ce que je pense de Robbe-Grillet. Qui c’est ce pikasso02? Il commence à nous les casser! Rassurez-vous ce sera court! R.B est arrivé aux mêmes conclusions que Marcel Duchamp. R.B ne dit-il pas d’un livre qu’il aime, que c’est lui qui l’a écrit. Comme pour Duchamp, « c’est le spectateur qui fait le tableau ». Picasso a hélas dit la même chose. C’est tout!
Philippe Sollers était de moins en moins amène à l’égard d’Alain Robbe-Grillet :
2007 - Dans ses Mémoires :
« Dans les péripéties malheureuses et confuses entre cinéma et littérature, l’échec le plus révélateur est quand même celui de Robbe-Grillet. Au début du « nouveau roman », il écrit contre toute image « la Jalousie », ascèse ennuyeuse mais intéressante. Ensuite, il veut filmer ses fantasmes érotiques, et c’est le kitsch. Une telle bouffée de laideur méritait bien une élection à l’Académie française. » (sic)
1965 - Dans Le Figaro littéraire du 16 décembre, p. 2 :
« Robbe-Grillet […] romancier de moins en moins nouveau ».
cité par Bernard Pivot
Pourtant, Alain Robbe-Grillet avait ouvert la voie à Ph. Sollers. D’ailleurs, dès le N°2, été 1960, de sa revue Tel Quel, il consacre un article à son aîné, une analyse de cette nouvelle forme d’écriture avec des formules telles que : « Contre le récit linéaire pour avoir plus de chances de découvrir tout ce qu’on peut dire ou être ». Ou encore : « Plus l’expression mime ce qu’elle a à dire et mieux sans doute elle peut le dire »… que vous pouvez retrouver, dans sa version intégrale, sur : http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=600
Dans le numéro 5 de la même revue, c’est un long fragment du scénario de L’année dernière à Marienbad qui sera présenté sous la signature d’Alain Robbe-Grillet avec la fameuse séquence du « jeu de Marienbad » popularisé par le film et bien connu des mathématiciens sous le nom de Nim ;
« - Voix de M : Je peux perdre (Petit silence, M, à ce moment, arrive sur l’image ; c’est lui qui est en train de parler.)
M continuant : …Mais je gagne toujours. »