Un roman graphique sur John Dillinger, Mesrine avant l'heure

Quatre planches de "La Véritable Histoire de John Dillinger, ennemi public numéro 1"

Vous ne connaissez pas John Dillinger ? Celui pour qui le patron du FBI Hoover inventa le concept d'« ennemi public numéro 1 » est un Mesrine avant l'heure. Avant de voir le personnage à l'écran (incarné par Johnny Depp, en salles le 1er juillet), deux occasions de réviser : une exposition et un roman graphique. C'est, aussi, une plongée dans l'Amérique de la Dépression, celle qui fit naître le roman noir moderne et le « cinéma noir ».
Un appétit sexuel dévorant, des braquages inventifs mais de plus en plus faciles à repérer, un côté Robin des Bois braqueur devenu criminel, le tout couronné par une fin ensanglantée et controversée : à bien des égards, John Herbert Dillinger (1903-1934) rappelle Jacques Mesrine.

L'Amérique de Steinbeck et des films noirs

L'Amérique dans laquelle il grandit est celle du base-ball en plein essor, des films de Douglas Fairbanks, mais aussi celle de la Prohibition naissante, des bars illégaux, les « speakeasies ».

Celle où, ne croyant pas à une crise durable, Henry Ford licencie 75 000 ouvriers en 1931, pendant que le président Herbert Hoover refuse de débloquer le moindre crédit pour les affamés, laissant le peuple sombrer dans la misère.

Celle qui compte treize millions de chômeurs. L'Amérique des « Raisins de la colère » de Steinbeck, où les chômeurs renouent avec le syndicalisme radical, réprimé par la police pour qui bolchevisme égale horreur suprême.

Cette Amérique, c'est aussi celle de la transformation des villes. Où la mafia contrôle l'alcool, où elle se construit des empires structurés comme des grosses firmes privés (conseil d'administration, façade légale, avocats, etc.), et où elle contrôle la police.

C'est l'Amérique qui, entre police corrompue, bandes organisées et renouveau du syndicalisme, donne naissance au roman noir moderne (Steinbeck et Faulkner précurseurs de Dashiell Hammett et de Raymond Chandler), puis bientôt aux « films noirs » (issus des polars qui s'écrivent alors).

Nous sommes dans une Amérique qui voit la fin des grands « outlaws » de l'Ouest et l'avènement des flambeurs.

L'Amérique du FBI

Emprisonné pour la première fois en 1924, Dillinger devient vite un bandit, puis un braqueur, puis un homme de bandes et de gros coups.

Il sévit à la même période que Clyde Barrow et Bonnie Parker, que Pretty Boy Floyd ou « Mitraillette Kelly ». cette période où le taux de criminalité bondit, les kidnappings et les braquages faisant la une de tous les journaux… et l'admiration des millions de gens dans la misère.

D« où la difficulté pour les pouvoirs, par ailleurs corrompus, de compter sur le peuple pour arrêter les bandits.

D'où le génie de John Edgar Hoover, nommé patron du F.B.I. en 1924, qui réorganise les services. Et met sur place une guerre de communication destinée à retourner le peuple contre les braqueurs et “ les forces organisées du crime ”.

Il fabrique une “ Crime Acamedy ” dans l'esprit des Américains, et dote ses services de tous les moyens armés et médiatiques pour l'éliminer. On monte en épingle, et on tue. Hoover régna quasiment sur l'Amérique jusqu'aux années Nixon.

C'est dans ce contexte que Dillinger devient le numéro 1 des ennemis publics. Alternant les amantes, les gangs, les planques, les modus operandi, c'est un braqueur charmeur. Un Mesrine avec moins d'évasions au compteur, mais plus de classe.

L'Amérique de John Dillinger

Pour présenter l'homme et son époque, le roman graphique est le support idéal. A mi-chemin entre roman, BD, et magazine, cette forme permet de construire un récit linéaire, tout en glissant quelques digressions entre deux pages.

Ici, la reproduction d'un article de journal sur une grève ou d'une manchette sur la dépression, là une note biographique sur le membre d'un gang, sur un avocat, sur J.E. Hoover, ou sur une femme amante.

Avec ces digressions, l'auteur et à l'illustrateur composent un récit armé jusqu'aux dents de rebondissements.

On pourra reprocher un dessin trop gentillet, pas assez “ genre noir ”, c'est vrai. Mais “ La Véritable Histoire de John Dillinger ” est une réussite car il arrive à raconter la carrière de braqueur avec un ton très clair.

On a presque l'impression de lire les faits divers dans le journal. Jusqu'à la façon dont est racontée la chute de Dillinger, dont on ne saura jamais si c'est vraiment lui qui est tombé sous la pluie de balles des agents du FBI. Une mort autour de laquelle les interprétations courent encore. Car Hoover a bien attentivement effacé toutes traces de la mort de Dillinger.

Une expo avant le film

Bientôt donc, vous verrez Dillinger sous les traits de Johnny Depp, dans “ Public Ennemies ”, le nouveau film de Michael Mann qui sort le 1er juillet.

Mais auparavant, vous pouvez voir une très large sélection des planches du livre. Depuis le 15 mai et jusqu'au 7 juin, elles ont exposées au Monte-en-l'air, librairie-galerie ouverte il y a maintenant quatre ans à Ménilmontant.

Crée par un ancien de L'Association, la librairie fait dans le “ livre écrit et surtout dessiné ”, et est considérée une terre d'accueil des expériences graphiques et éditoriales ».

Le Monte-en-l'air a maintenant la cote, et sait se mobiliser pour les affaires du quartier. C'est le moment d'y aller car l'endroit, qui profite d'un bail précaire, doit chercher nouveau local.

La Véritable Histoire de John Dillinger, ennemi public numéro 1 de Miriana Mislov et Thierry Guitard - éd. Denoël Graphic - 204p., 23€.

Librairie Le Monte-en-l'air 6 rue des Panoyaux, Paris XXe - ouvert du mardi au dimanche.

Planches extraites de “ La véritable histoire de John Dillinger,
ennemi public n°1 ” publiées avec l'aimable autorisation des éditions Denoël

10 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Avril

De Avril

13H09 | 25/05/2009 | Permalien

J'ai eu le bouquin entre les mains et j'ai été bluffé par son érudition. C'est vraiment une sacrée aventure que celle du premier et officiel ennemi public n°1. Je trouve le trait graphique très dur, parfois hésitant, proche de celui
d'un Lesueur.

Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 13H58 | 25/05/2009 | Permalien

Pour ceux que ça intéresse, j'avais mis ici :
http://menilmontant.numeriblog.fr/mon_weblog/2009/05/lennemi-public-au-m…
les coordonnées d'une émission consacrée à Dillinger avec les deux auteurs de la bédé…
c'était diffusé le jour du pot d'inauguration.

Portrait de Strelok

De Strelok

Humain | 14H24 | 25/05/2009 | Permalien

Mouais, j'aime pas du tout le style de dessins…

Portrait de freakfeatherfall

De freakfeatherfall

loin de la rue | 15H28 | 25/05/2009 | Permalien

« John Dillinger, Mesrine avant l'heure “

pourquoi vouloir à tout prix faire une comparaison ?
surtout qu'il me semble que dillinger a une autre stature, presque légendaire, aux USA, non ?

Portrait de Ben85

De Ben85

ramoneur | 16H31 | 25/05/2009 | Permalien

J'adore les dessins de Thierry Guitard, à consommer sans modération dans Rock&Folk chaque mois, dans la rubrique « Courrier des lecteurs » (même si le reste de la publication n'est pas toujours au niveau…).

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 17H18 | 25/05/2009 | Permalien

Cet article m'aura permis de comprendre ce qu'est un roman graphique.
Ça taraudait ma curiosité, car j'ai entendu un type qui disait qu'il faisait un doctorat en littérature (sans rire, ça existe vraiment) sur un roman graphique.
Au début je croyais que c'était un terme pompeux pour parler de BD, mais je constate que ce n'est pas tout à fait la même chose.

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 21H24 | 25/05/2009 | Permalien

Vous donnez une fausse définition du genre américain du « graphic novel », que vous traduisez par « roman graphique ». Contrairement à votre caractérisation du roman graphique qui se situerait à « mi-chemin entre roman, BD, et magazine », il faut plutôt faire une différence entre « comics » (BD pour enfants) et « graphic novels » (BD pour adultes). Ainsi, par exemple, « La Bellette » de Comès, en traduction anglaise, est à classer dans le genre « graphic novel ». Ce que vous nous présentez là est un récit illustré et non un roman graphique.

Portrait de stephanemot

à Alex Engwete Portrait de Alex Engwete De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 03H31 | 26/05/2009 | Permalien

ne confondons effectivement pas « graphic novel » et cette espece de bio illustree.

le terme de « graphic novel » ne saurait pour autant se resumer a « BD pour adultes ». parmi les oeuvres qui ont offert ses lettres de noblesse a cette categorie : « Maus » et surtout « Watchmen ».

Le livre, bien sur, pas son adaptation, que n'a d'ailleurs pas reconnu Moore, un auteur qui s'inscrit dans une prestigieuse lignee litteraire (Borges, Pynchon…) :
http://e-blogules.blogspot.com/2009/03/watchmen-and-nature-of-alan-moore…

PS : Dillinger's dead… I guess the cops won again. Now it's all over Danny Bailey

Portrait de Strelok

à stephanemot Portrait de stephanemot De Strelok

Humain | 09H50 | 26/05/2009 | Permalien

Mouais, pour moi, « roman graphique » est un terme pompeux pour les bobos qui n'osent pas dire qu'ils lisent des BDs. Une BD ça peut être pour enfant, pour adultes, comme un film. Ca n'a rien de péjoratif (enfin ça ne devrait pas, mais il reste quelques abrutis qui pensent que toutes les BD sont pour les gosses, comme tous les jeux vidéo aussi).

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