François Léotard, l'ami qui ne veut plus aucun bien à Sarkozy

François Léotard publie » Ça va mal finir » , livre plein d'ironie et de sévérité envers le nouveau président. L'ancien ministre a voté Bayrou au premier tour, Sarkozy au second. Il y croyait. Mais il avoue qu'il dort moins bien depuis.

En 2008 comme en 2007, des dizaines d'ouvrages sur l'occupant de l'Elysée vont paraître. Le Cabinet de lecture piochera. Après l'avis du philosophe et avant, ce week-end, celui d'une journaliste en quête d'imaginaire de gauche, voici celui d'un homme politique d'une autre époque. Un qui a gouverné avec le Sarkozy aux costumes anti-érotiques (Sarko période Balladur), et qui s'en prend au président des apparences glamour. Un qui, depuis la mort de son frère Philippe, semble vouloir apprendre l'incorrection. François Léotard est-il un repenti ? Ils étaient deux ministres…

Ils ne sont pas de la même droite, mais ils gouvernèrent un temps ensemble. L'un aux armées de la France, l'autre aux bourses de l'Etat. Il y a quinze ans. Entre 1993 et 1995. Deux années où la modernité avance (Portishead, Blur ou NTM, ecstasy, techno, et généralisation de la prévention contre le sida) alors que la France semble reculer dans l'espace-temps (un président sur le chemin de la sagesse post-mortem, une réincarnation de Louis XVIII à Matignon). Les années zéro de la » Génération X » . La France n'a plus Platini et ne connaît pas encore Zidane.
Mais elle connaît Sarkozy.

A cette époque ministre du Budget du gouvernement Balladur, il fait ses classes. Bientôt, il saura trahir tout seul. A cette époque, c'est l'anti-bling bling. Ça ne l'empêche pas de commencer à rêver d'un destin glamour et présidentiel. Un rêve que François Léotard, ministre de la Défense du même gouvernement, a longtemps caressé. Mais la roue a tourné pour ce golden boy de la classe politique eighties : il sera pris dans la tourmente du financement des partis (dix mois de prison avec sursis pour blanchiment dans l'affaire du financement occulte du Parti Républicain), dans les turpitudes de l'intervention au Rwanda, et dans les affres occultes de la politique sauce PACA (avec Marchiani aux commandes). Politiquement, Léotard est fini.

François Léotard a toujours dit que la guerre et la Shoah avaient fondé les bases de son engagement politique. Aussi, il n« est pas illogique qu'en ce début 2008, il soit un des » opposants de droite » à Nicolas Sarkozy.

Aujourd'hui, celui qui est à présent écrivain (treize livres dont quatre romans) publie » Ça va mal finir » , livre plein d'ironie et de sévérité envers la nouveau président. Léotard a voté Bayrou au premier tour, Sarkozy au second. Il y croyait. Mais doit aujourd'hui avouer :

 » J'ai voté Nicolas Sarkozy, mais dors mal depuis. »

Il fait ici défiler toutes ses déceptions, trop vite arrivées et trop rapidement enchaînées : » le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds, baptisée modestement « ouverture », le drapeau tricolore relooké par Prada, les intermittences du cœur sous les ombrages de la Lanterne. » » Je commençais petit à petit à bouffer mon bulletin de vote » , écrit l'homme qui fustige celui pour qui il semble que la séparation des pouvoirs soit une énigme.

Si on a peine à croire qu'un citoyen, a fortiori ancien collègue ministériel du président, n'avait vu venir ni cette soif de pouvoir ni cette vulgarité, on saura gré à Léotard de pointer dans sa démonstration une chose qu'il avait, à l'époque, proposé plusieurs fois : la psychanalyse des hommes politiques au pouvoir. (Voir la vidéo)


Un Léotard triste, qui sait être bien cintré…

Léotard n'oublie pas d'accorder quelques bons points ( » Tu as eu raison de citer Guy Môquet » ), de réagir très positivement aux nominations de Rama Yade et de Valérie Pécresse ( » Il y avait bien sûr Rachida Dati, mais je l'aimais moins. Un côté mec, mode et mépris qui la rendait inquiétante dans le monde des robes noires » ). Mais ne cesse de comparer le traitement réservé aux sans-papiers à la politique pétainiste ( » Parce que ce sont souvent des étrangers qui ont aimé notre pays plus que nous ne l'avons fait… Parce que ces étrangers de l'Affiche Rouge ont davantage honoré la France que les bons Français de Vichy » ). Et ne décolère pas de voir » l'ordre républicain se plier ainsi aux caprices de tout ce qu'il devrait combattre » (visite de Kadhafi). Le tout, avec un » je » omniprésent dans le discours sarkozyste qui, lui aussi, n'a rien de républicain.
Un côté ancien régime.

Or, il y a, au beau milieu de » Ca va mal finir » , des pages bien cintrées, qui feront forcément penser aux démonstrations récentes de Patrick Rambaud et de Marc-Vincent Howlett : Sarkozy est comme un homme du passé. Un moment où Léotard, pointant le seul horizon qui vaille à présent pour le président (2012), il lui conseille d'oser ce que de Gaulle avait envisagé : installer l'Elysée au château de Vincennes :

 » Retrouver dans ce donjon le souvenir de Charles V, dormant aux côtés du Trésor royal, […] surveiller du haut des tours les émeutes parisiennes qui sont à notre fierté nationale ce que la Brabançonne est à la Belgique, aller, le soir, du pavillon du Roi au pavillon de la Reine pour évoquer les affaires de famille. »

Venue d'un Léotard lui-même fils de monarchiste et élevé dans le culte de Charles Maurras avant d'être un des ces libéraux français viscéralement opposés (ils ne sont pas légion, en PACA…) à tout dialogue ou clin d'œil avec le Front National, la pique a son pesant de venin. (Voir la vidéo)


L'ombre du frère » Ca va mal finir » n'est pas un texte d'une grande langue, c'est entendu. Ce n'est pas non plus un de ces réquisitoires anti-Sarko habituels. Car il n'est pas uniquement un règlement de comptes. C'est, aussi, le bilan d'un homme qui, depuis qu'il s'est définitivement écarté des valeurs de l'Eglise (une année de retraite bénédictine en 1964 dont l'influence se fit longtemps sentir), depuis qu'il a choisi (dû choisir ? ) de quitter la politique, depuis son triple pontage coronarien, et surtout depuis la mort de son frère, se veut » à présent camusien » . Celui qui, durant la période mentionnée au début de cet article, était un des trois » neu-neu qui, pendant ce temps-là, neuneuttaient et neuneuttaient encore » des Guignols de l'Info (avec de Villiers et Bayrou), avoue » vouloir se préparer dignement à la mort » .

Il dit lui-même être » un has-been heureux » . Il écrit :

 » Si je dis cela, ce n'est pas pour rire. Pas uniquement. C'est simplement pour que l'on arrête de nous bassiner avec l'avenir. La nostalgie, c'est bien plus drôle et ça dure plus longtemps. »

On a certes peine à croire que son retrait de la politique ne le fissure pas plus qu'il ne le montre. Mais, lorsqu'on voit Léotard aujourd'hui, on a l'impression bizarre de se trouver en face d'une figure mutante. Un François dans lequel Philippe –qui manque tant dans la France de 2008– vit encore. Une défense dans laquelle la défonce tente de poindre, mais où elle est contenue. Il est, ainsi, des hommes politiques qu'on aura toujours du mal à cerner. (Voir la vidéo)


 » Ça va mal finir » de François Léotard – Grasset – 138 p – 10€.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Gevrey

De Gevrey

18H03 | 06/03/2008 | Permalien

bon on arrête un peu de délirer…

Sarkozy a été démocratiquement élu pour 5 ans et son mandat s'achève en 2012.

Pronostiquer des trucs du genre « ça va mal finir » c'est n'importe quoi… de même que les comparaisons avec Vichy…

De toute façon qu'elle est l'alternative à Sarkozy … ?

Portrait de ART MONIKA

De ART MONIKA

20H10 | 06/03/2008 | Permalien

Intéressante, cette critique de Sarkozy venant d'un homme qui fut l'un de ses compagnons de route.

Mais, comme le questionne l'article, comment Léotard ne s'est-il pas rendu compte auparavant de la personnalité de Sarkozy, et surtout des travers que l'accession au pouvoir allait nécessairement accentuer ?

La « trahison » à l'époque Balladur avait montré que Sarkozy ne s'embarrassait guère de principes. Mais surtout, surtout, son passage au Ministère de l'Intérieur nous avait montré à tous ses fanfaronnades, sa brutalité, sa vulgarité, son populisme.

Et pourtant…. des gens aujourd'hui continuent à le juger suprêmement intelligent et à l'admirer.

Oui, ça va mal finir. Mais, électeurs de Sarkozy, dont Léotard, n'est-ce pas votre faute si ça a commencé ? Que comptez-vous faire, à part quelques livres, pour rattraper le coup ?

Portrait de Seccotine

De Seccotine

18H52 | 06/03/2008 | Permalien

Ah ben ça, c'est la meilleure ! Si on m'avait dit qu'un jour j'écouterais (peut-être je lirais) F. Léotard avec plaisir, je ne l'aurai jamais cru ! Je ne sais pas si « Ca va mal finir », mais je sais en tous cas que pour le moment on est vraiment « mal barrés », et dire qu'on en a encore pour quatre ans ! Espérons que ce temps sera utilement consacré à ne pas retomber dans les mêmes erreurs…. Déçus de Sarkosy, commencez à faire le bilan des déceptions et surtout ne l'oubliez pas à la veille de votre prochain vote, vous avez encore quatre longues années à être malmenés, pressurés, mal sécurisés (surveillés où que vous serez), etc. Quant aux autres, ils ont les mêmes quatre longues années à attendre, mais eux, s'ils sont déjà convaincus, que cela ne les empêche pas de réfléchir utilement rien que pour éviter aux premiers cités de retomber dans les mêmes ornières.

Portrait de machiavel.

De machiavel.

20H25 | 06/03/2008 | Permalien

Même lorsque Rue89 ressuscite les voix d'outre-tombe , c'est pour nous dire qu'elles sont contre Sarko ! Pour vous dire qu'il est sacrement dans la merde le pauvre !

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