
McCarthy, Peace… : mes coups de cœur poche du mois
Cormac McCarthy, David Peace, Douglas Coupland, Henri Loevenbruck et quelques autres : nouvelle livraison de cette rubrique Livres née le mois dernier. Le but : signaler le plus souvent possible la reparution en poche des livres et d'auteurs dont j'ai parlé ici depuis la naissance de Rue89. Voici donc quelques poches à se refaire.
« Nous voici dans un pays où les cendres fument encore, un pays que vient de traverser une tragédie (laquelle ? nous ne saurons jamais). Ne subsistent que des routes, des ruines, des palissades, des restes d'incendies. Un homme et son petit garçon semblent être seuls survivants de la tragédie. “La Route” est leur épopée », écrivais-je à la parution de ce roman-maître, il y a dix-huit mois.
Prix Pulitzer 2007 aux USA, ce roman est un somptueux moment, gothique, fumant, poétique, à lire en écoutant Pink Floyd. Evidemment, c'était un des romans de l'année 2008.
► La Route de Cormac McCarthy - éd. Points - 252p. - 6.80 €.
Peace, c'est son vrai nom. Quand « GB 84 » paraît en France, en 2006, on connaît Peace pour sa tétralogie sur le Yorkshire et l'Angleterre passant sous joug thatchérien (« 1974 », « 1977 », « 1980 », « 1983 »). « GB 84 » est un joyau consacré aux grèves des mineurs en 1984, et à leur répression sociale par le pouvoir d'alors.
Peace alterne les récits (témoignages de grévistes, de syndiqués, de fasciste, d'éminence grise du gouvernement), faisant exploser sa matière brute. Paru l'an dernier en France, le footballistique « The Damned United » est la suite de ce cycle, qui s'achèvera avec « UK DK ». Nous l'avions rencontré.
► GB 84 de David Peace - ed. Rivages/Noir – 675p. – 10.50€.
« Certains mots restent si longtemps dans notre tête avant de descendre dans notre bouche qu'ils finissent par prendre un goût de nuit ». « Un jour en moins », c'est un moment de grâce en plus. Au départ récit d'enfance, ce court livre est en fait une cartographie. Celle du chemin que, ensemble, effectuent souvenirs, enfance, émotion tout le long du corps avant de devenir langage. Verbalisé.
Après avoir traversé des douleurs anciennes, des accidents. Car tout le monde n'a eu pas l'oralité aisée. Walter remonte les fils de ces émotions, et son livre (réédité en poche quinze ans après sa parution) est une ode à l'écriture et à l'apprentissage.
Guy Walter est le directeur de la Villa Gillet et des Subsistances, à Lyon. Il organise ce rendez-vous de très haute volée : les Assises Internationales du Roman, dont la troisième édition débute ce lundi 25 mai.
► Un jour en moins de Guy Walter - éd. Verdier poche - 90p. - 6.80€.
Plusieurs fois ici, je vous ai parlé d »Abdel Hafed Benotman, « écrivain-voyou » à la française. Un sculpteur de nouvelles (deux recueils : « Les Forcenés » et « Les Poteaux de torture »), avant un roman paru l'an dernier : « Marche de nuit sans lune ».
Trois livres qui décrivent aussi bien l'univers carcéral qu'ils peignent l'amour, l'impossibilité de sexe, la douleur physique, un humour minimaliste, et un refus de ne pas aimer l'humain.
« Eboueur sur échafaud », paru en 2003 était du même acabit. Mais autobiographique, car c'est le récit d'enfance de Benotman. A qui son père avait dit, petit : « Au pire, tu finira éboeur. Au mieux, sur l'échafaud. »
► Eboueur sur échafaud d » - éd. Rivages/Noir - 250p. - 8.50€.
Henri Loevenbruck est un jeune auteur français, le genre de romancier multi-prise (BD, scénario, fantasy, SF, suspense) typique de cette génération de littérateurs de genre en France. Lui, on ne l'a pas vu venir, et pourtant il cartonne de plus en plus.
« Le Syndrome Copernic » (2007, également disponible chez J'ai Lu) est une illustration subtile et littéraire du syndrome de la Guerre du Golfe. « Le Rasoir d'Ockham » est la première aventure de Mackenzie, unique membre de la section spécialisée dans le démantèlement des sectes et des groupes occultes aux RG.
Thriller ésotérique autour de meurtres en série, du principe établi par Guillaume d'Ockham (amateurs de science et de philosophie minimaliste…), d'un manuscrit du XIIIe siècle envolé, le livre est mené par un personnage marquant. Ça tombe bien : on reverra Ari Mackenzie en octobre dans « Les Cathédrales du vide » (Flammarion).
► Le Rasoir d'Ockham d'Henri Loevenbruck - éd. J'ai Lu - 540p. – 8€.
« Eleanor Rigby » est évidemment le titre de la chanson des Beatles, sur l'album « Revolver ». « Coupland reprend l'interrogation du refrain sur la solitude, en y ajoutant une réflexion sur la filiation et sur l'identité », écrivais-je sur ce livre lors de sa sortie à la rentrée 2007, « sur l'amour et sur sa fuite, mais surtout sur la génétique, notre rôle dans la vie et notre impossible victoire sur le temps.
Dopé par une ironie et une distance constantes envers ses personnages, “Eleanor Rigby” est une parabole sur “la vie de l'autre côté du miroir”, sur le temps de humain par rapport au temps “réel” et scientifique ».
► Eleanor Rigby de Douglas Coupland - éd. 10-18 - 300p. - 7.90€.
J'en parle dès à présent, mais je reparlerai vite de la nouvelle traduction de « Moisson Rouge » à la Série noire. Dashiell Hammett est, avec Raymond Chandler, le père du roman noir moderne. « Dashiell Hammet mon père » est signé par la fille du défunt auteur, Jo Hammett.
Qui a compilé, dans un livre illustré très bellement réédité en format poche, des notes, des souvenirs, des anecdotes, à travers lesquelles elle nous raconte, dans les grandes lignes, la vie de son illustre père.
Talentueux, mais instable, père aimant, mais mari infidèle, alcoolique et tuberculeux, qui ne se remettra jamais de son incarcération lors de la chasse aux sorcières du maccarthysme.
► Dashiell Hammett, mon père de Jo Hammett - éd. Rivages/Noir - 189 p. - 7.50€.
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De le_bienheureux
17H07 | 24/05/2009 |
Très bonne idée, une sélection de « poches ». De bons livres pour pas « trop » cher…
Merci.
De freakfeatherfall
loin de la rue | 17H28 | 24/05/2009 |
ben moi « the road » m'a laissé sur ma faim…
histoire trop souvent lue et j'ai trouvé la fin assez mauvaise
c'est pas mal quand même, mais crier au chef d'oeuvre, non !
EDIT : benotman, j'ai bien aimé, il a une sacré façon d'écrire
à freakfeatherfall
De Utilisateur désinscrit à sa demande
nc | 17H58 | 24/05/2009 |
Hafed, il a un putain de coup de patte, lui…
Dommage qu'il ait loupé la fin de son dernier bouquin (Marche de nuit sans lune)… mais on lui pardonne tout, hein… comme on disait hier soir à propos de Spinrad…
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De freakfeatherfall
loin de la rue | 19H39 | 24/05/2009 |
j'ai pas lu son dernier bouquin, uniquement celui où il est en taule…
à freakfeatherfall
De Utilisateur désinscrit à sa demande
nc | 20H14 | 24/05/2009 |
Faut lire « Les Forcenés »… c'est terrifiant.
J'ai lu plusieurs de ses nouvelles en 95, bien avant qu'elles ne soient publiées, dans des circonstances assez… particulières : au milieu d'un bordel extraordinaire consécutif à l'arrestation musclée de mon ex-beauf qui fut un de ses amis très proches : Thierry Chatbi « le roi du braquage », comme ils disaient… vu qu'il s'est suicidé l'an dernier.
Hafed et moi, par contre, sommes les rois du lapin : on s'est loupés au téléphone je ne sais combien de fois… un vrai gag de film muet. Idem par mail : on avait nourri une correspondance fournie en 2002, puis plus rien… Bon. Ce n'est que trois ans plus tard que j'ai appris qu'il avait replongé pour une histoire croquignolesque : un braquage bidon avec pistolet en plastique, histoire de se faire gauler et encabaner , puisqu'il ne pouvait à l'époque, écrire qu'en taule. Y a que là qu'il se sentait bien. On ne peut pas comprendre ça, nous autres…
Aux dernières nouvelles, il tenait un restau associatif dans le 17ème arrondissement, avec une copine.
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De freakfeatherfall
loin de la rue | 23H04 | 24/05/2009 |
encore un bouquin à rajouter à une liste déjà longue
je le rajouterai au début - autant aider les vivants…
ne pouvoir écrire qu'en taule
j'ai vu ça aussi chez certains auteurs US (oublié le nom), qui ont écrit en prison et plus rien ensuite, dehors trop de distraction, dedans la concentration
De Don_Lorenjy
Ecriveur à Annecy | 17H33 | 24/05/2009 |
Oui, très bien la seringue de poche pour piqûre de rappel.
Et La Route est « le » livre qui confronte chacun à ce qu'il sera ou fera au bout de sa route. Mais on peut passer à côté, y a pas de problème.
à Don_Lorenjy
De freakfeatherfall
loin de la rue | 18H21 | 24/05/2009 |
« Et La Route est “ le ” livre qui confronte chacun à ce qu'il sera ou fera au bout de sa route. “
tu penses qu'il a une telle importance / influence ? pourquoi ?
je suis curieux paske j'ai pas trouvé ce livre exceptionnel…
à freakfeatherfall
De Don_Lorenjy
Ecriveur à Annecy | 12H43 | 25/05/2009 |
Je ne l'ai pas trouvé exceptionnel dans l'histoire ou dans la thématique, mais dans le traité. J'ai eu l'impression d'un livre « blanc », d'où est chassé toute émotion, et qui laisse au lecteur le soin d'imprimer les siennes dans les blancs.
En lisant, je me posais plus de questions sur moi-même que sur ce que je lisais. Et je fais grâce à McCarthy de penser qu'il a voulu cela.
à Don_Lorenjy
De freakfeatherfall
loin de la rue | 14H48 | 25/05/2009 |
oui, je comprends ce que tu veux dire, absence totale d'information et d'émotion
je n'ai pas eu les mêmes interrogations, mais j'espère que les gens réagiront comme toi et se poseront des questions sur eux-mêmes (d'autant plus qu'aux USA le livre fait partie du oprah winfrey book club, et touche donc un (énorme) public moins habitué à la lecture)
De Stranger in Paradise
17H53 | 24/05/2009 |
J'ai presque tout lu de Cormac McCarthy y compris « La Route ». Celui que pour moi est un vrai chef d'œuvre (oui, c'est le mot) est « Le Grand Passage » (The Crossing)
» … et plus loin sur le bitume des colonnes de tarentules qui avaient traversé la route dans la nuit comme des crabes terrestres s'étaient arrêtées, leurs articulations figées dans des poses narquoises de marionettes, auscultant de leur pas mesuré d'octopode ces ombres d'elles-mêmes suspendues au-dessous d'elles tout à coup. ( … ) «
De Phil2922
Retraite invalidité | 17H55 | 24/05/2009 |
Merci car dans ma poche, il n'y a pas souvent de gros billets… !
http://phil195829.overblog.com
De Pictulo 23785
20H55 | 24/05/2009 |
Excellente sélection, ça va me servir. Merci.
De pmalgachie
02H12 | 25/05/2009 |
Mais pourquoi donc le roman de Cormac McCarthy n'a-t-il pas été relu avant d'entrer dans la collection Points ?
http://journallecteur.blogspot.com/2009/05/content-et-fache-la-fois.html
De sup. à la demande du riverain 29 juin
bye bye ... | 08H04 | 25/05/2009 |
littérature…
L'armée israélienne empêche la tenue du festival palestinien de littérature - LEMONDE.FR | 24.05.09
La police israélienne a fait fermer le Théâtre national palestinien à Jérusalem-Est, samedi 23 mai, pour empêcher la tenue du Festival palestinien de littérature, rapportent le Guardian et le Palestine Telegraph.
Ce festival, qui devait durer tout le week-end, accueille des auteurs internationaux et palestiniens, dont Henning Mankell, Michael Palin et Ahdaf Soueif. Quelques minutes avant l'ouverture de l'évènement culturel, la police a fait fermer le théâtre, estimant qu'il s'agissait d'une manifestation à caractère politique, liée à l'Autorité palestinienne, rapporte le Guardian. Le festival est financé par l'Unesco et la Grande-Bretagne, notamment.
De Fuligineuse
11H11 | 25/05/2009 |
Mmm… appétissant tout ça… un juste mélange d'auteurs que je connais déjà et d'autres pour moi nouveaux… merci à HA pour ces suggestions !
De Chou marin
kiné | 14H25 | 25/05/2009 |
excellente idée les poches, serait-il possible de revoir une telle sélection dans un futur proche, voire régulièrement ?
ps : bon choix de livres : -)
De batou
enseignant-chercheur | 23H07 | 25/05/2009 |
A propos de « La route » de Cormac MacCarthy, évitez *a tout prix* la version poche éditée par Points (Seuil) et préférez lui la version d'origine chez les Editions de l'Olivier. La raison : un nombre incroyable d'erreurs de… typo ? avec des oublis de mots, voire carrément de bouts de phrases.
Deux exemples (parmi beaucoup d'autres) :
- p.12 : « (…) mais ld'essence n'était qu'une rumeur. » au lieu de « (…) mais l'odeur de l'essence n'était qu'une rumeur. »
- p.17 : « L'homme tira lcontre lui. » au lieu de « L'homme tira l'enfant contre lui. »
Perso, je trouve ça assez hallucinant… : -(
De jmal
14H47 | 26/05/2009 |
On peut aussi rajouter, sorties depuis peu, les rééditions en poche chez Folio Policier de Versus d'Antoine Chainas et de Citoyens clandestins de DOA dont tu avais déjà parlé au moment de leur sortie en grand format.
http://actu-du-noir.over-blog.com/