Les auteurs jeunesse las des fables des éditions Vilo

Le milieu de l'édition n'est pas le plus propice aux actions. Jeudi dernier, un groupe d'auteurs et d'illustrateurs ont pourtant investi les locaux de leur éditeur, Vilo, pour réclamer leur dû. Ce qui rappelle qu'en pleine rentrée littéraire hivernale, alors qu'on parle buzz, découvertes et gros coups, n'oublions pas que le métier du livre traverse aussi la crise. Et que les auteurs et illustrateurs font, eux aussi, partie d'une profession de plus en plus précaire.

Une trentaine d'auteurs illustrateurs de livres jeunesse se sont donnés rendez-vous, le 8 janvier. Ils ont surtout donné rendez-vous au PDG des Editions Vilo, Michel Scotto.

A l'initiative de la Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, ces auteurs, issus de quelques-unes des maisons d'édition qui sont la propriété de Vilo, ont investi sans prévenir les locaux de la maison mère. (Voir la vidéo)



Ils réclamaient :

  • le paiement de leurs droits d'auteurs pour l'exercice 2006-2007
  • la correction des chiffres que l'éditeur doit obligatoirement faire figurer sur le relevé de droits, comme l'état des ventes précis de leurs livres, l'état exact des stocks, droits étrangers s'il y a lieu
  • le versement des droits issus du prêt en bibliothèque
  • un relevé de droits d'auteurs pour l'exercice 2007-2008.
Le groupe Vilo dans la tourmente


Le groupe éditorial indépendant Vilo (Edigroup) rassemble les éditions de l'Amateur, le Baron Perché, les éditions du Collectionneur, la Cote de l'Amateur, Créations du Pélican, Hervas, les éditions Complexe, l'Insolite, Marval, Pouchet-plan net, Ramsay, Terrail, Vade Retro, Vilo éditions, Vilo jeunesse.

Mis en redressement judiciaire en décembre 2003 (Vilo diffusait et distribuait alors près de 80 petites maisons indépendantes), le groupe avait été repris par le groupe d'imprimerie Horizon sur un apport de 5 millions d'euros. C'est à ce moment que Michel Scotto est devenu directeur général. En 2007, après un différent entre repreneurs, et alors qu'il possède 90% du capital, il prend la tête du groupe.

Peu après, deux DG fraîchement arrivés, Antoine de Gaudemar (ancien boss du cahier Livres de Libération), et Sylvie Bezançon, sont remerciés. En janvier 2009, la crise, donc, couve encore.

Les patrons étaient-ils au courant de cette action ? En tout cas, aucun n'était là. Certes, Michel Scotto, PDG du groupe, ancien fondateur de la société San Marina (chaussures), propriétaire de nombreuses entreprises et président du club de football de l'AS Cannes, ne passe pas toute la semaine à Paris. Mais il fut sciant de remarquer qu'aucun DRH, aucun chef comptable n'était présent. Les employés des services de presse, de la fabrication et de l'editing étaient, eux, bien là.

Les auteurs se sont fait recevoir par Jacques Riquier, de Publisher for Publisher… une société qui n'a rien à voir avec Vilo, mais qui occupe des bureaux dans le même immeuble ! C'est lui qui, possédant le numéro de portable de Michel Scotto, s'est isolé dans une salle avec quelques responsables de la Charte.

Et a fait une sorte que la présidente, Marie Sellier, par ailleurs auteur publiée par les éditions Le baron Perché, s'entretienne au téléphone avec le patron…

Vilo avait préparé à la hâte quelque chose qui s'apparentait aux relevés de droits des auteurs mécontents : des cartons, remplis d'enveloppes non timbrées à leur nom. Une manifestante a vite remarqué qu'ils n'étaient pas conforme aux code de la propriété intellectuelle. Sans pour autant avoir quoique ce soit d'illégal, préciserons-nous ici.

Pour avoir un peu plus d'explications sur les documents fournis, les auteurs sont allés voir les services comptables. Ils ont été reçus, un à un, par une personne dépassée par tous les événements, au courant de rien.

Tout comme Michel Scotto lui-même, d'ailleurs, qui avouait lors de sa discussion téléphonique avec Marie Sellier « ne pas s'être jusque-là préoccupé des auteurs », et qu'il était normal de les payer avec retard puisque c'était comme ça « chez tous les éditeurs ». Il s'est formellement engagé à verser l'ensemble des droits d'ici le 16 janvier 2009. Sollicité par Rue89 dès la fin de cette action, il n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Dans les travées désertes des services concernés par cette « action », on en apprenait de belles : au 21 décembre, un nombre important d'employés du groupe Vilo sont partis. Fin de contrat. Ni remplacés, ni renouvelés. Une impression de terre brûlée, où plus rien ne repousserait.

Un auteur l'a d'ailleurs fort bien remarqué : tout se passe comme si Vilo bottait en touche pour retarder au maximum le dépôt de bilan. C'est que le groupe, ces dernières années, a traversé des tempêtes (lire encadré).

De plus, selon nos informations, les auteurs Jeunesse du groupe Vilo sont loin d'être les seuls dans leur cas. Il est des auteurs « adulte » d'autres maisons du groupe qui n'ont pas vu la couleur d'un kopeck de Vilo, encore moins d'un relevé quelconque, depuis quelques exercices comptables.

A lire aussi : Comment les écrivains français gagnent leur vie
► Le site de la Charte des auteurs illustrateurs jeunesse
► Le site des éditions Vilo

6 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de tranchedefoie

De tranchedefoie

artiste | 13H40 | 13/01/2009 | Permalien

Ne le lâchez pas ! Revenez la semaine prochaine pour voir s'il a payé les auteurs !

Portrait de déluge

De déluge

menuisier | 15H16 | 13/01/2009 | Permalien

« 'il était normal de les payer avec retard puisque c'était comme ça “chez tous les éditeurs”.

J'aime beaucoup cette phrase, digne d'un baron ultra du MEDEF.

On a a souvent une image valorisée des sociétés travaillant dans des domaines artistiques. La réalité est souvent totalement inverse.
Profitant à la fois de la passion qui anime les gens (en l'ocurence les auteurs) et de la précarité plus ou moins organisée qui les fragilisent, ces entreprises pressurent et abusent en toute impunité.

Une fois, le comptable d'un centre d'art moderne d'une ville cossue de la banlieue parisienne connue pour son lac, son casino et son champs de course, voulait ne me payer mon salaire qu'à 60 jours.
Lui faisant remarquer l'illégalité de la chose, j'eu droit à la même sentence “oui, mais c'est comme ça”.

Je suis quand même parti avec mon chèque, je n'ai plus jamais travaillé pour eux, et finalement j'ai changé de métier.

Portrait de JJ Reboux outrageur de poulets

De JJ Reboux outrageur de poulets

16H53 | 13/01/2009 | Permalien

« Le milieu de l'édition n'est pas le plus propices aux actions. »
C'est même rarissime ! Par définition, l'auteur (et l'illustrateur) est solitaire de par la nature de son travail, et donc isolé. Les auteurs et illustrateurs « jeunesse » se débrouillent mieux que leurs collègues « vieillesse » qui ne sont pas organisés en charte (on se demande bien pourquoi, d'ailleurs).
Etant à la fois auteur et éditeur, j'ai envie d'ajouter que dans le milieu de l'édition, il y a un foutage de gueule total, de plus en plus généralisé et répandu, de l'éditeur vis-à-vis de l'auteur (sous-entendu l'auteur lambda, qui vend très peu, et est de ce fait quantité négligeable, et déconsidéré). Et comme l'auteur ne veut pas se fâcher, il ferme en général sa grande bouche…
Par contre, ce que l'article ne dit pas, c'est l'extrême difficulté dans laquelle se retrouvent certains petits éditeurs (dont je fais partie et dont ne fait visiblement pas partie Vilo), qui peuvent, à un moment donné, ne pas être en mesure de payer leurs auteurs (au même titre que l'imprimeur ou d'autres créanciers, voire leur propre salaire, comme c'est mon cas depuis deux ans), tout simplement parce qu'il n'y a plus un rond dans la caisse. Alors, on essaie de repousser le moment fatidique (où il faudra faire un petit chèque), moment qui peut s'avérer être celui où il faudra… mettre la clé sous la porte, en faisant un peu de trésorerie (envoyez la cavalerie ! ) et en publiant de nouveaux livres, dont on espère qu'ils marcheront mieux que les précédents ! Donc, merci de ne pas mettre tous les petits éditeurs dans le même panier !
C'est peut-être bien aussi de (re)dire que dans la chaîne de l'édition, à la différence du diffuseur et du distributeur qui, en général, ramassent, quoi qu'il arrive, leur commission, l'éditeur est, en quelque sorte, le maillon faible (je parle des petits éditeurs, bien entendu), et que la gestion d'une maison d'édition indépendante peut devenir un truc de fou (et même d'ultra-fou ! ! ). C'est personnellement ce que j'ai vécu avec les éditions Après la Lune. J'en profite pour passer une petite annonce : « Editeur ayant échappé à la faillite grâce à un procès de l'Opus Dei, épongé ses dettes et cessé provisoirement de publier des livres, cherche repreneur. » Mais bon j'crois qu'je vais faire comme Déluge menuisier : changer de métier ! ! !

Portrait de C. Creseveur

à JJ Reboux outrageur de poulets Portrait de JJ Reboux outrageur de poulets De C. Creseveur

Ca pourrait bien être ça! | 21H55 | 13/01/2009 | Permalien

Change de métier, d'accord. Mais faut pas arrêter d'écrire quand même !
Lâche pas le clavier Jean-Jacques ! Surtout ne lâche pas le clavier !

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

Ca pourrait bien être ça! | 22H18 | 13/01/2009 | Permalien

Je voudrais juste ajouter que nous connaissons absolument le même problème dans le scénario. Après avoir connu une période de puissant dumping sur les options en particulier, on en arrive au stade où les rétributions deviennent parfois anecdotiques, en contreparties d'un usus sans vergogne.

Ainsi nombreux sont les producteurs qui ne se gênent pas de faire circuler dans les chaînes des textes dont ils ne disposent pas des droits. Pour eux le principe est simple : si la chaîne mord, ils rétribueront l'auteur avec l'argent de la convention d'écriture ; dans le cas contraire ils balancent le texte à la poubelle, sans avoir eu à dépenser le moindre sou.

Dans ce second cas le désagrément est double pour l'auteur : non seulement son texte a été refusé (les raisons du refus importent peu, quoiqu'il ne soit pas toujours négligeable de les connaître), mais il ne sait même pas qu'il est grillé. Il continuera donc à perdre inutilement du temps à défendre son sujet.

Dans un tel système le rôle du producteur pose réellement problème, puisque, intrinsèquement, il ne sert que de prise rallonge entre la chaîne et les téléfilms : les producteurs sont en effet de simples pourvoyeurs qui tentent de répondre à une demande express de la chaîne. C'est parce que quelqu'un veut quelque chose sur tel sujet à la direction de la fiction, voire plus haut, qu'on va sonner le tocsin.

Au demeurant c'est une prise rallonge très onéreuse.
Si d'aventure la télévision publique voulait réduire ses coûts de manière astucieuse, elle trouverait de bonnes solutions en réintégrant la production au sein de la chaîne. Ce qui se faisait jadis.

Dans le fond avec un Sarkozy qui veut faire de l'ORTF, ça ne serait pas si décalé, comme mesure, non ?

Portrait de patès

De patès

illustrateur | 01H28 | 15/01/2009 | Permalien

la boite de pandore est ouverte depuis déjà un bon bout de temps. mais est-ce que finalement on ne contribue pas tous à cet état de fait… on a tous accepté un test internet pour illustrer sachant siamment que le test était proposé à au moins 40 illustrateurs… se révolte t'on quand l'éditeur ne prend même pas la peine de répondre aux « perdants »… j'ai aussi accepté d'être payé à publication, soit parfois 4 mois plus tard… j'ai tout avalé…
les : « on aime bien, on aimerait bien te payer ! ! »… « si le projet est accepté on vous fait un contrat ! ! »… « ben kwa, t'aime ton boulot, de quoi tu te plains ! ! »… « sans compter les séances de dédicaces offertes pour un bon repas chaud »… mais ma parole c'est germinal ! ! et non c'est le beau pays de l'illustration française, où la non réponse est une réponse… bon vous allez me dire qu'on est beaucoup sur le marché… et tu sais combien ça coûte un club de foot connard ? ! ce que fait la charte c'est vraiment bien et en même temps très édifiant… ça montre juste ce que devient le métier du livre… juste un métier de vendeur de chaussures basé sur le volume : « y fô faire du volume ! ! »… et comme me disait tout à l'heure un copain du médef : « On est Artiste ou on ne l'est pas… ça me débecte tous ces
pseudo-gribouilleurs qui veulent être des Van Gogh et ne pas se geler les c…dans une chambre froide et qui ne sont pas prêts à se couper une oreille… je me marre ! ! »
alors, on se marre aussi ? on casse la baraque ? ou on fait un dessin en disant : boooouuuh ki sont méchants ? !

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