
Surchauffe dans l'édition (2/2) : BHL et Houellebecq, essai raté
Après « Zidane, une vie secrète », le Cabinet de lecture décortique LE phénomène médiatique de la rentrée littéraire.

Ce fut le buzz de l'été, et il est devenu pour certains « le » livre de la rentrée. Pas indispensable, mais pas non plus inutile, « Ennemis publics » est le livre dont vous entendez parler sans arrêt depuis une semaine. C'est pourquoi, quelques jours après « Zidane, une vie secrète », Rue89 choisit de se pencher sur le livre mais aussi sur l'emballement dont fait preuve sa stratégie marketing. Décryptage, et premiers chiffres de ventes.
L'ouvrage était un buzz avant même d'être un livre. Le 17 juin, au cours de la présentation de sa rentrée littéraire aux libraires, Teresa Cremisi, PDG de Flammarion, avait annoncé un livre mystère pour le 8 octobre, signé de deux auteurs très connus, avec une mise en place de 150 000 exemplaires. Enorme.
Les libraires voyaient revenir le concept du « livre sous X », un phénomène que la plupart détestent : ils subissent les pressions des représentants et ne peuvent lire le livre avant parution, le « travailler » et le placer où ils veulent.
Pour la presse, c'est le Journal du Dimanche qui, dès juin, avait révélé le coup. Dès lors, la presse et l'édition se lancent dans les supputations, paris, enquêtes, énigme : quelles stars peuvent-elles, en 2008, générer une mise en place aussi gonflée ?
En interne, outre Teresa Cremisi, le directeur général Gilles Haeri, et « en gros, ceux qui ont eu à travailler directement sur le livre », personne ne sait de qui il s'agit.
Michel Houellebecq, qui fut un auteur maison avant que Teresa Cremisi ne passe de Gallimard à Flammarion, fut « outé » au bout de quelques semaines. Dès le numéro de septembre de Technikart, n'en pouvant plus, il avouait à demi-mot. Le premier auteur ainsi révélé, c'est sur le deuxième nom que tout allait se jouer. On parla de Beigbeder, de PPDA, de Carla Bruni-Sarkozy, puis même de Maurice Dantec.
Puis Teresa Cremisi laisse filtrer un nom : l'ex-nouveau philosophe André Glucksmann. La première réaction est de ne pas y croire. Elle sait que les autres têtes du groupe sont approchées, draguées, questionnées, et sait que c'est ce nom qui sera communiqué. La doublette n'est pas très sexe. Pas « coup ». On n'y croit pas. Mais le bruit est insistant. Alors on part sur cette piste.
Mi-septembre, en « sondant » des contacts chez Flammarion, on s'aperçoit que la piste Glucksmann est caduque. Le 20, par quelques réseaux, un autre nom est avancé : BHL. Le temps de recouper l'information et le JDD rend l'info officielle le 21.
Journalistes, nous sommes alors tout penauds : comment ne pas avoir pensé plus tôt à cette évidence ? Dans les « intellectuels » français, qui d'autre que BHL peut, sur son seul nom, légitimer une telle mise en place ?
Comme souvent pour les livres sous X, la date de parution est avancée au 2 octobre. Comme souvent pour les ouvrages sous embargo, le but était que les journalistes ne le lisent pas avant le public, afin d'éviter que de mauvais papiers ne gâchent la mise en orbite.
« Ennemis publics », c'est deux écrivains, et deux éditeurs : Flammarion et Grasset. Teresa Cremisi a proposé le projet à Houellebecq, et s'est occupée de solliciter l'accord de BHL, auteur et éditeur chez Grasset, pour ce « one-shot ».
Entre le 26 janvier et le 11 juillet 2008, les deux hommes ont échangé courriers et courriels. D'entrée, ils prennent la posture nécessitée par l'ouvrage : deux ego surdimensionnés et corsetés à l'extrême vont tenter d'en découdre, tout en trouvant une ligne de chant commune.
D'emblée, Houellebecq s'autoproclame « nihiliste, réactionnaire, cynique et misogyne honteux », « fondamentalement beauf ». Et s'adresse à un BHL qu'il décrit comme « spécialiste des coups foireux et des pantalonnades médiatiques » :
« Vous déshonorez jusqu'aux chemises blanches que vous portez. […] Philosophe sans pensée, mais non sans relations, vous êtes en outre l'auteur du film le plus ridicule de l'histoire du cinéma. » Concluant sa première lettre par : « A nous deux, nous symbolisons parfaitement l'effroyable avachissement de la culture et de l'intelligence française. […] Les conditions du débat sont réunies. »
Si le ton est agressif au début, les échanges deviennent ensuite très feutrés, selon un accord intellectuel tacite.
Dans « Ennemis publics », BHL et Houellebecq parlent d'eux, s'autoproclamant « méprisés » plus que de raison. Voulant entraîner BHL dans « une littérature de l'aveu », Houellebecq parviendra à hisser le dialogue au niveau d'une fort belle joute intime, où chacun révèlera des aspects inconnus (le père de Houellebecq, le grand-père de BHL, Houellebecq et le livre de sa mère, BHL et son « judaïsme athée »).
En toile de fond de ce livre où il est essentiellement question d'eux, on trouvera : la philosophie, la poésie, le poutinisme, la paix, les écrivains-diplomates, la guerre, d'innombrables piques contre la presse ; Aragon, Pascal, Céline (« écrivain surfait »), la figure de Romain Gary dont BHL veut s'emparer, Spinoza, Nietzsche, Schopenhauer.
BHL sort vainqueur, se montrant comme à son habitude à l'aise dans sa défense, et mettant en garde son correspondant contre une paranoïa trop facile.
Le livre n'est pas inintéressant, mais on aurait bigrement préféré qu'il nous renseigne sur notre temps plutôt que sur des figures de notre temps. « Ennemis public » n'atteint que trop rarement des niveaux que l'on pourra qualifier de véritable pensée en mouvement.
Le livre n'est pas inutile, mais il devrait être indispensable et il ne l'est pas. Il a du sens, mais pas de goût. C'est en ceci qu'il incarne son époque : il est fade. La rencontre n'est pas dénuée d'intérêt, et elle ne montre qu'un potentiel.
En fait, ça sent le mariage forcé.
Dans notre enquête, certains libraires parisiens ont pointé l'aspect contre-productif d'un tel buzz. Pour eux, les deux auteurs sont tellement antinomiques que « le public de BHL refusera d“acheter le livre en voyant le nom de Houellebecq, et vice-versa ”.
Depuis la parution (le tirage est finalement de 120 000 exemplaires), Teresa Cremisi est “ trop débordée ”, et ne peut plus répondre aux questions de Rue89, auxquelles elle avait toujours répondu. Chez Grasset aussi, on s'était engagé à nous répondre, et finalement on ne désire plus communiquer sur l'ouvrage.
Malgré une forte présence dans les médias, les premiers chiffres sont plus que mauvais. Jeudi soir, soit une semaine après la parution, le réseau Datalib (qui regroupe cent-vingt-huit librairies indépendantes en France (les plus grosses à part Mollat, à Bordeaux) ; c'est-à-dire les plus gros points de ventes après la Fnac et Virgin) avait vendu… 590 exemplaires (dont 360 à Paris) ! Ce n'est pas tout à fait un bide, mais ce n'est pas le genre d'indices qu'on arrose au champagne.
Comme pour “ Zidane, une vie secrète ”, paru le 24 septembre, le marketing d » « Ennemis Public » marque une étape nouvelle dans l'affolement général. Les livres sont si différents qu'il serait malséant de relever le fait que tous deux paraissent chez Flammarion.
Mais l'un comme l'autre ne nécessitaient en aucun cas un marketing à ce point destiné à les faire passer pour des livres à sensations. Qu'ils ne sont pas. « Ennemis publics » encore moins : un tel matraquage lui ôte la dimension intellectuelle à laquelle il peut prétendre.
Dans les deux cas, le public n'aura rien vu de cette stratégie, dont il était pourtant l'objectif. Dans les deux cas, l'éditeur a tenu à l'écart une bonne partie de la presse.
Et, comme nous l« écrivions pour la “ bio ” de Zinedine Zidane, on ne voudrait vraiment pas que Flammarion, maison sensément tenue, prenne le rythme de l'affolement généralisé.
► Ennemis publics de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy, (Flammarion/Grasset, 331 pp., 20 €)
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De lesuperdidou
Saltimbanque | 13H38 | 10/10/2008 |
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à lesuperdidou
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 14H00 | 10/10/2008 |
?
à Hubert Artus
De lesuperdidou
Saltimbanque | 14H37 | 10/10/2008 |
Pardonnez-moi, il s'agit d'une erreur de manipulation.
à Hubert Artus
De léo solo
15H17 | 10/10/2008 |
Houelb.
et BHL
ont obtenu le prix poubel de littérature
à léo solo
De albinlemarin
06H35 | 12/10/2008 |
Léo, est-ce que dans ta solitude tu as au moins lu ces auteurs ? … J'en doute car si c'était le cas, tu aurais pu constater qu'ils ne sont pas (du tout) du meme tonneau…
Qu'est-ce que tu nous conseille ?
Gavalda, Angot, Levy ? …
à albinlemarin
De léo solo
10H19 | 12/10/2008 |
Je ne conseille rien du tout
en ce moment je lis
Les carnets ; Bergounioux
2666 ; Bolano
Tel quel ; Valéry
Le théatre des paroles ; Novarina
et relis
Ecrire en pays dominé ; Chamoiseau
(chap. 1 : anagogie par les livres endormis …ou l'enfant qui lisait va devoir tout relire)
Tiens
Désert et Révolution sont là, sur l'étagère.
En effet le deux cités au début
ne sont pas du même tonneau.
Ils ne sont pas non plus du tonneau de Diogène.
à léo solo
De albinlemarin
05H46 | 13/10/2008 |
On ne sera pas d'accord (je donne sans hésiter TOUT Novarina contre une seule page de Houellbecq…) mais tu as l'air plutot exigeant en littérature ! …
Je voulais juste dire que Houellbecq mérite d'etre lu, malgré tous ses défauts, son succès et sa provo facile.
Sinon, c'est bien Chamoiseau ? …
De ysengrimus
13H55 | 10/10/2008 |
Il faudrait peut-être laisser un peu tomber les guignols creux et se mettre à lire des vrais livres…
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/09/12/le-thaumaturge-et-le-comedien…
Paul Laurendeau
à ysengrimus
De kikoom
Webdesigner | 17H18 | 10/10/2008 |
Tu m'a coupé l'herbe sous le clavier Ysengrimus !
merci pour le lien …
A savourer aussi avec les z'oreilles l'excellente émission « Là bas si j'y suis » de Daniel Mermet >
BHL : Une imposture française
http://www.la-bas.org/article.php3 ? id_article=885
à ysengrimus
De MarcTibo
"Change Can Happen", Explorateur, O... | 18H43 | 10/10/2008 |
ha ha ha ! Merci, ca fait du bien de rigoler un peu.
De Alex Muiz
pigiste sur agoradufoot.wordpress.c... | 13H56 | 10/10/2008 |
Je comprends la comparaison entre « Zidane, une vie secrète » et « Ennemis publics » car le fond de l'article concerne les stratégies marketing des éditeurs (et vous faites bien de noter que Flammarion est impliqué dans les deux cas) mais je pense qu'il faut prévenir les lecteurs de rue89 que les livres sont certainement très différents et que la comparaison s'arrête à la stratégie Marketing et qu'il ne faut pas faire d'amalgame sur le contenu des deux ouvrages.
Je n'ai pas (encore) lu le livre de BHL et Houellebecq mais connaissant leurs écrits (individuels) respectifs, j'imagine que le livre, s'il n'est pas indispensable comme vous le soulignez, doit au moins digne d'être publié.
J'entends par là (au moins) une écriture fine, une orthographe et une syntaxe irréprochables.
Car pour ce qui concerne le livre de Besma Lahouri, à une stratégie marketing déplorable (c'est mon point de vue et cela n'engage que moi), s'ajoute le fait que le livre est indigne d'être lu (et même publié).
Jugements à l'emporte-pièce, inexactitude des faits, fautes d'orthographe et de syntaxe sont les différentes caractéristiques de cet « ouvrage » qui, faute de nous apprendre quoi que ce soit sur la façon dont le mythe Zidane a été façonné, se contente de s'aligner sur la ligne éditoriale des journaux people pour nous « informer » sur la relation de Zidane avec Nadiya, par exemple.
Bref ce livre allie une stratégie marketing grossière à une indigence sur le fond comme sur la forme (http://agoradufoot.wordpress.com/2008/10/07/zidane-lahouri-un-duo-ineffi…).
Plus qu'énervé, je suis abasourdi par le fait que Flammarion ait pu publier un tel ouvrage et leur ai d'ailleurs écrit à ce propos. si cela peut consoler les auteurs de rue89, sachez qu'à moi non plus on ne me répond pas !
à Alex Muiz
De solstice
pigiste | 14H21 | 10/10/2008 |
agoradufoot.wordpress.com :
Un des livres mérite d'être lu, l'autre est bon pour l'autodafé ! Pas difficile de comprendre votre choix…
Pour moi, je ne lirai ni l'un, ni l'autre et j'espère que les deux éditeurs vont prendre un bouillon…
Bien fait !
à solstice
De ysengrimus
14H31 | 10/10/2008 |
Aucun livre ne mérite un autodafé. Jamais. Les pires livres méritent d'être méthodiquement déposés en bibliothèque et de témoigner de nos conneries passées. C'est certainement ce que mérite BHL…
Mais autodafer les livre de BHL c'est paver le boulevard de cendres froides que fouleront les BHL de l'avenir. Et alors, il ne sera plus possible de dire : souvenez-vous de BHL… il ne sera plus que poudre impalpable.
Évitons cela. Au nom de la mémoire, fondement de la conscience.
Paul Laurendeau
à ysengrimus
De solstice
pigiste | 16H05 | 10/10/2008 |
C'est vrai, je me suis emportée : dès que le foot montre le bout de sa page, je suis intenable.
J'avoue tout de même avoir brûlé un livre, un seul, le seul Houllebeurk qui soit entré chez moi : comprenez-moi, ma bibliothèque est ouverte à tous et j'ai estimé que ce livre là ne devait pas tomber entre les mains de mes jeunes lecteurs…
Mais ce n'est pas bien, c'est maintenant que je devrais le sortir pour mes aînés qui ont grandi : au nom de la mémoire…
à solstice
De MarcTibo
"Change Can Happen", Explorateur, O... | 18H41 | 10/10/2008 |
la prochaine fois, enterrez le, ca se composte bien la betise.
à MarcTibo
De solstice
pigiste | 15H14 | 12/10/2008 |
Pas bête, j'y penserai pour balancer les épluchures au jardin… Plus petit que le journal mais c'est une bien meilleure fin de combler la faim des petites bébêtes…
à solstice
De peut-être
04H56 | 11/10/2008 |
Chez vous c'est pas l« extension du domaine de la lutte
mais l'extension du domaine de la connerie.
à ysengrimus
De Zomenof
17H36 | 11/10/2008 |
Mais BHl n'est que poudre impalpable
De JJ Reboux outrageur de poulets
13H59 | 10/10/2008 |
Enfin une bonne nouvelle !
Et ce n'est pas la pitoyable et pathétique intervention des compères ce matin sur France Inter (méthodiquement assassinés par chacun des coups de fil des auditeurs ulcérés) qui va relancer la machine… Ce pauvre Houellebecq, interrogé sur son adolescence par Frédéric Pommier (qui le faisait intervenir dans sa revue de presse – on aura vraiment tout eu ! ) faisait vraiment pitié…
Je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui veulent s'amuser la lecture du blog de Pierre Assouline, qui règle fort prestement leur compte à nos zozos !
http://passouline.blog.lemonde.fr/
Euh, à propos, Hubert, sait-on quand et où a lieu l'enterrement ?
à JJ Reboux outrageur de poulets
De solstice
pigiste | 14H24 | 10/10/2008 |
Ah oui, génial :
« Car ils n'ont pas écrit que des conneries, ils en ont filmées aussi, comme disait injustement Desproges de Duras. »
Merci pour cette perle !
à solstice
De Boysbeer
sur Mars | 21H11 | 10/10/2008 |
L'oeuvre de Sartre à survécu après la mort de Sartre, BHL, c'est le contraire ^^
De brazz
14H01 | 10/10/2008 |
Ne souhaitant pas déménager pour l'instant et n'ayant donc pas besoin de papier d'emballage, je n'achèterai pas le torchon du clown blanc et de l'auguste.
à brazz
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 14H09 | 10/10/2008 |
Ca n'a rien d'un torchon…
à Hubert Artus
De le soudanais
ici et là | 14H43 | 10/10/2008 |
au vu des auteurs, permettez moi d'en douter ; )
à Hubert Artus
De léo solo
15H19 | 10/10/2008 |
Ecouter les deux larrons ce matin sur France Inter était un délice.
Surtout les questions qui leurs étaient adressées.
Si ça n'a rien d'un torchon, ça n'a non plus rien à voir avec une serviette.
à léo solo
De léo solo
15H26 | 10/10/2008 |
du coup j'en perds mon orthographe.
à léo solo
De parti
punishment park | 16H53 | 10/10/2008 |
c'était le top sur inter ce matin…les deux pleureuses après val qui nous ressasse l'alliance du rouge et du brun…quelle radio de gauchistes comme d'aucun s'en plaint…
à brazz
De Quijote
00H32 | 15/10/2008 |
En revanche, moi j'ai besoin de PQ !
Je sais c'est très grossier mais c'est Brazz qui a commencé !
(Et pleutre en plus ! ).
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 14H08 | 10/10/2008 |
Même si le papier est juste et l'analyse pertinente, était -il nécessaire d'en ajouter une couche sur ce sujet dans Rue 89, alors que ce duo lamentable mérite surtout d'être passé sous silence ? Faites nous découvrir des auteurs !
à Valdo Lydeker
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 14H11 | 10/10/2008 |
Le métier de journaliste littéraire consiste à faire les deux : découvertes, et vigie ! !