
Mona Chollet déconstruit le « Storytelling » à la sauce Sarkozy
En ce week-end d'élections (France, Espagne), parlons imaginaire. Après un philosophe et un ancien ministre, la journaliste Mona Chollet propose une autre analyse de la droite sarkoziste : par son imaginaire et ses » success stories » . En filigrane, c'est des bases d'un futur imaginaire de gauche qu'il est ici question. Rencontre.
C'est peu de dire que la gauche institutionnelle n'incarne plus ni l'envie ni l'utopie. Dans la France des années 2000, et surtout, depuis le triomphe du » storytelling » aux Etats-Unis, la droite est parvenue, elle, à accorder sa politique avec une musique qui fait autant diversion que proposition. Même l'économie est présentée comme une « belle histoire ». Les droites ont ainsi réappris à raconter des histoires. Exemple : ce que Sarkozy a fait de Guy Môcquet. La droite met du » positif » , du « gagnant », là où la gauche ne met plus que de la litanie. Du glamour là où la gauche met du pathos.
Aussi, » Rêves de droite » de la jeune journaliste –au Monde Diplomatique- suisse Mona Chollet se lira en complément utile de « Storytelling » de Christian Salmon, que nous vous présentions à l'automne dernier. Il en est une illustration concrète, axée sur la situation de la France depuis le 6 mai 2007.
Après Reagan, Bush et Schwartznegger, un autre acteur : Sarkozy
C'est sur une analyse des discours et des « success stories » conçues par la droite sarkozyenne que se focalise d'abord le travail de la journaliste.
Pour parvenir à construire un imaginaire lyrique, après avoir intégré les bases du « storytelling », les droites ont appris à construire des destins. En 2000, les républicains yankee avaient transformé l'ex-alcoolique et fils à papa George W. Bush en une figure christique sauvée par la religion et la famille. On gommes des passages gênants dans une biographie (Bush et le service militaire) et on a un personnage de film. Un héros, un mec qui sait ce qu'est la rédemption. Le président idéal.
En 2007, Nicolas Sarkozy se fait passer pour un « pauvre enfant de Neuilly », qui en rentrant de l'école –où il est moqué, brimé- trouve du saumon au frigo, certes, mais du saumon du supermarché. Un pauvre enfant de Neuilly… Résultat : pour beaucoup, Nicolas Sarkozy a beaucoup souffert… Et il a utilisé les brimades pour être plus fort. Un gagnant. Pour un pays qui n'a plus d'autorité philosophique dans le monde, le guide idéal. Dans ce monde-là, d'anciens acteurs (Reagan, Arnold Schwartzenegger) finissent logiquement sur des sièges de gouvernants :
Rama Yade et Rachida Dati : le syndrome Zidane
Pour Mona Chollet, la » success story » est l » » instrument de dépolitisation idéal » . Elle donne au commun des citoyens le sentiment d'« en être », lui permet d'oublier sa propre spoliation. En lui donnant envie de s'y identifier. Pour la journaliste, le libéralisme a eu le génie de renverser le schéma des identifications : auparavant, on s'identifiait à un individu de même condition que soi. Aujourd'hui, » success stories » agissant, le travailleur s'identifie aux riches. Ne partageant plus la condition de ses semblables, il est à même de les jalouser. Cette étape passe par la » liquidation des déterminations sociales » .
Les paradigmes étant modifiés, des histoires suffisent à dissimuler une réalité qui, puisqu'elle est noire, ne vaut d'être vue. Une grève de fonctionnaires ? Le Président annonce son divorce. Mais le président est un gagnant. C'est dans le centre même de l'imaginaire devenu parts de marché (les histoires américaines de Disney) qu'il présente sa prochaine femme.
Rachida Dati et Rama Yade, révélations de la campagne, sont aussi des personnages clés de la » success story » . Quitte à, pour la seconde, soigneusement dissimuler ses origines sociales élevées. Pour Mona Chollet, elles sont » les versions glamour d'une figure délibérément construite par les idéologues de la révolution conservatrice » . Et dissimulent les inégalités qui, en France, n'ont pas changé. Yade& Dati, c'est une réactualisation du syndrome Zidane :
Refonder un imaginaire de gauche
Une OPA des conservateurs sur l'imaginaire ? Quand Yasmina Reza raconte la campagne de Nicolas Sarkozy dans » L'aube, le soir, ou la nuit » la dramaturge se trompe de métaphore. Son livre ne montre que sa propre fascination d'être dans le secret des dieux et d'être capable d'écrire des anecdotes. Sa métaphore est celle, pointée par Mona Chollet, des journalistes politiques et des hommes politiques en vase clos.
Dans » Rêves de droite » , on lira avec plaisir, sans forcément être d'accord sur tout, le rôle de Michel Houellebecq dans ce scénario… Car Houellebecq, et tout l'imaginaire culturel de la France des années 2000, c'est aussi un » cas » à propos duquel gauche et droite ont refusé de voir en quoi sa littérature incarnait l'époque.
La gauche n'a pas échappé à l'envie de sunlights, mais elle aurait pu le faire en y incluant ses valeurs, démontre ici Mona Chollet. Son livre pointe de façon très précise les mécanismes de l'imaginaire de droite. Et les absences de l'imaginaire de gauche. L'auteure y propose des pistes, des noms, des alliances, des mouvements, des possibles, en vue d'un futur imaginaire. D'une utopie. La gauche n'a plus Bourdieu, et Onfray, Lipotevsky, ou Rancières n'établissent pas de ponts entre eux. Alors qui aller voir ? C'est ce qui manque à la fin du livre, par ailleurs utile, et c'est la raison pour laquelle nous avons demandé des précisions à Mona Chollet :
» Rêves de droite – Défaire l'imaginaire sarkozyste » de Mona Chollet (Eds Zones/La Découverte, 152 pp., 12€)
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 20H10 | 08/03/2008 |
Quand, à la chute du mur de Berlin, on a glosé sur la fin des idéologies, on nous a raconté des craques, bien sûr. Ce qui finissait, c'était la mythologie sur laquelle la gauche se réunissait, du PS à certains libertaires. C'était cette mythologie qui nous faisait avancer dans le sens de l'histoire, comme on disait alors, même si nous divergions sans aucun doute sur les outils et les objectifs.
La libération à venir du peuple a fonctionné comme un horizon teinté d'une religiosité sans dieux : une rédemption promise et des messies. Aujourd'hui, nous sommes orphelins de cette vision d'avenir, et il suffit de voir comment ce qui reste de la gauche dite de gouvernement se contente de gérer le présent pour mesurer la déconvenue.
Chollet a parfaitement raison de constater que, pour ce qui est de la définition d'un horizon, nous [ceux qui se reconnaissent quelque part dans la gauche] avons enfilé le costume de la droite.
Je ne sais pas si ça doit s'appeler « storytelling » ou « mythologie », mais oui, l'enjeu se trouve bien là, dans l'urgence qu'il y a à définir une visée ou une figure émancipatrice qui soit autre chose que le self-made man, qui ne réussit jamais qu'en marchant sur la tête des autres.
à thierry reboud
De Erbeddie
10H44 | 09/03/2008 |
@Th. Reboud ; Un selfmen man n'est pas forcemmment un égoîste, un salaud,ou un vénal obeissant aux dieux argent et pouvoir. Il est souvent sensible aux humanismes,à la « beauté » des choses et de l'âme. J'en ai connu( M Lecoin par exemple) et j'en connais encore aujourd'hui.Si vous acceptiez mon affirmation comme possible vous pourriez retirer « jamais » de votre dernière phrase et peut-être le remplacer par « souvent » ? Dans ce cas je voterais pertinent en place de « utile ».Toutes mes excuses pour ma réaction orgueilleuse dont j'ai conscience qu'elle manque d'humilité.
à Erbeddie
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 14H10 | 09/03/2008 |
Bonjour.
Pas de problème, je remplace « jamais » par « souvent ».
(Côté humilité, je ne me vois pas vous donner la leçon (vu qu'il m'arrive plus souvent qu'à mon tour de l'oublier au vestiaire des filles). Votre intervention n'a rien de cjhoquant, je vous assure, et merci de m'excuser si je vous ai froissé.)
De kane85
20H48 | 08/03/2008 |
Bonsoir
Comment dire ? ce n'est pas de belles histoires dont nous avons besoin et il est heureux qu'un livre sorte pour décortiquer le phénomène.
Oui, je suis d'accord avec l'auteur pour dire qu'on nous raconte de belles histoires. Aussi bien la Droite que la Gauche. Avec plus ou moins de réussite il faut dire. l'histoire est plus ou moins bonne et donc on plonge dedans ou pas.
N'y en a t'il pas eu une belle depuis les élections ? ?
Vacances royales, divorce, belle romance, mariage éclair, coups de gueule en langage populaire, sans compter : famille recomposée etc… Tout bon citoyen a de quoi s'y reconnaitre…
Poudre aux yeux ! !
Pendant ce temps là, les lois passent, les immigrés se font reconduire, les droits de l'homme sont bafoués, les lois sociales détruites…
Qui s'en soucie ? C'est tellement plus agréable de suivre le feuilleton « Sarko, Pouvoir, Fric et Amour »
De comprendre d abord
20H59 | 08/03/2008 |
En ce qui concerne l'ouvrage de Christian Salmon, on peut lire les deux critiques - fort éclairantes - parues sur le site www.nonfiction.fr.
à comprendre d abord
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 00H50 | 09/03/2008 |
@ comprendre d abord : ?
De léo solo
21H00 | 08/03/2008 |
« Le temps et l'espace n'existent pas.
Seul, l'imaginaire tisse de nouvelles figure »
Il est venu le temps de se déprendre de la pauvreté symbolique des riches possédants, de leurs magazines à deux balles et de leur télézéro.
C'est du côté des données anthropologiques de l'imaginaire que se trouve la matière qui n'est ni de droite, ni de gauche.
« J'habite une clef »
dit le poète dont c'est le printemps.
à léo solo
De kane85
21H04 | 08/03/2008 |
J'aime beaucoup.
Merci.
Un peu de rêve, de philosophie et de poésie…
à léo solo
De kane85
21H20 | 08/03/2008 |
J'aime beaucoup.
Merci.
Un peu de rêve, de philosophie et de poésie…
De Asse42
Posteur Royaliste | 21H01 | 08/03/2008 |
Dommage que cette journaliste ne juge l'actualité que par le prisme de la droite tout en voulant aider la gauche. Car si elle avait suivi de près la campagne de la gauche elle aurait compris qu'une volonté profonde avait pris corps. Une volonté collective que la politique se faisait avec les citoyens et non par une histoire racontée d'en haut.
Alors je comprends que ce sera plus long pour convaincre le peuple que celui-ci trouvera son intérêt dans la participation et non dans la soumission.
Cet espoir qui s'est levé nous devons le cultiver à gauche avant de l'infuser dans le pays.
à Asse42
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 21H28 | 08/03/2008 |
et ça sera pas du pisse-mémé !
à Asse42
De Dan51
09H17 | 09/03/2008 |
Le cultiver tout court.
Car la « gauche » et la « droite » n'existent plus. Et maintenir cette guerre des tranchées est artificielle et archaïque.
Il faut penser en d'autres catégories que celles d'il y a plus de 200 ans…
m'enfin !
Allez voir - sans oeillères - les réflexions profondes au sein du Mouvement Démocrate, qui pense sans tabous la place de l'Homme dans l'économie et la civilisation, et allie dans sa réflexion l'écologie, l'économie et le social.
http://www.dailymotion.com/video/x3afq0_fbayrou-debat-droite-gauche_poli…
De Veum
doctorant | 09H35 | 09/03/2008 |
ça va être une réponse à tiroirs attention.
Partons du Modem et de la fin du clivage droite gauche. Ces catégories, ces mots, sont bien plus que des couleurs politiques. Droite et gauche représentent des manières de penser, de vivre, des visions du monde, opposées et mutuellement excluantes. Il peut être difficile de faire apparaitre la matérialisation de la fracture entre ces visions dans le champ politique de tous les jours. Surtout quand une partie de la plus grande formation d'un camp dérive vers l'autre. Alors on peut tenter un critère : la résignation devant le réel, la soumission à l'ordre du monde actuel, pour ne faire que du rafistolage à la marge. On nous vend la fin des idéologies, mais finalement ça se résume à la résignation à la domination d'une d'entre elles, présentée comme inéluctable.
Le seul moyen de mener une politique d'émancipation, de même penser cette politique, c'est de sortir de ce cadre. Et là je reviens sur le témoignage de notre riverain ségoléniste. Les deux visions du monde étant mutuellement excluantes, la résignation au cadre formé idéologiquement par la droite rend impossible une politique de gauche. L'état du monde résulte toujours des effets des politiques menées. N'acceptons pas le réel comme indépassable.
à Veum
De Dan51
10H00 | 09/03/2008 |
Je vois à votre commentaire que vous n'avez pas regardé la vidéo que je vous recommandais, sinon vous n'écririez pas ce que vous avez écrit.
à Dan51
De Veum
doctorant | 10H59 | 09/03/2008 |
Je suis en train de la regarder (et notez l'effort, je quitte J. Généreux pour 20 minutes de Bayrou, c'est pas le même niveau…), et on est pile dans ce que je disais. Il ne peut y avoir dépassement du clivage droite gauche que si l'un des camps se résigne à l'idéologie de l'autre camp. Alors oui on peut effacer ce clivage, puisqu'il n'y en a pas. Et quand Bayrou dit « le clivage droite gauche ne structurera plus la vie politique française à l'avenir », c'est que d'une part il n'a pas vu le renouveau de la gauche, et qu'il pense que la dérive ségoléniste est inéluctable. Bref il faut ici faire la différence entre le politique, qui se nourrit de philosophie, de principes, d'idées, de visions du monde, de manières de penser, et la vie politique, à savoir l'expression éventuelle du politique dans le combat électoral. Le décalage est aujourd'hui flagrant, et c'est la perception de ce décalage qui manque à Bayrou.
Typique : « le mur de berlin est tombé, et arrivée de la mondialisation, impossible à nier et à arrêter ». Cela d'après lui rend le clivage anachronique. On est pile poil dans ce que je disais.
Bon j'ai regardé jusqu'au bout finalement (il aurait fallu que je réécrive ce post après, mais bref..), et son histoire d'opposition entre modèle inégalitaire (type américain), et un modèle plus égalitaire à inventer, est un bon constat. Pour autant ce qu'il ne peut pas comprendre, enfermé qu'il est dans la vie politique, c'est que le cadre dans lequel il se place (marchéisme, économie mondialisée, financiarisée, etc.) empêche la réalisation de tout modèle alternatif. Il faut penser au dépassement de ce cadre.
En gros mon post ne sert à rien, et mon post précédent se suffit à lui même.
à Veum
De Dan51
18H32 | 09/03/2008 |
Vous écrivez :
« et son histoire d'opposition entre modèle inégalitaire (type américain), et un modèle plus égalitaire à inventer, est un bon constat. »
Pourquoi ne lui accordez-vous pas le droit de poursuivre la réflexion sur cette ligne ?
Je suis désolée de constater que vous le considérez toujours par le prisme de ce que les médias vous transmettent qui ne SUPPORTENT pas la remise en cause du statu quo actuel.
Pourquoi je le sais ?
Parce que pendant les mois de janvier, février et mars 2007, mes tentatives de répondre aux posts qui disaient : « Bayrou n'a pas de programme », « Bayrou est un faux-cul », « Bayrou est une posture » en leur montrant les bases de sa réflexion, ont TOUS ETE EFFACÉS, systématiquement sur tous les médias :
Le Figaro, Libération, TF1, LCI, l'Express, Le Point, Europe1, RTL, France2, France3, Le NouvelObs, sauf sur Le Monde parce que j'avais payé les 6 Euros pour l'inscription au forum.
Croyez-vous qu'il est démocratique et supportable de constater que seuls peuvent rester en ligne les messages qui sont pour le PS et l'UMP et que ceux qui étaient pour Bayrou étaient TOUS EFFACES ?
Je n'aime pas qu'on m'efface, c'est pourquoi, sentant qu'il se jouait là quelque chose qui n'était pas correct, la rage m'a prise et j'ai décidé de m'engager sur la voie qu'il essayait d'ouvrir.
Avez-vous lu le bouquin : « Au nom du Tiers-Etat » ?
La presse en a peu parlé, mais le contenu est assez explosif… L'auteur dit entre autres :
C'est un peuple qu'ils croient sans importance. Presque un peuple en trop. Un peuple gênant…
Le pouvoir est verrouillé, le peuple n'y a plus aucune place, on est revenu à l'Ancien Régime.
Depuis un quart de siècle, le pouvoir absolu de cette Ve République finissante, appuyé sur des forteresses financières et médiatiques, a réduit le peuple français à la condition du tiers état de 1789.
Jamais la phrase de Sieyès n'a paru plus juste :
« Qu'est ce que le tiers état ? Tout.
Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? Rien.
Que demande-t-il ? A devenir quelque chose. »
Il est de Bayrou.
Croyez-vous que le peuple en a vraiment assez ou est-il repu du pain et des jeux (TF1) qu'on lui donne en pâture ?
Pensez-vous que l'on vive un mai 2008 qui permettra de balayer ces forteresses que le pouvoir est en train d'ériger irrémédiablement ?
Il faut une prise de conscience du peuple, une information qui se diffuse largement pour ne plus accepter l'inacceptable.
Et une PROFONDE réflexion, non pas selon la ligne du clivage droite-gauche - qui ne sert qu'à l'élite PS-UMP pour se maintenir au pouvoir en faisant croire au peuple qu'il s'agit d'un vrai « combat » - mais parmi TOUS les REPUBLICAINS et DEMOCRATES.
Car le clivage gauche-droite est vieux de plus de 200 ans… il est un reliquat de la Révolution et de ses suites.
Il faut une autre réflexion plus profonde, à laquelle invite l'auteur… et F. Bayrou et ceux qui se sont rassemblés autour de lui et sont TERRIBLEMENT DETERMINÉS à faire bouger les clivages et la réflexion.
à Dan51
De Thomas GREDAT
| 11H13 | 09/03/2008 |
Soyons clairs : sur le plan politique, la gauche et la droite n'existent plus, aujourd'hui, que parce que la conquête du pouvoir se pense et se vit dans l'antagonisme. Un esprit d'« union sacrée » enterrerait définitivement les ambitions des uns et des autres. Ce qui ne serait pas plus mal, d'ailleurs, mais la nature humaine est ce qu'elle est.
Il n'y a qu'en période de crise qu'on se range derrière De Gaulle. Quand la paix revient, on n'a rien de plus pressé que de s'en débarrasser.
à Asse42
De Iris2
19H17 | 09/03/2008 |
Cher Asse42,Pour une fois,je ne suis pas d'accord avec vous.L'espoir qui s'est levé,la gauche doit le faire grandir non en racontant des histoires,certes,mais en réenchantant la politique.Vous allez encore tiquer sur « réenchantant »…Disons qu'il faut parler à la sensibilité,à l'imaginaire des gens que nous sommes,du peuple dont nous faisons partie.Le seul discours économique ne suffit plus,les idéologies politiques ont pris un coup de vieux,Mai 68 c'est loin !
Cette journaliste dit la même chose que Pierre Rosanvallon dans« La contre-démocratie »,un livre à lire d'urgence…Je cite la partie« Repolitiser la démocratie ».(P.312sq)
« Le but conséquent de la démocratie est ainsi indissociablement de rendre possible la construction d'une histoire commune et d'indiquer un horizon de sens : il est de mettre fin d'un même mouvement à l'aveuglement des hommes et à leur impuissance.La souveraineté n'est pas seulement exercice d'un pouvoir : elle est maîtrise de soi et compréhension du monde. »
« Comment redonner une certaine théâtralité au pouvoir collectif sans le draper d'antiques costumes un peu fripés ? …La symbolisation est réflexion collective,rapport à la décision réaffirmée d'écrire une histoire commune ; elle est récit sensible et grave des échecs et des espérances qui tissent cette entreprise ; elle est histoire et mémoire de la lutte des hommes et des femmes pour tenter d'instituer malgré toutes les difficultée une société d'égaux. »
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 21H27 | 08/03/2008 |
Bonsoir,
aux artisans de la rue89, n'y aurait-il pas comme pour Howlett, une version non montée ? Merci. Bon week-end
De V comme vendetta
Ecrivain | 21H33 | 08/03/2008 |
La critique de l'individu moderne, c'est un vieux poncif de la philosophie : critiquez le Progrès et un certain messianisme : relisez Nietzsche, effet décapant assuré. Si vous voulez rendre Nietzsche de gauche, penchez vers Deleuze.
La critique de l'autonomie des désirs, seule vraiment révolutionnaire aujourd'hui : seuls quelques romanciers s'y étaient attaqués : Balzac, Stendhal, Flaubert, Proust, Dostoïevski : étaient-ils de gauche ? Est-ce si important de savoir s'ils étaient ou non de gauche ?
La gauche est-elle capable de déconstruire le matérialisme messianique de sa propre mythologie historique ? J'en doute.
Quant à la critique de la storytelling sarkozienne, elle n'est pas bien difficile à trouver : on compare les slogans de campagne avec les effet d'un an de pouvoir : effets comiques et destructeurs assurés.
Artus cite Houellebeck : « L'Homme de gauche est mal parti », un de ses articles écrit en 2003 est toujours d'actualité.
Exemple flagrant tiré de l'article : « Le libéralisme a eu le génie de renverser le schéma des identifications : auparavant, on s'identifiait à un individu de même condition que soi. Aujourd'hui, “success stories” agissant, le travailleur s'identifie aux riches. Ne partageant plus la condition de ses semblables, il est à même de les jalouser. »
Faux : le libéralisme (le Spectacle disait Debord) dans sa logique bête et efficace, est beaucoup plus « intelligent » que vous le croyez : il connaît parfaitement les rouages cachés du désir et ses auto-manipulations : le schéma des identifications, le désir d'appropriation, le mimétisme modèle / obstacle sont bien plus retors. Sans comprendre ces mécanismes, toute critique du libéralisme n'aura aucune portée opératoire vers le réel.
à V comme vendetta
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 01H55 | 09/03/2008 |
Mister V,
Vous me faites peur. Sous votre plume inspirée, on voit naître cette créature diabolique, le libéralisme. Quelle est la réalité ce nouveau loup dans nos sociétés ? Que vaut son portait de génial manipulateur ?
À force d'entendre crier au loup, j'aimerais bien qu'on établisse sa carte d'identité et le périmètre de son espace de jeu ! Il ne peut pas être de partout !
à Claude PELLETIER
De Veum
doctorant | 09H39 | 09/03/2008 |
Il y a eu énormément de bouquins sur le sujet. Jacques Généreux, cité dans l'article, avec son bouquin « la dissociété » a l'air (j'en suis qu'au début) d'en faire un portrait en passant par ce recul anthropologique. Mais il y en a bien d'autres..
à V comme vendetta
De le _grand_clown_malade
if 6 was 9 | 11H25 | 09/03/2008 |
Bonjour V,
J'avoue que je ne sais quoi penser de votre discours.
Vous décrivez, néanmoins, en partie, très bien le système libéraliste de notre époque. Il y a eu un glissement conceptuel et notre libéralisme se joue de l'individu en lui faisant croire que son salut réside dans une certaine réussite collective qui passe par le travail et le capital. Notion vague, certes, mais sur d'infimes distinguos nous arrivons à croire que notre épanouissement individuel est assuré par une vie de travail acharné.
Et ce, quel que soit notre rôle et son importance dans le système : esclave , acteur ou taulier.
C'est en tout cas mon ressenti face au contexte ambiant.
Je suis, heureusement, beaucoup plus optimiste à une échelle individuelle… nous ne pouvons nous empêcher de nous extraire de cet ensemble. Et c'est pour mieux traduire cette folie collective que l'humain se retrouve dans les domaines de la culture, et qu'il continue de créer, encore et toujours.
Cependant, je sens comme une désillusion dans vos propos sur la gauche. Ce besoin de questionnement sur la gauchitude des oeuvres qui nous entourent…
Vous semblez excuser les effets comiques et destructeurs de la politique menée par le gouvernement Sarkozy, mais vous ne semblez par l'apprécier dans toute sa lourde et grave profondeur. Si une politique aussi dure et répressive peut produire des effets, nous ne sommes pas assez vigilants, car la critique de l'homme moderne que vous n'aimez guère apparemment
a eu le loisir d'exister, au moins quelques fois, et je doute que Nicolas Sarkozy et les gens qui l'entourent et le conseillent soient ouvert à la critique.
J'use de mon pessimisme en pensant que nous pourrions oublier ce que la critique veut dire, ce qu'elle nous a permis d'obtenir contre la force et l'ignorance cultivée.
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 21H35 | 08/03/2008 |
Story telling est un livre absolument excellent .
Ceci dit , les Story tellers donnent parfois l » impression de finir par croire a leur propres histoires et paraissent tres etonnés (et un jour désarmé ? ) quand la realité ou la simple logique se reveille et que le rideau se déchire .
Deux petits exemples tres differents
Hugo Chavez au Venezuela : ils n » ont pas compris que ce presque dictateur ait été massivement réélus par les pauvres a qui il avait construit des hopitaux, des ecoles et des centres de distribution de nourriture avec l » argent du pétrole .
La Logan en France : Renault met sur le marché une voiture aussi bien et deux fois moins chère que les autres et ils s'etonnent que les clients se jettent dessus , alors qu » ils n » ont pas fait de de spots de pub ou on voit la bagnole rouler sur la lune ..
Et que le Marketing n'a pas prévu de nous expliquer la vie revée qui va avec l'utilisation de la voiture …
Et ils ne COMPRENNENT PAS !
à Numerosix
De Quirinus-K
23H35 | 08/03/2008 |
Les filles de mon quartier sont les plus belles.
De Suzanne Citron
Historienne et auteure | 22H57 | 08/03/2008 |
La storytelling de la gauche française qu'il faudrait déconstruire, a ses racines dans l'élitisme républicain et son paradigme, l » « ascenseur social ». Cette idéologie, forgée par la troisième République, convient parfaitement à la droite car elle repose sur une vision hiérarchique de la société : le bas et le haut de
« l'échelle », pas seulement au niveau du fric, mais aussi celui de la considération selon le métier (cols bleus, cols blancs, en 1848 casquette et chapeau).
On croit abusivement que la dynamique républicaine est « de gauche ». Mais quand il y a confusion entre République et « ascenseur social », cela revient à faire du mépris social le fondement de la société , (puisque réussir c'est
grimper ), et du système scolaire, non plus un système éducatif mais l'instrument soit de l » ascension, soit du « déclassement » soit du rejet.
Oui une autre storytelling de la Gauche aurait à voir avec la déconstruction de l'idéologie forgée par la 3ème République, et son mépris, ses inférieurs et supérieurs.
Sarkozy, Rachida ne se veulent –ils pas visiblement les emblèmes de la
« réussite » ? Avec tant d'insolence et d'impudence que la coupe déborde .
à Suzanne Citron
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 02H17 | 09/03/2008 |
@ MONJUSTIN
Acceptez d'entreR dans la complexité. Les choses ne sont pas forcément univoques. Des choses de gauche peuvent être digérées, recyclées à sa façon par la droite.
L'ascenseur social est ce que vous dites mais l'ascenseur social quand il fonctionne c'est l'ascenseur social. Il est de droite et il est de gauche. Il est même l'enjeu d'une bagarre ente ces deux champions pour se l'approprier.
Ne voyez-vous pas que les différentes sortes de poste professionnel correspondent à des compétences et des formations différentes ? Les hiérarchies prennent leur source dans ces technicités à géométrie variable. Quant aux échelles de valeur que l'on plaque sur ces hiérachies, elles peuvent varier selon le type de société et comporter des connotations comme le mépris……
Et enfin, que veut dire « être de gauche ». Cette expression est employée souvent ici et il n'y a pas de consensus. Tans qu'il n'y aura pas de définition précise et commune à tous, on ne se comprendra pas.
à Suzanne Citron
De Veum
doctorant | 09H42 | 09/03/2008 |
Ce message fait partie pour moi des moments ou quelque chose qui m'échappait devient lumineux et s'énonce comme une évidence. Merci montjustin pour m'avoir ouvert les yeux sur ce détail peut être, mais tellement caractéristique !
à Suzanne Citron
De le _grand_clown_malade
if 6 was 9 | 11H37 | 09/03/2008 |
C'est très intéressant, et je me dis que leur représentation de la « réussite sociale » n'a que mieux marché dans un contexte ou l'ascension se fait attendre pour la grande majorité des gens.
Ajouter à cela un manque de considération sociale et humaine pour la plupart, en plus d'un décalage aberrant entre les discours et la réalité, en effet la coupe ne demande qu'à déborder…
De Anonymus
23H28 | 08/03/2008 |
» Ne suis pas un nouveau riche mais un ancien pauvre. Vous connaissez beaucoup de riches qui veulent devenir de nouveaux pauvres « ?
Coluche
» Etre riche, c'est une autre ivresse. Etre riche, c'est oublier. C'est pour ça qu'on veut devenir riche, pour oublier « .
L.-F. Céline
» Oui, je roule en Rolls blanche et j'aime le caviar et les femmes, ça vous dérange ? « .
Léo Férré
» Le fric, plus que la renommée, ça sert à quoi ?
A se faire sucer même quand on est moche « .
Gainsbourg
» J'adore l'argent, les beaux habits sobres, le champagne et les femmes qu'on achète « .
Bakounine
» J'ai voulu devenir riche en écrivant des livres.
Ce n'est pas le talent qui m'a guidé mais l'envie de posséder. Une autre façon de jouir.
Jack London