Herta Müller, prix Nobel de littérature

L'écrivaine Herta Müller en 2007 à Leipzig (Wikimedia Commons).

Entrée la dernière, elle est arrivée la première. C'est ces tout derniers jours que la romancière roumaine a fait résonner son nom autant que ceux de Oz, Oates et Roth dans la liste des nobélisables. C'est elle qui l'a emporté. Quitte à devoir en priver une nouvelle fois le somptueux Philip Roth. Présentation.

Ne boudons pas notre plaisir pour autant : si ce genre de Prix a une utilité, c'est bien de faire découvrir au monde un auteur. Quelques années après l'Autrichienne Elfriede Jelinek, cette autre récompense à la langue de Goethe a un sens.

Herta Müller, romancière roumaine de langue allemande, a une grande place dans les lettres européennes. Dans notre époque de construction continentale, d'Europe forteresse mais aussi de traités et d'ententes cordiales, sa récompense fait sens. Après avoir été fort « buzzée » l'an passé, elle a donc gagné cette année.

Herta Müller est née en Roumanie en1953, dans la communauté des Souabes, minorité de langue allemande de la province historique de Banat. Elle y a étudié la littérature allemande et roumaine entre 1973 et 1976, avant de travailler en tant que traductrice… pour une usine de machines industrielles. Licenciée parce qu'elle refusait de travailler pour les services secrets roumains Securitate, son domicile fut alors placé sur écoute, et elle fut menacée à plusieurs reprises. En 1987, elle part pour l'Allemagne. Elle fait donc partie de ces citoyens que la République Fédérale d'Allemagne avait racheté à Ceaucescu juste avant sa chute, afin de sauver les Roumains de langue allemandes, et leur offrir une seconde vie.

Elle vit aujourd'hui à Berlin. Depuis 1995, elle est membre de l'Academie allemande de langue et de littérature (Deutsche Akademie für Sprache und Dicthung).

« Esthétique de la résistance »

C'est ainsi qu'est vue l'œuvre de l'auteur, qui appartient à la dernière génération des écrivains roumains de langue allemande. Herta Müller a d'ailleurs souvent souligné la « situation linguistique tout à fait particulière des écrivains de langue allemande en Roumanie » :

« La langue de l'écriture, le haut-allemand, coexistait avec le dialecte, le souabe du Banat, et la langue véhiculaire, le roumain. A cela s'ajoutait la langue de bois du régime qui avait détourné le langage à son profit. D'où notre vigilance pour éviter les mots ou les concepts violés ou souillés par le politique. Ils renvoyaient à une réalité qui n'était pas la nôtre. »

Herta Müller est une des écrivaines les plus appréciées d'Allemagne. Ses premiers travaux littéraires datent de 1982. Elle a publié depuis vingt volumes traduits en autant de langues. Lauréate de plusieurs prix littéraires importants, dont les Ricarda Huch, Kleist, Joseph Breitbach, IMPAC Dublin et Literary Award, Herta Müller s'est également vu consacrer d'amples éditoriaux dans des quotidiens tels Neue Zürcher Zeitung ou Die Welt.

Son dernier roman paru en France est « La Convocation » (Métailié (2001). Selon l'éditrice du livre, Nicole Bari (qui dirige la « Bibliothèque Allemande » chez Métailié), les spécificités d'Herta Müller sont d'utiliser « une poétique faite de métaphores », et de traiter de thèmes comme « l'exil, le déracinement, le départ ». Des thèmes donc très européens, et typiques de sa génération.

Photo : l'écrivaine Herta Müller en 2007 à Leipzig (Wikimedia Commons).

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Portrait de Dan51

De Dan51

13H11 | 08/10/2009 | Permalien

Bravo ! ! !

Je ne peux que me réjouir de ce prix qui récompense de vrais écrivains, ayant du coeur et non pas ceux qui se pavanent sur les plateaux TV.

Portrait de antonvoyl

à Dan51 Portrait de Dan51 De antonvoyl

gestionnaire administratif | 13H52 | 08/10/2009 | Permalien

La situation était tellement abjecte que l'excellent Patrick Laupin avait refusé un prix Goncourt il y a trois ans au motif suivant : « Vous m'emmerdez ». Ca en dit long !

Ca réconforte de voir des écrivains mis en avant depuis quelques années mais bon, les Begbendum et autres voleurs de stylos accablent toujours un peu plus l'intelligence et la curiosité des gens.

Portrait de yakusa

à antonvoyl Portrait de antonvoyl De yakusa

bretagne | 17H04 | 08/10/2009 | Permalien

d'où l'importance de ne pas acheter ces bouquins a la fnac ou autre s temples de la non-culture.
trouvez vous une bonne petite librairie. discutez et échangez avec votre libraire. Lui (elle) saura vous orienter (si besoin est) vers de petits bijoux et pas vers ces montagnes obscènes de livres qui vous agresses à la sortie de l'escalator

Portrait de hagalma

à antonvoyl Portrait de antonvoyl De hagalma

08H41 | 09/10/2009 | Permalien

Patrick Laupin a refusé un prix Goncourt il y a trois ans ?

Portrait de Jean-François@Carenton

à Dan51 Portrait de Dan51 De Jean-François@Carenton

12H20 | 10/10/2009 | Permalien

Sans dec », vous l'avez lue, ou vous dites ça pour avoir l'air intelligent ? Visiblement, ses œuvres n'ont quasiment pas été éditées en France.

Portrait de yoye-2000

De yoye-2000

se leve tard et travaille mou | 13H14 | 08/10/2009 | Permalien

Elle est pas autrichienne, plutôt, Jelinek ?

Philippe Roth attendra ! de toute façon, moi perso, le peu que j'en ai lu valait pas un Nobel…

http://ma.vie.a.nantes.over-blog.com/

Portrait de Marie-Sophie Keller

à yoye-2000 Portrait de yoye-2000 De Marie-Sophie Keller

Rue89 Eco89 | 13H22 | 08/10/2009 | Permalien

Elfriede Jelinek est bien Autrichienne. C'est corrigé. Merci beaucoup pour votre vigilance.

Portrait de mooed

De mooed

broken | 13H38 | 08/10/2009 | Permalien

minunate

Portrait de Laffreux Jojo

De Laffreux Jojo

penseur libre | 14H11 | 08/10/2009 | Permalien

Le nobel a recompensé Jelinek (on se demande d'ailleurs quelle mouche les avait piqués…) , mais pas Thomas Bernhard… ça veut tout dire…
mais il est vrai après Le Clézio, Herta Müller est un bon choix… on reste d'un le bien-pensant le plus ennuyeux… aucun risque que le lecteur ne s'éveille. Ils sont dans une phase « bonne nuit les petits » à Stockholm ou quoi ?
Une fois de plus : à bas les prix littéraires, l'art n'est pas un concours de beauté.

Portrait de Ben85

à Laffreux Jojo Portrait de Laffreux Jojo De Ben85

ramoneur | 19H25 | 08/10/2009 | Permalien

« on reste dans le bien-pensant le plus ennuyeux… »

Depuis quand un grand écrivain SE DOIT-IL d'être engagé ?

Cette dictature du « tout subversif » en littérature aboutit à une surenchère qui annule tout effet dénonciateur et dérangeant.

PS : ceci dit, d'accord avec vous concernant l'indigence de ces prix littéraires : Le Clézio n'a pas attendu son Nobel pour être un grand auteur…

Portrait de Laffreux Jojo

à Ben85 Portrait de Ben85 De Laffreux Jojo

penseur libre | 21H42 | 08/10/2009 | Permalien

Vous vous méprenez ! Où est-ce que je parle d'une littérature « engagée ? » où d'une littérature « subversive » ? Non, non, non. Un écrivain n'a de compte à rendre qu'à lalittérature, cela va de soi
Si vous aviez bien lu, vous auriez d'ailleurs remarqué que je préfère Bernhardt à Jelinek… alors…voyez…
Par bien-pensant j'entends plutôt que pour avoir un prix, ce n'est pas tant la littérature qui compte, mais le « profil » du lauréat… non pas ce qu'il ou elle écrit, mais ce qu'il ou elle représente. Pour faire branché, du « storytelling, comme on dit )
Et si vous aimez Le Clézio, je pense que vous aimez bien dormir, et pas tellement qu'on vous secoue les puces ! (Vous auriez dû lire la presse internationale à ce propos. Poilant ! Die Zeit, journal très sérieux, l'avait appelé Le prix nobel de l'ennui, hihihi…)
Cordialement

Portrait de Ben85

à Laffreux Jojo Portrait de Laffreux Jojo De Ben85

ramoneur | 21H56 | 08/10/2009 | Permalien

J'avoue ne pas avoir lu vos commentaires précédents.

J'aime bien Le Clézio, ça a même été une passion de jeunesse. J'en suis un peu revenu, mais il en reste des traces… Je le trouve très bon, mais cela n'engage que moi (prix Nobel de l'ennui, c'est abuser, je trouve… Si on parlait de James Ellroy, encore, je comprendrais, mais bon…). Mais comme je le dis souvent, tant que l'on s'écharpera à propos de littérature, c'est qu'il y aura des choses à en dire. Tant mieux !

Comme je l'ai dit, je suis tout à fait d'accord avec vous sur la vacuité de ces prix littéraires.

Bonne soirée à vous.

Portrait de Jean-Luc LUMEN

De Jean-Luc LUMEN

en invalidité | 15H07 | 08/10/2009 | Permalien

Hors sujet …peut être ?

J'écoute France Inter « Là bas si j'y suis »

Une femme a dit quelle était allé chez un toubib (payé par france télécom) il ne lui a que demandé son nom et la viré de son bureau quand elle voulait parler, en pleurs sur le palier elle voit venir les flics pour l'emmener dans un hôpital psychiatrique le toubib avait appelé les flics « il y a une personne dangereuse, etc,etc…. faut l'interner »

Cela fait des années que j'essaye de vous sensibiliser sur l'horreur de l'article L-3213-1 à 10 en particulier le paragraphe 2, si en le lisant vous ne trouvez rien d'anormal, c'est que vous êtes un fasciste.

A vous lire

Portrait de NELEPHANT

à Jean-Luc LUMEN Portrait de Jean-Luc LUMEN De NELEPHANT

15H31 | 08/10/2009 | Permalien

Euh, oui, complètement hors sujet.

D'autant plus qu'il y a eu des fils sur France Télécom et la souffrance au travail.

Portrait de PIT LE CHIEN

De PIT LE CHIEN

16H27 | 08/10/2009 | Permalien

Herta Müller est un grand écrivain politique mais qui écrit de manière poétique avec des métaphores très incisives.
J'avais lu « Le renard était déjà le chasseur », traduit en français.
Je vais chercher un autre de ses romans , plus ancien :
« L'homme est un grand faisan sur terre »…

Portrait de egide

De egide

Littéral | 20H07 | 08/10/2009 | Permalien

L'étrange ambigüité d'une œuvre couronnée.

Peut-être est-ce dans « La convocation » que les dilemmes de Mme Herta Müller se laissent entrevoir le plus. Car elle n'en écrit pas tant que cela sur la légitimité « d'être » quand on est, par essence, un « déplacé ».

Dans ce roman « le » narrateur qui est soumis aux interrogatoires inopinés d'un officier de la Securitate se remémore sa vie pendant que le tramway le transporte jusqu'au bureau de l'inflexible scrutateur qui traque dans les réponses du suspect les failles qui révèlerait « l'opposant ».

Car il faut être suspecté de quelque chose de pas clair, mais de quoi dans une dictature qui a confisqué la pensée même et l'expression créative ?

On ne peut pas dire que la nostalgie des territoires allemands hors l'Allemagne même, ces petites régions de langue et de culture allemande encore empreinte d'une certaine Allemagne du passé, oublié d'avant la guerre de Trente ans marque cette œuvre.

Non, c'est plutôt la douloureuse expérience d'être à la fois allemand de « sang », sur un sol hors l'empire, et de vivre mal cette situation d'être minoritaire en son propre pays, la Roumanie.

Et ce que la culture régionale germanophone et singulière n'occupe pas, la langue officielle, la langue du pouvoir et la culture d'une administration dévoyée par le totalitarisme le comblent.

La Convocation démontre un sournois arsenal de domination par l'induction de la peur d'être, d'une culpabilité vague et inacceptable parce qu'elle signifierait l'anéantissement de soi.

Néanmoins Herta Muller a trouvé son salut dans la langue allemande et, suprême paradoxe, en étant en exil en Allemagne même.

Gageons cependant que « sa » langue, « son » imaginaire soient bien étranges en ce pays et qui « lui » vaut ce Nobel.

Portrait de cerbère.

De cerbère.

bibliothécaire | 19H00 | 09/10/2009 | Permalien

Une chose est sûre. Raymond Federman n'aura pas le prix Nobel de littérature. Il vient de décéder. Qu'il repose en paix !

Portrait de Pierrrrre

De Pierrrrre

13H18 | 10/10/2009 | Permalien

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