
Mahmoud Darwich : mort d'un grand poète et d'un grand Palestinien
Cinq ans après Edward Saïd, la Palestine voit partir un autre de ses très grands intellectuels et portes-parole. C'est au moment où Mahmoud Darwich voulait, définitivement, être vu autrement qu'il a disparu. En juillet, il était à Arles et confiait préférer les thèmes universels de l'amour, la vie, la mort à ceux purement politiques de ses débuts, « être lu comme un poète, pas comme une cause ». Le même jour de juillet : « La poésie lutte contre le néant et la mort ».
Ce samedi 9 août, Mahmoud Darwich est décédé à Houston (Texas) suite à des complications après sa troisième opération à cœur ouvert. Le Palestinien Darwich est mort aux Etats-Unis. Comme Edward Saïd, lui aussi exilé, en 2003. Avec ces deux disparitions, le monde a perdu en cinq ans les deux figures intellectuelles les plus connues palestiniennes contemporaines.
Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birweh, en Galilée, ville qui sera rasée en 1948 aux débuts du conflit israélo-palestinien. Sa famille trouve refuge au Liban, avant de revenir dans la clandestinité un an plus tard. Darwich connut donc l'exil dès ses 7 ans. Il le connaîtra toute sa vie ( »J'habite dans une valise » disait-il).
En 1970, il part pour Moscou, étudier l'économie politique. Ce sera ensuite Le Caire, Beyrouth, Tunis, Paris, puis, après trente ans, l'autorisation de revenir en Cisjordanie, en 1996. Entre temps, il aura été devient rédacteur en chef au Centre de recherche palestinien de l'OLP, membre du comité exécutif de ladite OLP, fondateur et directeur de l'une des principales revues littéraires arabes, Al-Karmel (qui a cessé de paraître en 1993, année où le poète, opposé aux accords d'Oslo, démissionne de l'OLP), président de l'Union des écrivains palestiniens.
Entre temps, il sera surtout devenu un poète mondialement reconnu et aimé. Une trentaine de ses livres sont aujourd'hui traduits en quarante langues. Dans toutes les capitales arabes, les foules se déplaçaient pour l'entendre. En Occident, comme en France où il est publié par Actes Sud, il est intensément apprécié.
En 2000, le ministre israélien de l'Education Yossi Sarid, proposa que certains des poèmes de Mahmoud Darwish soient inclus dans les programmes scolaires israéliens. Mais Ehoud Barak, alors premier ministre, refusa en ces termes : « Israël n'est pas prêt. »
Ces dernières années, il avait pris ses distances avec la politique, -non sans avoir réservé ses dernières piques à Yasser Arafat, dans des tribunes implacables-, en plus d'être exaspéré d'être réduit et enfermé dans l'appellation de « poète officiel de son peuple » ou de »poète de la résistance ».
Et, ne tarderait(-on pas à l'apprendre dans un de ses derniers poèmes publiés à ce jour (« Joueur de dés »), un cœur fragile et une malformation des artères.
En 2007, il ironisait ainsi sur la prise du contrôle de la bande de Gaza par le Hamas :
« Nous avons triomphé. Gaza a gagné son indépendance de la Cisjordanie. Un seul peuple a désormais deux Etats, deux prisons qui ne se saluent pas. Nous sommes des victimes habillées en bourreaux. »
Voici ce que Darwich écrivait dans son poème « Jamais nos exils » :
« Jamais nos exils ne furent vains, jamais en vain nous n'y fûmes envoyés, leurs morts s'étendront sans contrition. Aux vivants de pleurer l'accalmie du vent, d'apprendre à ouvrir les fenêtres, de voir ce que le passé fait de leur présence et de pleurer doucement et doucement que l'adversaire n'entende ce qu'il y a en eux de poterie brisée.Martyrs, vous aviez raison. La maison est plus belle que le chemin de la maison. En dépit de la trahison des fleurs. Mais les fenêtres ne s'ouvrent point sur le ciel et l'exil est l'exil. Ici et là bas. Jamais en vain nous ne fûmes exilés et nos exils ne sont passés en vain. Et la terre se transmet comme la langue. »
C'est en 1964, avec le texte « Identité », qu'on découvre le poète Mahmoud Darwich. Le texte, scandant « Je suis arabe », dépasse rapidement les frontières palestiniennes pour devenir un hymne chanté dans tout le monde arabe.
Toute sa vie, Darwich serait militant, parce qu'il lui eût paru indigne de ne pas l'être, tout en chérissant sa liberté d'écrivain.
Une œuvre essentiellement poétique, possédée par la terre de Palestine, hantée par la Nakba, par la guerre, les sièges (Liban), les horreurs (Sabra et Chatila). Marquée par une tradition lyrique et humaniste. Darwich se réclamait d » « un imaginaire arabe bien antérieur à la naissance de l'Islam », il travaillait à « soulager sa poésie du poids, de l'intensité et de la pression de l'Histoire immédiate ».
Dans une tradition très moyen-orientale, sa poésie est aux antipodes de toute plainte et de toute fatalité. La poésie de Darwich dit la détresse, l'exil, mais dans la révolte et la présence au monde.
Darwich a hissé sa poésie au niveau du seul corps qu'il se voulait : le corps même de la Palestine. Puis c'est son propre corps qui le rattraperait…
Dès l'annonce du décès, le président Abbas a décrété un deuil national de trois jours, et demandé aux autorités israéliennes que le défunt puisse être enterré dans sa Galilée natale, a-t-on précisé de même source.
On ne peut que relire les poèmes de Darwich. De « Pense aux autres » au « Lit de l'étrangère », du dernier « Ne t'excuse pas » (2006) à « Etat de siège ». Puis on finira par ces entretiens : « La Palestine comme métaphore ». Un dernier recueil est annoncé par Actes Sud pour le printemps 2009.
Photo : Mahmoud Darwich en 2006 (omar86/Wikimédia Commons).
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De dalun
14H17 | 11/08/2008 |
ce que certains internautes éclairés ont mis comme commentaires hier , me donne la soif de lire cet homme ! merci …
De Ghalem
14H29 | 11/08/2008 |
A ma mère
je me languis du pain de ma mère
du café de ma mère
des caresses de ma mère
jour après jour
l'enfance grandit en moi
j'aime mon âge
car si je meurs
j'aurai honte des larmes de ma mère
si un jour je reviens
fais de moi un pendentif à tes cils
recouvre mes os avec de l'herbe
qui se sera purifiée à l'eau bénite de tes chevilles
attache -moi avec une natte de tes cheveux
avec un fil de la traîne de ta robe
peut-être deviendrai-je un dieu
oui un dieu
si je parviens à toucher le fond de ton cœur
si je reviens
mets-moi ainsi qu'une brassée de bois dans ton four
fais de moi une corde à linge sur la terrasse de ta maison
car je ne peux plus me lever
quand tu ne fais pas ta prière du jour
j'ai vieilli
rends-moi la constellation de l'enfance
que je puisse emprunter avec les petits oiseaux
la voie du retour
au nid de ton attente
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 12H32 | 13/08/2008 |
J'ai chanté ce texte, et bien d'autres de Mahmoud Darwich, grâce à Marcel Khalifa
Me revient en mémoire celui-ci, désolée pour la probable imperfection de la traduction d'un poème,
Les oiseaux
L'on se verra bientôt…
dans un an,
deux ans, dans un siècle…
et dans l'appareil photographique
furent jetés
vingt jardins
et les oiseaux de la Galilée
et la voilà partie, au-delà de la mer
cherchant un sens nouveau à la vérité.
ma patrie est une corde à sécher
et les rubans du sang répandu à
chaque minute…
Et sable, et palmiers, je me suis
étendu sur le rivage
Les oiseaux ne savent point, ma Rita,
que la mort et moi t'avons donné
le secret de la joie fanée
à la barrière douanière…
Et nous voilà, la mort et moi,
renaissant
dans ton front premier,
et dans la fenêtre de ta maison…
deux visages… moi et la mort.
Pourquoi fuis-tu ?
Pourquoi fuis-tu, à présent, ce qui
de l'épi, fait les cils de la terre
et du volcan, un autre visage du jasmin
Mais pourquoi fuis-tu ?
Rien, la nuit, ne me fatiguait autant
que son silence
quand il s'étirait devant ma porte
comme la rue, comme le vieux quartier…
qu'il soit fait selon ta volonté,
Rita !
Le silence serait une cloche
des cadres d'étoiles
ou un climat ou la sève bout ans
les flancs de l'arbre.
Je bois le baiser au tranchant des
couteau
Viens ! Qu'on appartienne à la boucherie ! …
comme des feuilles inutiles
sont tombées les vols d'oiseaux
dans les puits du temps
ET me voilà, ma Rita, repêchant leurs ailes bleues.
Je suis celui qui porte dans sa peau,
gravée par les chaînes,
une forme de la patrie.
De hadjer
etudiante | 18H46 | 11/08/2008 |
Identité
Mes racines…
Avant la naissance du temps elles prirent pied, avant l'effusion de la durée,
Avant le cyprès et l'olivier…
Avant l'éclosion de l'herbe. […] Inscris !
En tête du premier feuillet,
que je n'ai pas de haine pour les hommes,
que je n'assaille personne mais que si j'ai faim,
je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare à ma fureur ! »
De Muslim
Esprit Libre | 21H20 | 12/08/2008 |
La Haine de l'Amour
Tu sais, si seulement les gens comprenaient que c'est dans le lit de nos préjugés que la haine fornique avec nos vieux démons. C'est dans les ténèbres de nos envies que la volonté de dominer fait de nos passions un poison pour l'humanité. Regarde ces sourires hypocrites et mesquins, admire ces doubles faces qui compatissent pour ta condition de réfugié. Ta souffrance et ta misère fais d'eux les justiciers des temps modernes. Vois ces plumitifs qui se nourrissent de ta douleur viscérale pour accoucher d'une littérature opportuniste.
Je veux parler d'amour alors que tout m'incite à la guerre et à la violence. Ils attisent les braises de l'enfer terrestre alors qu'ils oublient qu'ils sont sur le même bateau. Ils ne comprennent pas que c'est dans la prière que je m'apaise et que je tente de domestiquer les fougues de mes passions égoïstes. Ils ne peuvent saisir le sens de mes intentions car ils sont trop orgueilleux pour écouter la voix de cet étranger de l'agora. Ecoutes mes vagissements dénonçant la marche du siècle, c'est par la verve de ma plume que je décide de témoigner contre les supputations de ces corrompus qui ont vendu leur âme au diable pour une jouissance éphémère. Leur dévouement pour ma cause est à la hauteur de leur statistique de vente dans les maisons d'éditions. C'est comme si ils tiraient leur existence de ma condition d'opprimé dans les abîmes de la barbarie humaine. On édifie les mures de la honte sans que cela n'ébranle les amoureux de la liberté et de la justice. Ont-ils tous choisi le camp de mes bourreaux malgré ses injustices limpides ? N'y a-t-il plus de martyre de la liberté, des Che Guevara contre l'impérialisme et les tyrannies despotiques,…
Entends ces échos de détresse arrivant par flot ininterrompu qui se fracasse contre ces rochers de l'indifférence. Que ces inhumains sachent que si ils ont le présent pour eux, nous avons le futur pour nous. Qu'ils prennent consciences que les brumes matinales finissent toujours par se dissiper pour laisser place à la clairvoyance vespérale de l'esprit. Sache que la raison finie toujours par dominer les émotions nées de ces instants enflammés par ces pyromanes qui prisent les passions à fleur de peau. Quelle tristesse que de voir ces héritiers des Lumières se comporter en de simples illuminés assoiffés de notoriété et en quête de médiatisation.
C'est dans les épreuves et les tourments de ma vie que j'ai forgé ma quintessence si singulière. Tout est fait pour me distraire de ces tragédies théâtrales où la dignité humaine se mesure à géométrie variable. Où les faibles sont exploités et exécutés sur les autels de l'indifférence et de l'amnésie collective. Ces ignorants de l'âme humaine oublient qu'il y a une limite à ne pas franchir si l'on ne veut pas que l'instinct primaire engendre le chaos. Si seulement ces béotiens altiers pouvaient goûter et apprécier le nectar nourricier qui découle de la composition florale des esprits et de l'étreinte des cœurs ouverts. C'est là que nous pourrions commencer à espérer d'un avenir meilleur. N'ont-ils rien d'autre à proposer que l'étendage de leur souffle puéril et immonde à la hauteur de leur bassesse intellectuelle. C'est dans la pénombre que ces âmes avides de confrontation et de sang, que ces débauchés, se font primer pour leur excès de déblatération vis-à-vis du sacrée.
Chaque jour est un calvaire pour celui qui se force de croire en la bonté de l'homme tant les dérives individuelles et collectives forment des chaînes de montage abrupte et hostile. Ils ont fait de ma couleur une souillure, de mes origines une blessure et de ma religion une bombe à retardement. Ils cherchent à nous acculer dans nos retranchements par leurs invectives nauséabondes. Ils oublient seulement que ma couleur leur permet de s'identifier, que mes origines les renvois à leur propre identité et que ma religion les interpelle sur leur propre croyance et que pardessus tout elle n'est que paix, amour et tolérance. Pauvre d'esprit celui qui refuse de me voir comme la thèse ou l'antithèse du reflet de sa propre existence dans le miroir de la vie.
N'est il pas temps que les hommes comprennent que les fleuves de sangs n'ont jamais nourri et grandi l'humanité. Pourquoi tant de haine alors que l'on est en déficit d'amour et de paix. Pourquoi semer le vent de la discorde et exciter les passions aveugles dont nulle ne sait contenir la sauvagerie qui peut en découler. Les jarres de l'amour sont telles vides de sens, les oasis de la bonté et de la générosité ne sont elles que des mirages dans l'esprit de ces intellectuelles cupides et obsédés par la précellence de leur ego.
La raison et le cœur ne feront qu'un lorsque la sincérité de nos actes feront corps avec la sincérité de nos âmes, alors nous arriverons peut-être à comprendre le verset d'Allah stipulant : « je ne change l'état d'un peuple que si ce dernier change ce qu'il a en lui-même… » .Où sont les hommes doués de lucidité et de pragmatisme qui savent défendre la justice malgré leur appartenance politique, ethnique, religieuse ou sociale.
R.A
http://laparoledujeunemusulman.blogspot.com/