
A Manosque, lectures à voix hautes
Passerelle entre l'écrit épistolaire et la littérature moderne, » Les Correspondances de Manosque » sont une date atypique et néanmoins incontournable de la rentrée littéraire.
Imaginez une ville de 20000 âmes où, en cinq jours, 15000 lettres sont écrites. Où le public ne se compte pas en entrées payantes ou en nombre de livres vendus mais, précisément, par le nombre de timbres léchés et collés sur des lettres manuscrites. Vous êtes au bord de la Durance, en plein Luberon. Où, pour la neuvième année, depuis jeudi et jusqu'à ce dimanche, est organisé ce festival légèrement hors du temps. Et en plein dans l'actualité culturelle.
» Les Correspondances » tiennent leur nom du projet initial : » animer la ville, notamment par des lieux d'écriture, pour s'adresser à tous et afin que chacun se sente légitime » . Ici, pas de lieu central, pas de QG, pas de » foire du livre » , pas d'alignements d'auteurs en séances de dédicace. Tout est dans la rue. Tout est dans la ville.
A commencer par les » écritoires » , première spécificité du festival, initiée par les plasticiens Jean Lautrey et Smaïl Touati. Installations spectaculaires en pleine cité ( » Virgule itinérante » , » Grands Livres » ou autres » Kaléïdoscript » ) ou coin d'écriture dans les galeries et commerces (du magasin de chaussures à la boucherie-charcuterie), ces installations éphémères vous donnent l'occasion d'écrire vos missives, le partenariat avec La Poste vous dispensant de payer le cachet. Que ce soit dans une installation, ou dans une galerie de peinture manosquine, vous voyagez en écrivant.
Et surtout, ici, tout le monde écrit.
Le lien entre l'écriture par correspondance et la littérature vivante repose sur une créativité faite d'instantané. Si » Les Correspondances » sont un festival d'art vivant, c'est parce qu'ici les livres ne sortent qu'en musique et en séances de lecture publique. Si, pour certains manosquins, tout cela a des accents trop parisiens, ces mêmes habitants admettent que ce festival dont une large partie se produit à même la rue les réconcilient avec le livre autant qu'avec leur ville. De son côté, l'organisation fait venir une soixantaine d'auteurs français parmi les plus talentueux et les plus remarqués cette année (de Clémence Boulouque à Geneviève Brisac, d »Olivier Adam à Eric Reinhardt et Yannick Haenel, d'Abha Dawsesar et Lola Lafon à Lyonnel Trouillot et Ariel Kenig).
Nombre de ces auteurs lisent en public leur propre texte, au cours de lectures solo ou de lectures croisées (ainsi, en ce vendredi, une belle séance de découvertes, forte appréciée, avec Claire Fercak et Sophie Maurer).
Lors des rencontres menées ici, entre le modérateur et l'invité (dans la photo ci-dessous, Muriel Barbery, auteur du best-seller » L'élégance du hérisson » ) se trouve une personne qui signe pour les malentendants.
Ici, le texte vit. Et se propose en toute altérité et humilité. Que ce soit quand Jean Hatzfeld (ci-dessous) évoque ses premiers récits sur le Rwanda comme une démarche contre le journalisme qu'il avait commencé à pratiquer au cours des ses premiers reportages sur le génocide, ou quand des auteurs moins reconnus lisent et parlent, les terrasses sont pleines.
Manosque est une ville dont la sociologie change sensiblement. Surtout depuis que le voisin centre de Cadarache fût désigné pour » accueillir » le projet de réacteur expérimental à fusion nucléaire Iter. Dans une ville où pastis et cosmétique constituaient une bonne partie de l'économie, arrivent à présent d'autres chercheurs. Une sorte de » haute classe moyenne » . Le prix de l'immobilier voisine ici sans complexe avec celui de Marseille. Pour autant, cette évolution étant récente, personne ne semble encore apeuré. C'est en toute logique que de nombreux fidèles des » Correspondances » ont constaté, cette année, un certain rajeunissement du public. Qui va de pair avec l'engouement.
Un engouement également dû à la qualité des lectures-spectacles proposées le soir. Ce jeudi, nous pouvions voir Julie Depardieu lire de façon assez impressionnante la correspondance de l'écrivaine Violette Leduc. Suivie d'un concert-lecture où Mathias Malzieu, auteur et leader du groupe Dionysos, offrait en avant-première des extraits de son deuxième roman et de son prochain album. Pour » La mécanique du cœur » (de sortie fin octobre chez Flammarion), Malzieu nous fait le coup de « Star Wars » : ce roman est la naissance, et le parcours, de Jack, que les aficionados connaissent sous le nom de » Giant Jack » . Ce » concert littéraire » , marquant, fût une occasion de voir que cet homme à l'imaginaire steampunk est un ambianceur hors-pair.
Tout comme Edouard Baer, dans un tout autre style. Sa lecture d' » Un pedigree » de Patrick Modiano, où le trublion comédien interprétait le texte plus qu'il ne le lisait, montrait en ce vendredi soir qu'il est un réel comédien. Il connaissait le texte quasi par cœur, sa voix prenant une assise qui donna une séance pleine d'assurance, pour une lecture très inattendue et ironique de ce texte pourtant chargé de pathos.
Il est des festivals culturels qui ne se contentent pas de faire se rencontrer les imaginaires, mais qui exigent d'eux qu'ils vivent ensemble. Ces Correspondances, pieds sur Terre et tête dans l'écrit (ou l'inverse) sont de ceux-là.
Les Correspondances de Manosque – informations : + 33 (0)4 92 72 75 81 – www.correspondances-manosque.org
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De
18H11 | 29/09/2007 |
grâce à votre article.
merci
http://www.peuples.net/
De
18H26 | 29/09/2007 |
On attend l'ouverture des « Correspondances de Digne », le chef-lieu du département, pour que le président du Conseil général, Jean-Louis Bianco, nous lise à haute et intelligible voix ses échanges épistolaires avec Ségolène Royal sur la mise au point de sa géniale stratégie de campagne.
De pikasso02
18H27 | 29/09/2007 |
Oui, une chouette initiative.
Et bonne idée de mêler la langue des signes aux lectures. Ce phénomène a l'air de faire des petits. Dans ma région, un hommage à Sacha Guitry avec interprètes aura lieu prochainement. Ne plus entendre l'expression, « Dialogue de sourds », ce serait le pied !
De
18H39 | 29/09/2007 |
C'est vrai que voila un R D V original
autant que necessaire.Et surtout bien organisé.
Ces cabinets de lecture sont la à point nommé
en ces temps « electroniques » ou tout va trop vite !
j'ai pris le temps d'y écrire en voisin ,un pti mot
Croyez -moi les enfants adorent.Heureux qu'ils sont.
Que de belles lectures à voies nues ,aussi.
je remercie les organisateurs .
De janinepere
18H43 | 29/09/2007 |
J'habite Manosque, et j'assiste aux différentes rencontres littéraires, aux débats, aux lectures, avec un grand bonheur.
Il faut aussi signaler « l'installation/spectacle » organisé par une troupe de théâtre autour d'une oeuvre littéraire : les Demeurées de Jeanne Benameur. C'est un moment hors du temps : on entre dans une structure, avec différents espaces, on entend le texte dans des écouteurs, des comédiennes, muettes, entrent et sortent, et vous regardent intensément. C'est une expérience tout à fait étrange et pleine de poésie.
Quant à la lecture du livre de Modiano « Un pedigree », je ne suis pas du tout du même avis que vous. Le livre de Modiano n'est pas « chargé de pathos », c'est tout le contraire. C'est une énumération de faits, de dates, de noms, et d'évènements, ce qui rend ce livre si poignant. Edouard Baer, à force d'être sobre, m'a semblé absent.
Mais dans l'ensemble, il y a de très belles rencontres ici.
De
08H03 | 30/09/2007 |
Dans le chapeau de l'article : « Passerelle entre l'écrit épistolaire et la littérature moderne, “Les Correspondances de Manosque” sont une date atypique et néanmoins incontournable de la rentrée littéraire. »
Dites donc ? Présenté comme ça, cela ne ferait-il pas un peu prout-prout people overbouqué, des fois ?
-« Passerelle »… entre deux vacuités ? Un pont ne diminue pas la vacuité des rives. Il peut en rajouter.
—« Date atypique », ne serait-ce pas plutôt typique ?
— Incontournable, cet événement sera contournable tant qu'il n'y aura pas un contenu, une œuvre(s) qui nous pète à la gueule et nous assoit pour un bon bout de temps.
—« Rentrée littéraire », y a-t-il encore une rentrée littéraire. Est-elle littéraire ?
Autre version du chapeau : « Branchement entre un genre disparu et une notion veillissante, les Corres. de M., sont une rendez-vous habituelle et que l'on est bien obligé de shunter, si l'on est pas dans le Lubéron en septembre. »
Y a-t-il vraiment une âme là-bas. Quelle vibration ? JMC
De
10H14 | 30/09/2007 |
Juste, pour le grain de sable, rappelons qu'il y a quelques années, cette même ville de Manosque vira la directrice de sa Maison (des jeunes et) de la culture et mit dehors les Instants Vidéo, manifestation internationale de premier plan, tout ceci pour de sombres raisons politiques.
Kaplan
De
15H54 | 30/09/2007 |
passerelle, l'écrit épistolaire, il est des festivals, fort(e) appréciée… . illisible …
vous vous écoutez écrire, relisez vous, ça gargarise lubéron. ici le texte meurt.
De
23H31 | 30/09/2007 |
Pour mon blog, j'ai suivi pendant plus deux années ce festival atypique. J'ai écrit, beaucoup écrit sur les concerts littéraires et les lectures du Théâtre Jean Le bleu. Avec plaisir, souvent avec enthousiasme, parfois avec un regard très critique à l'égard de comédiens paresseux. Mais, je suis resté seul avec mon clavier. Les Correspondances semblent sourdes à l'égard de la blogosphère sans que je n'arrive à savoir pourquoi. Cette année, pour la première fois, je n'y suis pas allé. J'ai, comme tout le monde, besoin que l'on réponde à mes correspondances.
Pascal Bély
www.festivalier.net
De abhadawesar
22H07 | 01/10/2007 |
Le festival fut très sympa et j'aimais avoir ces impressions sur rue89 ! Les miennes sont sur http://www.abhadawesar.com/2007/10/french-tour-fall-2007-stop3-manosque…..
Si les manosquins peuvent correspondre avec les images on devrait faire une initiative avec Pascal Bély au-dessus pour échanger les correspondances sur la blogosphère.