
Avec James Bond, le business ne meurt jamais
Rue89 publie les bonnes feuilles de « Goldmaker 007 » : ou comment le héros de Fleming est devenu un homme-sandwich de luxe.
A trois jours de la sortie de « Quantum of Solace », le nouveau James Bond, voici que paraît, en format poche, un livre qui décortique la saga… et le Bond Business. Interview de l'auteur et extraits du livre en exclusivité.
« Quantum of Solace » (2008), vingt-deuxième opus de la saga 007, est la suite directe de « Casino Royale » (2006). Pour la première fois dans l'histoire de la série, un film de James Bond commencera dans la continuité du précédent : une heure après la fin (la trahison d'Eva Green), précisément. Bien évidemment, le film est adapté d'une oeuvre du défunt romancier Ian Fleming (une nouvelle, précisément). Dans le casting, un « frenchie » plutôt inattendu : Mathieu Amalric. (Voir la vidéo.)
« Goldmaker 007, Le phénomène James Bond, de Dr No à Quantum of Solace » (J'ai Lu, 2008) n'est pas la suite de « Goldmaker 007 - Comment James Bond est devenu le plus gros succès de l'histoire du cinéma » (Fayard, 2002). C'en est le format poche, mais surtout la version réactualisée.
La version d'origine avait paru au moment de « Meurs un autre jour ». Depuis, deux « Bond » ont vu le jour. Les nouvelles informations et révélations contenues dans la version 2008, Rue89 en publie une bonne partie en avant-première (voir encadré), avant la parution du livre le 5 novembre.
Des hommes et du business
L'auteur, Guillaume Evin, est né avec « Les diamants sont éternels » (soit en 1971). Il est fan de 007. Journaliste pour le service « business » du site du magazine L'Expansion, il était bien placé pour gratter son propre mythe.
« James Bond est la plus fabuleuse franchise du cinéma », écrit-il, « la plus rentable surtout avec plus de quatre milliards de dollars de recettes à ce jour ». Plus loin : « Avec les Walt Disney, ils [Les “Bond Films”, ndlr] sont tout simplement LA référence en matière de placements de produits ».
« Golmaker 007 » décrira en sept parties (de 001 à 007, forcément…) l'implacable « machine à faire de l'argent » que sont les James Bond. Et ce, depuis que, par miracle, deux producteurs quasi inconnus, « Cubby » Broccoli et Harry Saltzman, parvinrent en 1961 à adapter « Dr No » de Ian Fleming. Ils étaient alors loin de deviner ce qu'ils avaient créé… Aujourd'hui, Bond est « l'agent secret le moins secret qui soit » : trois milliards de spectateurs l'ont vu.
Mais, au-delà de recettes de fabrication hyper précises (détaillées dans l'ouvrage), d'un logo et d'un thème musical éternels, « 007 » est une machine à cash. Détaillée, point par point, par Evin.
Bond est un homme sandwich pour grandes marques de luxe (du champagne Bollinger aux montres Omega, d'Aston martin à BMW) et pour marques de masse (Perrier, Coca, Sony, Dunhill, Smirnoff). Un geyser à « produits-clés ».
Tout lancement d'un nouveau film relève de l'horlogerie suisse, car les partenaires en « placements de produits » (Virgin Atlantic, BMW, Heineken, etc) testent leurs nouveaux modèles en avant-première dans le nouveau « 007 ». Ce que découvre le livre, c'est une opération business unique dans l'histoire des franchises et des partenariats entre des producteurs et leurs partenaires.
L'évolution de James Bond, c'est aussi, in fine, l'évolution de l'industrie et de la finance mondiales. Un historique de l'entertainment. Et ce livre, bréviaire autant qu'enquête, en dit autant sur la saga que sur notre monde, comme on l'a vérifié dans un entretien avec son auteur, Guillaume Evin.
Quel est votre rapport d'homme des années 2000 à Bond, homme intemporel ?
Comme je l'écris dans le livre, je suis plutôt Sean Connery, plutôt du côté de cette masculinité implacable, qu'on retrouve d'ailleurs chez Daniel Craig. Ces deux « Bond »-là sont moins des gravures de mode que n'ont pu l'être Roger Moore ou Pierce Brosnan, moins cartoon.
J'ai apprécié Timothy Dalton, sombre et tourmenté, car il était finalement très proche du James Bond des romans de Ian Fleming.
James Bond évolue dans le monde de l'hyperluxe. Ce vingt-deuxième sort en pleine crise financière. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Certes, chez James Bond, on aura toujours la trilogie belle montre-grosse voiture-grand champagne. Mais depuis les années quatre-vingt-dix, on n'est plus dans l'hyperluxe, non.
On assiste à une offensive musclée de marques qui n'appartiennent absolument pas à la sphère du luxe. Par exemple : Coca-Cola, qui montrera un Coke Zero rebaptisé Zero Zero 7 dans « Quantum of Solace » (lire le deuxième extrait que Rue89 publié en avant-première : « La frilosité de Coca-Cola »).
Il n'y a que dans le cas du dernier Pierce Brosnan, « Meurs un autre jour » (2002), que l'on avait atteint l'implosion dans les gadgets inutiles. Cela le décrédibilisait. Dans ce nouveau Bond, on en revient à des partenariats plus légers, avec des marques de masse.
Je pense qu'à l'avenir, les films vont continuer à attirer ce genre de marques mondiales. Crise financière ou pas, Bond est de toute façon une saga que les gens dissocient de la réalité. Et je pense que « Quantum of Solace » peut flirter avec « Casino Royale » en terme de recettes dans le monde (« Casino Royale » est à ce jour le record absolu de la série, en box-office, et en « recettes monde » : 594 millions de dollars, pour un budget de 152 millions de dollars) tant l'équation personnelle Daniel Craig a bien fonctionné lors de sa première sortie.
La saga Bond vient de Grande-Bretagne, et est tenue aujourd'hui par des groupes anglo-saxons. Un imaginaire du Nord, donc. Si un jour, un pays de l'hémisphère Sud (Inde, Amérique latine) est le plus puissant, pensez-vous que les producteurs parviendront à modifier l'entertainment et la « machine à cash » ?
Contrairement à de nombreuses séries et sagas, celle-ci a toujours su se régénérer. Elle est parvenu à dépasser les limites de son propre modèle. En 1995, avec « Goldeneye », pour le début de la « troisième vie » du personnage, on le voyait s'adapter au monde post-Mur de Berlin, et se battre contre d'anciens alliés…
« Casino Royale », rappelons-le, est un retour aux sources du personnage. Le champ des possibles est toujours ouvert, on reste dans le jeu, dans le mouvant.
A ce titre, oui, je pense que le marketing et « la machine à cash » suivront. Ne serait-ce que pour cette raison simple, que je répète : Bond, c'est avant tout du divertissement. Qui fonctionne partout dans notre village-monde.
Chaque nouvel opus vient toucher une nouvelle région du monde, ou une nouvelle communauté (« Meurs un autre jour » la communauté afro-américaine, par exemple). Bond, c'est une saga très douée.
► Goldmaker 007, Le phénomène James Bond de Dr No à « Quantum of Solace » de Guillaume Evin - éd. J'ai lu - 223p., 6€.
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De zorglub
insulaire en exil | 14H51 | 28/10/2008 |
Dans « Casino Royale » apparait le logo de LCI Internationnal ! ! !
Même les marques bidons s'affichent.
à zorglub
De nipivime
;- | 14H56 | 28/10/2008 |
Déjà, Casino, c'est une marque…
à nipivime
De quetzal2012
enseignant précaire | 18H04 | 28/10/2008 |
Ce qu'il y a de bien avec James Bond c'est qu'il ne véhicule pas du tout l'image héroique des Etats-unis, il ne sert pas du tout le mythe de Washington « gendarme du monde », il n'a jamais participé au matraquage médiatique de la guerre froide noyé dans la culture de masse et dans celui-ci, il ne s'inscrit sûrement pas dans la justification du « n'importe quoi contre le terrorrisme »…
Des james bond, ils en recrutent à la pelle en ce moment, ils n'ont pas de gadgets, mais de grosses armes qui ne tirent pas à blanc…
http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com
à quetzal2012
De tooms4444
p'tit con | 09H51 | 29/10/2008 |
Heu… juste pour info : JB est anglais.
à nipivime
De zorglub
insulaire en exil | 18H12 | 28/10/2008 |
je ne pense pas que cette marque bien française était connue de Ian Fleming (décédé en 1964). Le bouquin fut publié en 1953 ; -)
à zorglub
De nipivime
;- | 19H40 | 28/10/2008 |
On met quoi, alors, « Carrefour Royale » ?
à nipivime
De zorglub
insulaire en exil | 19H46 | 28/10/2008 |
Goulet Turpin si tu veux…
De Tyb
(par ici, par là) | 15H03 | 28/10/2008 |
J'ai complètement arrêté les James Bond depuis un moment, suite à deux trois successifs pour lesquels la promo / critique (en matière de cinéma la différence est malheureusement devenu minime dans la plupart des canards…) promettait à chaque fois « vous verrez c'est différent de d'habitude, on revient aux films du départ c'est plus psychologique » et à chaque fois le film en question était une bouse numérique encore plus abyssale que la précédente…
J'étais pas non plus super fan à la base, mais maintenant je vois difficilement ce qu'on peut y trouver, surtout en tant que films d'espionnage ça n'a aucun intérêt.
En matière de placement de produit le plus hilarant que j'ai vu c'était dans un épisode des 4400 je crois : deux personnages discutent, avec un effet classique : le focus mis sur le personnage qui parle et variant de l'un à l'autre au fur et à mesure du dialogue. A un moment un des personnages parle, le focus est sur lui et puis il tend une canette au deuxième qui s'apprête à dire merci, et à ce moment là le focus se fait sur la canette avec Coca Cola écrit en gros, et reste sur celle ci pendant 3/4 secondes…
Le film (enfin pour ce machin film est un peu usurpé) français Chrysalis était assez hilarant de ce point de vue là aussi, avex deux personnages parlant à travers une baie vitrée barrée d'un grand « Saint Gobain » !
De sarkophage_xyz
15H21 | 28/10/2008 |
My name is Bond, Junk Bond ; )
à sarkophage_xyz
De Perez
ingé & zikos | 14H21 | 29/10/2008 |
et moi c'est monde…ray monde
De jexiste
si, si | 15H33 | 28/10/2008 |
James Bond grandeur nature, c'était le 15 octobre avec ceci :
http://www.lepost.fr/article/2008/10/15/1289194_affaire-besancenot-dans-…
http://www.france-info.com/spip.php ? article198605&theme=9&sous_theme=184
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20081015.OBS6030/cest…
http://tinyurl.com/3wz9ym
Sans oublier Sarko annonçant qu'il allait fendre Bertrand en deux, et ce petit clin d'oeil cinématographique :
http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Le-decryptage-007-Au-service-secret-de-sa-majeste/(gid)/1398929/(offset)/0
Je n'ai rien vu de tout ça sur Rue89. Un petit oubli ?
à jexiste
De Yann Guégan
Rue89 | 16H58 | 28/10/2008 |
Vous ne nous avez pas beaucoup lu, on dirait :
http://www.rue89.com/tag/taser
http://www.rue89.com/tag/besancenot
http://www.rue89.com/tag/bertrand
à Yann Guégan
De jexiste
si, si | 17H37 | 28/10/2008 |
Je n'ai rien lu sur la tricoche, l'espionnage sauvage, et les projets gouvernementaux pour y mettre un terme, ou du moins encadrer les pratiques existantes.
L'article sur Yves Bertrand n'est qu'une défense de ses pratiques barbouzardes nauséabondes.
à Yann Guégan
De jexiste
si, si | 17H55 | 28/10/2008 |
Je vous propose de travailler sur le sujet suivant : l'évolution des méthodes de la police politique française depuis l'affaire du Pasteur Doucé (clôturée dans le plus grand silence il y a un an).
Elle n'a jamais cessé d'assassiner des témoins gênants. Ce scandale l'a seulement amenée à se réorganiser de manière à ne plus faire la une des journaux.
De erwanlevexier
journaliste | 16H18 | 28/10/2008 |
Le premier placement est la marque Sony (qui produit les films depuis Casino Royale) avec ordinateurs Vaio et téléphones Sony Ericsson que Bond utilise comme des gadgets.
A part ça Quantum of Solace est malgré tout un bon divertissement que j'ai pris plaisir à voir. Daniel Craig est toujours aussi crédible dans le rôle.
De OTTO43
Documentaliste à Paris | 18H34 | 28/10/2008 |
Un petit pinaillage concernant les deux « pères » de la saga, Saltzman et Broccoli. Ils n'étaient certainement pas des « quasi inconnus » au moment où ils ont lancé JAMES BOND. Saltzman avait produit trois films clés du « jeune cinéma britannique », dont SAMEDI SOIR, DIMANCHE MATIN, reconnu dès sa sortie comme un classique. Quant à Broccoli, il avait produit plus de 20 films employant, an Angleterre, des stars non négligeables : Mitchum, Alan Ladd, Jack Palance, Jose Ferrer, etc.
De InitiativeDharman
Merde in France. | 08H35 | 29/10/2008 |
Quand James Bond déguste nos grands crus du bordelais dans le précédent opus, çà vous interpelle pas là ?
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 13H26 | 29/10/2008 |
Pour moi, les Bonds passent, et la franchise se ringardise a vitesse grand V. Quelque part, les decors sont toujours de Roger Harth, les costumes de Donald Cardwell, et les bombinettes de BAE Systems.
De samlepirate
en fuite | 21H18 | 29/10/2008 |
Bonsoir,
Le placement de produit est une pratique très, très répandue dans les systèmes de financements de films dans le monde entier, en France cela se fait beaucoup, et pas seulement dans les films commerciaux ou à gros budgets, mais aussi dans des « films d'auteurs », où on ne s'attend pas à voir de la pub déguisée. Mais certes, dans la série James Bond c'est un système vraiment très visible qui concerne des marques de grand luxe, et non pas des yaourts ou des eaux minérales comme ailleurs…
De vol19
awash | 20H15 | 02/11/2008 |
Furieux, je suis, après avoir claqué sept euros cinquante pour une séance de « quantum of solace ». Ennui. Scènes de bagarres, çà explose dans tous les sens, mais çà se terminera bien, les méchants seront punis et les bons survivront… comme chez nous ? … Ces films d'actions j'accroche plus, pas de télé depuis des lustres, donc ces moments qui cherchent à pomper l'adrénaline, je disjoncte du film.
Que d'images touristiques… Sienne, Londres, Haïti, la Bolivie, l'Autriche… on attendrait presque la pub « Fram 499 euros ». Les gadgets ont disparu. C'est ça qui est intéressant, la technologie de science fiction a quasiment disparu… celle qui est présentée est désormais de notre quotidien. Quand à la corruption voire la collusion des états par des entreprise mafieuses, la manipulation de manipulation, c'est devenu du quotidien…
Et si les James Bond étaient malgré tout datés d'une époque ou le monde était bien bipolaire, l'idéologie du progrès technique encore prégnante,les voyages et les images de l'étranger rares. La sortie de l'eau d'Ursula Andress tourné au Bahamas dans, il me semble « Dr No », c'était quelquechose de signifiant, du moins dans cette époque là que l'on peu regarder avec un brin de nostalgie, celui ou l'on voyageait dans des comets de la BOAC. C'est bien dans le « keep moving », çà explose dans tous les sens, les manipulations de manipulations traduisent cette époque du « tous contre tous », de défiance…au point ou celà devient quasiment prévisible. Il y aurait la psychologie, cette fois, oui au final James Bond, machine à tuer mais au final reste fidèle à sa grande mère athéna. Il ne s'offre plus de petit plaisir avec un nana forcément supercanon.
Pourquoi suis-je aller le voir ? Parceque dans le multiplexe de la ville, c'était un des rares à peu près potable un dimanche de la Toussaint.