
Avec Norman Mailer, une grande voix de la contre-culture s'éteint
En cet automne, en France, paraissait le dernier roman des deux monuments -vivants- des lettres yankees : » Un château en forêt » , de Norman Mailer, et » Un homme » , de Philip Roth. Depuis ce 10 novembre 2007, un des deux n'est plus. Agé de 84 ans, Mailer s'était fait opérer du poumon en octobre, et est décédé un mois plus tard à l'hôpital Mount Sinaï de New York, des suites d'une insuffisance rénale.
Un livre de Mailer, c'est avant tout un parpaing

Même si ses romans les meilleurs sont ses plus anciens (en gros, jusqu'à » Les vrais durs ne dansent pas » , en 1984), chaque livre de Norman Mailer était une gigantesque piqûre de rappel quant à la position des intellectuels dans leur temps. Un livre de Mailer, c'est avant tout un parpaing. On notera que c'est au moment où il invoque le plus la figure du diable, dans un roman où ce dernier aurait pourtant mérité encore plus de place, que Mailer s'en va.
» Un château en forêt » (paru au début de l'année aux Etats-Unis, en octobre en France) est un labyrinthe, une fournaise. Mailer y donne la voix à Dieter, un SS qui nous emmène au fond du secret d'Hitler : Mailer reprend la thèse de l'inceste -jamais prouvée, mais envisagée par de nombreux spécialistes- et se focalise sur trois générations d'Hitler, entre 1837 et l'arrivée au pouvoir. Le récit élève le SS au rang de Diable, se mettant ainsi au niveau du Mal absolu :
» L'explication, pour peu que vous soyez prêt à la suivre, est considérablement moins complexe que, disons, la théorie de la relativité d'Einstein. »
C'est peut-être, finalement, le récit le plus philosophiquement osé de l'Américain. C'était le premier tome d'une série de plusieurs. La suite promettait. Mailer, sans doute, se doutait que c'était là un travail qu'il n'achèverait jamais… En matière de littérature contemporaine, rarement le Vrai et le Mal n'auront eu à ce point la même voix que dans ce » Château en forêt » . Qui est représentatif de toute l'œuvre de son auteur.
Une œuvre partagée entre réalisme (hérité de Dos Passos) et récit journalistique (hérité d'Hemingway). Norman Mailer et Truman Capote dynamitèrent le récit littéraire, en y insufflant un dose de journalisme qui permettrait, plus tard, les gonzos reportages de Thompson, les récits beatniks errants de Ginsberg et Kerouac.
Entré en littérature par l'Histoire
Que » Le Château en forêt » soit le dernier livre de Mailer –de son vivant du moins- est logique : Mailer est venu à la littérature par l'Histoire. En 1948, il publie » Les nus et les morts » , ce récit d'anthologie sur une bataille imaginaire dans le Pacifique, tiré de son expérience personnelle et écrit dès son retour de la bataille réelle, lui apporte la gloire à 25 ans. Si, par la suite (Vietnam, Irak), il fut si opposé aux gouvernements guerriers (il fit de la prison pour son opposition à la guerre au Vietnam), c'est que, incorporé dans l'US Navy en 1944, il avait fait la guerre lui-même.
Avant, il étudiait l'aéronautique. Après, il fut boxeur. Et : romancier, journaliste, poète, metteur en scène, scénariste, acteur de cinéma occasionnel ( » Ragtime » de Milos Forman et » Le Roi Lear » de Godard) et même candidat éphémère à la mairie de New York en 1969. Etant arrivé aux Lettres par l'Histoire, Mailer fera ensuite entrer cette Histoire dans l'Amérique et dans ses mythes. Il mélange les genres et suscite la controverse, comme par exemple pour ses » biographies » de Marylin Monroe, de Picasso ou de Mohamed Ali, ou encore son » Évangile selon le fils » (1996) où il fait parler Marilyn Monroe et Jésus-Christ à la première personne du singulier.
Un figure dans le siècle, un style dans son temps
Ayant toujours » gravité autour de l'establishment démocrate, sans y entrer » , Mailer passera sa vie, ses romans et ses reportages, à surveiller les débordements politiques américains et les drames qui en découlent. En 1955, il participe à la fondation de l'hebdomadaire contestataire Village Voice et devient, deux ans plus tard, une figure du monde intellectuel en signant un essai intitulé » The White Negro » .
Mailer ne cessera jamais la provocation, la contestation, la rixe, la baston. Il sera toujours présent. Debout. En 2003, en particulier dans » Pourquoi sommes-nous en guerre ? » -référence à son » Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? » de 1967-, il avait vilipendé la gouvernance américaine plus fort encore que Chomsky ou Moore. Il déplorait une Amérique toujours plus puissante économiquement mais moins créative et moins cultivée, dévoyée par la cupidité, abrutie par l'obsession patriotique ou les publicités télévisées.
Par des propos parfois bien misogynes sur les relations hommes-femmes, Mailer s'est fait de nombreux ennemis, en particulier des ennemies. Il fut traité de » dernier cochon mâle chauvin » par Kate Millet, grande figure du féminisme américain. Les coups de couteau portés à sa seconde épouse (il en eût six au total, lui qui est père de neuf enfants), en 1962, lors d'une crise d'ébriété, ne feront rien pour arranger les choses. Il fut alors placé en observation dans un asile psychiatrique pendant quinze jours.
Mailer obtint deux fois l'hyperprestigieux Prix Pulitzer, en 1969 pour » Les Armées de la nuit » et en 1980 pour » Le Chant du bourreau » .
► Dernier ouvrage paru : » Un château en forêt » , trad. G. Meudal (Plon, 455 pp., 22€)
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De
20H19 | 11/11/2007 |
Mais il faut bien dire que son dernier roman ne vaut rien.
Peut-on encore être appelé « voix de la contre-culture » lorsqu'on propose une vision du monde d'un manichéisme forcené, d'une religiosité exarcerbée , où des causes uniques provoquent des effets indubitables ? Est-ce que ce ne sont pas là les principes simplistes auxquels la culture dominante voudrait tellement qu'on adhére tous sans réfléchir ?
Je suis bien navrée que Mailer ait disparu, car il a écrit d'excellentes biographies, mais je le suis encore plus qu'il ait fini sur ce roman-là.
De
21H03 | 11/11/2007 |
Tant d'inepties contenues dans un seul paragraphe.
Mr. Mailer a commis plus de littérature que ton cerveau de sauterelle ne pourra jamais ingurgiter !
Rends toi service en décrochant de temps à autre du bingo.
De
22H11 | 11/11/2007 |
c'est quoi ce commentaire ? ellea tout à fait le droit de penser celà. « cerveau de sauterelle » ? Tu as l'air aussi macho que ce vieux Norman, qui a écrit de très bons romans, mais aussi pal mal de daubes. Depuis quand devrait-on s'extasier sur tout ce que produit un écrivain, même lorsqu'il commet des merdes. le Céline deu Voyage ou Mort à crédit, chefs d'oeuvres ultimes, n'a rien à voir pour moi avec ses autres productions, insuportables délires haineux sans intérêt.
De Hubert Artus (auteur)
Rue89 | 23H57 | 11/11/2007 |
@ trois commentaires ci-dessus.
Ouh la la, attention. S'il vous plait, Mesdames, Messieurs, n'abaissons pas le débat. Effectivement, si pour ma part je ne pense pas que « Un château en forêt » est si nul, une personne, fût-elle « Courageuse anonyme », a le droit de dire son avis sans se faire insulter par un autre « Courageux Anonyme » ! Effectivement, tout écrivain, abosulment tous les écrivains, ont leurs hauts et leurs bas, ont des comportement saons et malsains, leurs qualités d'écoute et leurs manques d'écoute.
De
05H33 | 12/11/2007 |
Céline à côté de Mr. Mailer, c'est du pipi de chat. Grand amateur de boxe, l'écrivain Mailer t'aurait appris que c'est une question de catégories
De le-vilain-petit-canard
08H29 | 13/11/2007 |
AAAh s » il y a des catégories chez les écrivains tout s » explique alors…
les lourds, les super-lourds.. et Edmond Rostand chez les poids coq ? ? ?
canard qui aime jouer au faucon …
De pikasso02
20H48 | 11/11/2007 |
Le moment ou jamais de relire ou lire « Hygiène d'un assassin » d'Amélie Nothomb.
à pikasso02
De
13H06 | 12/11/2007 |
Vous je vous aime, pikasso02. Moi-même j'aime beaucoup Amélie Poulain.
à pikasso02
De
17H11 | 12/11/2007 |
Ce que j aime chez nothomb, c'est qu on peut prevoir les titres de ses livres : « hygiene de l assassin », « cosmetique de l ennemi »… vivement « parfumerie du méchant », « epilation du monstre » ou encore « maquillage du vilain »
de là à dire qu'elle écrit toujours le même livre…….
De le-vilain-petit-canard
21H18 | 11/11/2007 |
Cher M. Artus
S'il vous plait, éliminez, par pitié ce mot gouvernance, du vocabulaire de l » écriture au moins, car il ne signifie rien de plus(ni de moins) que gouvernement, juste une mode, un mot chébran(hum,hum), abandonnez le, aux autres mass-médias idio-visuels.
A part ce petit détail quasi insignifiant mais qui me brouille un peu l'écoute (re-hum, hum) le reste de votre article est bien documenté et intéréssant ; quoique le mot parpaing m'ait laissé dans le doute, pavé monolithique, ou bien direct du droit ?
Et veuillez excuser cette intervention un peu chipoteuse d » un amoureux des mots.
De
22H04 | 11/11/2007 |
pour la personne trés intelligente qui a posté le premier message etre manichéen c'est etre dans UNE et non pas « la » contre culture
e mot d'ordre aujourd'hui et d'etre tiède avoir des position bien définie peut etre utile
De
05H07 | 12/11/2007 |
Je vous en prie ne vous exusez pas.
Toujours plus haut !
Le niveau des intervenants releve de la cour d'école ou du café du Commerce en ce moment alors…….
Anonyme ? Pas plus que caché derriere un pseudo
De le-vilain-petit-canard
08H10 | 13/11/2007 |
C'est pour cette raison que je m'étonne que les ca ne prennent pas de pseudo c'est quand même plus pratique pour discuter ;
là on ne sait jamais si le ca de 20h47 est le même que celui de 19h48…ça finit en souk de mots
et ça brouille l » écoute
Vous croyez que quelqu'un a relevé brouille l'écoute ? ? elle est connue pourtant cette contrep…… ! ! !
De
11H28 | 12/11/2007 |
Malgré la permanence du doute, les grands sont rarement à l'abri de quelques discrètes facilités utiles à l'accès des sommets… La certitude est plus souvent pratiquée par les médiocres dans leur constance à l'inculture claironnante auto-satisfaite.
De
15H09 | 12/11/2007 |
Vous pensez à qui ? A certains écrivains de l'Académie française ? (Oh, je vous en prie, dites-moi oui ! )
Moi c'est celui de Roth « La bête qui meurt » qui m'avait déçue et même un peu dégoûtée.
De
17H06 | 12/11/2007 |
rien compris à ce que vous disez…
De
14H53 | 12/11/2007 |
Chère CA de 20h19 11/11/2007
« son dernier roman ne vaut rien » ; « “voix de la contre-culture” lorsqu'on propose une vision du monde d'un manichéisme forcené, d'une religiosité exarcerbée » ; « principes simplistes auxquels la culture dominante » ; « il a écrit d'excellentes biographies ».
Si je traduis votre discours dès qu'il aborde la
politique Norman Mailer ne vaut rien, sans doute parce qu'il s'attaque à votre mode de pensée, vous dérange, et vous met le nez dans votre kaka, et cela vous est insupportable.
Par contre sinon, vous êtes bien prête à admettre de bien jolies et inoffensives biographies…
Ne serait il pas plus simple de dire que vous n'êtes pas de son bord ?
De
23H47 | 12/11/2007 |
La Courageuse anonyme de retour …
Quelques explications qui ajouteront encore quelques malentendus sûrement !
Donc : vous traduisez mal, cher CA de 14h53 …
Je reproche au dernier roman de Mailer de n'être pas assez politique, en ce sens qu'il n'interroge pas assez le lecteur sur sa fascination pour un chef monstrueux tout autant que charismatique. Au lieu d'interroger, ce roman impose des explications qui me semblent faciles : d'un côté il ya le mal (c'est Hitler), de l'autre il y le bien. Car si Hitler est monstrueux, nous raconte ce roman, c'est à cause de la fatalité (le diable l'avait choisi), de la biologie (il est le fruit d'un double inceste), de relations psychanalytiques faciles (sa mère l'a trop aimé, son père ne l'a pas assez regardé).
Je reproche à ce roman de rassurer le lecteur quant à sa propre puissance de nuire, de le rendre propre, innocent, parce qu'il met ce monstre à une distance infinie du lecteur. De plus, l'absence totale d'implicite dans l'écriture empêche d'éprouver une quelconque résistance à ce personnage du XX° siècle.
Bref, je reproche à ce roman de n'être pas de la littérature, car il rassure.
Et par un raccourci malencontreux, je l'avoue enfin, je m'attaquai au titre de l'article proposé - fort intéressant du reste-. Car il me semble que les préjugés actuels de notre société ne nous incitent pas à la réflexion mais nous poussent aux émotions faciles, comme le fait ce roman. CQFD.
Et maintenant, bonsoir à tous, et vive la « lis tes ratures » !
De
03H23 | 13/11/2007 |
Madame,
Vous avez raison. Je me suis conduis comme un imbécile, et vous prie d'accepter mes excuses.
CA de 14H53.
De
16H33 | 13/11/2007 |
inceste, diable pour expliquer hitler. et pour expliquer ceux qui l'ont élu ?
corine