« Travailler à en mourir » enquête sur l'entreprise d'aujourd'hui

« Le suicide s'attrape-t-il comme la grippe ? », s'interrogeait récemment Guillemette Faure, présentant le livre « Point de bascule » de l'Américain Malcolm Gladwell. « Travailler à en mourir », paru juste au lendemain de la découverte d'un 25e suicide à France Telecom depuis février 2008, est un ouvrage qui fait la jonction entre Gladwell et « Capitalisme et pulsion de mort », de l'économiste Bernard Maris, paru en janvier dernier.

L'ouvrage est en fait né de « Travailler à en mourir », un documentaire de Paul Moreira (ancien rédacteur en chef de l'émission « 90 Minutes » sur Canal) diffusé dans la case « Infrarouge » sur France 2. Un succès d'audience inattendu sur cette tranche horaire tardive.

Paul Moreira a alors voulu faire « un objet qui dure, un livre ». Il a rencontré le journaliste et romancier Hubert Prolongeau, auteur de nombreux documents et témoignages (on lira le très subtil « Sans domicile fixe » ou encore « Victoire sur l'excision », prix France Télévisions 2006). Ensemble, ils ont prolongé le travail d'enquête.

« Travailler à en mourir » est un livre de journalistes : il répond à un phénomène (vague de suicides) par des histoires et par des exemples. C'est surtout un livre qui tombe bien : ses approches (« harcèlement institutionnel », culpabilité, suicide, silence des chefs de service, deuil des familles) sont assez sobres pour être extrêmement parlantes en période de crise. (Voir la vidéo)


Trois catégories de travailleurs

L'ouvrage est bâti en trois parties. « La mort frôlée », avec un exemple unique. Une banque. La Banque de l'Ain, une filiale du CIC, à travers le cas de deux conseillers locaux.

Lorsque le CIC fusionne avec le Crédit mutuel en 1999, on exige de ces conseillers des objectifs inatteignables. Les types n'ont plus de vie. Sauvés de justesse du geste fatal, ils sont néanmoins « inaptes au travail ». Pas un bien, juste un moins pire.

« La mort choisie » est évidemment la partie la plus longue. Centrée autour du Technocentre Renault de Guyancourt, elle retrace les conditions dans lesquelles se sont suicidés sur leur lieu de travail Antonio B. (octobre 2006), Hervé T. (janvier 2007) et Raymond D. (février 2007).

L'enquête des deux auteurs y fut compliquée, mais ils sont parvenus à retracer le fil de trois destins en rencontrant familles, collègues et supérieurs (les fameux « N+1, N+2, des sigles qui en disent long sur le tabou de l'enquête et sur la dématérialisation de l'objet même du travail et de la production). Où l'on s'aperçoit que, parfois, les responsables hiérarchiques des prévenus sont ceux qui parlent le plus vrai.

Une partie où un homme est pointé clairement : “ Cost Killer ”, le patron de Renault Carlos Ghosn, et surtout son “ contrat 2009 ” (doubler la gamme de modèles, vendre plus, sans embaucher). Un modèle économique pour certains. Pour d'autres un modèle de pression psychologique. Qui peut mener au suicide.

“ La mort imposée ”, enfin, où l'on arrive sur le terrain de la sidérurgie. Et d'Arcelor-Mittal. Un pays où le CDI n'est même plus envisageable, et où on transforme “ le salarié en sous-traitant ”. L'homme, ici, est nié. Trois parties distinctes. Trois catégories de travailleurs parmi d'autres. (Voir la vidéo)


Etat des lieux

Alors que, lundi dernier, la veuve d'Antionio B. était devant le Tribunal de la Sécurité Sociale à Nanterre pour faire qualifier le suicide de son défunt mari en accident du travail (délibéré au 14 décembre), ce livre allie témoignages et mises en perspective de la déshumanisation du travail à l'heure où la valeur travail se raréfie et que l'on ne sait plus pour qui on travaille (voir vidéo).

Il décrypte un système et une mécanique qui ont mené des hommes à la mort. Qui plonge dans le monde du silence : l'entreprise, aujourd'hui. Le mérite des auteurs est d'avoir exhumé, en partant du phénomène de la mort, ce qui peut s'en verbaliser, s'en socialiser.

La mort (accident ou suicide) sur le lieu de travail est un phénomène sur lequel on n'a quasi pas de chiffres. Dans le livre, les auteurs avancent qu'il “n'existe pas d'étude nationale sur le sujet. La seule que nous possédions est régionale, elle date de 2003 avec les réponses de 190 médecins du travail en Basse-Normandie”.

De l'avis de nombreux chercheurs, médecins, etc, le chiffre réel des suicides au travail est très largement supérieur à une personne par jour. (Voir la vidéo)


“Travailler à en mourir” est, comme le dit Prolongeau “l'histoire de gens qui se sont dit ‘Ma vie c'est le travail’, et pour qui le travail a été la mort”, un livre d'époque. A relire avec “Capitalisme et pulsion de mort”.

Travailler à en mourir – Quand le monde de l'entreprise mène au suicide de Paul Moreira et Hubert Prolongeau (Flammarion, Coll. EnQuête, 240 pp., 20€)

108 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de la tite louloute

à framboise92 Portrait de framboise92 De la tite louloute

précaire | 08H47 | 27/10/2009 | Permalien

en effet !

Portrait de Un vieux

à avygel Portrait de avygel De Un vieux

retraité | 15H51 | 26/10/2009 | Permalien

Diplômé en quoi ???

Une petite lecture de "l'éloge de la fuite" d'Henri Laborit vous donnera quelques notions sur ce sujet dont vous semblez n'avoir aucune notion...

Portrait de Compte supprimé le 3 janvier 2

à avygel Portrait de avygel De Compte supprimé le 3 janvier 2

Collectionneur d'armures. | 16H51 | 26/10/2009 | Permalien

Bravo pour cette réponse! On a besoin en cette époque de mensonge généralisé d'avoir des gens d'honnêtes qui osent dire la vérité qui n'est pas ce que nous racontent les journalistes antisarkozystes. Bas les masques!

Portrait de Au sud de nul part

à Compte supprimé le 3 janvier 2 Portrait de Compte supprimé le 3 janvier 2 De Au sud de nul part

Situation | 17H49 | 26/10/2009 | Permalien

Tiens, un fan de téléréalité :

"bas les masques"

Planquez vous : le niveau monte.

Todeti

Portrait de jojomigrateur

De jojomigrateur

Photojournaliste | 14H40 | 26/10/2009 | Permalien

Intrinsèquement, le suicide en entreprise est un outil inespéré de régulation du chômage... En haut-lieu; il y en a qui doivent se frotter les mains en espérant que la situation perdure le plus longtemps possible...

Un suicidé laisse la place à un chômeur et sa disparition prématurée soulage les caisses de retraite...

Bref, le suicide des employés n'est que du bonheur pour l'état et les grandes entreprises...!

Portrait de Un vieux

à jojomigrateur Portrait de jojomigrateur De Un vieux

retraité | 16H38 | 26/10/2009 | Permalien

Chic...!!! Un adepte de la canicule de 2003...!!!

Portrait de stpatrick

De stpatrick

15H12 | 26/10/2009 | Permalien

"Alors que, lundi dernier, la veuve d'Antionio B. était devant le Tribunal de la Sécurité Sociale à Nanterre pour faire qualifier le suicide de son défunt mari en accident du travail (délibéré au 14 décembre), "

Petite précision: le suicide d'Antonio (pas Antionio cela dit au passage) B. a déjà été reconnu en 2007 comme un accident du travail par la caisse primaire d'assurance maladie. Cette fois, sa famille souhaite que Renault soit jugé responsable, à en croire différents médias qui se se font l'écho de cette info.

Portrait de critiquesociale

De critiquesociale

16H59 | 26/10/2009 | Permalien

Saloperie de travail ! Sacrément aliénant tout ça, surtout lorsque comme le soulignait un internaute qui parle avec son psy on est en désaccord avec les valeurs de l'entreprise ce qui doit être le cas dans bien des situations professionnelles lorsque l'on regarde l'état des valeurs dans le monde de l'entreprise. La petite entreprise familiale, sympathique où l'on avait une vie sociale parfois agréable tend à disparaître au profit de logiques du "toujours plus" de boulot et de productivité.

Cependant, je préfère pour ma part ne pas bosser (et élever mes enfants avec les moyens du bord que de me rendre malade et d'entrer en dépression voire d'en arriver à avoir des idées suicidaires à cause de mon travail.

Docu à voir : Attention danger travail : Pierre Carles

Portrait de poppa

à critiquesociale Portrait de critiquesociale De poppa

qui?dam-un pékin | 17H25 | 26/10/2009 | Permalien

Vous avez "choisi" c'est cette capacité qui fait toute la différence.
Je présume que ces malheureux se sentent comme des rats au fond d'un boyau. Sans issue.

Portrait de critiquesociale

De critiquesociale

16H59 | 26/10/2009 | Permalien

Saloperie de travail ! Sacrément aliénant tout ça, surtout lorsque comme le soulignait un internaute qui parle avec son psy on est en désaccord avec les valeurs de l'entreprise ce qui doit être le cas dans bien des situations professionnelles lorsque l'on regarde l'état des valeurs dans le monde de l'entreprise. La petite entreprise familiale, sympathique où l'on avait une vie sociale parfois agréable tend à disparaître au profit de logiques du "toujours plus" de boulot et de productivité.

Cependant, je préfèrerais pour ma part ne pas bosser (et élever mes enfants avec les moyens du bord que de me rendre malade et d'entrer en dépression voire d'en arriver à avoir des idées suicidaires à cause de mon travail.

Docu à voir : Attention danger travail : Pierre Carles

Portrait de Lictor

De Lictor

informaticien | 17H39 | 26/10/2009 | Permalien

Très bon documentaire d'ailleurs, qui pose en fait les vrais questions!

Non, le travail n'est pas une valeur. Travailler ne rend pas heureux, ne fait pas aller au paradis et ne permet pas de s'intégrer socialement. Il faut arrêter de sur-investir le travail.
Le travail se justifie de deux points de vue uniquement : il permet de gagner de quoi vivre (nécessité) et il permet de faire des choses (au sens littéral : construire des objets ou fournir des services - c'est un outil). Et c'est tout. Le reste, ce n'est pas du travail, c'est autre chose : une activité, un hobbie, une passion... Tout ceci peut exister sans le travail...

Le problème, c'est que la promesse du progrès technologique a toujours été la suppression du travail. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on sait enfin supprimer une bonne partie du travail : entre les robots et l'informatisation, il y a pas mal de choses automatisables. Avec un peu de décroissance et la poursuite du progrès technologique, on pourrait probablement s'en sortir avec une semaine d'une dizaine d'heures.

Mais la société et les politiques ne veulent pas envisager un monde sans travail. Parce que le travail est avant tout un outil de paix social, ça occupe les gens, ça leur évite de se poser trop de question... Mais de plus en plus de gens sentent la contradiction : le suicide au travail, c'est aussi la réalisation qu'on passe sa vie sur du vide...

Portrait de Au sud de nul part

à Lictor Portrait de Lictor De Au sud de nul part

Situation | 18H31 | 26/10/2009 | Permalien

Eh ben...

Je suis épaté.

Top x 5

Vous posez bien le problème, dès le début : certains travaux (on dit "emploi(s)".....) ont-ils une autre valeur que leur valeur d'échange en un sens exclusivement monétaire ?

Je précise d'avance, pour les amateurs de discours creux, que ce type de sujet, n'est ce pas, fut largement proposé, sous une forme équivalente, en France, l'année passée, à beaucoup d'élèves de terminale, par leur professeur de philosophie.

Soit : "Le travail est-il une valeur?"

Là, bien sûr, il faut penser un peu, et ne pas se contenter comme certains ici, de pourfendre les suicidés qui se seraient égarés quant à la raison véridique de leur propre mort ; ou encore de feindre bien au chaud l'étonnement de celui qui ne comprend guère que l'on puisse en venir à se tuer pour une raison que l'on ne veut pas entendre (pour ces derniers, la psychanalyse, au moins, pourrait les aider à comprendre la notion de déni).

En tout cas, Lictor, merci. Je ne suis pas absolument d'accord avec votre commentaire (tant mieux : on peut causer), mais celui-ci pose au moins les conditions et les questions relatives à un vrai débat sur le travail réel, celui d'aujourd'hui. Bref : de l'intelligence !

Todeti

Portrait de emma_88

à critiquesociale Portrait de critiquesociale De emma_88

metallurgie | 23H20 | 27/10/2009 | Permalien

c est vrai que ......... en y reflechissant ....... gagne son temps des fois de rester chez soi ....... pas de stress ni fatigue ne bosse pas pour engraisser les hierarchies les plus hauts et patrons bof continue comme ca je crois que bonne methode

Portrait de VoisinDuQuartier

De VoisinDuQuartier

oui, mais quelle civilisation ? | 17H12 | 26/10/2009 | Permalien

A la lecture des divers articles et commentaires concernant ce sujet que je considère comme dramatique (suicide vécu dans mon entourage proche), je suis frappé par l'absence d'un mot en particulier : l'incompétence de certains managers.

Aussi serais-je très intéressé de savoir ce qu'en pensent les riverains de Rue89.

Il doit bien exister des managers compétents et qui savent gérer la mobilité et autres marottes manageuriales (gourou, sors de là !).

Vous savez, de ces gens qui communiquent, qui parlent, qui partagent et qui connaissent le mot empathie quoi ... .

Parce que Kafka, je n'ai pas trop envie de vivre ça et je n'ai pas non plus envie que mon fils le vive un jour.

Portrait de Lictor

De Lictor

informaticien | 17H21 | 26/10/2009 | Permalien

Le problème, c'est que les manageurs se suicident aussi... Ce n'est pas un problème de compétence, mais aussi de survie. Un manager qui absorbe toute les contradiction du système et protége ses n-1 sera perçu comme un bon manager, mais c'est également un mananger qui va à sa perte...

Tu parles d'empathie et de communication, mais un manager qui veut protéger ses n-1 d'un système absurde doit au contraire se murer complètement et tout prendre sur lui. L'empathie lui est absolument impossible, sous peine de laisser le stress passer à travers lui à ses n-1...

Ma compagne est un peu dans ce cas. Elle protège énormément ses n-1. Et en plus, elle prend énormément son travail à coeur - son plus grand problème.
Mais le prix à payer existe. Elle se retrouve peu à peu coupée de ses n-1, parce qu'elle peut de moins en moins leur parler, parce que leur parler serait communiquer son stress. Et à force de prendre sur elle, le corps finit par céder et par montrer son stress. L'an dernier, c'était un SADAM, cette année, ce sont les acouphèes et les mots de tête qui durent un mois. Avec les insomnies, les réveils en pleine nuit en mode panique. Et là dessus, le fond de dépression qui s'installe, sur le thème de "où va ma vie"...

Pourtant, elle n'est même pas dans un grand groupe mais au contraire dans une PME à taille humaine et gérer relativement sainement. Mais être coincée entre les clients et les salariés dans un monde de plus en plus absurde devient un exercice de plus en plus auto-destructeur.

Portrait de poppa

à Lictor Portrait de Lictor De poppa

qui?dam-un pékin | 17H28 | 26/10/2009 | Permalien

Solidaire

Portrait de emma_88

à Lictor Portrait de Lictor De emma_88

metallurgie | 23H16 | 27/10/2009 | Permalien

sur que ca santé en prend 1 coup mais juste pour vous dire que ( acouphenes quand nous tient ) c est dur ca part pas comme ca moi j en souffre aussi depuis 3 ans j essaie de me soigner chez 1 etiopathe mais a pas encore bcp d effet ai moins de migraine deja ca ; je souhaite bon courage a votre dame ; car souffrir autant pour 1 travail quand on y pense c est de la folie es ce que ca en vaut la peine m en pose souvent la question

Portrait de Zibel

à Lictor Portrait de Lictor De Zibel

(inquiète depuis le 6 mai 2007) | 18H27 | 28/10/2009 | Permalien

Je suis solidaire moi aussi, car c'est souvent agréable d'avoir ce genre de "chef" au dessus de soi.

Pourtant je pense que parmi les très nombreuses qualités d'un bon manager (je n'en connais pas beaucoup de bons) il y a aussi une bonne dose de distanciation, d'extériorisation des décisions et des difficultés, surtout pas d'empathie, la capacité à supporter de ne pas être aimé ... en plus des indispensables qualités d'écoute, de valorisation des personnes et des compétences... et de gestion ! Un coeur d'or sous une très grosse cuirasse, en fait.

Très très difficile métier. Bon courage à votre compagne, d'autant que je suppose que parmi ses subordonnés (c'est quoi "n-1" ?) il doit y en avoir qui abusent de ses qualités (les tire-au-flanc et les profiteurs existent à tous les degrés de l'échelle sociale)...

Portrait de Louve Bleue

à VoisinDuQuartier Portrait de VoisinDuQuartier De Louve Bleue

en survie | 19H06 | 27/10/2009 | Permalien

Ces certains managers ne sont pas incompétents, hélas. Ce sont des pervers extrèmement nuisibles à leur propre espèce, plus dangereux que des nazis !!! Ils sont très conscients du mal qu'ils font. Ils en jouissent. Je leur préfèrerais presque les pédophiles !
Et je n'écris pas cela "en l'air". J'en ai vu un en action (de jouissance à la vue d'employés qui craquaient...)

Portrait de Louve Bleue

à Louve Bleue Portrait de Louve Bleue De Louve Bleue

en survie | 19H10 | 27/10/2009 | Permalien

Quand à moi, si y'en a un qui tente de me pousser au suicide, qu'il sache que j'en suiciderais quelques uns avant moi !!!

Portrait de emma_88

à Louve Bleue Portrait de Louve Bleue De emma_88

metallurgie | 23H05 | 27/10/2009 | Permalien

bien raison faut faire nettoyage avant s en prendre a soi meme

Portrait de emma_88

à Louve Bleue Portrait de Louve Bleue De emma_88

metallurgie | 23H09 | 27/10/2009 | Permalien

je crois que vu mon caractere je supporterais pas 1 harcelement de mon superieur je crois que je lui retournerais le cerveau vite fait a coup de matraque ,je crois que les travailleurs disent trop amen a tout pour ca aussi sera de pire en pire

Portrait de Lictor

De Lictor

informaticien | 17H31 | 26/10/2009 | Permalien

Le gros problème, c'est que le travail n'est aussi plus vécu comme avant, parce qu'il n'est plus comme avant. Un facteur grandissant de désarroi, c'est que le travail devient de plus en plus absurde. Il y a pire que se sacrifier pour son travail : se sacrifier pour un travail qui ne sert plus à rien. Il y a un malaise globale face à l'emploi. Et ce d'autant plus aggravé par le discours ambiant. Notamment, le retour à la "valeur travail". Quand on considère le travail non plus comme un outil ou une nécessité, mais comme une fin en soit (une "valeur"), c'est toute la société qu'on sur-investit dans le travail...

Faites donc un exercice. Parcourez l'ensemble des métiers qui vous entourent et rangez les dans 4 boites :

- les métiers qui pourraient être exécutés de manière satisfaisante par des machines à la place des salariés

- les métiers qui existent pour remplacer des activités des gens qui n'ont plus le temps de le faire eux-mêmes parce qu'ils sont au travail ou les métiers qui servent à permettre à d'autres gens de travailler ou les métiers qui compensent les dégats causés par le travail

- les métiers qui ne servent à rien ou qui servent à controller le mal-être social ou les métiers financés par la collectivité pour occuper les gens

- les métiers réellement utiles et qui servent la communauté ou une portion significative de celle-ci

On peut admettre que seule la dernière catégorie apporte le nécessaire à l'individu pour supporter de vendre 8h (ou plus) de sa vie chaque jour. Maintenant, combien de métiers arrivez vous à caser dans la dernière boite?

Portrait de Zibel

De Zibel

(inquiète depuis le 6 mai 2007) | 19H33 | 26/10/2009 | Permalien

Très bonne façon de poser le problème, et je suis assez d'accord avec ce point de vue.

Sauf que dans la dernière catégorie, on peut mettre une foultitude de métiers, depuis les enseignants, médecins, jusqu'aux boulangers, agriculteurs, plombiers, éboueurs...

Le souci étant que ces métiers sont soit très dévalorisés (éboueurs), soit très critiqués par l'opinion publique (enseignants), soit de plus en plus soumis à des pressions de productivité indues (tous).

Au fait, y'a eu beaucoup de suicides chez les banquiers et les traders l'an dernier ? Comme quoi, eux, leurs managers savent bien les former à la gestion du stress...
Je crois moi aussi qu'il y a un gros souci de manque de compétences manageriales parmi les DRH et petits chefs.

Portrait de Lictor

à Zibel Portrait de Zibel De Lictor

informaticien | 11H40 | 27/10/2009 | Permalien

Oui, il reste, heureusement, des métiers dans la dernière catégorie... Encore que pour certains, on est dans le flou : les enseignants remplacement, au moins en partie, les parents et la famille obligés de travailler.
C'est également vrai en partie pour les agriculteurs, plombiers, boulangers : ce sont des activités qu'on pourrait prendre en charge nous-mêmes si nous n'étions pas au travail. C'est d'ailleurs ce que font pas mal de retraités, qui cultivent leur potager et bricolent chez eux.
Idem pour les médecins : une part grandissant de la médecine êt de la psychiatrie consiste maintenant à réparer les salariés abîmés par le travail et le stress.
On va dire que ces professions sont en zone grise. Et certaines sont de plus en plus sur la sellette, avec des impératifs de rentabilité et de contrôle de plus en plus pressants...

Pour ce qui est des traders, c'est une profession où l'on craque très souvent. J'ai une amie qui a tenu trois ans comme analyste financière. Pourtant, c'était une belle promotion sociale pour elle : femme, autodidacte, venue par le bas de l'échelle. Au passage, les salaires ne sont pas forcément délirants : elle a culminé à 4000€/mois. Mais elle n'a pas tenu, entre les journées de 7h à 23h, les insultes et engueulades quotidiennes, l'absurdité de son boulot... Au final, elle a tout plaqué, y compris la France, pour aller vivre au Quebec plus au calme...
On ne se suicide pas forcément beaucoup dans la finance, mais on se détruit beaucoup (la consommation de drogues pour tenir le choc est une réalité) et on finit souvent en burn-out ou hospitalisé... La banque et la finance, c'est aussi beaucoup de salariés normaux, il n'y a qu'une minorité de traders en ferrari... Et leurs managers sont probablement parmi les pires du marché, parce qu'ils ont pleine conscience de travailler avec des salariés qui sont du consommable.

Portrait de Zibel

à Lictor Portrait de Lictor De Zibel

(inquiète depuis le 6 mai 2007) | 18H18 | 28/10/2009 | Permalien

Ouh là... vous oubliez un truc : la compétence et le SAVOIR-FAIRE !
Et du coup vous faites le jeu de tous ceux qui considèrent les salariés comme les pièces interchangeables d'un lego.

Mais un (vrai) boulanger fait du pain bien meilleur que celui que vous ne pourriez faire, et un (bon) enseignant saura sortir vos gamins de l'échec scolaire alors que vous ne pouvez même pas lui faire lire un bouquin de oui-oui. Je ne parle même pas du plombier, maçon... ni du médecin (vous savez, y'a quand même encore des maladies somatiques, et internet ne remplacera jamais un stéthocope et une -bonne- oreille !).

Mais justement, l'argent devient roi,et au lieu de valoriser et de "troquer" les compétences (mon auscultation contre ton pain : pourquoi avoir besoin d'argent ?), on les mécanise et on les monnaye. Du coup, il vaut en effet mieux faire son pain que d'acheter dans un centre de cuisson, et réparer ses WC que de faire appel à un pauvre type intérimaire qui fera ça "faute de mieux", pendant que ses employeurs s'en mettent plein les poches.

Je fais mon métier du mieux que je peux (c'est à dire très bien ;-)mais j'ai grand besoin de gens compétents pour tout ce que je ne sais pas faire... y compris la femme de ménage pour changer le rouleau de PQ alors que je ne réussis même pas à ouvrir le distributeur !

Portrait de Toubib 53

De Toubib 53

19H54 | 26/10/2009 | Permalien

Qui parle des suicides des agriculteurs étranglés par la "mondialisation" ????? ......... PERSONNE .......
Rien que pour ma région depuis la crise du lait: 3 suicides à ma connaissance.
Pas un mot parce qu'ils ne travaillent pas chez France télécom ....

Portrait de emma_88

à Toubib 53 Portrait de Toubib 53 De emma_88

metallurgie | 23H03 | 27/10/2009 | Permalien

c est fini la belle vie chez les telecoms et edf et tout les fonctionnaires nous ouvriers on connait ca depuis des anneés

Portrait de cacaquillon

De cacaquillon

infirmière et ingénieur | 21H07 | 26/10/2009 | Permalien

Bonjour
C'est fini cette opposition entre fonctionnaires et personnels du privé!
Je travaille en hôpital public, pas le temps de s'assoir, de boire un verre ou d'aller pisser 8 ou 10 heures de suite. Avoir le sentiment de n'en avoir jamais fait assez alors qu'on n'a pas arrêté une seconde. Et maintenant, l'hôpital comme une entreprise qui doit ne faire que ce qui rapporte (pour le donner après au privé), démolition systématique du service public et du droit de chacun à être soigné. Et surtout management par le harcèlement avec suppression des contacts entre individus et entre équipes, changements continuels des horaires sur 24h et 7 jours, suppression des congés, peur croissante de la faute professionnelle par épuisement et stress. non reconnaissance des accidents du travail et des maladies professionnelles car c'est votre employeur qui décide (juge et partie). Je ne compte plus les collègues morts par suicides, morts par arrêts cardiaques sur burn out, les cancers largement au dessus de la moyenne nationale. Le droit du travail n'est jamais respecté. Quand quelqu'un meurt, surtout par suicide, on s'arrange pour déguiser la mort en une mascarade culpabilisant le mort lui même. Je sais de quoi je parle pour avoir vu des amis mourir et pour avoir moi même subis un harcèlement violent pendant plus de 2 ans ayant conduit à la préparation méticuleuse de mon suicide où j'étais sûre de ne pas me rater. J'ai été sauvée in extrémis par mes collègues mais depuis 2 ans que je suis sortie de l'enfer, je suis toujours en souffrance. Et je vois les harcèleurs récompensés et continuer leur travail de démolition. humaine. De telles attitudes dans des entreprises à risques comme les hôpitaux ou les usines classées dangereuses ne pourra toujours donner que des catastrophes.
Quand mettra t-on la solidarité, la gentillesse et le respect de l'autre et de son travail au coeur des rapports humains au travail?

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