
« Narco Football Club », plongée dans le foot sud-américain

Pendant la trêve hivernale des championnats de France, le foot continue sur Rue89. Début décembre paraissait en effet « Narco Football Club », un polar signé par deux journalistes Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, sur fond de Copa Libertadores (l'équivalent sud-américain de la Ligue des Champions) et de cartels de la drogue en Amérique latine. Un aspect méconnu du foot business.
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En alliant bon goût et intelligence, on peut très bien penser que le meilleur joueur du monde, depuis deux ans, est Lionel Messi. Vingt ans après Maradona, l'Argentine tient sa nouvelle étoile. Et Messi, comme « El Pibe de oro », joue au FC Barcelone. Ceux qui ont aimé le premier aiment forcément l'autre.
Messi est sud-américain. Comme tous les grands joueurs du continent, il a fallu qu'il vienne jouer en Europe pour être mondialement reconnu. Depuis la fin de la génération Pelé-Garrincha, en effet, c'est une jurisprudence pour chaque footballeur du continent : il est acheté à prix d'or par un grand club européen, et devient une star en passant d'un grand club à un autre (Ronaldo, Ronaldinho, Rivaldo, Crespo, etc), pour gagner la Ligue des campions.
L'Amérique latine a, bien entendu, son foot-business à elle, comme l'illustre « Narco Football Club ». Ses auteurs, Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, travaillant entre autres pour Courrier International, et ont déjà écrit ensemble deux livres (« La ville qui tuait les femmes, enquête à Ciudad Juarez » et « Pinochet, un dictateur modèle » chez Hachette). Nous avons retrouvé le premier.
Le foot est-il le moyen le plus sûr de blanchir l'argent en Amérique latine ?
Je ne sais pas si le foot est le plus sûr moyen de blanchir de l'argent, mais c'est l'un des moyens d'en faire, tout comme le sport en général. On se souvient tous de ce joueur de la sélection colombienne [Andrès Escobar, ndlr], assassiné sur ordre d'un chef narco après le Mondial 98 pour avoir marqué contre son camp, et lui avoir fait perdre une grosse somme d'argent.
Le blanchiment grâce au foot et autres sports est une réalité. Au Mexique, l'ancien maire de Tijuana, Jorge Hank, soupçonné de liens avec le cartel de cette ville (et d'avoir fait assassiner un journaliste qui a dénoncé ses relations « privilégiées » avec les narcos), possède l'hippodrome de Tijuana et un groupe immense de sociétés de paris sportifs.
Dans les salles Caliente, dans lesquelles vous pouvez parier sur toutes les compétitions possibles : du championnat français de foot à la course de lévriers en passant par du curling ou des combats de catch.
Pour avoir mis les pieds dans l'un d'elles, il est évident que ce genre d'activité, qui brasse des millions de dollars en cash, est une belle blanchisseuse !
Pensez-vous qu'un jour, avec la montée en puissance des pays émergents (Brésil), le football sud-américain supplantera son comparse européen ?
Je ne pense pas. Les latinos sont trop joueurs à mon avis, ils préfèrent réaliser de beaux gestes, marquer de beaux buts, quitte à perdre un match. Ils n'ont pas la culture de la gagne, mais celle du spectacle, du jeu.
Et surtout, tant que les inégalités dureront dans ces pays, tant que les richesses seront aussi mal réparties, il est peu probable que le foot latino supplante l'européen. L'argent est le nerf de la guerre et même s'il y en a beaucoup là-bas comme ici, il est mal investi, va toujours dans les poches des mêmes.
La corruption, les trafics, les mafias empêchent le foot latino de se développer comme il se doit. L'Argentine, le Brésil, le Mexique ou le Chili sont certes de grandes nations mais leurs meilleurs joueurs sont en Europe.
Pourquoi ? Basiquement, je dirais pour l'argent et leur sécurité. Et la situation n'est pas prête de changer. Ils seront toujours mieux payés sur le vieux continent et en meilleure sécurité (peu de risque d'enlèvement ou de racket par chez nous).
Quelles sont selon vous les principales différences entre le foot-business tel qu'on le connaît en Europe, et celui d'Amérique du sud ?
En Amérique latine, les affaires ne respectent pas forcément la légalité. Les narcos voient dans le foot une manière comme une autre de rendre propre leur argent et les instances fédérales ferment les yeux sur la provenance des fonds.
Enfin, la différence fondamentale à mon sens est la violence. Ici, le business se fait entre « gens biens », pas avec un flingue posé au milieu de la table des négociations. Là-bas, le rapport à la violence est différent, les armes sont monnaie courante, les menaces aussi, un vestiaire est un terrain de jeu comme un autre pour un cartel.
« Le président [du club, ndlr] ne supportait plus le football, il cherchait frénétiquement une chaîne d'informations financières », écrivez-vous à un moment.
On peut ajouter qu'aujourd'hui, on trouve plus d'infos sur les « grands joueurs » dans les magazines people que dans France Football. Si on tient compte de cela, comment imaginez-vous le football de demain ?
Je rêves d'une révolution. Le foot sera rendu aux supporters. Fini les contrats de pubs mirobolants pour les joueurs, terminé les transferts à chaque saison et les mercenaires du ballon rond. Les ultras prennent le pouvoir, les présidents de club et les joueurs obéissent aux règles fixées par les supporters.
Quel pied ! On remet l'amour du maillot à la mode, on interdit les matchs nuls en appliquant la règle dite du Che : « Hasta la victoria, siempre » (tant qu'une équipe n'a pas marqué, le match continue), on instaure l'arbitrage vidéo et les journalistes ont le droit de fermer le clapet des joueurs qui se la pètent parce qu'ils ont planté un but ou fait une passe décisive.
Le sélectionneur national est nommé par référendum et le président de la République chante seul à capella la Marseillaise le soir de la finale de la Coupe de France, en se faisant huer. Et on interdit à Laurent Paganelli, Christian Jeanpierre, Xavier Gravelaine, Dominique Grimault et consorts de parler foot à la télé.
► Narco Football Club de Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, éd. Moisson Rouge, décembre 2008 - 280p., 15€.
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Photo : le joueur du LDU Quito Patricio Urrutia brandit le trophée de la Copa Libertadores, remporté en 2008 par le club équatorien (Guillermo Granja/Reuters).
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De penabranca
survivor | 16H10 | 30/12/2008 |
Les bookies ont transformé les enjeux. Maintenant, dans toute compétition, il faut se demander si celui qui perd n'est pas celui qui gagne…
De JoTak
16H46 | 30/12/2008 |
Pour la Colombie ou le Brésil, je sais pas… mais ça me parait une erreur de mettre l'Argentine dans le même sac. Les mafias sont probablement moins fortes là-bas qu'en Italie par exemple.
à JoTak
De flixp
17H29 | 30/12/2008 |
J'avais cru lire Sarco Football Club…. Faut que je prenne des vacances.
De Jambalaya
Le contenu de ce champ apparaît ent... | 18H51 | 30/12/2008 |
»« Hasta la victoria, siempre » (tant qu'une équipe n'a pas marqué, le match continue) »
Il y a des matchs nuls et vierges parfois magnifiques (j'ai le souvenir d'un super Pays-Bas Italie en demi-finale de l'Euro 2000) et puis bon ce genre de propositions vient surement d'un type qui n'a jamais regardé un match de L1. Ou alors il est maso !
De kebra
Bisounours killa | 19H49 | 30/12/2008 |
Waow un des meilleurs papiers sur le foot depuis un bail !
Je vais me procurer le livre à mon prochain passage en France. Je suis un grand fan de Maradona, des paris sportifs, même si je suis guéri, du foot latinos, du Barça.
Mais je suis en droit de penser que le meilleur joueur offensif des dernières saison est Ibrahimovitch puis Christiano Ronaldo puis Messi. Le Héros absolu est Buffon le tueur de Zizou. Aucun ne mérite 10% de ce qu'il gagne, c'est une question d'éthique et de collaboration à la propagande de la machine à rêves et peurs.
Du coup, j'ai du mal avec le foot depuis quelques temps. je vais mieux l'apprécier en livre…
à kebra
De freakfeatherfall
loin de la rue | 20H17 | 30/12/2008 |
Ibrahimovic ? ? ? ? ! ! !
Nan mais là Kébra tu délires, je peux pas te laisser dire ça !
Tu m'aurais dit Eto'o, là d'accord, mais Ibrahimovic… putain…
Et d'accord pour Maradona, j'ai maté ya qqs jours le film-docu de kusturica, vraiment pas terrible, sauf ce passage à la fin que j'ai trouvé émouvant :
PS : ah j'avais oublié que t'es fan de l'inter, c'est pour ça ibrahomachin…
à freakfeatherfall
De kebra
Bisounours killa | 20H51 | 30/12/2008 |
Bon, ma première intention était de virer Messi du Podium et coller Samule Eto'o Fils en troize. Et puis je me suis dit que ce n'était pas très courtois avec l'auteur de ce bon papier, alors, j'ai été trop humain.
A ta demande, je vire Messi et je colle Samuel. Un Lion Indomptable passera toujours avant un argentin, même héritier de Diego, c'est une question fraternelle, j'ai juste voulu être moins partial. Même si Ibra est grand, très grand, il est aussi Interiste, deux raisons valables pour la gold medal…
De Arzur
Là | 20H06 | 30/12/2008 |
A propos de la mort du défenseur colombien Escobar il s'agit de la coupe du Monde 94 et non 98 . Mais cela n'enlève rien à l'interêt de l'article !
De sirop_sport_fraise
20H07 | 30/12/2008 |
Petit rectificatif, Escobar a été assassiné en 1994 suite à la coupe du monde 1994 et non 1998 comme mentionné
De Phil2922
Retraite invalidité | 20H48 | 30/12/2008 |
C'est pour ça que Maradona entraîne l'équipe d'Argentine… ? !
http://phil195829.overblog.com
De Prolo du livre
21H57 | 30/12/2008 |
Faut dire aussi que le foot sud-américain est un monde en-soi, complètement différent du foot européen, et que si les sud-américains suivent le foot européen, l'inverse n'est pas vrai.
Ils comprennent notre culture foot mais nous ne comprenons pas (pour la plupart d'entre nous) la leur.
Voir l'ambiance dans un stade là-bas… On fait genre glacial nous !
Moins « propre », plus « prolo »…
Un blog pas dégueu où l'on parle régulièrement de foot latino :
http://tertulia.20minutes-blogs.fr/
Du bas du virage sud.
P.s. : Kebra, pour moi le number ouane reste Drogba, mais je suis probablement pas objectif.
à Prolo du livre
De kebra
Bisounours killa | 09H28 | 31/12/2008 |
Merci pour le lien sur le blog pas dégue, je suis un peu le foot sud-am, surtout les clubs des villes où j'ai des amis, cela donne un sujet de conversation dans les échanges. Le foot est une des meilleurs intégrateurs dans une société inconnue.
Comme le disait Manu Chao en ITW, tu rentres dans un bar de tifosis par trop cons, les pires sont connus du milieu, tu connais un peu leur équipe locale et nationale et tu n'es pas fan de leurs pires ennemis, t'as tout bon pour l'intégration. Sauf si tu es très noir et que tu es a Paris, Rome ou St Petersbourg…
Je ne sais pas si je serais aussi à l'aise dans certaines travées du Vélodrome maintenant que j'ai repris mon accent du Nord. J'étais Nimois à l'apogée de l'OM de Tapie. Après le départ de Canto et Cie, j'ai migré vers le 13 pour voir du grand foot. Cela laisse des traces affectives.
Mais comme disait les Guignols, quand l'OM c'est devenu Barthez, Drogba et neuf morts, j'ai vraiment zappé. J'avais l'Inter à 60 km mais plus trop envie de stade chic et cher. Du coup, magouille sur les abos pour voir deux matchs par an puis fin du tiffo au stade avec le renforcement de la sécurité. Pareil pour les chaines payantes, cela me gave de courir après les codes crackés.
Pour ne pas participer au foot business, il m'arrive de suivre des matchs en streaming pourri mais gratuit. Je propose le rétablissement d'un quota de virages sans sièges à 10 euros. A ce prix, je retourne au stade. Pour te faire plaisir, je vire ce flambeur de Ronaldo du podium qui devient donc Ibra, Drogba et Eto'o fils.
A la fin de la crise, après la ruine totale des oligarques et la faillite des clubs, je te propose de lancer une tontine en or pour se payer les trois et relancer l'OM…
à kebra
De Prolo du livre
12H33 | 31/12/2008 |
Pour le streaming pourri, je fais pareil quand je suis loin du bar de mon quartier ! ! ! L'abonnement aux chaines payantes étant compris dans le prix du pastis ou du demi… Et c'est plus marrant la mauvaise foi quand on est pas seul devant la télé ! ! !
Pour le prix des places en virages, bien entendu il est impossible d'en avoir hors abonnement, sauf pour les coupes et là, les prix officiels sont, en général autour de douze euros… Je dis bien officiels…
Pour la « nationalisation » des clubs, il me semble qu'on en a parlé là :
http://www.rue89.com/marseille/un-drogbathon-pour-faire-revenir-drogba-a…
Les supporters proprio de leur club ? Il faudrait qu'on y pense sérieusement, utiliser le capitalisme pour arriver à un « communisme », l'idée me fait bien marrer !
Bon gueuleton pour ce soir, Kebra ! ! !
à Prolo du livre
De kebra
Bisounours killa | 20H25 | 02/01/2009 |
12 euros pour le 16ème de finale de la coupe de la ligue, je préfère magouiller des places avec les représentants des sponsors ou ne rien en savoir, je ne suis pas fan à ce point.
J'espère que tu as bien commencé.
@ suivre
De pianoman
musicien libre | 22H03 | 30/12/2008 |
pour le dernier paragraphe, j'attends de voir…On peut toujours rêver, mais là, c'est trop beau ! Bon 2009 à toute la rue
De Chris75
(ingé) | 07H17 | 31/12/2008 |
Il faut se rappeler l'affaire « Yvinec » à la fin des années 80 quand il parti acheter un joueur paraguayen (Roberto Cabanas) en Colombie. Cabanas jouait alors à l'America Cali, club détenu par les frères Rodriguez, barons de la drogue du cartel de Cali, et faisant partis du Top 5 des narcos les plus recherchés du monde par les USA.
La presse française (L'Equipe en particulier) se moquait bien d'Yvinec,le petit .. tout petit par rapport aux narcos trafiquants beaucoup plus dangereux, même si on croit être peinard en France, on est jamais trop prudent.
Yvinec, bloqué par le juge colombien à Cali, fut « extradé » au final par les services secrets français.
Et les frères Rodriguez furent arrêtés par le FBI quelques années plus tard, ils croupissent en prison depuis.
Il est clair que le club de l'America Cali n'était qu'un joujou pour ses dirigeants, et accessoirement une lessiveuse d'argent sale …
Intéressant aussi un autre livrre sorti sur la FIFA et son président Sep Blatter, quand on sait que le numéro deux de la FIFA à l'époque, pas très lointaine était un colombien …
De Fondriest
euh | 10H04 | 31/12/2008 |
L'Amérique du Sud a précédé d'environ 15 ans l'Europe dans la transition vers le foot-business. L'objectif des compétitions est de générer du profit, sans qu'il n'y ait un vernis pseudo-éthique comme en Europe. La santé des joueurs est également méprisée, à tel point qu'on a vu dans les années 90 le Sao Paulo FC jouer deux matches dans la même journée (Copa Libertadores et championnat domestique), ou Vasco de Gama (club de Rio de Janeiro) devoir jouer un match en soirée au Chili, puis à Recife le lendemain après-midi (3000 bornes à vol d'oiseau). Songez également que pour des raisons commerciales, la Copa America (coupe d'Amérique du Sud des nations) a intégré ces dernières années les Etats-Unis et même le Japon (en 1999)…
De federicoloco
tequila, sexo, marihuana. | 14H25 | 31/12/2008 |
En fait, il y a très peu de mexicains qui évoluent en Europe (une petite dizaine) et pour ce qui est des grandes nations de football, le Mexique n'y est plus vraiment, Ils ont eu un mal fou à ce qualifier pour l'hexagonale de la coupe du monde 2010. Mais à revoir absolument le but de Borgetti contre l'Italie en 2002 ici en VO l'un des plus beaux de l'histoire de la CM http://fr.youtube.com/watch ? v=O2xxi_uv1PA