
Maudir pour faire reliure
Avant, pendant, après de Jean-Marc Parisis (Stock, 138pp., 15€)
« La plus-value, ce n'est pas le bonheur, c'est le style, l'énergie », lance le narrateur ici, en parlant d'amour. Il pourrait tout aussi bien parler du présent, livre dont il est un héros. Tant Parisis, avec une histoire d'amour parisienne en trois temps, enchaîne les mots, les notes, les images, pour atteindre une poétique dans un tempo d'enfer. Comme tout roman sombre qui se respecte, ce livre est une symphonie. Certes, l'histoire manque cruellement d'originalité (un parolier tendance variété française contemporaine, une jeune femme nettement plus jeune, coup de foudre à Paris, histoire, chute). Mais, en littérature, un roman sans histoire peut tenir la route si il a un thème fort, et traité comme tel. C'est le cas ici. Le thème principal de ce court roman est son époque. La nôtre. Celle où, depuis MSC, MySpace, SFR, Mac etc, la communication entre humains, plus rapide, est moins facile.
Jean-Marc Parisis est un écrivain qui a toujours eu l'œil sur le réel. Et les mots pour le faire sentir. Ainsi, ce roman regorge de réflexions, de sensations, de scansions sur la France des années 2000 réflexions qui deviennent vite obsessions. La peinture de Parisis est d'une justesse et d'une maestria dont la subtilité provoquent chez vous une émotion. C'est là, l'obsession. Avant, pendant, après trouve la formule sèche et adéquate pour tous les endroits où se promène l'écrivain : « J'ai fendu la glace des invités, accrochant quelques mots au passage. Sarkozy, psy, pornographie. Le petit dictionnaire de rimes français qui donne soif et qui rend méchant » pour les soirées d'une année pré-électorale ; « Il n'y avait plus de paix, plus de luttes non plus, qu'une guerre froide entre les gens dans un monde perclus de mépris, de narcotisme. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Le prochain ? Soupçonné. Moqué. Exploité. Précarisé. Encouragé dans sa faiblesse. Brisé dans ses élans » pour l'évolution de la pseudo égalité ; « Des femmes ne savaient plus qui les baisaient des hommes ou du Viagra » quant au sexe ; « Les phrases qui enchantaient la réalité ou permettaient d'en faire l'économie avaient déserté les livres. Les livres étaient écrits avec des mots qui s'ennuyaient. C'était la fin des roman et la fin des dictionnaires, comme s'il n'y avait plus rien à vivre et tout à récapituler » pour allumer la production actuelle. Dans les veines de ce roman coule ces phrases qui vous redressent en vous renversant.
Parisis, par ailleurs chroniqueur littéraire et auteur d'une biographie de Reiser qui fait référence, est un écrivain, un furieux, un possédé (« Ecrire, c'était résister aux porcs qui avaient inventé la pornographie, aux puissants qui avaient plié les pauvres à des désirs inventés »). Il écrit ici le roman le roman-miroir d'une époque quidévie et déjoue (« un monde où la politique était aussi déconsidérée, où les ministres avaient toujours l'air de sortir d'une fellation ou d'un casse »). La plus-value, c'est ce puissant roman symphonique sur une époque trop lisse.
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De
14H57 | 08/05/2007 |
Pourquoi parler de ce roman -une fois encore et en retard- en le trouvant formidable, forcément ? Le problème de ce livre est que l » intention est bonne, le but louable, les moyens éculés et le résultat inintéressant, voire ridicule. Bref : ce que y ont vu les commentateurs est plus intéressant que ce qui s » y trouve, comme souvent lorsqu » il s » agit de copains. La médiocrité de l » oeuvre est signée par l » emploi les mots « baiser » et fellation » (a-t-on une mine spéciale après une pipe ? ) qui sont aux productions romanesques insignifiantes ce que le caractère durable doit être à tout ce qui veut s » approcher de l » écologie. Ecrit par Parisis qui se montre -s » affirme ainsi- comme un homme libéré (sexuellement, bien sûr) à ses lecteurs qu » il imagine -désire- un peu frustrés et même peut-être choqués (on peut toujours rêver). En quoi est-ce ennuyeux de se faire baiser par on ne sait qui ? Parisis est bien rétrograde et ignore sans doute les joies du sauna ; Mais Parisis est un homme, un vrai : il sait écrire et ne craint pas même d » écrire « FELLATION » , mot contenu dans 99% de ce qui sort d » imprimerie depuis les années 90, y compris le catéchisme de l » Eglise Catholique (j » ai verifié). Certes, peu importe le sujet comme pensait Flaubert : si on peut peindre magnifiquement une banale asperge et lui donner les couleurs d » un chef-d » oeuvre, on peut aussi la transformer en crotte sur toile. La seule qualité de ce roman est de se refermer comme se clôt sur lui même la Recherche du temps perdu -mais hélas pas sur le même registre brillant- en dénonçant les livres « désertés » En voilà un abandonné par le talent qui sonne dans les rédactions comme les navrants Fruits d » or naguère.
De Hubert Artus (auteur)
Rue89 | 00H58 | 09/05/2007 |
Ces commentaires qui sont vôtres sont tout à fait recevables, en tant que tels. Cependant, je tiens à faire quelques petites précisions. J'ai pris soin, ici, de pointer le fait que l'histoire est banale et inintéressante. Cependant, si j'ai aimé ce livre et l'ai chroniqué, c'est parce que, comme je l'ai écrit, le thème et l'écriture relèvent ce défaut. Ce n'est pas ma passion de la littérature qui fait que je chronique ce livre, mais mon métier : le fait que ce défaut est si brillamment relevé amène à éviquer ce livre, au sein de la production française actuelle.
A le chroniquer y compris dans Rue 89, qui ne doit pas passer à côté de ce roman, fût-il paru il y a deux mois.
Enfin, je ne connais pas beaucoup Parisis, qui n'est pas « un copain ». Ce n'est donc pas par connivence que j'ai aimé son roman.
Je tiens, enfin, à vous remercier de votre réaction à cet article sur ce nouveau site d'informations ! Des réactions comme la vôtre fopnt vivre d'une part les sites, et d'autres part la littérature, la culture !