
« Travailler à en mourir » enquête sur l'entreprise d'aujourd'hui
« Le suicide s'attrape-t-il comme la grippe ? », s'interrogeait récemment Guillemette Faure, présentant le livre « Point de bascule » de l'Américain Malcolm Gladwell. « Travailler à en mourir », paru juste au lendemain de la découverte d'un 25e suicide à France Telecom depuis février 2008, est un ouvrage qui fait la jonction entre Gladwell et « Capitalisme et pulsion de mort », de l'économiste Bernard Maris, paru en janvier dernier.
L'ouvrage est en fait né de « Travailler à en mourir », un documentaire de Paul Moreira (ancien rédacteur en chef de l'émission « 90 Minutes » sur Canal) diffusé dans la case « Infrarouge » sur France 2. Un succès d'audience inattendu sur cette tranche horaire tardive.
Paul Moreira a alors voulu faire « un objet qui dure, un livre ». Il a rencontré le journaliste et romancier Hubert Prolongeau, auteur de nombreux documents et témoignages (on lira le très subtil « Sans domicile fixe » ou encore « Victoire sur l'excision », prix France Télévisions 2006). Ensemble, ils ont prolongé le travail d'enquête.
« Travailler à en mourir » est un livre de journalistes : il répond à un phénomène (vague de suicides) par des histoires et par des exemples. C'est surtout un livre qui tombe bien : ses approches (« harcèlement institutionnel », culpabilité, suicide, silence des chefs de service, deuil des familles) sont assez sobres pour être extrêmement parlantes en période de crise. (Voir la vidéo)
Trois catégories de travailleurs
L'ouvrage est bâti en trois parties. « La mort frôlée », avec un exemple unique. Une banque. La Banque de l'Ain, une filiale du CIC, à travers le cas de deux conseillers locaux.
Lorsque le CIC fusionne avec le Crédit mutuel en 1999, on exige de ces conseillers des objectifs inatteignables. Les types n'ont plus de vie. Sauvés de justesse du geste fatal, ils sont néanmoins « inaptes au travail ». Pas un bien, juste un moins pire.
« La mort choisie » est évidemment la partie la plus longue. Centrée autour du Technocentre Renault de Guyancourt, elle retrace les conditions dans lesquelles se sont suicidés sur leur lieu de travail Antonio B. (octobre 2006), Hervé T. (janvier 2007) et Raymond D. (février 2007).
L'enquête des deux auteurs y fut compliquée, mais ils sont parvenus à retracer le fil de trois destins en rencontrant familles, collègues et supérieurs (les fameux « N+1, N+2, des sigles qui en disent long sur le tabou de l'enquête et sur la dématérialisation de l'objet même du travail et de la production). Où l'on s'aperçoit que, parfois, les responsables hiérarchiques des prévenus sont ceux qui parlent le plus vrai.
Une partie où un homme est pointé clairement : “ Cost Killer ”, le patron de Renault Carlos Ghosn, et surtout son “ contrat 2009 ” (doubler la gamme de modèles, vendre plus, sans embaucher). Un modèle économique pour certains. Pour d'autres un modèle de pression psychologique. Qui peut mener au suicide.
“ La mort imposée ”, enfin, où l'on arrive sur le terrain de la sidérurgie. Et d'Arcelor-Mittal. Un pays où le CDI n'est même plus envisageable, et où on transforme “ le salarié en sous-traitant ”. L'homme, ici, est nié. Trois parties distinctes. Trois catégories de travailleurs parmi d'autres. (Voir la vidéo)
Etat des lieux
Alors que, lundi dernier, la veuve d'Antionio B. était devant le Tribunal de la Sécurité Sociale à Nanterre pour faire qualifier le suicide de son défunt mari en accident du travail (délibéré au 14 décembre), ce livre allie témoignages et mises en perspective de la déshumanisation du travail à l'heure où la valeur travail se raréfie et que l'on ne sait plus pour qui on travaille (voir vidéo).
Il décrypte un système et une mécanique qui ont mené des hommes à la mort. Qui plonge dans le monde du silence : l'entreprise, aujourd'hui. Le mérite des auteurs est d'avoir exhumé, en partant du phénomène de la mort, ce qui peut s'en verbaliser, s'en socialiser.
La mort (accident ou suicide) sur le lieu de travail est un phénomène sur lequel on n'a quasi pas de chiffres. Dans le livre, les auteurs avancent qu'il “n'existe pas d'étude nationale sur le sujet. La seule que nous possédions est régionale, elle date de 2003 avec les réponses de 190 médecins du travail en Basse-Normandie”.
De l'avis de nombreux chercheurs, médecins, etc, le chiffre réel des suicides au travail est très largement supérieur à une personne par jour. (Voir la vidéo)
“Travailler à en mourir” est, comme le dit Prolongeau “l'histoire de gens qui se sont dit ‘Ma vie c'est le travail’, et pour qui le travail a été la mort”, un livre d'époque. A relire avec “Capitalisme et pulsion de mort”.
► Travailler à en mourir – Quand le monde de l'entreprise mène au suicide de Paul Moreira et Hubert Prolongeau (Flammarion, Coll. EnQuête, 240 pp., 20€)
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De nayko
Troubadour urbain | 15H47 | 26/10/2009 |
J'ai très mal au travail, par Jean Michel Carré
par segolene-royal
De VoisinDuQuartier
oui, mais quelle civilisation ? | 17H12 | 26/10/2009 |
A la lecture des divers articles et commentaires concernant ce sujet que je considère comme dramatique (suicide vécu dans mon entourage proche), je suis frappé par l'absence d'un mot en particulier : l'incompétence de certains managers.
Aussi serais-je très intéressé de savoir ce qu'en pensent les riverains de Rue89.
Il doit bien exister des managers compétents et qui savent gérer la mobilité et autres marottes manageuriales (gourou, sors de là !).
Vous savez, de ces gens qui communiquent, qui parlent, qui partagent et qui connaissent le mot empathie quoi ... .
Parce que Kafka, je n'ai pas trop envie de vivre ça et je n'ai pas non plus envie que mon fils le vive un jour.
De Lictor
informaticien | 17H21 | 26/10/2009 |
Le problème, c'est que les manageurs se suicident aussi... Ce n'est pas un problème de compétence, mais aussi de survie. Un manager qui absorbe toute les contradiction du système et protége ses n-1 sera perçu comme un bon manager, mais c'est également un mananger qui va à sa perte...
Tu parles d'empathie et de communication, mais un manager qui veut protéger ses n-1 d'un système absurde doit au contraire se murer complètement et tout prendre sur lui. L'empathie lui est absolument impossible, sous peine de laisser le stress passer à travers lui à ses n-1...
Ma compagne est un peu dans ce cas. Elle protège énormément ses n-1. Et en plus, elle prend énormément son travail à coeur - son plus grand problème.
Mais le prix à payer existe. Elle se retrouve peu à peu coupée de ses n-1, parce qu'elle peut de moins en moins leur parler, parce que leur parler serait communiquer son stress. Et à force de prendre sur elle, le corps finit par céder et par montrer son stress. L'an dernier, c'était un SADAM, cette année, ce sont les acouphèes et les mots de tête qui durent un mois. Avec les insomnies, les réveils en pleine nuit en mode panique. Et là dessus, le fond de dépression qui s'installe, sur le thème de "où va ma vie"...
Pourtant, elle n'est même pas dans un grand groupe mais au contraire dans une PME à taille humaine et gérer relativement sainement. Mais être coincée entre les clients et les salariés dans un monde de plus en plus absurde devient un exercice de plus en plus auto-destructeur.
De Lictor
informaticien | 17H31 | 26/10/2009 |
Le gros problème, c'est que le travail n'est aussi plus vécu comme avant, parce qu'il n'est plus comme avant. Un facteur grandissant de désarroi, c'est que le travail devient de plus en plus absurde. Il y a pire que se sacrifier pour son travail : se sacrifier pour un travail qui ne sert plus à rien. Il y a un malaise globale face à l'emploi. Et ce d'autant plus aggravé par le discours ambiant. Notamment, le retour à la "valeur travail". Quand on considère le travail non plus comme un outil ou une nécessité, mais comme une fin en soit (une "valeur"), c'est toute la société qu'on sur-investit dans le travail...
Faites donc un exercice. Parcourez l'ensemble des métiers qui vous entourent et rangez les dans 4 boites :
- les métiers qui pourraient être exécutés de manière satisfaisante par des machines à la place des salariés
- les métiers qui existent pour remplacer des activités des gens qui n'ont plus le temps de le faire eux-mêmes parce qu'ils sont au travail ou les métiers qui servent à permettre à d'autres gens de travailler ou les métiers qui compensent les dégats causés par le travail
- les métiers qui ne servent à rien ou qui servent à controller le mal-être social ou les métiers financés par la collectivité pour occuper les gens
- les métiers réellement utiles et qui servent la communauté ou une portion significative de celle-ci
On peut admettre que seule la dernière catégorie apporte le nécessaire à l'individu pour supporter de vendre 8h (ou plus) de sa vie chaque jour. Maintenant, combien de métiers arrivez vous à caser dans la dernière boite?
De Lictor
informaticien | 17H39 | 26/10/2009 |
Très bon documentaire d'ailleurs, qui pose en fait les vrais questions!
Non, le travail n'est pas une valeur. Travailler ne rend pas heureux, ne fait pas aller au paradis et ne permet pas de s'intégrer socialement. Il faut arrêter de sur-investir le travail.
Le travail se justifie de deux points de vue uniquement : il permet de gagner de quoi vivre (nécessité) et il permet de faire des choses (au sens littéral : construire des objets ou fournir des services - c'est un outil). Et c'est tout. Le reste, ce n'est pas du travail, c'est autre chose : une activité, un hobbie, une passion... Tout ceci peut exister sans le travail...
Le problème, c'est que la promesse du progrès technologique a toujours été la suppression du travail. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on sait enfin supprimer une bonne partie du travail : entre les robots et l'informatisation, il y a pas mal de choses automatisables. Avec un peu de décroissance et la poursuite du progrès technologique, on pourrait probablement s'en sortir avec une semaine d'une dizaine d'heures.
Mais la société et les politiques ne veulent pas envisager un monde sans travail. Parce que le travail est avant tout un outil de paix social, ça occupe les gens, ça leur évite de se poser trop de question... Mais de plus en plus de gens sentent la contradiction : le suicide au travail, c'est aussi la réalisation qu'on passe sa vie sur du vide...
De Zibel
(inquiète depuis le 6 mai 2007) | 19H33 | 26/10/2009 |
Très bonne façon de poser le problème, et je suis assez d'accord avec ce point de vue.
Sauf que dans la dernière catégorie, on peut mettre une foultitude de métiers, depuis les enseignants, médecins, jusqu'aux boulangers, agriculteurs, plombiers, éboueurs...
Le souci étant que ces métiers sont soit très dévalorisés (éboueurs), soit très critiqués par l'opinion publique (enseignants), soit de plus en plus soumis à des pressions de productivité indues (tous).
Au fait, y'a eu beaucoup de suicides chez les banquiers et les traders l'an dernier ? Comme quoi, eux, leurs managers savent bien les former à la gestion du stress...
Je crois moi aussi qu'il y a un gros souci de manque de compétences manageriales parmi les DRH et petits chefs.
De morphee 78
médecin | 21H13 | 26/10/2009 |
Il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu tant de conneries . Pour ce qui est du bourrage de crâne , c'est le même salivoir que celui de la grippe H1N1 .
Travailler à en mourir ... quelle belle formule . Mourir de grippe quand on n'est déjà pas bien en forme , voire atteint de cardiopathie majeure ... c'est la loi biologique : ni plus , ni moins .
Le taux de morts par suicide en France ne varie pas depuis des années et les échantillons " Francetelecom " " et Thalès " sont plutôt à la traine , bien en dessous des " performances suicidaires " par rapport aux reccords de la Gendarmerie , des personnels de l'enseignement et de la médecine .
Il n'y as pas d'affaire Francetelecom , il n'y a pas d'affaire Thalès . Mais il y as des veaux pour boire le lait des journaleux de basse besogne . Les prétendus philosophes - sociologues se masturbent la moelle pour accoucher d'enfants morts .
Il n'est pas interdit de réfléchir avant de répéter les " infos "
du JT de france 1 , via la fausse blonde .
" Bonsoir et bienvenue à tous " ... Après avoir écouté la divine parole , vous croyez penser que ... à défaut d'esprit critique , pour montrez aux " amis " que vous , vous savez .
Certains prétendus journalistes ne sont que perroquets sans esprit .
Mais je me plais à croire que , pour la majorité , ils ( elles ) font leur travail avec conscience .
De Ruski
Chef Op. | 23H09 | 26/10/2009 |
De quoi, parlons nous exactement ? De la déshumanisation de l’humain.
En détruisant toute forme de loi qui représenterait une contrainte sur la marchandise, la dérégulation provoque des effets dans tous les domaines. Pas seulement dans le champ économique. Le psychisme humain lui-même est perturbé, bouleversé. Dépressions, troubles de l’identité, suicides et perversions. Au point que le marché ne veut plus de l’être humain tel qu’il est. Karl Marx ne se trompait pas sur ce côté « révolutionnaire » du capitalisme : « La bourgeoisie, écrivait-il, ne peut exister sans bouleverser constamment les instruments de production, donc les rapports de production, donc l’ensemble des conditions sociales. Ce qui distingue l’époque bourgeoise de toutes les précédentes, c’est le bouleversement incessant de la production, l’ébranlement continuel de toutes les institutions sociales, bref la permanence de l’instabilité et du mouvement. Tous les rapports sociaux immobilisés dans la rouille, avec leur cortège d’idées et d’opinions admises et vénérées, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant même de se scléroser. Tout ce qui était solide, bien établi, se volatilise, tout ce qui était sacré se trouve profané et, à la fin, les hommes sont forcés de considérer d’un œil détrompé la place qu’ils tiennent dans la vie, et leurs rapports mutuels. » Cette capacité de transformer les rapports sociaux a été portée à son comble par ce nouvel état du capitalisme.
Enfin pour finir une petite pensée d’un des préférés de mon panthéon personnel : « Quelque soit sa position sociale, tout individu qui ne dispose pas des deux tiers de son temps est un esclave ». Nietzsche.
De nemo3637
Déchoukeur | 23H43 | 26/10/2009 |
A MARTIGUES CC-T1, UN POSTIER... EN GREVE DE LA FAIM !
Sébastien Osman, facteur à Martigues CC-T1 est suspendu de fonction
depuis 4 mois, suite à un dossier disciplinaire basé sur des faits
déformés et mensongers montés de toutes pièces par les bons soins de sa
direction. Il faut dire qu’à Martigues CC-T1, nos collègues n’ont pas
hérité de n’importe quelle direction puisque le DETAP n’est autre qu’un
ancien militaire régnant d’une main de fer qui a décidé de transformer
son bureau en caserne.
L’ordre y règne donc, les abus de pouvoir aussi. Notre « Colonel » n’ a
pas hésité à faire licencier un agent contractuel pour une absence
irrégulière ou à sanctionner de blâmes 14 facteurs ayant refusé de
passer le courrier non distribué un jour de grève.
Avec Sébastien, militant syndical tenace et représentant du personnel
connaissant ses droits, les choses se corsent pour notre Warrior Postal,
qui n’a d’autre issue pour ne pas perdre la face que d’avoir recours à
des coups bas, une des spécialités enseignées dans les écoles
managériales postales et dans l’armée sans doute.
Après 4 mois de suspension de service, en attente d’un conseil de
discipline, Sébastien a donc décidé d’entamer une grève de la faim, le
Mercredi 14 octobre pour dénoncer l’arbitraire dont il est victime. Ce
ne sont pas des problèmes personnels ou familiaux qui l’ont poussé à
agir ainsi mais bien sa situation professionnelle car, comme à France
Télécom les postiers connaissent aussi leur lot de souffrance au travail.
La Poste, avec sa nouvelle caste de dirigeants est devenue une véritable
machine à broyer, à casser l’individu au nom de la rentabilité et de la
compétitivité. Le malaise est réel. *N’attendons pas une vague de
suicides pour réagir ! Nous sommes tous concernés !*
Il faut bien que nos grands pontes comprennent que pour Sébastien, il n’
y a pas d’autre alternative que : *La Réintégration ou La Mort !*
Ses collègues de bureau sont partis ce lundi 19 octobre à 100% en grève
illimitée pour demander sa réintégration.
Mardi 20, la grève s’étend aux guichets et au service départ de Martigues.
Nous autres, postier(es) du reste de l’hexagone, nous pouvons encore
agir afin d’empêcher que l’irrémédiable se produise ; en faisant
pression sur la Direction Courrier de La Poste des Bouches du Rhône :
➢ en lui écrivant : DOTC Marseille - 7, Rue Gaspard Monge - 13458
MARSEILLE Cedex 13
➢ Par courriel : yves.esnault@laposte.fr
➢ Par téléphone : 04.88.56.10.00
➢ Fax : 04.88.56.10.05 En attendant d’autres types d’action... Faîtes
tourner l’info.
CONFEDERATION NATIONALE DU TRAVAIL
FEDERATION CNT-PTT
33 rue des Vignoles
75020 Paris
Tel : 06 59 52 45 81
Courriel : fede.ptt@cnt-f.org
Site : http://www.cnt-f.org/fedeptt/