
Jean Ziegler : pour un « tribunal de Nuremberg » de la crise
Sans la crise, c'eût été une démonstration, une accusation. Mais elle en fait un coup de tonnerre. Sa « Haine de l'Occident » est parue en pleine crise financière. Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, a accordé une interview à Rue89. Interview plus radicale encore que son livre.
Le nouveau livre de celui qui est aujourd'hui membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l« homme de l'ONU, est un ouvrage dense, étayé de faits recueillis durant son activité à l'ONU. Dans “La haine de l'Occident”, Jean Ziegler, comme à son habitude, manie à plaisir sa verve pamphlétaire et son franc-parler, accusant le FMI, le président français Nicolas Sarkozy, la banque Mondiale, l“OMC et le double langage de la communauté internationale. Et d'illustrer en 300 pages le rejet et la haine grandissante du tiers-monde contre l'Occident.
La haine, des origines à nos jours
C'est d'abord un historique de la haine que le livre de Ziegler met en perspective :
‘Depuis plus de 500 ans, les Occidentaux dominent la planète. Or, les Blancs, aujourd'hui, ne représentent guère que 12,8 % de la population mondiale. Par le passé, ils n'ont jamais dépassé 24%.’
Et Ziegler de resituer les quatre systèmes de domination de l'Occident au long des siècles : les conquêtes, l'esclavage et la traite, la colonisation et enfin ‘l'actuel ordre du capital occidental globalisé’. Ces dominations terribles, auxquelles on ajoutera les actuels refus de repentance, de réparations et la confiance toujours indélébile du Nord envers l'idéologie libérale, c'est ce qui, pour Ziegler, a irrémédiablement rouvert la blessure. Le Suisse s'en prend ainsi au président français qui, à Dakar en 2007, reprochait aux Africains ‘leur immobilisme qui ne laisse pas de place ni pour l'aventure humaine, ni pour le progrès’.
Lorsqu'il dresse la liste des Objectifs du millénaire établis par la communauté internationale, en 2000 à New York (de l'éradication de la pauvreté à la réduction de la mortalité infantile et l'environnement, etc), remarquant que huit ans après rien n'a été fait, c'est pour mieux souligner que la crise va augmenter les causes. Donc, les haines.
La crise, pour Ziegler, c'est la révélation des ‘haines raisonnées’. Des haines réfléchies, travaillées au Surmoi, et débarrassées des intégrismes dogmatiques. Qui viennent d'un ‘refus organisé et collectif à l'ordre meurtrier du monde’. Ce peut être la victoire d'une rupture mémorielle (victoire électorale de Morales, premier président indien depuis 500 ans en Bolivie, pays essentiellement indien). Ou ‘une force historique qui va changer le monde’. (Voir la vidéo)
La crise financière : quelle rupture ?
Certes, la crise financière perpétue, cyniquement, la mainmise du libéralisme sur le monde, puisque ce système tente de s'établir comme son propre remède. Dans son ouvrage, Ziegler détaille les systèmes indiens et chinois, et l'on remarque alors que ni l'un ni l'autre ne remettent en question le modèle :
‘Les oligarchies du Sud se contentent de reproduire le système mondial de domination et d'exploitation inventé par les Occidentaux.’
Détaillant ensuite la destruction du marché africain du coton par les firmes américaines avec la complicité de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les accords économiques inégaux imposés par l'Europe à ses anciennes colonies, le comportement scandaleux du FMI et de la Banque Mondiale qui imposent des conditions draconiennes au remboursement de la dette (évaluée à 2100 milliards de dollars), Ziegler sait bien que la crise ne renversera pas le capitalisme.
Néanmoins, c'est grâce à son expérience, et aux différents ambassadeurs occidentaux qu'il tire les conclusions qui sont les siennes dans notre interview : la fin de la doctrine de la ‘main invisible’, cette idée à l'oeuvre dans la politique reagano-thatchérienne selon laquelle la doctrine libérale était une loi quasi-naturelle ; cette idée que le marché le plus déréglementé était… le moyen ultime de réguler le moloch, qui, forcément, trouverait le moyen de s'auto-réguler, devenant ainsi un peu humain. Une idée qui prévaut toujours en Occident : les injections et les remèdes trouvés jusqu'ici sont des remèdes libéraux, pas des solutions politiques.
Ziegler en choquera plus d'un en appellant ici de ses vœux un ‘tribunal de Nuremberg pour juger les prédateurs qui ont provoqué ça’. (Voir la vidéo)
Ziegler reconvoque la ‘ mondialité ’ de Césaire et Glissant
Quand il évoque les souffrances des peuples opprimés, Ziegler n'oublie pas de coter les penseurs et les poètes qui, ces siècles derniers, ont aussi porté ces paroles et ces idées. Aussi, à la fameuse phrase du regretté Aimé Césaire (‘J'habite un long silence, une blessure profonde’), citée dans son livre, il répond aujourd'hui : ‘Le silence est terminé, et la blessure est ouverte.’ C'est ‘le temps du retour de la mémoire’.
Edgar Morin, Aimé Césaire, Kant, Rousseau, Senghor : ‘La haine de l'Occident’, ce ne sont pas que des chiffres, des faits et des cris. C'est, aussi, des ponts entre économie, militantisme et culture. Ce n'est pas le moindre des mérites du Suisse, ici, que de sans cesse illustrer ses bilans et ses dénonciations avec des penseurs, ou des poètes.
Car c'est par cette dimension même que Ziegler ‘dé-occidentalise’ son propos, le défocalise. Et ainsi, désamorce les critiques qui l'accuseraient de vain radicalisme. Appréciant Césaire et Senghor, c'est du côté de la pensée des diasporas africaines, des mémoires du Sud, des cultures autochtones, qu'il va puiser. Du côté du ‘Tout-Monde’ cher à Edouard Glissant. Glissant dont le dernier ouvrage, tout comme celui de Ziegler, évoquait les hérésies et le cynisme de l'Occident, et pointait la victoire de la ‘poétique du divers’ et de la résurgence des mémoires opprimées.
Aux temps où, en Occident, sévissent le concept d'identité nationale et la crise financière, ces hommes-là sont à lire et relire. Pour rester vivants. (Voir la vidéo)
► La haine de l'Occident de Jean Ziegler (Albin Michel, 300 pp., 20€)
► La version intégrale de l'entretien (21 mn). Y sont abordés, en plus des thèmes de la version courte : Edgar Morin, la crise des subprimes, la crise en Europe, la démocratie sociale, la Bolivie de Morales, Rousseau, Césaire, Senghor…
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à Infovite
De kawouede
15H48 | 27/10/2008 |
Commencer à changer la finance mondiale, chacunE d'entre nous peut le faire
FINANSOL from 2APROD on Vimeo.
SOURCE : http://www.finansol.org/
A LIRE AUSSI (ET A SIGNER ! ) http://www.europeecologie.fr/
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 14H57 | 27/10/2008 |
J'aime bien Ziegler, j'aime bien son combat, mais je le trouve, au contraire de l'article, très occidental.
Il aura beau justifier tout ce qu'il dit par des citations (de témoins ? ) de grands poètes, de grands écrivains ou de grands penseurs de l'ancien tiers-monde, il fait comme les occidentaux : il haït. Pour paraphraser Mauriac, en « faisant la haine », peut-être ne fait-il que se détendre…
Il vaudrait mieux qu'il s'appuie sur ce qu'il a fait, sur son expèrience pour lutter contre ce qu'il dénonce, plutôt que d'aller perdre son énergie contre des gens dont la haine sera toujours plus forte que la sienne. Citer Gandhi c'est bien, l'appliquer c'est mieux.
Jean Ziegler, vous avez beaucoup de bon sens et de solutions à faire valoir dans votre matière grise et votre coeur. Faites les nous partager. Martelez votre Amour.
à Blaise11
De N.Ivanov
voix de la Transpoutpanie | 17H42 | 28/10/2008 |
Et tendez l'autre joue bien sûr…
Vous avez raison, depuis plusieurs siècles, ce n'est plus une posture chrétienne, mais bien orientale.
à Blaise11
De Hélène Quénot
vavoirailleurs.blog.lemonde.fr | 22H48 | 28/10/2008 |
Bonsoir Blaise,
Je ne comprends pas en quoi pour vous Ziegler fait de la haine, j'ai écouté attentivement les interviews (mais pas l'intégrale) en pensant précisément à votre commentaire, mais je ne pige pas. Et j'aimerais bien pourtant : -)
Sur le fait que Ziegler soit et reste un occidental, je trouve que c'est plutôt une bonne nouvelle en fait. C'est même la raison précise pour laquelle je l'apprécie. Parce qu'il ne prétend pas parler pour les pauvres, ou les Africains ou les Sud-Américains. En nous parlant d'eux (et non pas pour eux), il nous parle de nous et de ce que nous risquons. Ca semble effectivement le mettre en colère. Mais un saine colère, non ?
à Hélène Quénot
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 08H50 | 29/10/2008 |
Salut Hélène,
j'exagérais.
Je voulais détourner l'attention de son idée du Tribunal de Nuremberg.
La perception que j'ai de Ziegler est double : un homme qui dénonce, qui se bat contre un système en allant chercher des coupables (l'occidental qui cite Gandhi) et un autre, le pragmatique, le tiers-mondiste, celui qui connait, celui qui a l'expérience du terrain et qui propose des politiques « en son âme et conscience » (l'occidental qui pratique Gandhi). C'est le dernier Ziegler que j'aime beaucoup et je pense que, stratégiquement, c'est le plus efficace.
Et juste un petit détail, mais de taille : -), ce n'est pas faire DE la haine, mais « faire la haine » comme on fait l'amour pour se détendre : en la pratiquant, il tombe dans le piège de ceux qui la fabriquent. C'est stratégique.
à Blaise11
De Hélène Quénot
vavoirailleurs.blog.lemonde.fr | 21H21 | 29/10/2008 |
Ok, je comprends mieux, merci !
Ziegler, qu'il cite ou pratique Gandhi, je l'aime bien dans les deux cas !
Les hommes en colère font souvent peur. Mais c'est bien d'être un peu secoués. C'est nécessaire.
Et je crois qu'il nous fait flipper en cherchant des coupables parce que nous le sommes tous un peu.
D'ailleurs je me demande si il ne cherche pas des responsables plutôt que des coupables. C'est plus difficile, d'être responsable : quand on est coupable, on peut toujours se « confesser » et se repentir, mais quand on est responsable ?
à Blaise11
De Pierrrrre
17H12 | 29/10/2008 |
»….il fait comme les occidentaux : il haït…. »
► C'est comme les juifs, ils vous arnaquent,
c'est comme les écossais, ils sont radins,
c'est comme les Corses, c'est des cossards,
c'est comme les Belges, qu'est-ce qu'ils sont bêtes,
c'est comme les arabes, des fourbes,
c'est comme les anglais, c'est des anglais,
c'est comme les noirs, ils sont foncés,
et moi, tous ces gens, je les hais.. normal, suis occidental…c'est dans mes gènes..
mais c'est comme Blaise, je ne suis pas raciste, hein !
à Pierrrrre
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 10H00 | 30/10/2008 |
?
vous commencez un début d'introspection ? coming out, Pierrrre ? Bref
Il y a un riverain qui a compris mon commentaire : tendez l'autre joue, Pierrrre…
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 15H33 | 27/10/2008 |
Non seulement le monde tourne selon le modele occidental, mais c'est aussi selon les schemes ocidentaux que ce modele est contesté. Tout nait en Occident et, plus précisément, dans une mouvance intellectuelle qui vit autour des campus milliardaires américains, comme la pensée du moyen-âge allait de monasteres en monastèeres… Mai 68 est né à Kent University et c'est le même choix de rupture qu'a fait Mao avec sa révolution culturelle, seulement « a la chinoise » : en plus empirique et sur sur un échantillon plus grand. Les memes de l'Occident seront la pour des siecle. Il est moins sûr que les Occidentaux le seront. Comme la pensée athénienne a continué, même quand Athenes n'y était plus. Essayons tout de même de survivre un temps…
Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org/5173.html
De Unstern
15H34 | 27/10/2008 |
« Avant la fin de la décennie ce processus va se mettre en route. »
Avant la fin de la décennie, ça fait bien tard pour tenter de juguler la crise climatique…
Cela dit, merci à Ziegler (et à Artus) pour cette remarquable interview, qui donne des raisons d'espérer — ou, du moins, de ne pas désespérer.
De Marc Gelone
On rigole...On rigole... | 15H34 | 27/10/2008 |
»…en Occident, sévissent le concept d'identité nationale (…), ces hommes-là sont à lire et relire. Pour rester vivants. »
Disparaître pour rester vivants, en voilà une idée qu'elle est bonne… Mais, en tout cas, moi, le Césaire que je connais, il en était drôlement fier de son identité, lui qui disait à Senghor :
« Tu vois Léopold, le monde est ce qu'il est, tu t'habilles, tu mets ton costume, tu vas au salon, etc. “Mes hommages, Madame” Mais où est le nègre dans tout ça ? Le nègre n'y est pas. Tu l'as en toi, pourtant. Creuse encore plus profond, et tu trouveras au fond de toi, par-delà toutes les couches de la civilisation, le Nègre fondamental. Tu m'entends “fondamental”. » in « Nègre je suis, nègre je resterai » (éd. Albin Michel, 2005)
Même Ziégler, il ne réussit pas à se débarrasser de son identité, si l'on en croit le Blaise11 de 14h57, alors nous autres, pauvres pécheurs lambda… : o)
à Marc Gelone
De Bardamu
difficile | 23H11 | 27/10/2008 |
En effet.
Notons aussi que le concept de « négritude », une fois dépuillé de ses oripeaux pseudo-philosophiques et de ses justifications tiers-mondistes est de part en part raciste.
Mais on fait semblant (pas toujours, il y a évidemment d'indécrottables idiots utiles) de ne pas s'en apercevoir.
à Marc Gelone
De Weatherboy
Comédien dans un système oligarchiq... | 22H37 | 28/10/2008 |
Sauf que je doute fortement que des personnes comme vous, qui pensent appréhender un concept comme la Négritude de Césaire à base de copié-collé sur internet, sans manifestement l'avoir lu, puisse en faire autre chose que des contre-sens.
La Négritude développée par Césaire n'est nul dans ses écrit un enfermement sur soi, elle née à une époque où l'accès à l'humanité est niée à certains individus de cette planète, et elle prend prise dans cette souffrance qu'elle assume :
« Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot »
et elle en prend le contre-pied, et elle affirme sa pleine et entière appartenance à l'humanité, en renversant le liant maitre-esclave en faisant de sa propre volonté le centre de ce monde, un peu à l'image d'une révolution Copernicienne, le « Blanc » (du moins le concept) n'est plus le centre du monde :
« mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'à fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite. “
- Aimé Césaire, ‘Cahier d'un retour au pays natal’
Et puis pour celles et ceux qui veulent autre chose que la définition de Gelone :
‘Autrement dit, la Négritude a été une révolte contre ce que j'appellerai le réductionnisme européen.
Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l'instinctive tendance d'une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d'elle en ramenant abusivement la notion d'universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit, à penser l'universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres. On voit et on n'a que trop vu les conséquences que cela entraîne : couper l'homme de lui-même, couper l'homme de ses racines,couper l'homme de l'univers, couper l'homme de l'humain, et l'isoler, en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie.’
- Aimé Césaire, ‘Discours sur la Négritude’, 1987, université de Floride
De ToRDReLoRDRE
chien de talus | 15H38 | 27/10/2008 |
Et dire qu'il y a à peine deux mois de cela celui qui tenait ce type de propos passait pour un olibrius utopiste alors que les prophètes libéraux vaticinaient sous le sceaux du bon sens médiatique, cela me remplit d'espoir. Certes la raisons ne nous reviendra pas sans douleurs mais l'espoir en l'humanité renait, denrée ô combien plus précieuse que le plus grand des gisements de pétrole. J'ai plus d'espoir qu'il y a deux mois !
à ToRDReLoRDRE
De Marc Gelone
On rigole...On rigole... | 16H16 | 27/10/2008 |
« Certes la raisons ne nous reviendra pas sans douleurs mais l'espoir en l'humanité renait… »
Le problème, c'est que l'humanité est un concept purement abstrait. Rien qu'e Europe,nous sommes peut-être trois cent millions, sans doute plus, à ne rien ressentir en commun avec les Martiens du tiers monde.
Parce que la solidarité Nord-Sud, on a compris comment cela fonctionne : nous on fournit la bouffe, et eux apportent les estomacs. Et ne venez pas parler de pillage des ressources naturelles ! Ou alors en citant un pays où le pétrole n'est pas payé au cours du jour !
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 17H53 | 27/10/2008 |
Bon.
Il y a pas mal de chose à reprendre. On ne va pas s'attarder sur le champs sémantique de celui qui, fort heureusement, rigole, mais, plus qu'un lavage d'estomac d'un type qu'à l'air de bouffer à sa guise, on peut tenter l'essorage de cervelle.
Et si je venais, Marc, vous parler d'un pillage de ressources naturelles ? Je vais vous décevoir sur un point, ce ne sera pas les ressources pétrolifères. Libre à vous de fausser le débat en évoquant une ressource qui se meurt, peut-être est-ce votre âge, peut-être votre mauvaise foi, sûrement un peu des deux.
Connaissez-vous l'activité des multinationales agropharmaceutiques européennes et américaines en Afrique ? Connaissez vous la bioprospection ? Cette activité consiste à analyser les ressources génétiques d'une terre - les ressources naturelles font partie de ce champs sémantique (je précise car je vous vois venir avec votre gros nez et votre grasse bedaine me lancer, fier comme un bar-tabac : « Mais avec de la terre, on ne fait pas d'essence ! »…) - et à partir de l'analyse de la denrée « terre », le service scientifique de la compagnie propose au paysan son optimisation pour que ce dernier et sa connaissance ancestrale de sa graine puisse la planter à bon escient, afin d'augmenter ses rendements. Ça, c'est la version idéale.
Car ce qu'a prévu aussi la multinationale, en sus de son service scientifique il est vrai pimpant de modernité, clinquant par sa propreté clinique, est un service juridique excellant dans la connaissance du droit international et encore un autre service, celui de la communication, on ne peut plus habile dans le lobbying. Vous me suivez ? Bien.
Nos chers députés de la chambre improstituée connaissent pertinemment les rouages de ce système et se réjouissent d'aller dans les couloirs de nos institutions, glapissant, se faire caresser la truffe par ces services qui leur seront toujours redevable. C'est ainsi qu'ils leur promettent leur accord suspendu à un vote couru d'avance (contre des bons « loisirs urbains » ? ) pour la construction de frigidaires géants, comme celui de Svalbard, qui veilleront à garder la petite graine du paysan… enfin, du paysan, ça c'était avant : la petite graine n'est plus ce qu'elle était, car le pimpant-clinquant service du professeur-Thibault-qui-étudie-les-mouches-qui-pètent, leur a certifié que la petite graine avait besoin d'un relookage : une transplantaison d'un super gêne tueur de cancrelat super méchant et hop, la petite graine est à nous ! Labellisée, nettoyée, transformée, mutée, elle ne peut plus être votre petite graine mais devient notre super-grainosaur ! vous me suivez toujours ? Tant mieux ! Vous venez de comprendre comment l'on passe de la bioprospection à la biopiraterie.
Avec ma pleine cordialité,
Blaise11 de 14h57
à Blaise11
De Marc Gelone
On rigole...On rigole... | 18H21 | 27/10/2008 |
« vous me suivez toujours ? »
Je n'ai à peu près rien compris, mais j'admets que je n'y ai peut-être pas mis beaucoup d'application.
Je dois ajouter que je ne vous avais mis en cause uniquement que parce que vous dénonciez le « comportement occidental » de l'infusoire en délire de Genève.
Du coup, vos histoires de bioprospection et de biopiraterie ne me concernent en rien du tout. Ces pays sont indépendants, ils ont des gouvernements qui, me semble-t-il, autorisent les activités des multinationales en tous genres.
Vous me direz que les multinationales en tous genres les achètent, mais si elles les achètent, c'est qu'ils sont corruptibles, et ceux qui les corrompent savent que c'est aussi - surtout ? - avec l'intention de se laisser corrompre qu'ils se sont battus pour arriver au pouvoir…
Parvenus au pouvoir, c'est-à-dire au coeur du fromage, ces gouvernants se foutent complètement du bien-être comme du mal-être des gouvernés, leurs frères à eux, qui ne sont pas les miens. Et vous voudriez que, moi, je m'en préoccupe ? Soyons sérieux !
P.S. - Parler de ma « grasse bedaine » est particulièrement mal venu, dans la mesure où je sais, moi, les sacrifices quotidiens que je dois consentir pour m'en préserver.
à Marc Gelone
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 18H53 | 27/10/2008 |
Mais je suis très sérieux.
Car je crois vous avoir préciser que je parlais de NOS gouvernants, non ?
Vous votez, Marc ?
Si oui, de facto vous vous en préoccupez. Et ce sont « vos frères » pour qui vous votez.
Si vous ne votez pas, sachez qu'il en existe deux ou trois qui veulent renverser cette machine et stopper net cet apartheid. Et avec un « minimum d'application » comprenez aussi qu'ils vous aideront pour ce que je crois connaître de votre idéologie : vous ne voulez pas d'étrangers qui accourent à nos frontières « demander l'aumone » ? Alors aidez-les à jouir pleinement de leur terre en votant juste, et vous constaterez un coup de frein monumental dans les flux migratoires.
Ce qu'il y a d'amusant avec les facheux, c'est qu'ils n'ont toujours pas compris ce mécanisme…
« votre grasse bedaine » : « On rigole… On rigole… »
à Blaise11
De Marc Gelone
On rigole...On rigole... | 23H15 | 27/10/2008 |
« Alors aidez-les à jouir pleinement de leur terre en votant juste, et vous constaterez un coup de frein monumental dans les flux migratoires. »
J'y ai cru, mais depuis que j'ai fait plus ample connaissance avec l'Afrique et les Africains, je n'y crois plus une seule seconde !
« Ce qu'il y a d'amusant avec les facheux, c'est qu'ils n'ont toujours pas compris ce mécanisme… »
Moi, c'est parce que j'ai compris tout autre chose. A savoir que plus ils auront de ressources, plus il y en a qui tenteront le voyage.
Parce que s'ils ne s'en sont pas encore rendu compte, ils découvriront bien, un jour prochain, que leurs pays n'atteindront jamais nos niveaux de vie, que s'ils aspirent à ce qu'ils voient « à la télé », c'est ici que ça se trouve et nulle part ailleurs.
à Marc Gelone
De Czar.
réac | 18H47 | 28/10/2008 |
Vous fatiguez pas, Marc.
Ici, on donne dans le crétin équitable. Ils beuglent sur la défense de la culture mais font trois fautes par phrase, ils dissertent à plaisir de l'histoire dont ils n'entravent queue dalle et vont vous raconter l'Afrique sans jamais y avoir vécu : l'électeur de gauche dans toute sa splendeur.
Alors vous leur sortez un type qui ne représente que lui, se parant vaguement d'un des multiples comités Théodule du machin dont personne n'a rien à foutre (consultatif, en plus, le comité, c'est dire s'il a autant de poids que le Conseil économique et social du Limousin), un pauvre con ethno-masochiste qui ressort deux concepts creux d'il y a trente ou quarante ans ; et ça leur fait la semaine. L'avantage avec ces brêles, c'est qu'ils manqueront jamais de (petits-)maîtres-à-penser.
mais c'est assez marrant de les voir jouer à al révolution permanente sur un petit site d'infos.
(mais vous n'êtes pas obligé de leur arracher les ailes, hein)
à Czar.
De Milarepa-voyageurdanslespace
retraité | 11H52 | 29/10/2008 |
» mais c'est assez marrant de les voir jouer à al révolution permanente sur un petit site d'infos.« à LA révolution » de la graine de professeur d'orthographe….On voit toujours la paille dans l'oeil du voisin….. quand au fond, c'est pire, vraiment de la graine de facho…..
De Phil2922
Retraite invalidité | 15H46 | 27/10/2008 |
Ce qui est d'autant plus dramatique, c'est que la Chine ou l'Inde reproduisent les mêmes oligarchies et les mêmes schémas économiques que l'Occident avec la panade que l'on voit aujourd'hui… !
http://phil195829.overblog.com
De hagalma
15H57 | 27/10/2008 |
Merci Jean Ziegler, et Rue89.
De la mondialisation, à la mondialité.
J'espère qu'à la main invisible, va succéder un temps le coup de pied au derrière bien tangible aux « adulescents » addictes aux chiffres de la bourse.
Merci pour le rappel du discours affligeant de Sarkozy à Dakar en 2007, à peine du nouveau d'un vendeur de forfait de téléphonie portable, sacrifiant tout esprit au culte de la vente captive !
Quant aux politiques responsables que des enfants crèvent encore de faim sur cette planète du fait de décisions économiques cyniques, oui, un Nuremberg ce serait pas mal…
De pierrot123
16H03 | 27/10/2008 |
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».
Lacordaire, 52e Conférence de Notre-Dame, 1848.(plutôt que Rousseau).
De Anastaze 53186
☺ | 16H09 | 27/10/2008 |
Je crois savoir qu'au moment du tribunal de Nuremberg, les nazis n'étaient plus au pouvoir eux.
Et un point Godwin pour Jean Zeigler.
Ce dérapage est compréhensible quand on constate avec quelle indifférence sont reçues ses cris de désespoir.
C'est bête à dire, mais devant ses indignations, je me sens tellement démuni, je lui pardonne de tout mon cœur.
De obiwan
consultant | 16H17 | 27/10/2008 |
comme le disait confussius il y plus de 2000 ans « ne lui donne pas de poisson mais apprend lui à pécher ».
L'afrique est le continent possédant le plus de ressource de la planéte, ces immenses richesses ne sont pas exploités ou exploités par les grandes sociétés de l'occident et de l'asie. La faim régne en maitre dans la plupart des pays africains. Ce n'est pas, de la haine de l'occident que vit cette populations, c'est du manque des besoins primaires, se nourrir, se vetir, se loger. Nous venont de débloquer 1700 milliard pour enrayer la crise financiére il faudrait 31 milliard pour juguler la faim. Ce n'est pas en faisant de la philosophie que nous pourront régler le probléme, arrétons les mots et passons aux actes.
à obiwan
De Marc Gelone
On rigole...On rigole... | 16H33 | 27/10/2008 |
« Ce n'est pas, de la haine de l'occident que vit cette populations, c'est du manque des besoins primaires, se nourrir, se vetir, se loger. »
C'est quand même curieux, ces gens qui sont obligés de compter sur l'aide d'autrui pour satisfaire leurs besoins élémentaires…
Pas plus tard que ce matin, je lisais un truc de l'UNESCO sur les réserves en eau potable de la planète. Et bien, il y en a peu près partout, mais des gens qui vivent au-dessus depuis des siècles, voire des millénaires, n'en savent rien.
Non seulement, il faut le leur révéler, mais encore il faudrait leur fournir les moyens d'y accéder, parce qu'ils en sont incapables par eux-mêmes.
Il y a donc bien un bug à quelque part ! Et qui s'explique ni par l'esclavage ni par le pillage des ressources naturelles.
à Marc Gelone
De marabbeh
18H11 | 27/10/2008 |
Effectivement j'imagine que ce continent ne vous intéresse pas (pour parler par euphémisme), donc vous en ignorez tout. Avant la mainmise européenne en Afrique, il y avait des royaumes, dont certains étaient très riches. Mais déjà les marchands arabes écumaient le pays en razziant des esclaves pour le Moyen-Orient et pour leurs comptoirs d'Afrique orientale. Les européens à leur tour ont « industrialisé » la traite des esclaves et détruit des cultures africaines. Puis avec la colonisation, les européens ont voulu faire des colonies des producteurs de matières premières à bon marché. Les cultures vivrières ne les intéressaient pas, ni les techniques de culture africaine. Ils ont importé les leurs et évidemment fait des erreurs. Erreurs qui ont été fatales pour la production alimentaire de certains pays. Sans compter le réchauffement planétaire qui accroit la désertification.
Les pays africains sont indépendants depuis moins de 50 ans. Les limites de ces pays font qu'ils englobent des ethnies qui se sont souvent fait la guerre autrefois. Malgré tout ça, les pays africains remontent la pente, mais trop doucement. Ils n'ont pas encore les moyens de disposer d'une classe moyenne qui ferait office de stabilisateur politique et économique. Mais ça viendra.
Je ne suis ni économiste, ni spécialiste de l'Afrique, mais j'aime ce continent (comme d'autres d'ailleurs).
à marabbeh
De Marc Gelone
On rigole...On rigole... | 18H31 | 27/10/2008 |
« Effectivement j'imagine que ce continent ne vous intéresse pas (pour parler par euphémisme), donc vous en ignorez tout… »
Comme je ne vous connais pas, je ne dirai pas que je l'ai certainement plus parcouru que vous du Nord au Sud et d'Ouest en Est, mais je peux néanmoins vous dire que j'y ai parcouru l'équivalent de quelques tours du monde.
Quant aux explications, elles ne disent rien des raisons qui font que des gens manquent d'eau potable dans des régions où il en existe en grandes quantités.
à Marc Gelone
De Unstern
19H09 | 27/10/2008 |
@ Marc Gelone
« … Mais je peux néanmoins vous dire que j'y ai parcouru l'équivalent de quelques tours du monde. »
Bah, ça ne prouve pas grand-chose. Aux temps (bénis ? ) de la colonisation, la plupart des Français qui résidaient en Afrique y passaient leur vie sans jamais chercher à comprendre quoi que ce soit au pays où ils vivaient. Ils cherchaient seulement à y faire du fric.
Une chose qu'on oublie trop souvent, c'est que la race des « petits blancs » ne s'est pas éteinte avec la fin de la colonisation.
Au contraire, elle se porte mieux que jamais. Vous en êtes la preuve vivante.