
Catherine Siguret, une affranchie de la négritude littéraire

L'explosion du marché du livre et le nombre sans cesse croissant de parutions ont sorti du placard une figure jadis hypocritement moquée : le nègre. A l'occasion des subtiles confessions d'une « ghostwriter », tour d'horizon de la pratique.
Au royaume de l'agilité d'esprit, le nègre est roi. Et dans le circuit du livre, sa figure est maintenant décomplexée. Ce « ghostwriter » qui écrit des livres que d'autres signent à leur place, jadis recherché et jamais cité, est aujourd'hui beaucoup plus courtisé. Car depuis l'explosion du nombre de parutions de livres, le Milieu (de l'édition) a besoin de mains. Depuis le boom des documents politiques, des « quick books » et des livres people, le Moloch dépend de plus en plus des productions écrites « en collaboration ». Une manne pour les nègres. Un gigantesque appel d'air pour les « intellos précaires ».
En France, Erik Orsenna, Patrick Rambaud et Dan Franck sont, des romanciers primés et starisés, les nègres les plus connus. Ce dernier a écrit une soixantaine de témoignages, récits et documents pour les autres (parmi lesquels Zinédine Zidane) mais s'est toujours refusé à écrire les romans des autres. Dans « Politiquement nègre » (avril dernier chez Robert Laffont), conseiller en communication politique, pointait l'omerta du milieu politique sur le sujet, à l'heure où les people se sont outés. Et où leurs nègres sont payés entre 20 000 et 40 000 € pour trois mois de travail et pour leur silence.
Dans « Roman nègre », paru au printemps chez Grasset, Dan Franck mettait en fiction et en poupée gigogne sa propre « négrité ». Au même moment, dans « Enfin Nue », Catherine Siguret retournait le gant. Plus encore qu'une confession littéraire, « Enfin nue ! » est un ouvrage très fin, où une nègre tente de s'auto-négriser. Réussi. Rue 89 a voulu en savoir encore plus.
Avez-vous eu du mal à trouver éditeur pour cet ouvrage ?
Un mal fou. Les quelques éditeurs avec lesquels je travaille (une petite dizaine), me disaient : » Mais enfin, on s'en fout ! T'es personne ! » . La plupart n'ont pas lu, ceux qui ont lu ont trouvé ça formidable (bien entendu) mais » pas pour eux » . Chez deux éditeurs, j'ai frôlé le » oui » jusqu'à un veto du sommet (prétexte ou réalité ? ). J'ai rangé le livre dans le tiroir et continué à œuvrer sur mes autres livres, songeant que c'était sans doute une mauvaise idée. Deux ans plus tard, j'ai pris un agent pour y voir clair dans mes trente et quelques livres déjà parus. C'est elle qui a placé le livre chez Intervista, maison d'édition de Luc Besson que je ne connaissais pas. Malheureusement, le livre, à qui une presse formidable était promise (et effective) a été saboté par le réseau de distribution, le CDE (filiale de Gallimard, NDLR), qui en a fait un incunable : 1500 exemplaires ! Il faudrait parler de ça, un jour, des réseaux de distribution qui font la pluie et le beau temps, décident du destin d'un livre en décidant de la mise en place.
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Que pensez-vous de la profusion actuelle des « quick-book » d'actu ? En écrivez-vous ?
Que voulez-vous que je dise à part que sur le principe, je trouve ça un peu lamentable, évidemment, et que l'idée que je me fais d'un livre est plus noble. Maintenant, est-ce que la vie de Greg le millionnaire, star pendant deux mois sur une chaîne de télé, livre que j'ai écrit, n'était pas déjà un quick book ? Enfin, l'appellation cible les livres d'actualité dite » journalistique » , et je déteste tout ce qui ressemble à un papier de presse délayé pour former 200 pages. Ils me tombent des mains parce que je ne peux pas être dupe d'un livre où il n'y a aucune matière, je sais trop bien comment on les fait, et ça me saute aux yeux ! Comme ça ne m'intéresse pas, je n'en écris pas et n'en écrirai pas. En même temps, on peut nourrir l'espoir confus qu'ils entretiennent le rapport des gens à l'objet livre, et qu'ils dynamisent un secteur qui ne va pas très bien.
Pensez-vous qu'on puisse être, sur le long terme, un bon écrivain en même temps qu'un bon nègre ? En d'autres termes, Dan Franck est-il selon vous un bon nègre et un bon écrivain ?
Je n'ai pas lu le livre de Dan Franck, au départ parce que je me suis dit : » Je ne vais pas lire un livre qui raconte ce que je sais déjà » , mais en fait, je crois m'être égarée sur le contenu. Donc je vais le lire. Qu'est-ce qu'un bon écrivain ? Quelqu'un qui sait tenir un rythme soutenu, retenir l'attention d'un façon ou d'une autre, et je pense qu'il sait le faire sinon on ne l'aurait pas fait travailler deux fois. Ensuite, c'est quelqu'un qui envoûte, qui fait tomber amoureux son lecteur, amoureux des lignes, et ça, c'est subjectif. A mes yeux, c'est l'essentiel, mais à d'autres yeux, c'est l'intrigue. Quand on voit les livres qui » cartonnent » , les romans de » stars » , ce sont des livres sans musicalité, avec une bonne intrigue de série télé, à laquelle je peux même me laisser le prendre. Aussi y a t-il de mauvais écrivains qui font en quelque sorte de bons livres.
Quelle est la fourchette de prix que vous appliquez pour les livres que vous écrivez pour les autres ?
Je gagne avec mes livres entre 10 000 €, plancher le plus fréquent mais en deçà duquel « je ne me lève pas » (pour paraphraser une célèbre top-model qui, elle, évoquait 100 000 €), et 15 000 € pour l'avance. A terme, soit les ventes médiocres font qu'on en reste là, cas le plus fréquent hélas, soit on atteint des sommets. Le record étant de 50 000 € pour Claudia Schiffer (traduction mondiale, et malgré mon pourcentage de 1%, ce fut d'un excellent rapport). Le nègre établit des statistiques : je fais un carton tous les dix ans !
Si Cécilia Sarkozy, qui » adore Rue89 » , ou Carla Bruni, vous contacte en vue d'un contrat suite à cette interview, quelle sera votre réaction et la somme que vous lui demanderez ?
Carla, c'est oui, et quand je suis morte de curiosité, je peux faire un prix ! ► Enfin nue – Confessions d'un nègre littéraire de Catherine Siguret – Intervista – 223 p. – 14,90 €
► En juillet, avant la prochaine rentrée littéraire, le Cabinet de lecture publiera les –nombreux…- sujets sur des livres parus ce premiers semestre, et dont il n'a eu le temps de vous parler.
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De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 17H32 | 26/07/2008 |
je m'excuse mais à la ligne
c'est retenir l'attention d'UNE façon ou d'une autre et non d'un façon ça fait désordre pour une page sur les écriveuses
je lis rarement les articles et suis plutot mal plaçé pour souligner les fotes
jaimes bien les histoires de besogneux de l'ombre
De Phil2922
Retraite invalidité | 17H42 | 26/07/2008 |
Allez pour Carla Bruni, Catherine Siguret pourait, en effet, lui faire un prix. Ce serait dommage de la mettre sur la paille, surtout que son dernier disque ne se vend pas comme elle aurait pu l'envisager. Ce n'est pourtant pas la promo qui lui a manqué. Même France Inter s'y est mis, histoire de se mettre en bon terme avec l'elysée… ? !
http://phil195829.overblog.com
De Phil2922
Retraite invalidité | 17H46 | 26/07/2008 |
Patrick du 14 : Excusez-moi, j'ai tapé trop vite et il y a deux fautes : pourrait et non pourait et l'Elysée et non l'elysée. Mon nègre est parti en vacances ou dans un centre de rétention, en fait je n'en sais rien, je n'ai plus de ses nouvelles… ! !
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 17H51 | 26/07/2008 |
phil2922 vous pouvez écrire commes vous voulez je ne lis jamais vos comms
à patrick du 14
De LeSultanDeBruni
. | 18H07 | 26/07/2008 |
C'est gracieux …
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 17H54 | 26/07/2008 |
parcontre il m'arrives de lire les pages de m'sieur artus vue que j'essayes d'ouvrir un bouquin de temps en temps et qu'au milieux de tout çe net de moins en moins de gens nous en parles
De cooboolt
Country people lost | 18H06 | 26/07/2008 |
Pour deux phote le gars va nous ch*** une pendul…
Pfffffffff… ! ! !
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 18H27 | 26/07/2008 |
Hubert,
dans la série bouquins sur les nègres, est-ce aussi plaisant à lire que « La Machine à écrire », rédigé sur le ton d'un semi-polar il y a 12 à 14 ans ?
à FabiendeMénilmontant
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 19H56 | 26/07/2008 |
C'est complémentaire !
à Hubert Artus
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H01 | 26/07/2008 |
Merci Hubert. Moi qui ne lis pratiquement que du consommable mais qui ai beaucoup été nègre, je crois que je vais me débrouiller. Super !
@ toutes et tous, si vous avez loupé La Machine a écrire, suivez le conseil du jour de Hubert : ça doit valoir le coup/coût.
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 19H18 | 26/07/2008 |
C'est quand même bien de rencontrer quelqu'un et d'en apprendre.
De zeone
25 degre nord | 21H11 | 26/07/2008 |
« Si Cécilia Sarkozy, qui “adore Rue89”, ou Carla Bruni, vous contacte en vue d'un contrat suite à cette interview, quelle sera votre réaction et la somme que vous lui demanderez ?
Carla, c'est oui, et quand je suis morte de curiosité, je peux faire un prix ! »
L'inverse m'eut semble plus interessant. L'une semble continuer a jouer un « role de pacotille », alors que l'autre semble avoir dit stop a ce cinema.
à zeone
De NING
03H44 | 27/07/2008 |
le négre officiel de Carla Bruni ,c'est un certain Mr Barbier du journal hedomadaire « Rapide »
* ou « Express » en langage SNCF
De magaliesimon
célibataire | 23H00 | 26/07/2008 |
Je trouve la pratique du nègre profondément choquante, hypocrite, c'est de la fausse monnaie littéraire mais tout le monde s'en satisfont. A vous dégoûter de lire !
http://www.jesuisencolere.com
à magaliesimon
De NING
03H47 | 27/07/2008 |
Si « Johnny » écrivait un livre, croyez-vous qu'il ait
besoin d'un négre vu son immense culture , ?
à NING
De TARPON
13H51 | 27/07/2008 |
ah que caca !
à magaliesimon
De vapeur-terrestre
européen dans l'Atlantique-nord | 09H04 | 27/07/2008 |
Je suis 100% d'accord avec vous. Ce qui est intéressant, dans la lecture, c'est de comprendre ou sentir ce que l'auteur a conçu. L'auteur, le vrai, celui qui a écrit le livre.
Le cas est différent si le livre est réalisé à « quatre mains » et le nom de l'auteur indiqué. J'ai dans ma bibliothèque un livre co-signé par Erik Orsenna, pour lequel les choses ne sont pas cachée. Il prête sa plume à quelqu'un qui a quelque chose à dire sans avoir le talent pour en faire un livre intéressant. Dans ce cas le lecteur n'est pas trompé.
De Révolutiona
Hawwah | 09H04 | 27/07/2008 |
Intéressant, je me suis toujours demandé comment on pouvait sortir des bouquins bien documentés et construits en aussi peu de temps… Comme sur les dernières grandes affaires économiques, Kerviel, la défaite de Royal, la séparation de Sarko/Cécilia…
et puis, il y a tant d'usurpateurs.
La question que je me pose : pourquoi des personnes qui savent écrire doivent fatalement se mettre à la disposition des autres.
C'est en effet, d'où le nom, ne pas reconnaître le travail à juste titre. Certes, il y a de l'argent derrière, assez confortable, pour qui écrit vite, mais la satisfaction qu'on en tire… Elle ne doit pas être à 100 %.
Un livre qu'on a envie de lire pour connaître davantage les coulisses des éditeurs.
Merci.
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 11H18 | 27/07/2008 |
et comme on est au rayon kultur
http://fr.yahoo.com/_ylt=AvNK6F3aFd2CqAvZN54Itf6hVM8F ; _ylv=9/SIG=12mit2g…
à patrick du 14
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 18H19 | 27/07/2008 |
La mise à jour de 17h est ici :
http://www.afp.com/francais/news/stories/newsmlmmd.a596f61bf919d9080163a…
De Addie
21H22 | 28/07/2008 |
Ce que je préfère, ce sont les nègres des anonymes, comme dans les magazines Elle, marie-claire, ou autres journaux de ce style. Il y a toujours la rubrique « c'est arrivé près de chez vous », témoignage d'une scènette ou aventure de vie récoltée auprès d'une femme (lectrice ou témoin rencontrée sur le trottoir) virtuellement prénomée et âgée, dans le genre : « mon mari me trompe depuis 20 ans », « J'ai grandi avec une mère espionne » ou « Fille unique, j'ai eu 6 enfants ». Ces textes ont toujours le même ton, la même taille, la même distance. Un peu crus mais pas trop, bien dosés, tristes et drôles à la fois : bref, c'est si peu vrai que c'est chiant à mourir, c'est consensuel, dans l'air du temps, et ça indique ce qui est de bon ton ou pas.
Un peu comme les interviews (et c'est valable pour tous les journaux). je me demande toujours comment ça se fait que les gens disent aussi peu de gros mots. Pourquoi diable faut-il les suprimmer (sauf si on est un journal de rock'n'roll) ?
Et puis les éditeurs, ces braves conseillers selon lesquels il faudrait changer la fin et le début, et puis un peu le milieu, pour que tel ou tel roman puisse être édité. On n'est plus dans la négritude mais ça ressemble à de l'asservissement.