
Dan Franck : « Pour “Boro”, on voulait faire de l'anti-Sulitzer »
Depuis vingt-deux ans, les écrivains Dan Franck et Jean Vautrin se retrouvent régulièrement pour, à quatre mains, écrire l'histoire de « Boro, reporter photographe ». Et revisiter l'histoire de la Guerre d'Espagne, de la Seconde Guerre, ou, dans ce huitième tome, de la création de l'Etat d'Israël. De la très bonne littérature feuilletonesque, politique et historique.
Blèmia Borowicz est le Corto Maltese du photojournalisme : reporter photographe libre, indépendant, fantasque, connu pour ses portraits de Gide, Chaplin, Gary Cooper, Goebbels, Léon Blum ou même Hitler. Et pour son aura auprès des femmes.
Dès le début de la série (« La Dame de Berlin »), « Boro » a pris les traits de cet homme séduisant, dessiné par Enki Bilal, qui a illustré les couvertures des huit livres.
Blèmia Borowicz dit « Boro » est un juif hongrois. Un héros un peu fitzgeraldien (femmes, fêtes, etc.), pris dans les tourbillons du siècle. Un reporter photographe « de l'école hongroise » (clin d'œil au photographe Robert Capa, dont on apprendra ici l'histoire du patronyme) qui sillonne la planète muni de sa canne et de son Leica.
Sa philosophie du reportage, sa façon de témoigner par l'action dans la photographie, sa distinction : le décorum propre à Boro est en réalité fourni par l'agence Magnum, justement co-fondée en 1947 par Capa.
De la saine littérature de feuilleton
« Boro », c'est le héros de papier crée en 1987 par les deux écrivains Jean Vautrin et Dan Franck. Le premier était déjà un auteur de polars reconnu, mais le second n'avait alors pas la notoriété que lui apporterait plus tard son prix Renaudot pour « La Séparation » (livre, puis film, en 1991).
Les deux hommes voulaient « créer un personnage politique, clairement de gauche. De l'anti-Sulitzer ». Un Poulpe avant l'heure…
« Les aventures de Boro, reporter photographe », dont le nouvel opus est le huitième (on peut lire les livres indépendamment), c'est de la bonne littérature « feuilletonesque », politique, historique, qui revisite l'Histoire récente à partir de la guerre d'Espagne. Des livres aux chapitres courts, mêlant l'histoire dans l'Histoire, et dans lesquels l'action est omniprésente.
Des personnages avant tout antifascistes et européens
Le grand intérêt de la série, écrite par deux Français, est que les personnages principaux ne le sont pas forcément. Ils sont hongrois, anglais, allemands, français parfois. Avant tout antifascistes, européens. L'angle est toujours géographiquement très ouvert. Chacun des romans de la série a son petit parfum « Brigades internationales ».
Au début, les deux auteurs étaient partis pour cinq tomes, censés couvrir une période qui irait de la guerre d'Espagne (une obsession de Dan Franck) à l'entrée des troupes russes à Budapest en 1956.
Franck sourit lorsqu'il dit : « Mais nous en sommes au huitième volume, et nous sortons à peine de la guerre. » Tout en avouant vouloirs s'arrêter à dix volumes… (Voir la vidéo)
Après l« Espagne, Boro a été journaliste et résistant durant la Seconde Guerre mondiale. Dans “ La Dame de Jérusalem ”, il sera ballotté entre New York, Prague, Paris et Jérusalem, pendant les négociations qui aboutiront à la partition de la Palestine, et la naissance de l'Etat d'Israël.
Ce 22 juillet 1946. Il est devant l'hôtel King David de Jérusalem, lorsqu'une jeune et étrange femme à vélo lui demande de photographier le bâtiment, qui abrite le commandement militaire des forces britanniques stationnées en Palestine.
Et l'hôtel explose. 200 blessés, 91 morts. Un enfer saisi par l'homme au Leica, dont les photos sont achetées par les rédactions du monde entier.
Dans ses pérégrinations, “Boro” va rencontrer Robert Capa
Pour l'Histoire, le héros de notre série assiste aux négociations pour la créations de l'Etat d'Israël, suit les immigrants clandestins, se retrouve sous le feu nourri des combats, retourne en prison. Jusqu'au vote de la résolution 181 de l'ONU sur le partage de la Palestine.
Pour l'histoire, et pour les connaisseurs de la série, Boro retrouvera ici son cousin Dimitri et sa cousine Maryika, apprendra qu'il a un fils. Croisera Robert Capa. Et rencontrera Arthur Finnvack, cet agent secret britannique qu'on avait déjà vu protéger Boro sans que ce dernier ne s'en doute. (Voir la vidéo)
“ La Dame de Jérusalem ” est un livre accusateur envers les Alliés, spécialement les Britanniques bien entendu, puisque la Palestine était sous leur mandat.
Pour les auteurs, dont la démarche se base sur le travail de “ nouveaux historiens israéliens ”, de nombreux marchandages entre vaincus et vainqueurs de la guerre ont prédestiné aux destins des juifs libérés (voir la vidéo). Le roman contient de nombreux flash-backs sur la libération des camps.
Un très beau subterfuge pour écrire l'horreur des camps
Pour Franck, “ l'Etat d'Israël n'aurait pas existé s'il n'y avait pas eu les camps ”. Pour lui, ils fondent la culpabilité occidentale qui permit la création d'Israël… au détriment d'une population entière, lésée : les Palestiniens. Entre autres parce qu » « il est clair que dès 1943, tout le monde savait les camps : Churchill, Roosevelt, le Congrès Juif mondial, De Gaulle ».
Pour écrire l'horreur des camps, et ce que les soldats découvrent en les libérant, les auteurs ont recours à un très beau subterfuge, incarné par Arthur Finnvack (chez qui le subterfuge définit aussi la vue ; autre façon de mêler Histoire et histoire…) : quand il a ouvert les portes de Buchenwald, Finnvack est devenu aveugle à jamais… (Voir la vidéo)
« Le principe de cette série, c'est celui du rétroviseur », dit Dan Franck. La série des « Boro » est du genre à ouvrir les yeux toujours plus grands, plus éveillés, plus concernés. Comme la photographie.
► La Dame de Jérusalem de Franck&Vautrin - Fayard - 390p. - 22€. A signaler également, un recueil d'articles écrits par Jean Vautrin : « La vie Badaboum » (Fayard, 314p., 19.50€).
► Modifié le 14/6 à 15h30. Titre changé pour éviter toute ambiguïté (cf. commentaires).
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à Béatrice1
De comptebloqué 27 juillet 2009
. | 09H01 | 14/06/2009 |
uand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d'historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ? Dans le sillage de la « contre-histoire “ née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l'histoire ‘ de longue durée des juifs. Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l'an 70 de l'ère chrétienne, ou bien s'agit-il ici d'un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ? Et, si les paysans des temps anciens n'ont pas été exilés, que sont-ils devenus ? L'auteur montre surtout comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d'une nation. Ce détour par le passé conduit l'historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l'heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d'un ADN spécifique, que cache aujourd'hui le concept d'’ Etat juif ‘, et pourquoi cette entité n'a-t-elle pas réussi jusqu'à maintenant à se constituer en une république appartenant à l'ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ? En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays. Construit sur une analyse d'une grande originalité et pleine d'audace, cet ouvrage foisonnant aborde des questions qui touchent autant à l'origine historique des juifs qu'au statut civique des Israéliens. Paru au printemps 2008 en Israël, il y est très rapidement devenu un best-seller et donne encore lieu à des débats orageux.
Biographie de l'auteur
Né en 1946, Shlomo Sand a fait ses études d'histoire à l'université de Tel-Aviv et à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris. Depuis 1985, il enseigne l'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv. Les Mots et la terre (Fayard, 2006) est son dernier ouvrage publié en français.
à comptebloqué 27 juillet 2009
De NELEPHANT
09H52 | 14/06/2009 |
Eh bien puisque vous re-trollez avec Sand, je vous contre-trolle avec mon post d'il y a 10 mn :
h bien , il faut peut être dire que la démarche de M. Sand, consistant entre autres à faire entrer la catégorisation du « peuple juif » dans une catégorie ehtno-génétique, se rattache à une conception soit « völkisch » de la notion de peuple, soit … véterinaire ! A quoi reconnaît on un juif ( comme peuple ) ? A sa truffe noire ou rose, à son poil court ou long, comme un labrador ou un épagneul ? Ou à la mémoire et aux représentations collectives d'un groupe de population , à son organisation sociale, à son vouloir vivre-ensemble ?
Que la notion de peuple soit subjective et inscrite dans le discours des individus qui le composent n'est pas surprenant, puisque cette notion relève des sciences humaines et non des sciences naturelles. L'approche critique d'une telle notion s'applique autant-pas plus mais pas moins ! - au peuple juif qu'au peuple français.
Le fait que Sand aie « naturalisé » l'histoire du peuplejuif ne résulte tout au plus que de la volonté de créer un mauvaise polémique, et « IMHO », il s'est tiré une balle dans le pied.
à NELEPHANT
De Kalilooe
humain | 13H03 | 14/06/2009 |
+ 1
A titre de défense de Pixote, il faut remarquer qu'il fait beaucoup moins de fautes d'orthographe quand il copie-colle les 4e de couv de livres douteux : )
Il serait bon qu'il fasse de même pour des articles salutaires tels que http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2009/03/29/le-negationni…, (mais copier-coller ne veut pas nécessairement dire lire-comprendre.
à Kalilooe
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 17H03 | 14/06/2009 |
Et je remets une couche pour ceux qui seraient interessé par une critique sérieuse….
http://www.massorti.com/Comment-le-peuple-juif-fut-invente.html
Voilà un livre qui a au moins un mérite, celui de soulever le débat et même les passions.
Il s'agit d'un essai, ni livre d'histoire, ni ouvrage politique, mais tout au service d'une idée politique. Le propos se veut logique, il apporte des sources et appelle à réfléchir ; mais demeure très manichéen et part à mon avis d'un axiome très faible : que les juifs ont été inventés comme peuple par les sionistes au 19e siècle, alors qu'au départ les juifs ne sont que les adeptes d'une religion. D'ailleurs le titre en français est explicite : « Comment le peuple juif fut inventé », on ne pose pas la question de savoir si les juifs sont un peuple ou non, on part de l'axiome qu'ils n'en sont pas un, que c'est une invention, et on va vous expliquer comment. C'est donc bien un raisonnement idéologique assez spécieux. Même celui qui passe dans une librairie et n'ouvre pas le livre aura au moins retenu cette information sur la couverture : les juifs sont une invention… Mais c'est oublier comment les juifs se sont définis et vécus durant des siècles, c'est-à-dire en peuple (Am Israël, Bnei Israël, Goy Ehad…), même si dans ce sentiment il y a peut-être une part d'artifice ethnique au sens où Sand cherche à le montrer. Tous les courants du judaïsme, à part l'ultra-réforme du 19e qui voulu jouer à fond la carte de l'intégration nationale, parlaient d'un peuple et voyaient les différentes communautés juives en faire partie. C'est vrai aussi bien dans la Bible, le Talmud , que chez les rabbins médiévaux ou encore chez des philosophes assionistes comme Hermann Cohen ou Rosenzweig… Mais de tout cela Sand se garde bien de discuter, tellement il est convaincu par son propre axiome, qu'il ne démontre jamais vraiment et ne discute pas avec suffisamment de sérieux.
Le grand reproche qu'on peut lui faire c'est que sous prétexte d'une analyse historique, il est tout au service d'une idée politique : les juifs n'étant pas un peuple, sinon « inventé récemment », le sionisme est basé sur un artifice et l'État d'Israël, puisqu'il existe et qu'il faut faire avec cette erreur de l'histoire, ne devrait pas être l'Etat des juifs, mais une république sans identité précise. Shlomo Sand est partisan d'un État binational et c'est son droit le plus strict, mais écrire un livre d'histoire ne devrait pas être un pamphlet politique. Il devient surtout ridicule quand il veut comparer son rêve d'Israël dénationalisé à la Hollande ou bien encore à la Grande-Bretagne [sic] (p.431), mais évite soigneusement d'apporter des exemples pourtant plus plausibles, notamment le voisin proche : le Liban, qui offre l'image pour le moins apocalyptique de ce que serait vite un État binational israélo-palestinien… Son rêve d'Europe aurait pu au moins le conduire à prendre en exemple la Belgique à la stabilité précaire… Avancer de telles idées, plutôt sympathiques au premier regard, montre une bonne dose de naïveté et surtout d'irréalisme car niant toutes les données historiques et politiques du problème, gênant pour un historien.
Il n'en demeure pas moins que certaines critiques et remarques de Sand restent pertinentes et qu'il ne manque pas de lever des pistes de réflexions. C'est pourquoi je ne rejetterais pas en bloc un tel livre, quand bien même son axe reste très idéologique et fragile et que le livre a tout de suite été mobilisé par les différents cercles antisionistes qui ne demandent qu'un tel os à ronger.
L'ouvrage n'est pas construit de façon classique, il ne traite pas d'un sujet unique, mais en mêle deux : la question de l'historiographie juive (19e siècle) et celle de l'expansion juive en diaspora (antiquité). Pour finir enfin sur un débat contemporain sur la nature de la démocratie israélienne.
L'historiographie juive, c'est la façon dont les premiers historiens juifs ont raconté l'histoire du peuple juif. L'histoire juive est née comme discipline au 19e siècle. Bien évidemment marquée par les mouvements idéologiques de l'époque et les problématiques du temps. La situation des juifs n'était pas simple dans l'Europe de l'émancipation partielle, de la montée de l'antisémitisme, de l'assimilation débutante et des pogroms en inflation…
Shlomo Sand dénonce assez méchamment et sans remettre dans le contexte de l'époque une partie de ces historiens, en particulier le grand Heinrich Graetz (cofondateur du mouvement massorti ), qu'il accuse d'être « l'inventeur du peuple juif », c'est-à-dire de mettre l'accent sur l'idée de destinée commune et d'avoir éveillé chez les juifs d'Europe une conscience de leur destinée nationale historique. Sand montre bien qu'une certaine construction historiographique fut à l'origine d'une conscience nationale et donc du mouvement sioniste qui doit en effet beaucoup aux travaux et écrits de personnes comme Graetz. Ce qu'il dénonce, et ce dont je suis fier comme la plupart des juifs, est vrai, le sionisme fut avant tout un grand mouvement de prise de conscience intellectuelle et la vitalisation d'une conscience nationale. Sans cela, ce mouvement n'aurait pas existé. Ce ne sont ni les disciples du Gaon de Vilna, pourtant immigrés à Jérusalem, ni un Samson Raphaël Hirsch, ni les rabbins consistoriaux français de l'époque (à part une ou deux exceptions), ni la réforme allemande, ni l'Agoudat Israël qui permirent l'émergence du sionisme auquel ils étaient tous opposés, chacun à leur manière. C'est bien des intellectuels audacieux comme Heinrich Graetz qui travaillèrent sur l'histoire juive et qui éveillèrent par leurs écrits d'une grande popularité à l'époque, une conscience nationale chez les masses juives européennes. Mais le greffon prit vite et facilement, car le terreau le permettait, ce que Sand oublie d'analyser. Le discours d'un intellectuel n'a de prise que sur une écoute favorable et donc une réalité populaire, tout comme les idées politiques…
Sand dénonce les discours mobilisateurs du sionisme et son romantisme, mais sans cela un tel mouvement n'aurait pu exister ! Tout mouvement politique et national se nourrit d'un certain pathos, surtout à ses débuts. Il mérite d'être analysé avec le recul et éventuellement critiqué, mais il n'en demeure pas moins bien naturel. Sand, lui-même, tombe exactement dans le même écueil en mobilisant des données historiques et une certaine méthode à fin de promouvoir ses idées politiques et en fournissant une analyse très partielle et surtout partiale de ce mouvement historiographique juif. Lui aussi donne dans un pathos d'un Proche-Orient laïcisé et tranquille dans lequel tous travailleraient mains dans la main… Quand bien même l'idée est séduisante et mérite réflexion, elle doit être traitée avec sérieux et en apportant tous les éléments du problème, ce qu'il ne fait nullement. Il ne suffit pas de discuter de la capacité juive à l'ouverture, il faut aussi réfléchir à la capacité arabe à la chose, dans binational, il y a « bi », l'affaire n'est donc pas que celle des juifs, mais de toute une région et des Palestiniens au premier chef, de cela Sand se garde bien de parler. Là aussi il faudrait analyser l'historiographie et le pathos d'un discours panarabe ou nationaliste ou encore fondamentaliste musulman… Or c'est bien avec cela qu'Israël doit cohabiter.
L'expansion juive en diaspora s'est faite pour bonne part grâce à des conversions. Fort bien, la chose est connue et nul n'a jamais vraiment affirmé le contraire. Cela invente-t-il le peuple juif ? Sûrement pas. Cela le nourrit et l'élargit, rien de plus. Le fait est que les juifs se sont toujours considérés dans le même devenir. La conversion au judaïsme, contrairement au christianisme, se fait par une forme de naturalisation « ton peuple sera mon peuple ». Toutes les communautés juives, malgré la dispersion, ont maintenu une forme de symbiose assez extraordinaire et des contacts les unes entre les autres… Le regard des non juifs était souvent hostile et percevait les juifs, à tort ou à raison, comme différents…
Il n'y a pas ici invention, mais lente constitution par le biais de différents phénomènes, y compris les conversions et les mariages exogames. Les juifs n'ont jamais été une race et ne se sont jamais définis comme telle, au contraire, la Tora précise bien que de nombreux Égyptiens et autres accompagnaient les hébreux dans leur aventure constitutive. Par contre, ils ont toujours gardé assez farouchement leur spécificité, allant même à développer différentes langues spécifiques (yiddish, ladino, judéo arabe…) exprimant bien par ce curieux phénomène, qu'ils ne différaient pas de leurs voisins que par le rite. Depuis le haut moyen-âge, plus de vagues de conversions et les juifs sont acculés à rester entre eux… Sand en se focalisant sur les mouvements de conversions massives de la période gréco-romaine fait l'impasse sur des siècles de formations des communautés qui aboutiront à la conscience nationale et au sionisme. Il ne s'agit donc pas d'invention, avec tout l'artifice que cela sous entend, mais d'un réel phénomène historique qui mériterait une meilleure analyse que les raccourcis de l'ouvrage.
Sand affirme que les Palestiniens sont descendants des judéens convertis à l'Islam, c'est fort possible pour les ruraux. Dans certains cas, c'est même avéré (certains villageois gardent encore des pratiques judaïsantes comme la circoncision à huit jours). Mais ils se voient comme arabes et c'est ce qui importe. Mais des quantités d'autres, les urbains, sont descendants d'immigrés arabes attirés par l'éveil industriel de la Palestine au 19e siècle… ce qui n'enlève rien à leurs droits politiques. Être un peuple est avant tout conscience collective de soi. Le fait est que tout peuple est ainsi « inventé », sujet d'un certain discours dans lequel il se reconnaît.
Le peuple arabe également est en cela une belle construction historique artificielle. Ce n'est pas quelques guerriers bédouins partis de l'Arabie historique qui ont donné descendance au vaste monde arabe actuel… Faut-il donc alors démanteler la Ligue Arabe ? Je trouve aussi absurde de parler d » « invention du peuple juif » que d'invention du peuple palestinien ou du peuple français. Tout peuple est le résultat de processus historiques, travaillé par des phénomènes culturels et identitaires complexes ; le résultat est là, il n'est en rien une « invention », mais une réalité humaine respectable. Un peuple n'est jamais du sang, encore moins une race, mais une conscience et une adhésion. En cela mes ancêtres juifs furent de vrais français car ils adhéraient pleinement à la France tout en se sentant juifs. Les Falashas sont de vrais israéliens, les juifs russes également, qu'ils soient juifs de mère ou de père, leur destiné est en Israël… Seuls les racistes affirment le contraire, (racisme hélas présent également parmi certains cercles juifs envers les « faux juifs »).
L'attachement à l'ethnicité que dénonce Sand, mais qu'en fait, il met en avant, est malsain. S'il fallait se baser sur un quasi-discours de la « race » comme il le fait (juifs = convertis = rien à faire en Palestine), qui aurait le droit à un lieu particulier ? Quel Palestinien est vraiment un véritable Cananéen ? Allons jusqu'au bout et réunissons l'humanité au Kenya, là où elle a pris sa source… Ce discours est ridicule et malsain. L'attachement des juifs pour Israël est d'une autre nature.
Des réactions qui en disent long
Enfin, il faut réfléchir aux passions que ce livre soulève. Les réactions sont peut-être plus intéressantes que le livre lui-même.
D'un côté des juifs réagissent à fleur de peau, montrant par là la difficulté à débattre de certains points par crainte d'une délégitimation. Cela prouve qu'Israël se vit encore sur la défensive symbolique, alors qu'il ne le devrait peut-être pas. Cela prouve surtout qu'on est encore obligé de se justifier à exister, même en tant « qu'invention », et donc que Sand oublie trop vite nos plaies encore béantes, qui elles n'ont rien d'une « invention ».
De l'autre, tous les cercles antisionistes se sont rués sur l'ouvrage largement mis en avant sur leurs différents sites et sur l'auteur pour nourrir leurs réunions et « débats » cherchant à délégitimer le sionisme, pour à terme détruire Israël… (dans leurs rêves ! ). Le grand reproche que je ferais à Shlomo Sand, c'est de se pavaner dans ce genre de cercles dont les motivations humanitaires sont des plus suspectes, mais l'antisionisme et donc la haine du juif (d'un certain juif national en tout cas) bien réel… Shlomo Sand joue ce jeu, ainsi que dans divers entretiens autour de son livre. Soit c'est un acte imbécile de quelqu'un qui ne se rend pas compte où il met les pieds, soit c'est un acte vicieux que de verser de l'huile sur le feu de la haine d'Israël. Il est dans ce petit jeu, il est vrai, en bonne compagnie, souvent juive, mais ce n'est vraiment pas un compliment.
Son débat sur la possible amélioration de la démocratie israélienne, mérite mieux que cela et ce n'est pas dans les banlieues françaises ou autres cercles plus « prestigieux », qu'il faut en discuter, mais en Israël et en Palestine, à condition que la même rigueur critique s'applique à tous et qu'on discute donc dans les mêmes termes de « l'invention des Palestiniens » et de la nature même de la démocratie dans un contexte proche oriental pour le moins délicat…
Invention des Palestiniens notamment dans l'imaginaire romantique des gauchos européens et autres alter mondialistes, car Palestinien de fantasme. Non pas que les Palestiniens en soient un, ils sont les réelles victimes d'un conflit. Mais comme fantasme de la victime par volonté de s'opposer à celui qui tiendrait le rôle de « bourreau » : le sioniste diabolique, donc le juif inventé. C'est bien tout le problème de ces cercles antisionistes qui se fichent dans le fond pas mal des victimes et dansent indécemment sur le sang. Le reste du monde peut bien crever, de l'Afrique à l'Asie, l'essentiel c'est que le juif, ex-victime et rappel insupportable de la culpabilité occidentale, soit démonisé. On se tire à bon compte de son encombrante mémoire collective. Si ce n'était contre Israël, nul ne s'intéresserait au sort des Palestiniens, qui doivent paradoxalement donc beaucoup au « Juif imaginaire »…
Que Sand critique et fasse réfléchir dans un ouvrage documenté et sérieux ne me dérange nullement. Mais que Sand donne dans ces cercles-là, ce qu'il a fait largement pour vendre son livre, est tout simplement, soit le fait d'un inconscient, soit d'un cynique, soit d'un pathétique adepte de l'auto flagellation. En cela il n'est pas seul et bien d'autres juifs en font autant, mais n'en sont pas moins pathétiques. À moins qu'on ne les considère pas comme juifs, selon la définition de Sand, puisqu'ils ne sont pas religieux en général et nient tous l'idée de destin commun et donc de peuple… Mais alors pourquoi un Rony Brauman ne peut-il pas s'empêcher de taper sur Israël quelque soit l'objet du débat auquel il est invité ? On voit que par défaut, bien que juif diasporique contrairement à Sand, il est titillé par une identité qu'il se sent obligé de justifier en faisant bonne figure et en critiquant systématiquement un pays choisi au hasard de ses longues et respectables pérégrinations humanitaires : Israël. Il semble donc que même un Brauman, au-delà de l'idée religieuse à laquelle il n'adhère pas, soit aux prises avec une identité juive bien lourde à porter et donc incarne la preuve que toute la thèse de Sand est fausse. Brauman « s'invente » comme Juif à chaque plateau de télévision, malgré lui, mais par lui-même.
La haute dose d'affect et de passion dans toute l'affaire montre bien que les esprits des uns comme des autres ne sont pas mûrs encore pour des discussions posées et approfondis. C'est dommage car la solution aux problèmes politiques, la paix en particulier, ne peut se faire qu'entre gens intelligents, posés et dépassionnés. Je ne suis pas convaincu que l'ouvrage de Shlomo Sand contribue énormément à la suite du débat, même s'il cherche peut-être sincèrement, à faire bouger un peu les lignes.
Yeshaya Dalsace
à leconcombrevert
De Kalilooe
humain | 18H49 | 14/06/2009 |
à titre indicatif, « Pour les auteurs, dont la démarche se base sur le travail de “ nouveaux historiens israéliens ” », on a des noms ? Shlomo Sand ? J'espère que non : )
à leconcombrevert
De zorbek
21H48 | 14/06/2009 |
Je ne sais pas si Leconcombrevert = Yeshaya Dalsace, mais apres tout peu importe : franchement bravo pour cette analyse mesurée et particulièrement bien fournie…
Un petit commentaire perso quand même. J'ai jadis longtemps squatté le site du NoubvelObs, particulièrement le forum sur l'antisemitisme. Si j'y ai vu beaucoup d'horreurs, j'en ai beaucoup appris, non seulement sur l'identité Juive, mais aussi sur la nécessité de l'état d'Israel, même si pour moi un Israélien n'est plus tout à fait un Juif. Et j'y ai aussi compris pourquoi l'antisémitisme n'est pas un racisme comme les autres. Je dis ca juste parce que l'intelligence du commentaire ci-dessus m'y a fait songer, je retrouve un peu ce que j'y ai perdu (la version actuelle est partie complètement en couille et est d'une platitude confondante).
Bref, merci pour ce post.
à zorbek
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 05H10 | 15/06/2009 |
@Zorbek
Je suis au regret de dire que non, Leconcombrevert n'est pas le Rabbin Yeshaya Dalsace : -))
à NELEPHANT
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H35 | 14/06/2009 |
Ben dans ce cas-là, je recolle ma réponse…
Pas tout à fait exact, et il s'en faut de beaucoup.
La démarche de Sand consiste bien plutôt à examiner l'historiographie sioniste, et notamment les bases pour le coup effectivement ethno-génétique, voire völkish, sur lesquelles elle repose. C'est-à-dire qu'à strictement parler, Sand prend l'exact contrepied de ce que vous lui imputez.
à thierry reboud
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 05H51 | 15/06/2009 |
Pas si sûre … surtout dans la partie qui se veut demonstration historique, celle qui interesse le plus le lecteur « pro-pal, antisioniste », il adopte un point de vue pûrement ethno-génétique qui justement l'amène à la thèse que le peuple juif ainsi constitué aurait cessé d'exister quelque part pendant les premiers siècles de notre ère.
à thierry reboud
De NELEPHANT
11H45 | 15/06/2009 |
Décidémment , vous voyez Sand plus beau qu'il ne l'est …
S'il s'était dispensé de ses longues, trop longues introduction et conclusion dans lesquelles aaapraît la « corde » de son propos (déconstruire les discours sioniste sur l'histoire juive. mais encore une fois, il méconnaît LES sionismes ! ) et avait entrepris un histoire simplement critique, son propos aurait peut^tre eu plus de force ….. à la manière des ouvrage d'un Tom Segev, par exemple
Pour ma part , je ne peux que plusser sur ce qu'écrit Daniel Sibony sur le lien donné par Concombre :
« Cela nous ramène à Shlomo Sand. J'ai pris son livre, car j'aurais bien aimé savoir “comment le peuple juif s'est inventé”, au sens positif du mot - puisque s'il s'est inventé, avec dans la foulée cet incroyable Dieu biblique que d'autres ont tenté de rebricoler - on doit reconnaître que l'invention a bien tenu. Et voilà que le livre de Sand me tombe des mains car il n'éclaire en rien cette énigme passionnante - celle d'un peuple qui chaque fois se redéfinit par sa transmission symbolique. Ce qui intéresse ces historiens c'est d'étudier comment le sionisme moderne, datant de Hertzel, a cherché à se brancher sur l'énergie millénaire du peuple juif pour faire aboutir son projet, la création d'un Etat. Si l'on est malveillant, on peut voir dans ce branchement toutes sortes de manipulations….. »
Pour ma part, je persiste et signe : le bouquin de Sand est, au mieux, inutile, au pire…….
à NELEPHANT
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 20H05 | 15/06/2009 |
Oui, response plus personnelle, très belle, c'est vrai :
Le lien en question :
http://www.massorti.com/Comment-le-peuple-juif-fut-invente.html#outil_so…
à Béatrice1
De comptebloqué 27 juillet 2009
. | 18H30 | 14/06/2009 |
Beaoussama 1 ou « la mémoire d'une révisionniste et d'une menteuse “n'est pas la mémoire historique !
L'histoire est écrite
http://www.france-palestine.org/article1820.html
à comptebloqué 27 juillet 2009
De Béatrice1
| 19H00 | 14/06/2009 |
Sur ce site ULTRA-militant pro-palestinien, je ne vois NULLE PART la réfutation que c'est bien la Ligue arabe qui a attaqué Israël dès le jour de sa création pour l'ANEANTIR, ni que ce sont la Jordanie et l'Egypte qui ont empêché la création de l'Etat palestinien en ANNEXANT les territoires censés le devenir, que ces territoires sont restés sous annexion jordanienne et égyptienne pendant VINGT ANS, ni que c'est la Ligue arabe lors de la conférence de Khartoum qui a REFUSE la proposition israélienne de restitution immédiate des territoires contre la paix !
En effet, ils auraient du mal à réfuter tout ça, car c'est l'EXACTE vérité.
« Révisionniste et menteuse », disiez-vous ? Frappadingue fanatique et ignare, ça vous va ?
Ce qu'ils contestent, c'est que les Arabes aient appelé ceux qu'on n'appelait pas encore les « Palestiniens » à fuir. Pourtant, ils l'ont bel et bien fait ! Je n'ai jamais prétendu que c'était la seule explication au départ des « Palestiniens », j'ai écrit que c'était UNE des raisons, avec la guerre et les massacres (des DEUX côtés). Mais si la Ligue arabe n'avait pas attaqué Israël, il n'y aurait PAS eu de guerre ni de massacre, donc PAS de départ des « Palestiniens ». au contraire, l'Etat arabe de Palestine aurait été créé en même temps qu'Israël, sur les frontières de 47 !
Ce qu'ils oublient sur ce site, c'est que les Egyptiens et les Jordaniens ont chassés TOUS les Juifs de Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est quand ils les ont occupés militairement en 1948, qu'ils ont détruit et profanés TOUS leurs lieux saints.
Il va falloir faire encore un petit effort. Les insultes ne sont pas un argument, même quand on est une nouille.
à Béatrice1
De comptebloqué 27 juillet 2009
. | 00H32 | 15/06/2009 |
beaoussama1, Mettez vos lunettes…
Nous avions bien compris : vous ne militez pas pour le peuple palestinien…
Votre vision de négationniste est malhonnête et raciste !
Il s'agit de terres volées de vies brisées, de no futur pour un peuple décimé dans des camps, depuis 60 ans,non pas 5 ans, 60 ans ! ! ! ! ! .
Hitler a donné aux israéliens l'occasion de massacrer, d'anéantir, de déporter, de pratiquer l'épuration ethnique,de détruire, à petit feu un autre peuple subissant les exactions du peuple « rappelant tous les jours qu'ils sont les plus grandes victimes de l'humanité » en se servant de leur statut pour se servir sur le dos des autres !
« À ces Palestiniens qu'on expulse, on confisque en même temps leurs biens, grâce à la loi sur les “ propriétés abandonnées ”, votée en décembre 1948. Israël mettra ainsi la main sur soixante-treize mille pièces d'habitation dans des maisons abandonnées, sept mille huit cents boutiques, ateliers et entrepôts, cinq millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et - surtout - trois cent mille hectares de terres [ Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.]. Au total, plus de quatre cents villes et villages arabes disparaîtront ou deviendront juifs. »
« ce militant sioniste aux convictions tranchées confiait sans détours : “ Il doit être clair qu'il n'y a pas de place pour deux peuples dans ce pays […] et la seule solution, c'est la Terre d'Israël sans Arabes.”
Mais le mythe plus sérieusement ébranlé concerne l'exode des Palestiniens. Résumons. Benny Morris le montre, les archives réfutent formellement la thèse de l'appel arabe à la fuite. “ Il n'existe pas de preuve attestant, écrit-il, que les États arabes et le Haut Comité arabe [HCA, palestinien] souhaitaient un exode de masse ou qu'ils aient publié une directive générale ou des appels invitant les Palestiniens à fuir leurs foyers (même si, dans certaines zones, les habitants de villages spécifiques ont reçu de commandants arabes ou du HCA l'ordre de partir, essentiellement pour des raisons stratégiques). ” [The Birth…, op. cit, p. 129.] Quant aux fameuses exhortations qu'auraient diffusées les radios arabes, on sait depuis l'étude de leurs programmes enregistrés par la BBC qu'il s'agit d'inventions pures et simples [Voir Erskine Childers, “ The Other Exodus ”, The Spectator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d'histoire, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997, p. 115.]. Certes, dans les semaines suivant le plan de partage, il y eut soixante-dix mille à quatre-vingt mille départs volontaires, pour l'essentiel de riches propriétaires terriens et des membres de la bourgeoisie urbaine. Mais après ? Le premier bilan dressé par les Services de renseignement de la Hagana, daté du 30 juin 1948, estime à trois cent quatre-vingt et onze mille le nombre de Palestiniens ayant déjà quitté le territoire alors aux mains d'Israël. “ Au moins 55 % du total de l'exode ont été causés par nos opérations ”, écrivent les experts, lesquels ajoutent les opérations des dissidents de l'Irgoun et du Lehi “ qui ont directement causé environ 15 % de l'émigration ” et les effets de la guerre psychologique de la Hagana : on arrive ainsi à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. Dans 22 % de cas, le rapport met en cause les “ peurs ” et la “ crise de confiance ” répandues dans la population palestinienne. Quant aux appels arabes locaux à la fuite, ils n'entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas…
À partir de la reprise des combats, en juillet 1948, la volonté d'expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole : l'opération de Lydda et de Ramleh, le 12 juillet 1948. “ Expulsez-les ! ” a dit David Ben Gourion à Igal Allon et Itzhak Rabin. De fait, la violente répression (250 morts) est suivie de l'évacuation forcée, accompagnée d'exécutions sommaires, de quelque soixante-dix mille civils palestiniens - soit près de 10 % de l'exode total de 1947-1949 ! Des scénarios similaires seront mis en oeuvre jusqu'à la fin 1948 au Nord (la Galilée) au Sud (la plaine côtière et le Néguev)…
À ces Palestiniens qu'on expulse, on confisque en même temps leurs biens, grâce à la loi sur les “ propriétés abandonnées ”, votée en décembre 1948. Israël mettra ainsi la main sur soixante-treize mille pièces d'habitation dans des maisons abandonnées, sept mille huit cents boutiques, ateliers et entrepôts, cinq millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et - surtout - trois cent mille hectares de terres [ Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.]. Au total, plus de quatre cents villes et villages arabes disparaîtront ou deviendront juifs.
Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif [Benny Morris, 1948…, op. cit., chapitre 4.]. Dans son journal, le 20 décembre 1940, ce militant sioniste aux convictions tranchées confiait sans détours : “ Il doit être clair qu'il n'y a pas de place pour deux peuples dans ce pays […] et la seule solution, c'est la Terre d'Israël sans Arabes.
[…] Il n'y a pas d'autre moyen que de transférer les Arabes d'ici vers les pays voisins […]. Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine. ”
Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l'appliquer lui-même. Dès avril 1948, il obtient la constitution d'“ un organisme qui dirige la guerre avec pour but l'éviction d'autant d'Arabes que possible ”. Informel jusqu'à fin juin, officiel ensuite, le “ Comité du transfert ” supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou leur repeuplement par de nouveaux immigrants juifs.
à comptebloqué 27 juillet 2009
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 05H57 | 15/06/2009 |
C'est grâce à Hitler aussi que vous ayez pu écrire ce message …
Vous ne pensez pas qu'il y a des limites au mauvais goût et à la propagande malsaine ?
à leconcombrevert
De comptebloqué 27 juillet 2009
. | 12H59 | 15/06/2009 |
Au négatif :
Hitler a génocidé les juifs et d'autres peuples.
Au négatif Les Tziganes n'ont pas eu d'État, Au positif les juifs ont eu un État après ET grâce à ce génocide, un statut de victimes leur permettant d'avoir la protection et le financement des Etats-Unis.
Depuis ce statut les israéliens ont joué de ce statut de victimes pour commettre depuis 60 ans, leurs exactions, leur spoliation des terres, anéantir des êtres humains , les humiliant, et les contraindre à vivre et naître dans des camps au mépris des lois internationales !
Mon analyse n'est pas de mauvais goût ni malsaine, elle est logique, et repose sur la vérité et des faits.
De OISANS38
retraitée | 18H34 | 13/06/2009 |
Marre de nos médiacrates qui se prennent pour la totalité des gens. Honte à ces intellectuels qui n'arrêtent pas de dire « tout le monde savait ».
Non seulement cela ne les dédouane pas (puisqu'« eux » savaient), cela les enfonce au contraire : ils savaient et n'ont rien dit, rien fait
à OISANS38
De caro
délinquante avérée | 19H24 | 13/06/2009 |
de qui parlez-vous ? Dan Franck est né après la guerre …
à caro
De OISANS38
retraitée | 22H34 | 13/06/2009 |
S'est-il beaucoup indigné des exactions de son temps ?
De Suzanne Citron
Historienne et auteure | 19H03 | 13/06/2009 |
Le « tout le monde » du titre de l'article me semble très mal venu, car si des infos ont circulé de Pologne en direction des plus hauts responsables des alliés, personne en France, y compris parmi les internés de Drancy, ne connaissait la réalité des camps, et le mot même d'Auschwitz y était ignoré.
Il serait bon de le préciser car glisser ici dans l'à peu près journalistique est un jeu dangereux et irresponsable.
à Suzanne Citron
De OISANS38
retraitée | 22H33 | 13/06/2009 |
+1
à Suzanne Citron
De Borderie
09H58 | 14/06/2009 |
Enfin, une contribution honnête ! ! ! Mille merci.
à Borderie
De Kalilooe
humain | 13H40 | 14/06/2009 |
à tel point que semble-t-il ce soit la seule qui mériterait de rester en tant que commentaire pour cet article tant il est vrai que 95 % des autres contributions (y compris les miennes) sortent largement du sujet.
C'est marrant comme le troll d'un crétin en premier commentaire peut faire dériver une discution.
Pas grave, j'ai au moins appris des trucs et ai été obligé de vérifier mes connaissances : )
De Yann Guégan
Rue89 | 14H34 | 14/06/2009 |
Suzanne Citron : Le « tout le monde » du titre de l'article me semble très mal venu, car si des infos ont circulé de Pologne en direction des plus hauts responsables des alliés, personne en France, y compris parmi les internés de Drancy, ne connaissait la réalité des camps, et le mot même d'Auschwitz y était ignoré.
Chère Suzanne,
Dans une des vidéos qui accompagnent le texte, Dan Franck prononce bien cette phrase, mais il évoque ensuite les dirigeants alliés et le régime de Vichy, et pas les simples civils. J'ai changé le titre, pour éviter toute ambiguïté.
De drwatson
19H12 | 13/06/2009 |
Lisez Adam Rayski et Stéphane Courtois « qui savait quoi » un bon livre d'historiens sur le sujet des camps
De richy
19H40 | 13/06/2009 |
les journalistes ou historiens qui « savent » peuvent ils me dire et m'expliquer pourquoi les alliés amériquains en téte n'ont pas bombardé les lignes de chemin de fer, et autres moyens de liaison menant dans les camps ?
à richy
De Béatrice1
| 19H52 | 13/06/2009 |
Le bombardement des voies ferroviaires, en particulier des centres ferroviaires a été pratiqué de manière intense par les Alliés en France et en Belgique occupées, puis en Allemagne même. Je peux témoigner que le quartier de la gare de la ville du Nord-Est où je suis née après la guerre est resté un gigantesque tas de ruines pendant bien des années. Mais comment vouliez-vous qu'ils aillent bombarder la POLOGNE ? ? ? Les missions suicides n'étaient pas une pratique anglo-américaine, ils faisaient tout au contraire pour que les avions reviennent à la maison, si possible. En 1943, ils partaient d'Angleterre.
à Béatrice1
De zorbek
22H37 | 13/06/2009 |
En 43, peut-être pas. Mais en 1944 ? Certains raids aériens -qui aplatissaient les villes allemandes et ne faisaient que renforcer la propagande jusqu'au boutiste de Goebel sans pour autant diminuer significativement la production d'armement - ont comporté plus de 1000 avions. N'aurait-on pas pu en utiliser ne serait-ce que 10% à détruire les chemins de fer qui menaient à Auschwitz, ou à d'autres camps ?
De ce coté là, je peux comprendre l'amertume des Juifs, car ils étaient bien peu de chose dans la balance…Je pourrais aussi citer la conférence d'Evian juste avant la guerre, ou tous les éléments étaient réunis pour empêcher la catastrophe à venir…ET PERSONNE N« A RIEN FAIT !
à zorbek
De Béatrice1
| 22H59 | 13/06/2009 |
Les camps d'extermination étaient soit en Pologne soit à l'Est de l'Allemagne. En 44 les Alliés étaient fort occupés, souvenez-vous : le débarquement en Normandie a quand même bien failli échouer.
Encore aurait-il fallu savoir vraiment ce qui se passait dans ces camps, et rien n'est moins sûr : des camps de travail : oui, de concentration : oui, très durs : oui - mais des camps très durs il y en avait dans toute l'Allemagne ! Je l'ai déjà écrit ici mais même la Croix Rouge s'est laissée berner par les nazis : elle est allée visiter le camp « modèle » de Teresienstadt, et en est ressortie enchantée - il y avait même des crèches ! Et la Croix Rouge, ce n'est pas n'importe quoi, elle avait un poids considérable.
Bruno Bettelheim raconte dans « Survivre » (excellent livre où il applique ce qu'il a appris de son expérience de Dachau au traitement des enfants autistes) qu'une fois « racheté » par sa famille en 1938 et arrivé aux Etats-Unis, il a fait des pieds et des mains pour raconter - et encore, il ne s'agissait pas de la solution finale à l'époque - et l'incrédulité qu'il a alors rencontrée partout : on pensait qu'il exagérait… L'imagination humaine a des limites.
C'est toujours beaucoup plus facile après.
à Béatrice1
De zorbek
00H25 | 14/06/2009 |
Je pense qu'en au haut lieu on savait, et il n'y a pas que des historiens juifs qui le disent…
Je ne sais pas si vous avez vu le film « Amen » mais je l'ai trouvé très convaincant.
J'ai aussi lu Primo Levi et j'ai été encore plus convaincu, au delà de tout ce que j'ai lu sur la question (et j'ai lu beaucoup).