« Krach party », le roman de la pornographie spéculative

"Krach Party" de Philippe NicholsonDescente acide aux enfers boursiers, cauchemar fiduciaire non-climatisé, allégorie vindicative, le roman de Philippe Nicholson, « Krach Party », est d'une lecture énergisante. Un « oublié » de cette rentrée à découvrir. Férocement d'actualité. En un mot : craquant.
Un bon titre : « Krach Party ». Une couverture élégante de sobriété. Un éditeur (Carnets nord) qui sort du prêt à romancer ombilical français. Un auteur au patronyme si résolument cinématographique (Nicholson) qu'on ne peut pas ne pas s'interroger : authentique ? Pseudo bien choisi ? Qu'importe. Le tout sert avec bonheur, si l'on ose dire, la mécanique infernale et surexcitée d'un premier roman passé inaperçu cet automne.

Au rythme où l'Edition engouffre et dévore sa propre progéniture, il est urgent de contredire le coma critique ambiant des prétendus « grands médias », de dépasser l'arrogante indigence d'émissions abusivement qualifiées de « culturelles », et donc d'aller soi-même, par exemple, à la rencontre de « Krach Party », roman teigneux, pas propre et pas poli, déroulant une chronique survoltée des dislocations monétaire et sexuelle contemporaines.

Record de concision sarcastique : toute l'intrigue est dans le titre ; ça craque-krach de libido partout et ça party-partouze de fric tout du long. Les chapitres ont des intitulés d'horaires de chemin de fer (7H02, 8H11, 10H33…) comme pour mieux accompagner, au long d'une journée très particulière pour le héros (Hugues Frassier), le déraillement épileptique du train-train des arnaques de la sphère financière.

« Héros » est un grand gros-mot. Ce Frassier est à vomir de réalisme en fringante néo-crapule de la finance cocaïnée. A côté de lui Bernard Madoff serait la réincarnation sauvageonne de l'abbé Pierre. Le problème, qui fait toute la saveur du livre, c'est que tous ceux qui entourent Frassier, le courtisent ou le veulent mort, ne valent pas mieux que lui.

Pas un personnage pour sauver l'autre dans cet univers - le nôtre, à peine exagéré - où « le lucre et le néant » sont comme l'alpha et l'oméga d'êtres qui n'ont plus guère d'humain que l'enveloppe charnelle qui leur sert de machine à jouir dans la haine de soi. Haine du monde. Haine de tout ce qui ne contribue pas à faire grossir plus encore la tumeur financière où ils « vivent » en paupérisant les deux autres tiers de la planète.

Héros métastases, ils sont leaders de réseaux antisociaux où croissent et prolifèrent flux financiers véreux, valeurs fiscalement paradisiaques, actions dopées au stéroïdes électroniques, fortunes boules-de-neige éternellement virtuelles…

Roman de la décomposition par voie de « Com » » (les agences du même nom en prennent sérieusement pour leur grade : « La communication est pire que la pub. Elle est plus insidieuse… La pub vend du rêve, la communication de la réalité… »). « Krach Party » tient la promesse de ses premières pages. Celle d'une lecture jubilatoire, aussi drôle que glauque. Acuité des dialogues, économie descriptive, intuitions des situations, efficacité des effets de surprise…

S'il faut émettre une réserve, disons qu'elle tient aux effets collatéraux de la qualité première du roman (une énergie narrative exubérante) et que « Krach Party » pêche par endroits de ce débordement de vitalité qui ne trouve pas à s'investir dans une intrigue plus vaste. Manière de dire que, généreusement prometteur, le potentiel de la « valeur » Nicholson paraît assez élevé pour être ici fortement recommandée à l'achat.

Krach Party de Philippe Nicholson (Carnetsnord, 247 pp., 17 euros)

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2 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Bardamu

De Bardamu

difficile | 13H34 | 28/10/2009 | Permalien

Houla...

"prêt à romancer ombilical français"

"« le lucre et le néant » sont comme l'alpha et l'oméga d'êtres qui n'ont plus guère d'humain que l'enveloppe charnelle qui leur sert de machine à jouir dans la haine de soi."

Particulièrement en forme, M. Artus!

Bon, en revanche, "lecture jubilatoire" ça fait trop Télérama, et il faut écrire que le livre "pèche" et non pas qu'il "pêche", sinon, ça veut dire que le livre attrape des poissons...

Mais ça donne envie de lire le livre, même si en fait vous n'en dites pas grand chose.

Bravo.

Portrait de Valentina

De Valentina

En révolte. | 15H11 | 28/10/2009 | Permalien

Un peu trop facile le pseudo, un peu gros, un peu too much, ce choix nous livre dejà les prémices d' un roman comme on en a chaque année depuis la nuit des temps, drogue sexe et faussement réaliste manière de surtout houlala choqué le lecteur ! Merci mais on en a ras le pompon des Despentes et autres puits d' écriture fade et sans saveur; les pas propres et pas poli on a deja vu mille fois !... On peut parler des memes sujets avec intelligence, subtilité, originalité, bref, avec talent, semblerait que ce soit trop demandé, le talent, l originalité, DE LA PERSONNALITÉ POUR DE VRAI !.

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