Loin de la Méditérranée de Sarkozy, celle de « Zone », roman de la rentrée

On ne sait combien de pages, et de phrases, comptera la déclaration commune, ce dimanche, de l« acte fondateur de l'Union pour la Méditerranée. LE roman français de la rentrée, lui, compte cinq cent pages. Et une seule phrase.

“Zone” est un pavé-bilan de toutes les barbouzeries et guerres civiles qui ont eu lieu autour de la Méditerranée depuis quinze ans. C'est la réponse de la littérature à au projet d'UPM que vont signer quelques autocrates et quelques gouvernements.

Nous n'en dirons rien de déflorant aujourd'hui, bien entendu. Il en sera question dès le 20 août, date de sa parution. Mais, en ce week-end de pacte avec quelques diables, nous ne pouvions laisser passer la rencontre entre fiction et actualité.

Car c'est une preuve supplémentaire que la littérature et les arts ne sont pas des objets de luxe, mais bel et bien des caisses de résonance. Et, occasion faisant larron, un moyen de faire buzzer, avec sens, le principal coup de cœur du Cabinet de lecture, au sein de la rentrée littéraire française d'août prochain.

Comme l'UPM, “Zone”, c'est le livre du meilleur et du pire, de l'inutile et de l'opportun. Du soleil et du soufre. Le pacte des sourires et des canons.

D'un pacte à l'autre

“Zone”, troisième roman du jeune Français Mathias Enard, est le roman-monde que les jeunes Français ne savaient plus écrire. Clin d'œil possible à Apollinaire et certain à “L'Illiade ‘, Zone’ est composé, comme le livre d'Homère, de vingt-quatre chapitres. Il est composé… d'une seule phrase. Pas un seul point dans la narration d'Enard.

Il n'y a pas eu de points non plus dans la carrière de Servain Mirkovoc, alias Yves Deroy, narrateur du livre et mercenaire du renseignement français. Qui a –bien volontairement- participé à tous les conflits civils et trafics armés qui ont fait l'actualité guerrière et barbouze de la Méditerranée depuis quinze ans : Alexandrie, Alger, Liban, Israël, Balkans, Palestine.

Notre homme est en partance pour une dernière mission : remettre au Vatican les archives de ces missions, les comptes-rendu de ses propres atrocités… Dans le train qui le conduit à Rome, il livre ses mémoires en avant-premièrePourquoi au Vatican ? Vous lirez, vous verrez.

‘Zone’, donc, cartographie ces conflits et ces atrocités, mais, et c'est alors qu'il devient littérature, ne se contente pas d'en réciter les faits. Dans un élan qui doit autant aux Yankees William T. Vollmman et Richard Powers qu'à Marcel Proust, ‘Zone’ est un roman réaliste et onirique, un livre du paradis et de l'enfer, un livre psychique et nomade, architectural autant que littéraire.

C'est, aussi, un livre qui cherche sans cesse le contre-point littéraire (Burroughs, Genet, Ezra Pound surtout) pour donner un écho lumineux aux horreurs.

D'une rentrée à l'autre

Rewind. Août 2006 : un jeune Français vivant à Barcelone, solidement diplômé et voyageur, est l'événement de la rentrée littéraire. C'était Jonathan Littell. C'était ‘Les Bienveillantes’, un pavé macabre et scintillant, un brillant pacte avec l'horreur qui obtiendra succès et Goncourt.

Forward. 20 août 2008 : un jeune Français vivant à Barcelone, solidement diplômé (études d'art et d'Arabe) et voyageur (de Niort à Barcelone en passant par le Liban et la Villa Médicis en 2005) sera un des évènements de la rentrée littéraire française –même si il y a fort à parier que les jurés du Goncourt l'ignoreront. C'est Mathias Enard. Ce sera ‘Zone’, dont l'Histoire retiendra qu'il donne un rôle à la littérature quand Sarkozy, lui, doit se contenter de faire une place à Bachar al-Assad.

De ‘L'Illiade’ à Enard, révisons notre Europe, et notre Méditerranée.

Zone de Mathias Enard - éd. Actes Sud - parution le 20 août

3 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H46 | 12/07/2008 | Permalien

Ah, la vache ! Mathias Enard !
Si vous voulez en manger pour patienter en attendant le 20 août, lisez donc La Perfection du tir chez le même éditeur : une description hallucinante de l'intérieur des boyaux de la tête d'un sniper.
Et dire que c'était son premier roman : trop fort, Mathias Enard.

Portrait de Hubert Artus

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De Hubert Artus (auteur)

Rue89 | 19H30 | 12/07/2008 | Permalien

Tout à fait d'accord !

Portrait de zénon denon 84

De zénon denon 84

Bonne | 17H37 | 13/07/2008 | Permalien

ça ,oui vous nous mettez l'eau
à la bouche.Patience donc,et attendons .
ZONE DE TURBULANCE ! ! !

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