Prix de mai : la réussite de l'Inaperçu

Il est tout nouveau, il s'appelle le Prix de l'Inaperçu, mais il commence à se faire voir. C'était deux jours après la palme d'or cannoise. Autre soir, autre genre de palmes.

Les deuxième Inaperçus ont été décernés ce mardi 26 mai, dans un café de la Bastille à Paris. Ce soir-là, il y avait d'autres évènements, cocktails et vernissages dans le milieu parisien, et pourtant il y avait du beau monde pour découvrir qui serait primé dans les inaperçus.

Le prix de l'Inaperçu ? Monté l'an passé par cinq jeunes personnes. Qui journaliste au Monde des Livres, qui animateur des « Gérard de la télévision », qui travaillant dans la culture ou la presse, qui chargée de relation libraires dans une maison d'édition parisienne (toutes leurs bios ici).

La note d'intention est claire : « À regarder le palmarès des prix “ classiques ”, une triple constatation s'impose : (1) les prix font parler de livres dont on parle déjà ; (2) les prix font vendre des livres qui se vendaient sans eux ; (3) les prix récompensent un nombre non négligeable d'ouvrages qui n'auront pas d'autre postérité que celle de figurer dans des listes à la fin des dictionnaires ou des anthologies (et encore, pas dans toutes).
À la lumière de cette triple constatation, il paraissait logique de créer un prix presque iconoclaste pour récompenser des livres : (1) dont on a (presque) oublié de parler ; (2) qui n'ont pas rencontré leur public ; et (3) qui ne dépareraient pas la bibliothèque de l'honnête homme et pas seulement pour caler un pied ou par amour des bandeaux rouges. D'où le PRIX DE L'INAPERÇU ».

Une appellation qui est à la fois ironique, élégante, détachée. Gagner
un prix de l'Inaperçu est de ce genre de revanche qui ne mettent pas
forcément à l'aise, mais qui redressent quand même le blason.

Pour la deuxième édition, j'avais le plaisir de faire partie du jury. Dix personnes en tout (tous les membres ici), encadrés par les fondateurs. Ceux-ci ont choisi cinq ouvrages pour l'Inaperçu français, cinq pour l'Inaperçu étranger [présélection ici]. Dix livres en tout, qui n'avaient pas eu de presse ou quasi pas cette année.
Les jurés élisaient, les fondateurs scrutaient.

Pour l'Inaperçu francophone, nous avons donc porté nos suffrages, à la majorité, vers « En espérant la guerre » de Dominique Conil (Actes Sud). Un roman bizarrement passé inaperçu, malgré qu'il peut être lu comme un écho littéraire à Tarnac, Coupat, etc. Anne Valetta, une figure tourmentée, complexe et marquante se rouvre à ses souvenirs, quand un jeune journaliste qui rêve de couvrir une guerre vient la trouver pour parler de son ancien compagnon. Ce dernier était parti en cavale après un braquage raté, trente ans en amont. Ce compagnon était, comme Anne, parti pour la vie marginale et la lutte armée. C'est toute cette révolution psychiquement inachevée que reconvoque ce roman, qui est aussi un roman sur la force de ceux qui restent debout après avoir vu le sort faire échouer les utopies. Cette Anne qui continu à vivre « le regard tourné vers l'intérieur », « debout », mais pas « si solide » malgré la « distance » qu'elle affiche, avec toujours « cette douleur qui peut l'anéantir ». Cette Anne qui s'avère très malicieuse. Avec le personnage du journaliste comme avec le lecteur.

L'Inaperçu étranger est allé à « La chambre solitaire » de la Coréenne Shin Kyong-suk (Philippe Picquier). Un roman qui mêle récit intime, roman de classe et réalisme social. La chambre solitaire, c'est là où vit une jeune ouvrière. Qui souffre de devoir, comme le lui demande son président, faire passer son bien-être après la croissance. Sa vie, racontée par Shin Kyong-suk , est un livre surprenant qui fait état d'une démocratie naissante autant que de l'histoire de la classe ouvrière coréenne.

En cette période de crise, une banque a donné des billes aux Lettres. La BNP Paribas. Ainsi, Dominique Conil a reçu 1000 €. Pour le prix étranger, 500 € sont revenus à
l'auteur, et 500 à son traducteur.

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8 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de brigittepolo

De brigittepolo

15H55 | 28/05/2009 | Permalien

bravo c'est un très bon prix. Déjà les livres de l'an dernier valaient la découverte et cette année aussi. J'ai beaucoup aimé le livre coréen.

Portrait de fri.

De fri.

hors cadre | 16H31 | 28/05/2009 | Permalien

Merci à l'auteur de l'article sur le Prix de l'Inaperçu - Bravo aux créateurs du prix et à la qualité de leur sélection - Félicitations à la la lauréate Dominique Conil pour la qualité de son livre et l'intelligence de sa plume - J'ai beaucoup aimé « En espérant la guerre » …

Portrait de Louise B.

De Louise B.

incertaine | 17H06 | 28/05/2009 | Permalien

Comme il se doit, je n'ai lu ni En espérant la guerre ni La chambre solitaire, et vais lire l'un et l'autre. L'année dernière j'ai aimé Zone de combat d » Hugues Jallon, précédent lauréat.
C'est bien, un prix qui fait lire.

Portrait de kitano33

De kitano33

étudiant | 20H22 | 28/05/2009 | Permalien

Un prof m » avait conseillé le livre de Dominique Conil, « En espérant la guerre », et j'ai beaucoup aimé, à ma grande surprise. A découvrir pour le personnage d'Anne Valetta, bien sûr. Mais aussi pour tous les personnages secondaires, toutes les relations tissées autour de l'intrigue principale avec la fille de l'héroïne, un gendarme fou, le journaliste déçu.
J'ai vu une ambiance, une profondeur de champ digne du meilleur cinéma américain, quelque chose de Altman…
Mériterait une adaptation ! !

Par contre je n'ai pas lu le livre coréen mais un prof vient de me le conseiller…

Portrait de Jocoro

De Jocoro

Reporter-réalisateur | 10H02 | 29/05/2009 | Permalien

Juste un mot sur Dominique Conil qui avant d'être écrivain, a été l'une des plus belles plumes sur la justice, aux belles heures de Libé. La justesse des mots pour transmettre la complexité des êtres, une écriture tendre sauf quand il fallait cingler les puissants, les débordements de l'institution ou les juges trop sûrs d'eux. La même volonté de faire comprendre la douleur des victimes et le désarroi des criminels. Même quand les crimes étaient terribles, les considérer tous comme humains. « En Espérant la Guerre » est de cette veine. C'est un livre qui touche au coeur et ceux qui ne l'ont pas encore lu sont des veinards : ils vont avoir le bonheur de le découvrir. Je lui souhaite longue vie, et plein de lecteurs.

Portrait de zaz...

De zaz...

étudiante | 15H46 | 29/05/2009 | Permalien

Un très bon livre, très justement récompensé !

J'ai eu la chance de lire « En espérant la guerre » avant même qu'il ait eu le prix. Une œuvre à découvrir, donc, pour ses personnages forts (le très beau portait d'Anne bien sûr, et Léon pour qui j'ai une petite préférence ! ), mais aussi pour sa douloureuse histoire construite en flash-backs qui nous promène dans les Cévennes jusqu » à Berlin pendant la chute du Mur.

C'est avec plaisir que je découvre que le prix lui a été décerné !

Portrait de ChrisB.

De ChrisB.

enseignante | 10H42 | 30/05/2009 | Permalien

Tous ces commentaires m'ont mis l'eau à la bouche… j'ai acheté le livre « en espérant la guerre » hier soir : chaise longue + soleil = presque la page 50 ! !
Félicitations aux lauréates et merci à Dominique Conil pour cette belle histoire !

Portrait de Assouline

De Assouline

cadre sup | 10H49 | 30/05/2009 | Permalien

Combien faudrait il de prix de l'inaperçu pour équilibrer-au moins-les raz de marée médiatiques qui nous proposent la dernière nouveauté-kleenex people maquillée en essai, roman ..Car si le prix de l'inaperçu passe lui-même inaperçu alors les symaptiques et drôles organisateurs rameront pour rien.. Alors si vous aimez la littérature lisez et faites lire Dominique Conil-que j'ai moi-même lu et beaucoup aimé- et Shin Kyong-Suk-que je vais de ce pas commencer à lire-..

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